‹ Lettres grecquesChapitre 11 sur 17 · TU · texte numérisé non relu

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» vu danser à une fête de Diane, en devint éper- » duement amoureux. »

Le Poëte Géographe, Denys(i),fait mention des danses que les femmes Grecques de l'Asie Mineure faisoient sur les bords du Caystre. « Vous y ver- » rez, « dit-il, « les femmes, portant une ceinture. » d'or, danser en rond avec un ordre admirable, » lorsqu'elles célèbrent la fête de Bacchus et » qu'elles exécutent ses danses. Les jeunes filles » les dansent aussi légèrement, et leurs robes o flottent avec grâce, enflées par les vents qui se » jouent et murmurent autour d'elles. » Voilà tout le portrait de nos Grecques modernes.

La danse étoit anciennement chez les Grecs une imitation figurée des actions et des mœurs. Voilà pourquoi Lucien veut qu'un danseur, qui doit être en même tems un bon pantomime, sache bien la Fable et l'Histoire des Dieux.

Dans toutes les fêtes, on chantoit . les louanges de la Divinité qui en étoit l'objet, et les danses qui suivoient le chant, peignoient les principaux traits de sa vie. On dansoit le triomphe de Bacchus, les noces de Vulcain et celles de Paies. Les jeunes filles brilloient sur-tout aux fêtes d'Adonis;

(t) Dionys. Orbis dtscrip. y. 8+0.

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elles dansoient les amours de Diane et d'Endymion, le jugement de Paris, l'enlèvement d'Europe portée par l'Amour sur les flots, etc. Ces danses étoient autant de tableaux mouvants, où les gestes et les pas, les mouvemens des bras et des jambes, toutes les inflexions du corps exprimoient des situations et des faits intéressans.

Des familles, à Athènes, obtenoient, suivant Plutarque j i), des danses qui portoient leur nom, comme la danse Œantide, et qui retracoient le souvenir d'une action mémorable.

Un Lacédémonien, dit le même auteur [a), étonné de l'appareil somptueux des danses ou des ballets qu'on exécutoit sur le théâtre d'Athènes, se récrioit sur la folie de ceux qui employoient pour ces objets d'amusement tant de travail et de dépense.

Les danses particulières aux pays où ces fêtes se célébroient, et celles qui retracoient les événemens célèbres, ont été conservées plus longtems que les autres.

Tous les danseurs qu'on voit aujourd'hui, dans la Grèce, se tenir par la main, et courir, en dan-

(i) Prop. ietable, 1. I, queat. 10, (3] Id. I. 7, quest. 7.

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s^&- 1 19. ^® sant, les rues ou les campagnes, représentent ces anciennes danses qui faisoient une partie du culte public (1).

Admète, dans Euripide [2), ordonnant une fête, recommande qu'il y ait des danses publiques.

Lorsqu'Agamemnon prévient sa fille sur le sacrifice qu'il prépare : « Mon père, » lui dit Iphigénie, c ne danserons-nous pas, en chantant, autour de » l'Autel? » Aujourd'hui, point de fêtes, ni de solemnité, pour les Grecs, s'ils ne dansent presqu'autour de l'Autel ou au moins du Temple, suivant la coutume de leurs pères (3). Ils y sont tellement adonnés, que rien n'est capable de leur en faire perdre le goût. Un jeune Grec, pris de vin peutêtre, passant le jour de Pâques devant la Garde

(1) Dana l'eicès de la joie, ou par un mouvement subit, on se prend par la main en chantant, el on danse. Les anciens Grecs appeloient cette danse, la danse inspirée, Enthea. Métampus, prenant avec lui

ôS&2£!£ leur d è« ,uu

montagnes et jusqu'à Sicyone les loil guérir de leur folie. Apotl. 1. 3.

(1) lpkig. in Aulidt.

