SALUT
USQU'ICI j'avais été frappé de la vigueur de ton esprit
heureusement doué; je suis stupéfait à présent en voyant combien il est difficile. Tu pouvais, tranquillement et non sans plaisir, prêter l'oreille à tout le bien que l'on disait de toi, et qu'on disait, je pense, avec assez de grâce : quelle mouche t'a donc piqué, mon cher, pour te faire attiffer une apologie inutile, en prenant à partie et châtiant vertement, comme s’il t'eût joué un mauvais tour, celui-là même qui, loin de penser à mal, s’appliquait à faire ton éloge? Enfin! il est clair que j'ai perdu ma peine, et que ta gratitude est déjà évanouie.
Or çà, parce que j'ai dit que tes pensées et tes œuvres étaient au-dessus de la mesure habituelle de ton pays, voilà que tu m'opposes Hérodote disant que les régions douces et fertiles ne produisent pas les hommes de valeur. D'abord, ce n’est pas Hérodote qui pourrait me persuader, moi qui ai beaucoup et profondément observé les rapports des choses en vue de la vérité. Une sentence ne suffit point, pour convertir, à elle seule, un homme sensé. Hérodote, lui, n’en est pas un :iln'est qu'un artisan de futilités; son mot est un mot en l'air et le fait n'existe pas. En vue de ce qui touche le plaisir de l'oreille, notre homme épanche un flux de paroles sortant de la plus douce de toutes les sources; mais, ce qui convient réellement à l’histoire, il ne s'en soucie et va son train, s’admirant bravement tout seul. Son
ὁ Σκαλανὸσ IMBEÉPTOQ
AN’ Su ce ὑπὲρ τὸ ἔθος τῆς χώρας φρονεῖν τε χαὶ πράττειν ἔφην ἐγώ, σὺ δὲ ἀντιτείνεις τὸ Ἡροδότου" οἰπὸ μαλαχῶν χαὶ εὔγεων ἄνδρας ἀγαθοὺς μὴ φύεσθαι. ἀλλ᾽ ἐμέ JE, πολλὰ Καὶ μεγάλα φοιτῶντα καὶ τὴν ἀναλογίαν ὑπὲρ τοῦ ἀληθοῦς ἐνδελεχῶς μελετῶντα, οὐ πείθει ἐχεῖνος" οὐ γὰρ ἱκανὴ ῥῆσις αὐτόματος ἄνδρα σοφὸν αἰναχλᾶν" ἐκεῖνος μὲν οὖν οὐ σοφός, ἀλλὰ ματαιολογίαν ἠσκηκώς" ὁ δὲ λόγος ἄλογος" τὸ δὲ πρᾶγμα τῶν μὴ ὄντων. ἀνὴρ μὲν πρὸς τὸ τῶν ὠτῶν ἡδύσματα γλυχύτατον ἁπάντων χρηνῶν νᾶμα ἀφίησι, τοῦ δὲ ἀτεχνῶς πρέποντος τῇ ἱστορίᾳ ἀμελήσας,
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σωμάτιόν TL εἶναι ἔοικε" τὸ δὲ πρᾶγμα οὐχ οὕτως κεῖται. Οὐ γὰρ ταυτόθεν ἄνθρωπος καὶ φυτόν. Τὰ γὰρ δένδρων στόματα πάντα τῇ γῇ ἐμπεφυχότα τυγχάνει. ὅθεν χαὶ τροφὴν ἀνέλχει πρὸς τὸ ζῆν χαὶ τὸ γεννᾶν τοὺς καρπούς, τοιγαροῦν ἔγγεια ζῷα οἱ περὶ τὸν Πλάτωνα ἠξίουν αὐτά: ἡ δὲ τοῦ ἀνθρώπου τροφὴ οὐ διὰ τοῦ στόματος, οὐ γὰρ τοῦτο τὸ Θυλάκιον, οὐδ᾽ οὗτος ὁ οσχὸς ἔσμεν ὅπερ ὁρᾷς; αἰλλὸὺ νοῦς μόνος χαὶ ἀληθὴς ἄνθρωπός ἔστι, καὶ τὸ ψυχῆς στόμα πεινῶν dei nai διψῶν τὰ ἄνω, πρὸς ἂ τοῖς φυτοῖς ἀντεστραμμένως ἔτυχε φύσει διακείμενον.
