LETTRE TZ
Les oiseaux, ce sont des baisers Que donne le ciel à la terre:
Sur les lues, par leur vol rasé, Les oiseaux, ce sont des baisers.
SILLERY, MAI, ISSS.
Très cher poète, antiquaire, romancier,
Je n'ai pas oublié la promesse que je vous fissous les pins murmurants de Rideau Hall, en présence d’un couple de ravissants tangaras écarlates, qui se jouaient dans leurs rameaux ; je vous promis à mon retour, une esquisse du monde aîlé de Spencer Grange, pour servir comme point de comparaison entre les oiseaux de Québec et ceux d’Ontario : vous me priâtes d'y ajouter les fleurs, les animaux,
les insectes de ma localité.
Oh! que j’aimérais à vous ravir, pour le quartd’heure, à votre cher Niagara, à son g/as-as solennel, et vous déposer sous les chênes antiques et les verts érables de Sillerv.
Il n’est pas étonnant, cher monsieur Kirby, qu'Ontario soit fier de vous réclamer comme un de ses bardes aimés : vos Carzadian avis,
ee
vos drames, vos poèmes (*) tout parfumés de gracieux ou de martials sonvenirs, ont prouvé que vous possédiez à un degré érninent,
l'afflatus divin. ( * . . , A 4 .
Aux Canadiens du vieux Québec ous ètes cher à un autre titre ; vous leur avez préparé, sous une forme légére, mais pleine d’'attraits, une l peinture saisissante de leur passé, dans le roman Ze Chien d Or, tiré à bien des éditions, traduit ca notre langue par un de nos poètes les plus distingués, M. P. LeMay.
| Où donc avez-vous pl emprunter l’idée de mettre en roman ces scènes émouvantes de notre histoire, ces silhouettes si originales de ee nos héros et de nos héroïnes canadiennes ? Est-ce dans ce fumeux souterrain, sanctuaire d'horreur et de ténèes' . A re * . re > bres, sous la mugisssante chûte de Niagara— Cave ofthe M inds,— où le sombre bourdonnement de l’onde emprisonnée produit une À espèce de vertige ?
Passons. .\bordons nos amis, les oiseaux.
Lu Vous et moi, nous voilà de retour dans nos foyers. : Qui sait, en ce moment peut-être, le barde des Canadiens 1dvls, ; — Sub teg mine fasri,—1bsorl 6 en méditation portique, MESUTe du Si regard les profondeurs de l’abime de Niagara: et moi j'achève ma | toilette du matin, prêt à explorer avec mes chiens Fox et Roy, en excursion audubonienne, l'avenue circulaire et ombragée qui vous est connue, laquelle fut nommée d’après l'illustre naturaliste qui séjournait en ce lieu aux jours de mon prédécesseur, M. Atkinson, en E Ge) CANADIANS IDYES— :
| he Sparrows, Deal Sea Roses, The Hungry Year, ne Stony Creek, The Queen's Birth Day, Spina Christi, à 2 The Bells of Kirby Wiske, à bi Lre Lord's Supper in the Wilderness, ni Quinehmaneh,
The Harvest Moon, Pontiac, Bushy Run.
DRAMAS:— Beanumanoir.
Joseph in Egypt The Queens Own.
e PIC POEM in 12 cantoë— | United Empire Lovalists. À
OISEAUX DU CANADA. 11 1842. Je tiens à mentionner ce détail de toilette matinale, car c’est à cette heure seulement que je puis de ma chambre observer les bruyantes amies de Saint-François d’Assisses, les hirondelles, voltigeant à qui mieux mieux et gazouillant à nous étourdir autour de l’orifice d’une boîte ou coupe renversée, clouée sous le rebords du toit, nid artificiel en grès, emporté d'Europe par mon voisin le colonel Rhodes, un de ses dons prisés.
Six hiondelles, en ce moment, s’en disputent la possession, où du moins vont tour à tour se coller à l’orifice, et v jeter un regard de convoitise. Le local est calqué pour un seul ménage.
Je les écoute etje suis tenté de m'écrier avec le saint homme: “Chantez, chantez, mes sœurs; priez avec moi le Seigneur !”
Pourquoi, ces allègre: messagères du printemps, à la fin d'avril, en mai, en juin, envahissent-elles, dès l’aube, les abords de mon toit, s’absentent-elles pendant la chaleur du jour ? Sont-elles toutes des prétendantes au nid du Col. Rhodes? ou bien, des visiteurs au nouveau ménage déjà installé? des individus domiciliés dans les compartiments de la petite église Æree Church, que je leur ai fait ériger, au haut du mai voisin, percée pour au moins douze ménages? Mystère ! Nisaint François d’Assises, ni Audubon ne sauraient l’éclaircir. Mais est-ce que l'existence entière de l'oiseau n’est pas un mystère perpétuel ?
Chez nous, l’hirondelle bi-colore WAite bellied S'wallow, prend possession d'ordinaire, à la Saint Georges, de la maisonnette que nous lui préparons.
J'attencs sous peu une autre espèce, les ‘‘martinets des cheminées” chimney swift. Deux cheminées pendant lété, par l'absence de la fumée, se trouvent mises à leur disponibilité et ils ne se font pas prier pour accoler à leur intérieur, comme qui dirait, un hamac de petites branches entrelacées et ‘liées entre elles avec une espèce de glu fournie par l’oiseau même”, et d’où les jeunes sont quelquesois déplacés par de forts orages de pluie. Cette jeunesse jaseuse et indisciplinée prendra ses ébats, dès que la nature lui aura donné des ailes pour sillonner la plaine des airs. |
L'amour du monde aîlé a été detout temps l'apanage des sages, des philosophes et des gens bien doués.
Voici ce qu’en pensait une spirituelle Française : “Madame de Tracy se prit &’une admiration vive pour monsel-
12 LETTRES FAMILIÈRES SUR LES gneur Dupanloup, évèque d'Orléans, qu’elie estimait déjà beaucoup, parce qu’il aimait les rossignols.” Elle ne se fait aucun scrupule de vouer aux gémonies le prince de l’éloquence latine, Cicéron, qui un matin où la gente aîlée l’éveilla peut-être trop tôt, en avait médit. Elle préconise, à bon droit, le goût éclairé d’un ancien sage d'Orient du nom de Satte qui s'était écrié : ‘Au printemps, quand les oiseaux commencent à chanter, ils s’écrient dans leu: langage mélodieux : Ah ! que les fermes sont jolies !” Satte était évidemment un homme d'esprit. Il serait peut-être superflu, de ma part, de prétendre vous renseigner vous, amateur de vieille roche du monde aîlé, des étranges théories conçues par les naturalistes anciens sur les migrations des amis . | de Saint François d’Assises. | On a cessé de prétendre avec le savant évêque d’Upsal, Olaüs ; Magnus, que les hirondelles hivernent en pelotons, au fond des iacs. Sans en être trop certain, l’ont croit qu’elles vont passer les ‘fêtes’ de Noël en Afrique, au Sénégal, ou sous les tropiques, pour revenir faire acte de présence ici, la température étant propice le 23 avril, jour de la St. Georges, par esprit de loyauté sans doute envers la Reine.
En tout cas, plus d’une fois, j'ai éte tenté de faire co nme ce cordonnier de Bâle, devenu légendaire, qui, ayant pris à sa fenêtre une hirondelle et lui ayant attaché un collier portant l'inscription qui va suivre :
Hirotdelle Si fidèle, Dis-moi, l'hiver, où vas-tu”?
reçut le printemps suivant la mémorable réponse : Dans Athènes,
Chez Antoine.
Pourquoi t'en informes-tu”