,3) SoUtant aras Libtri palrîs

cceterorumqui ftwmin (ïrmnt-

gyrare saltanlss. Servius ad Georg. Les Romains ne pettsoieat pas sur la danse comme les Grecs : ils étaient un peu Turcs sur ce point. Car les Turcs ne permettent point la danse aux femme» honnêtes. C'est pourquoi Salluste, dans le Portrait de Sempronia, fameuse

danse plnsqn'il ne convient a une honnête femme: PsaUere cl laliate clegantiùs quant necesse est probre.

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Turque (i), à la tête d'un branle qu'il conduisent, fut arrêté. Il reçut sur le champ cinquante coups de bâton sur la plante des pieds et fut renvoyé dans cet état. On le vit avec étonnemeni tout de suite aller, en clopinant et se soutenant à peine, rejoindre sa troupe qui continuait de danser, pour reprendre sa place.

Anciennement , dans les assemblées particulières pu dans les fêtes, c'étoit toujours la principale personne qui menoit la danse.

Electre, reprochant à sa mère d'avoir épousé l'assassin d'Agamemnon , dit au chœur qui l'écoute : « Elle se rit des Dieux : ce jour, témoin

[i) Ces fêtes sont des Orgie» et des Saturnales pour les Grecs. On peut citep ici !s passage suivant de Suétone : Alexandriai Cybiosacton eum (Vespasianum) cocare peraeverave-

mscjLe, ut est

■ Centum aibi aestertios darent, ac seyel in Tiberium projicerent. ■ Suet. Vesp.

Les habitaos d'Alexandrie cominuèreut de l'appeler (VespasienJ

célèbre par l'avariée ta plus sordide. Aux funérailles de Vespasien, Favor, ion premier pantomime, qui seion la coutume faisoit le personnage de l'Empereur, et le copioit dam ses actions et tes paroles, demanda publiquement i ses officiera à quelle somme s'élevaient les frais de sa pompe funèbre. Sur ce qu'on lui dit dix mille sesterces, il répondit:» Qu'on m'en donne cent et qu'on me jette dans « le Titre. .

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« de son attentat , est à peine revenu chaque h année, qu'elle ose mener des danses solem- » nelles, etc. » - %

Il y avoit differens choeurs de chants et de danses (i). Le chœur (2) orbiculaire, qui chantoit le Dythyrambe, et qui dansoît au chant de cette espèce d'hymne faite à l'honneur de Bacchus, tantôt les mains libres, tantôt les mains entrelacées, dansoit d'abord autour des Autels ; il fut ensuite introduit sur le théâtre, où, en conservant le chant et la danse, il joua lui-même un rôle intéressant (3).

(!) Apad PUtarc/i. et Demosth. teepiia occxrrit yopoc fta%ov tJ /opôf àvEptÛv , Tkucjd. auletn vocal AnXiaxèv foçAi tûv pvauuSv. Petr. Castellanae , De festii Gmc:,r, p. 634. Thés. Graete antiq. à Grmovio. Venel.

(s) êviaiiiXtoe -/a?k-

(3) ■ Les Grecs modernes semblent avoir adapté en partie cet litige dans des circonstances ou il leur est permît de se livrer à la joie, et mime, dans leur» jeux publics, t cette malignité qui se produisît sons le masque de la Comédie.

• Il Ton parler des Fcts s Turques, nomméfs Dannalma, qui ont lien

par plusieurs décharges d'artillerie. Les étendait* flottent sur les mari du Sérail, toutes les rue* sont illuminées pendent plusieurs jours, le vestibule de chaque maison est décoré. Le maître y est assis snr son Sopha pour offrir dea rafratcbisseaiens A tous ceux qui se présentent. Les Grands se distinguent a l'envi par leur magnificence et leur profusion. Je ne crois pas qu'il soit possible de voir une révolus'opère à «

