‹ lettres francaises du xiiie siecleChapitre 2 sur 30 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

testaments politiques du nouveau souverain (1270 et 1271)- Il avait d’ailleurs partie liée avec un autre favori du roi, le fimeux Pierre de la Broce. Les deux chambellans avaient formé une société au capital de dix mille livres pour exercer le commerce des pelleteries. Ils s'entendaient également pour acheter à des prix avantageux les rentes et les droits fonciers des seigneurs, dont beaucoup avaient été appauvris par les Croisades.

11 est possible que Sarrasin eûtéteé entraîné dans la disgrâce de Pierre de la Broce, s’il n’était mort quelques années auparavant (19 juin 1275). Il laissait plusieurs enfants. Pierre Gencien dans son Tournoiement as dames de Paris nous parle des quatre filles « dant Jehan Sarrasin ! ».

II. La LeTrre. — Le 4 juin 1249 les Croisés jetaient l’anère devant les côtes d'Égypte, le lendemain ils débarquaient presque sans coup férir, le 6 juin ils s'emparaient de Damiette que les troupes du soudan avaient, dans la nuit abandonnée avec une surprenante précipitation. Cette vic-" toire qui tenait du miracle, Sarrasin l’a racontée dans une + lettre datée du 23 juin qui est adressée à son ami Nicolas Arrode, bourgeois de Paris. Il fait d’ailleurs précéder son récit” de la prise de Damiette d’une courte histoire de l'expédition depuis le départ d’Aigues-Mortes (août 1248).

L'intérêt historique de cette lettre est évident. Nous avons” là l'œuvre d’un témoin oculaire, rédigée peu après les événements qui y sont retracés. Sarrasin n’a encore eu le temps ni d'oublier les dates ni d’embrouiller dans sa mémoire l’ordre des faits. Sa lettre pourra à l’occasion permettre de contrôler Joinville. Le sénéchal de Champagne, qui écrivait longtemps après la septième Croisade, s’écarte sur plus d’un point du récit de Sarrasin et chaque fois, semble-t-il, c’est Sarrasin qui a raison. Ainsi Joinville place l’arrivée de la flotte chrétienne devant Damiette au jeudi 27 mai, tandis que Sarrasin s’ac-

: Édition Mario Pelaez ; Perouse, 1917. Cf. les vers 1002 et 1464. :

Loe-«

LA LETTRE y

corde avec tous les autres auteurs pour donner la date du vendredi 4 juin.

Considérée comme œuvre littéraire, la lettre ne manque pas de mérite. Le style de Sarrasin est assurément loin d’égaler … la manière si pittoresque et si vivante de Joinville, Mais sa … langue est bonne et il s'exprime avec aisance et naturel. De . plus, il intéresse à un autre titre encore l’histoire de notre

littérature. Sa lettre compte parmi les premières qui aient été écrites en français. Si depuis 1187, date approximative de lacomposition de la Description de Jérusalem, la prose fran- çaise était devenue un instrument littéraire, on n’en continua pas moins, pendant un demi-siècle encore, à ne se servir que

du latin dans la correspondance privée. C’est seulement en - 1238 que nous rencontrons pour la première fois la langue - vulgaire employée dans une lettre. Il s'agit de l'épitre où le - templier Pons d’Aubon dépeint à saint Louis les progrès de invasion tartare. Pourquoi le français apparaît-il si tardivement dans les lettres, il n’est pas facile de l'expliquer. Tout au plus peut-on constater que c’est vers la même époque qu’il S'introduit dans les chancelleries du domaine francien.

Nous avons pensé qu'il ne serait pas inutile de donner une liste des lettres écrites en français antérieurement à 1260 qui nous ont été conservées. Le caractère du récit de Sarrasin en ressortira plus nettement. Avant cette date, les lettres de ce genre sont rares ; après elles deviennent de plus en plus nombreuses. Celles que nous avons pu trouver sont au nombre de onze. Il est probable toutefois qu’il en subsiste d’autres, notamment dans les archives anglaises !.

1. — Pons d’Aubon, prieur du Temple, écritasaint Louis ; vers 1238 (Hist. de Fr., XXI, 81-82).

1. Au sujet des premières lettres écrites en français voyez Gaston Paris, La littérature française au moyen-äge, $ 98, Ch.-V. Langlois, Le fonds de l’Ancient correspondence au Public Record Office de Londres (Journal des Savants, 1904, 380-303, et 446-453) et F. J. Tanquerey, Recueil de lettres anglo-francaises.

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