ἀλλὰ μὴν οὔκ ἐστι ταὐτὸ ῥώμη ἡ καρτερία ἢ ἀνδρεία τῷ χαλῶς νοεῖν χαὶ γράφειν γλαφυρῶς" ταῦτα γοῦν σοι χαὶ σὰ ἔστω δι᾽ ἐμῶν κρίσεων, ὦ κάλλιστε νεανία, τὰ δ᾽ ἐχεῖνα τῆς πατρίδος τῆς σῆς. ὑπὲρ ἧς ἔγραψάς σε οαἰμύνεσθαι πρὸς τὴν ἐμὴν παῤῥησίαν. ἘΠῚ δὲ οὐ πρὸς τὴν Sécu ἔοικας λέγων διατελεῖν. οὐ γὰρ Βασχωνία γῆ μαλαχή, οὔτε εὔφορος πᾶσα γῆ, οὐ μέντοι τὸ πλέον αὑτῆς, ἀλλὰ πῇ μὲν τοιαύτη, πῇ δ᾽ ἄλλως, ὡς ἐπιτοπλεῖστον δὲ χαὶ λεπτόγεως χαὶ ψαμμώδης πρὸς τοὺς χέγχρους χαὶ τᾶς μελίνας, ἄπειρος μάλιστα τῆς τέχνης τοῦ σιτοφορεῖν" οὔχουν οὗθαρ λιπαρὸν ἐμαλάχυνεν ἂν τοὺς ἐνοικοῦντας, Aa μᾶλλον τὸ σχληρὸν ἤνδρωσεν αὐτοὺς. ὅπερ καὶ πεποιημένον ὁρῶμεν" ἀγαθοὶ γὰρ τὰ πολέμια, ὡς ἅπαντες ὁμολογοῦσι, ὡς δ᾽ ἐγὼ δοχῶ, καὶ τῶν Γάλλων πάντων ἄριστοι πρὸς τὰ ὅπλα" τὸ δ᾽ ἄλλα ἥττω, ἢ φύσει, Ἢ δουλήσει, ἢ ἔθει ὑστερηθέντες τοσούτων ἀγαθῶν. Διὸ καὶ
raisonnement ici n'est qu'un corpuscule sans âme, et les choses, dans la réalité, ne vont point de la sorte. En effet, les hommes et les plantes n'ont pas la même origine. Les bouches des arbres se trouvent développées dans l'intérieur de la terre, et elles en tirent la nourriture nécessaire pour vivre et produire des fruits; c’est pourquoi Platon les appelle des animaux tenant au sol; mais la véritable nourriture de l’homme n’est pas ce qui passe par sa bouche; nous ne sommes point, en un mot, ce petit sac, cette outre que tu vois. La pensée, voilà le seul, le véritable homme, et la bouche de l’âme, sans cesse affamée, altérée des choses d'en haut, a été placée vis-à-vis d'elles par la nature, et précisément à l'inverse de ce qui se voit chez les plantes.
Et d’ailleurs, la force, la fermeté, le courage, sont choses tout autres que bien penser et écrire avec talent. Or, à mon avis, c'est ceci même qui est ton partage à toi, mon bel ami, tandis que cela est le lot de ta patrie, dont tu prétends dans ta lettre te faire le champion contre ma franchise. Mais encore semble-t-il que tu t'en vas plaidant, sans traiter la vraie question. La Gascogne n'est point un pays doux, que je sache, ni absolument fertile, et même la plus grande partie de son territoire ne l’est nullement : ici il en va d’une façon, et ailleurs d’une autre; mais, dans l’ensemble, c’est une terre maigre, sablonneuse, propre à la culture du millet, du sorgho, mais inhabile, en particulier, à la production du froment. Ce n’est pas la grasse fécondité de ce terroir qui pourrait amollir ceux qui l’habitent, sa rudesse serait plutôt susceptible de les rendre vaillants, comme nous voyons que cela a lieu en réalité. Les Gascons, en effet, de l’aveu de tous, sont d'excellents hommes de guerre; moi, j'incline même à croire qu’ils sont les premiers parmi les Français pour le fait des armes. Quant au reste, ils sont inférieurs, que ce soit naturel, volonté ou habitude qui les prive de tels avantages. Voilà pourquoi je maintiens ce que j'ai écrit dans ma lettre, où il est dit, si j'ai bonne mémoire, que
tu es plus attique qu’on ne l'attendrait d'un Gascon. Mais toi, tu as embrouillé ce qui était si clair. Tu ne sais donc pas que, dans la nature, il y a des germes qui restent inféconds, tandis que l'habitude se développe, par suite d’une série d'actions, à côté de la nature, ou même contre elle? Admettons que le naturel de ton pays soit apte aux lettres, autant que tu voudras, et plus encore; mais cette habitude-là, où la trouves-tu, je te prie, chez tes compatriotes? Toi, mon enfant, toi, le fils d'un père distingué, grâce à une forte nourriture, après t'être assimilé les qualités natives du terroir, tu es parti, loin de tes jeunes camarades. et t'es élancé bien en avant à la recherche de la culture la plus accomplie, laissant à ceux-ci les vulgaires dons de nature, revendiquant pour toi la conquête du mérite personnel qui fait la supériorité, et réservant ainsi pour ta part, dans le domaine infini du beau (lequel est caché comme le sont les plus précieux trésors), tout ce qui est nécessaire pour le vrai bonheur. Tu as ainsi laissé derrière toi tous ces malheureux, destinés seulement à maugréer un jour contre le sort.
Mais patience, s'il te plaît, un instant encore, et causons ensemble en amis et tranquillement.
Est-ce que, par hasard, tes compatriotes ne sont pas tous des désœuvrés, passant entièrement leurs jours et leurs nuits à divaguer dans les tavernes, ou à courir le Palais, armés de leurs sacs de procès? Et qu'y trouve-t-on dans ces sacs-là, bon Jupiter, et vous tous Dieux qui tenez les balances de la Justice? On y trouve toutes choses pleines de déloyauté, pleines d’outrages. Quels mensonges! quelles imprécations! quels accrocs à la justice! quelles gangrènes du bien! quelles plaies de la paix! quelles morts de la concorde chrétienne! D’autres, sans être des suppôts de l'ivrognerie (et disons, si tu veux, qu'ils ne boivent même pas de vin), n'en vont pas moins gaspillant leur temps, trésor divin, gaspillant leur intelligence, don de Dieu, pour jouer