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0"^-. 122 -fe^

Depuis la chute du théâtre Grec , ces chœurs isolés ne furent plus que des danses en rond, que les Grecs modernes ont fidèlement conservées. Ils dansent donc encore, tantôt en chantant, et tantôt au son de la lyre, tantôt les mains libres, et tantôt les mains entrelacées. Mais ce n'est plus autour de l'Autel de Bacchus, nî des autres Divinités de leurs pères : c'est autour d'un vieux chêne à l'ombre duquel, aux fêtes les plus solemnelles, la tête couronnée de fleurs , ils renouvellent les anciennes Orgies, et se livrent presqu'aux mêmes excès que les anciens Grecs.

ou prisent, sourit à tous. Le» Grecs ont secoué leurs chaîne», la licence est impunie, et ils se vengent de leurs oppresseurs. Ils osent les jouer publiquement. On rencontre dans les rues de Constantinople des Grecs magnifiquement habillés qui représentent le G. Viiîr et les principaux Officiers de l'Empire, suivi» de leur cortège, contrefait! avec l'exactitude la plus recherchée. On y met dans la plus grande évidence les "espotîsme, et ta manière dont la justice est administrée. On oupable opulent,

une leçon plus imposante pour les Egypte. On y faisoit au Roi défunt se de le porter au tombeau. Là on enteo plaintes et les éloges ; le Jugement déi mémoire, il assignait leur place pann Cette note a été faite a Constantin* des Lettres sur les Tares, t. II.

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On voit encore à présent chez eux une exacte image de ces chœurs de Nymphes Grecques, qui, se tenant par la main, dansent sur la prairie ou dans les bois; telle les Poètes ont représenté Diane [i j sur les monts de Délos ou sur les bords de l'Eurotas, au milieu des Nymphes de sa suite.

Il y avoit chez les Eleusinîens un puits nommé le Callichore, autour duquel les femmes d'Eleusis avoient institué des danses et des chœurs de musique en l'honneur de la Déesse.

J'ai ,vu dans l'Isle des Princes, où les Grecs ont un puits commun hors du village, les jeunes filles se rassembler le soir pour puiser de l'eau, et former autour du puits des danses en chantant. Aristote, cité par M. Winckelman [Descript. des pierres gravées du Cabinet de Sthoc, pag. 248), dit que les puits communs entretiennent l'amitié parmi les Citoyens et dans le voisinage. Il ajoute que les Anciens avoient des chansons qui se chantoiem pendant qu'on tîroit de l'eau et qu'on appeloit Chanson de la corde du puits .

(i) Qualis in Eurots ripis

Enrcet Diaiw chorus. Virg. Jfnsïi. t,

Jim Cylherea eboro» durit Venus i in minime lunâ,

J un et aequo N y m phi s Gratis de cm te a Alterna lermm qu»tiuot paie. Hor. Od. 4, 1. 1.

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Le branle qu'on trouve établi partout se rencontre assez souvent dans les anciens Auteurs.

■ Les Thyades, ■ dit Pausanias, <• sont des femmes » de l'Afrique, qui, jointes à des femmes de b Delphes, vont tous les ans au Mont- Parnasse, » et dansent, soit en chemin, soit à Panopée, » toutes ensemble, une espèce de branle (1). » Aussi Homère, en parlant de Panopée, dit que cette ville étoit célèbre pour ses danses.

■ Les principales danses usitées aujourd'hui dans la Grèce, sont la Candiote, la danse Grecque, l'Arnaoute, les danses de la Campagne, la Valaque, et la Pyrrhique.

Les deux premières se ressemblent beaucoup, et paraissent copiées l'une sur l'autre; mais les airs en sont différens : c'est toujours une fille qui mène la danse, en tenant un mouchoir à la main, ou un cordon de soie.

Cette danse, la plus ancienne de toutes, n'a pas été oubliée par Homère (2) dans la description du fameux Bouclier d'Achille.

a Apres plusieurs autres sujets, Vulcain, dît-il,

(l) Voyez dans \t Mwxteum Florent. 1. II, tab. 7, n. 1, Is figure antique qui mène le branle: elle vous paraîtra deiainée d'après quelque dame use moderne.

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« y représente, avec une variété admirable, une * danse semblable à celle que l'ingénieux Dédale » inventa dans la ville de Gnosse pour la char* » mante Ariadne. De jeunes Mlles et de jeunes » hommes, se tenant par la main, dansent en- » semble. Les jeunes filles sont habillées d'é- » toffes légères, et ont sur leur tête des cou- » ronnes d'or; les jeunes hommes sont vêtus » de belles robes d'une couleur très-brillante. » Tantôt cette troupe danse en rond avec tant de n justesse et de rapidité, que le mouvement d'une » roue n'est pas plus égal et plus rapide ; tantôt » le cercle dansant s'entr'ouvre, et toute cette •> jeunesse se tenant par la main, décrit par n ses mouvements une infinité de tours et de » détours. »

Délie est à-peu-près la Candiote, qu'on danse aujourd'hui. L'air est tendre, et débute lentement; ensuite il devient plus vif et plus animé. Celle qui mène la danse dessine quantité de figures et de contours, dont la variété forme un spectacle aussi agréable qu'intéressant.

De la Candiote est venue la danse Grecque, que les Insulaires ont conservée. Pour vérifier la comparaison, il reste à voir comment cette danse

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s*3, 126 -b>s de Dédale en a produit anciennement une autre qui n'étoit qu'une imitation plus composée du même dessin.

Dans la danse Grecque, les filles et les garçons faisant les mêmes pas et les mêmes figures, dansent séparément, et ensuite les deux troupes se réunissent et se mêlent, pour former un branle général. C'est alors une fille qui mène la danse, en tenant un homme par la main ; elle prend un mouchoir ou un ruban, dont ils tiennent chacun un bout; les autres (et la file ordinaire est longue) passent et repassent l'un après l'autre, et comme en fuyant, sous ce ruban. On va d'abord lentement, et en rond; puis la conductrice, après avoir fait plusieurs tours et détours, roule le cercle autour d'elle. L'art de la danseuse consiste à se démêler de la file, et à reparaître tout-à-coup à la tête du branle, qui est fort nombreux, montrant à la main, d'un air triomphant, son ruban de soie, comme quand elle a commencé.

Vous devinez bien, le sujet qu'on a voulu représenter par cette danse, image du labyrinthe de Crète?

Thésée, de retour de l'expédition qu'il fit dans cette isle, après avoir délivré les Athéniens du

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joug que les Cretois leur avoîent imposé, vainqueur du Minotaure, et possesseur d'Ariadne, s'arrêta à Délos. Là, après avoir fait un sacrifice à Vénus, et lui avoir dédié une statue que lui avoit donné sa maitresse, il dansa avec les jeunes filles Athéniennes une danse qui, du temps de Plutarque, étoit encore en usage chez les Déliens, et dans laquelle on imitoït les tours et détours du labyrinthe. Cette danse, au rapport de Dicéarque, étoit appellée dans le pays la Grue. Thésée la dansa autour de l'autel appelle Ceraton, parce qu'il étoit construit de cornes d'animaux.

Callimaque, dans son Hymne sur Délos, fait mention de la même danse, et dit que Thésée, en l'instituant, mena lui-même le branle.

M m> Dacîer croît qu'on l'appelloit la Grue à cause de sa figure, parce que celui qui la menoit étant à la tête, plioit et déplioit le cercle, pour imiter les tours et les détours du labyrinthe. C'est ainsi que, quand les grues volent en troupe, on en voit toujours une à la tête, que les autres suivent en formant un cercle.

On a pu confondre la Grue avec la danse de Thésée. Les grues partent de la Grèce vers le Printems. Voye\, dit Anacréon, comme les grues

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s'en retournent (1). Les Grecs d'alors, comme ceux d'aujourd'hui, s'empressoient donc d'aller danser 'dans les prairies, dès qu'elles avoient repris leur verdure. Or, la danse étant toujours chez 'eux une imitation, ils célébroient le retour du Printems par des danses imitatives de l'objet dont ils étoient frappés, et c'étoit le départ des grues qui leur annonçoit les beaux jours.

Méziriac, dans les remarques qu'il a faites sur la danse en question, l'appelle aussi la grue. Selon Hésichîus, celui [qui dans cène danse des Déliens, menoit le branle, s'appeloit Gêranuléus. Eustache, sur le 18° Livre de l'Iliade, dit qu'anciennement les hommes et les femmes dansoient séparément les uns des autres, et que Thésée fut le premier qui fit danser ensemble les filles et les garçons qu'il avoit sauvés du labyrinthe, en la manière que Dédale leur avoit enseignée.

On voit dans les Monumenti Antichi, Edît. de M . Winckelman, pi. 99, un vase antique où Thésée est représenté devant Ariadne. Ce Héros tient le fameux peloton de fil qui le tira du labyrinthe de Crète; Ariadne, habillée comme une danfi) Od. 37.

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seuse avec le caftan ou l'habit grec qui serre le corps et qui descend jusqu'aux talons, tient un cordon de ses deux mains, précisément comme la danseuse moderne qui mène et commence la danse Grecque.

Homère, dit Pausanias, compare les danses gravées par Vulcain sur le bouclier d'Achille, à celles que Dédale avoir inventées pour Ariadne, parce qu'il ne connoissoit rien de plus parfait en ce genre. A Gnosse, dit-il dans un autre endroit, on conserve l'espèce de danse dont il est parlé dans l'Iliade d'Homère, et que Dédale inventa pour Ariadne.

On voit donc encore aujourd'hui, dans le branle Grec, la tendre Ariadne qui mène son Thésée, pour lui montrer les détours qu'il doit parcourir; et la plus habile danseuse est celle qui complique le mieux, ou fait durer le plus les circonstances du labyrinthe dansant.

Quelquefois les garçons et les ailes entrelacés se séparent pour former à la fois deux branles j i) ; je veux dire que, de tems en tems les danseurs haussent les bras sans rompre la chaîne. Les filles alors se tenant toutes par la main, passent parti) Cette manière de danser se no

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dessous, dansent devant eux, et rentrent ensuite pour ne faire plus qu'un cordon. Ne voit-on pas îd la troupe de Thésée, qui, en dansant, se divise et se réunit? Voilà donc l'origine de cette danse Grecque. Dédale la composa d'abord pour Ariadne, à l'imitation de son fameux Ouvrage, et Ariadne ensuite la dansa avec Thésée, en mémoire de son heureux retour du labyrinthe de Crète. Le labyrinthe n'existe plus ; mais la danse qui le représentoit s'est exactement conservée ji).

A la campagne, un Berger se met au milieu des danseurs pour jouer de la flûte ou de la musette, et l'on danse en rond autour de lui. Cette danse est plus vive et plus animée que les autres; c'est pourquoi chez les Spartiates elle terminoit, selon Lucien,.tous les exercices. Alors, dit-il, un joueur de flûte, se mettant au milieu des jeunes gens, commençoit le branle, jouoit et dansoit; et

(i) Tu iiaer eas reitim ductam saltabis, dit dans Us Adelphe*, act. 4, Dératé à Micion, pour se moquer de ce qu'en mariant son fils, il veut prendre chez lai de* danseuses. Si Donat et M» Dicier avoient vu danser les Grecs modernes, ils n'iuroieni pas été si embarrassés pour eipliquer le reslim ductans, car il est évident que mener le branle et tenir le cordon, sont la même chose.

C'est a. Naiie que cette danse est parfaitement exécutée. A Misilra (l'anciéne Sparte}, les filles, par modestie, ne ae tiennent pas avec les danseurs par la main, mais par un mouchoir, et souvent elles dansent en chutant, ou au son de la flûte. Lacid. une. et inr. t. I,p. aa3.

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ceux-ci le suivoient, en faisant différentes postures guerrières et galantes. La chanson même qu'ils chantoient empruntent son nom de Vénus et de l'Amour, que l'on mettoit de la panie.

Athénée parle de la .danse Hyporckématique y danse sérieuse et lente que les Grecs, et sur-tout les Lacédémoniens, exécutoient en chantant des vers, les hommes et les femmes se tenant tous par la main. Les Grecs* modernes ont aussi des airs et des couplets faits pour ces sortes de branles.

Les Grecs ont encore une danse qu'ils appellent YArnaoute; c'est une ancienne danse Militaire. On sait qu'anciennement ils en avoient plusieurs de cette espèce^ et qu'ils alloient même à la guerre en dansant, comme les Lusitaniens dont parle Diodore de Sicile.

L'Arnaoute est menée par un homme et par une danseuse. Celui qui mène tient un fouet et un bâton à la main ; il s'agite, il anime les autres, il court rapidement de l'un à l'autre bout, frappant du pied et faisant claquer son fouet, tandis que les autres, les mains entrelacées, le suivent d'un pas égal et plus modéré.

Les Lacédémoniens, dit encore Lucien, avoient une danse appellée Hormus. C'étoit un branle

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composé de filles et de garçons, où le jeune homme menoit la danse avec des postures belliqueuses, et la fille le suivoit avec des pas plus doux et plus modestes, comme pour représenter l'harmonie et l'accord de la force et de la tempérance.

Quelquefois, dans cette danse, un joueur de lyre conduit la troupe, et les danseurs le suivent en réglant leurs pas sur le son de l'instrument. Athénée ne peint pas autrement la danse que les Grecs appeloient Oplopœia, sorte de Pyrrhique ou de danse Militaire. Un danseur jouoit de la lyre, et les autres formoient autour de lui une de ces danses mâles et animées qui entroient dans les exercices de ceux qui se destinoient à la guerre.

La véritable danse Militaire est la Pyrrkique, dont le Roi d'Epire, qui fit si long-tems la guerre aux Romains, Pyrrhus, passoit pour l'inventeur (i). Il yavoit plusieurs danses du même nom.

(ij Si l'on en croit M* Dacier, «lia étoit bien pin» ancienne que lai; puisque, dan» le combat du seizième livre de Y Iliade, sur ce qu'Ente ayant manqué Mirion, lui dit : « Si je t'avoia atteint, Mérion. mon ■ javelot alloit bien vite mettre fin à ta danse, quelqu'habile danseur i que tu sois •; elle observa qi'il fait cette raillerie à Mirîon, parce qu'il étoit de Crète, et que les Cretois, à ce qu'elle ajoute, avoient une Dante nommée Pyrrhique, qu'ils daasoieat tout armés.

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Xénophon parlant des Thraces qui dansèrent au festin de leur Prince Seuthès, dit que des hommes armés y dansoient, en sautant légèrement au son de la flûte ; qu'ils paroient avec leurs boucliers, et portoient des coups avec beaucoup d'adresse.

Ce ne sont plus les véritables Grecs maintenant assujettis et accoutumés au joug, mais les Conquérons de la Grèce, qui ont pris pour eux les danses Militaires. La Pyrrhique est aujourd'hoi dansée par les Turcs et par des Thraces qui, armés de boucliers et d'épées fort courtes, sautent légèrement au son des flûtes, et se portent ou parent des coups avec une vîtesse et une agilité surprenantes. Ainsi ce sont les Turcs seuls qui s'exercent non-seulement à la Pyrrhique, mais encore à la lutte, à la course, etc., en sorte qu'en asservissent les Grecs, ils semblent les avoir encore contraints â leur céder tout ce qui servoit autrefois à former et à entretenir parmi eux les dispositions aux exercices militaires.

Vous ne serez pas fâché, M., d'avoir l'air noté de la Pyrrhique qui se danse à Constantinople : il sera du moins nouveau pour vous, car je ne l'ai vu nulle part. J'y joins les airs de toutes les danses

dont je vous ai parlé, pour ne vous laisser rien à désirer sur cet article.

On retrouve pourtant encore des vestiges des danses Pyrrhiques dans le pays nommé la Magne et à Misitra, pays que les Spartiates ont autrefois rendu si fameux (i). Ce pays est encore habité par des Grecs barbares, qui sont gouvernés par leurs propres loix, et qui, ne pouvant attaquer un Empire dont la puissance les accableroit, contens de conserver leur indépendance, sont les plus dangereux pirates de l'Archipel.

M. de Peyssonel a trouvé les mêmes danses Pyrrhiques chez les Sfacchiotes, qui sont les anciens Cretois, peuples belliqueux et distingués des autres Grecs de Candie. C'est ce qu'on verra dans son Histoire de Crète, qui n'est pas encore imprimée.

Les meilleurs Matelots et les meilleurs Soldats de la Marine qu'aient les Turcs sont fournis par les Grecs; et dans les tavernes ou ces gens-là

(|}II ne faut pas confondre la Magne, ou plutôt la Maine, avec Misitra. Cet\e ville, habites par de» Grecs, parmi lesquels il yen » de riches, est très-soumise â li Porte. Le» Matnotes, au contraire, sont féroces, indomptables et voleurs. Ce sont les descendants des Lacédémoniens affranchis par Auguste et appelles Eleutherolacons. lis tirent leur nom de Malnotes d'un culteau appelé Maïna, situe du coté du couchant sur la pente du mont Taygete.

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boivent toujours avec excès, ils ne sauraient boire sans danser'au son de quelque instrument. On tes voit trébucher comme dans ces danses bacchiques ou militaires dont les anciens auteurs font mention.

On. peut compter parmi ces danses la Danse Ionienne, qu'on dansoit, selon Athénée, quand on étoit échauffé par le vin ; cependant elle étoit plus légère et plus réglée que les autres. C'est une espèce de Pas-de-deux que l'on voit danser encore aujourd'hui à Smyrne et dans l'Asie Mineure, où le goût des danses lascives subsiste toujours (i).

Mais vous me dispenserez, .M., de vous parler de ces sortes de danses que la corruption des mœurs n'a que trop fidèlement conservées, et que les Turcs prennent plaisir à faire exécuter devant eux. .

Les Grecs dansent aussi la Valaque, danse fort ancienne dans le pays d'où elle prend son nom. Cette danse, dont le pas est toujours le même, et ne ressemble à aucun de ceux des autres danses

(i) Motus doceri gaudtt lonicos

Matura virgo, eljtngitur artibus San nuuc, etc. Hurat. Ot. 3, 1. IX.

Ajoutent, uns décrire ici ce qu'on ne peut pis mettre honnêtement sous les jeux, que les Turcs se sont réservé, pour leur amusement et pour celui des femmes qn'ils renferment, ces dinses Isscrtei et voluptueuses qui expriment tout ce qui peut irriter les sens.

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®<s- i36 -e>s Grecques, n'est pas désagréable, quand elle est bien conduite, et avec la justesse qu'elle exige. Elle pourrait bien venir des Daces, qui habitoient anciennement la Valachie.

Telles sont les danses Grecques qui restent aujourd'hui de toutes celles que les Anciens avoient inventées, et qui étoient en grand nombre. La seule comparaison avec les danses antiques, peut leur donner quelque prix ou les rendre intéressantes pour ceux qui, les ayant vues dans le pays même, ont été plus frappés de l'espèce de mérite attaché à cène ressemblance, que de celui de l'exécution.

M. le Roi, qui a vu, comme moi, la danse Grecque, n'a pu s'empêcher de la comparer à l'ancienne, et il n'a pas manqué de la dessiner devant la lanterne deDémosthéne (i).

Je suis, etc.

(0 Monamtns de la Grèce, pi. [3, p. aS.

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