LETTRE DE GUYS
Vous avez vu, M., les Grecs dans la'joie de leurs solemnités, ou des festins et des noces, je vais vous les montrer dans le deuil, dans la douleur, dans les larmes. Tel est le cours de la vie humaine, les chagrins- suivent par-tout les plaisirs. Dans le pays dont je vous décris les mœurs, et que je vous fais parcourir, eu sortant d'une prairie
UigluedtyGoOgle
riante, on trouve souvent une triste allée de cyprès, et Ton aime quelquefois à se reposer sous leur ombre.
Suivez-moi dans cette maison, où les cris perçans des esclaves et des domestiques nous annoncent que la mort vient d'entrer. Cette femme défaillante est une mère désolée, qui a perdu sa fllle ( 1 ) ; vous ne la verrez pas oppressée par l'abattement, dans le silence de la profonde douleur; elle exprime avec énergie ce qu'elle sent, et on ne lui répond que par des gémissemens et des larmes. Elle s'écrie :
a O ma fille! ma chère fille! toi qui me pré- » venois toujours, qui la première m'a donné » le doux nom de mère, qui voloîs dans mes 11 bras en me voyant, tu es sourde à mes cris ! » Hélas! mes cris perceront jusqu'au fond du « tombeau où tu descends, ils s'élèveront jusqu'aux deux : c'est ta mère qui t'appelle.
» Ma fille! que dis-je? mon ame, ma vie, > mon soutien, as-tu pu m'abandonner ainsi?
» As-tu pu cesser de vivre dans la force de
(1) Les funérailles des enfans sont toujours prématurées, lorsque les mires y assistent. Vie de Séniq. p. 373. C'est ce même Sénéqne qui a dit : Fdme tichappe du vieillard tant effort, elle «SI Sur le tord de sa livre. Id. p. 297.
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s*a- i65 -"©«s » l'âge (il, dans la fleur de ta jeunesse? Non, » tu dors d'un sommeil profond et tranquile, » et c'est moi qui meurs de douleur. O som- » meil de la mort! sommeil éternel! nuit horrible » qui es la dernière nuit! tes ombres m'envi- » ronnent : c'est toi qui m'enlèves ma fille sans » retour, c'est toi qui me réuniras à ce que j'avois
a de plus cher au monde Barbares que vous
» êtes, pourquoi m'arrêtez-vous, » continue-t-elle d'un ton ferme et d'un œil sec? « Je vais voir ma » fille, elle m'attend, elle m'appelle. Non, elle n n'est point morte, non : aht par pitié, laîssez- » moi dans mon erreur; ou, si elle ne vit plus, o laissez-moi embrasser ce corps glacé. Ne puis-je » le réchauffer, lui redonner la vie?
a Ciel! j'entends les chants de mon et les cris j> lugubres : c'en est fait, on m'arrache, on m'em-
n porte ma fille. Arrêtez, Barbares Je vais...
» soutenez-moi... ma chère fille, je te suis; c'est n toi qui m'entraînes dans le tombeau ».
Cette mère échevelée, en désordre, suit le convoi funèbre. Elle est soutenue par ses esclaves en
(i) Tels 3ont les regrets de la mère d'Euryale :
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s*&- 166 -"3>s pleurs. Elle s'appuie, elle se laisse tomber sut leurs bras, et ne se relève que pour redoubler ses' cris. « O ma fille, » s'écrie-t-elle, « toi qui faisois d toute ma joie, tu n'es plus, et je vois, je parle, ■ et je marche (i) »!
Mais suivons aussi jusqu'au bout ces tristes obsèques. Les proches parens et les amis ne manquent point, comme anciennement, d'en faire partie. Les femmes et les filles y vont les cheveux épars, et en pleurant; la marche est sans cesse interrompue par les cris de la mère éplorée. On arrive au lieu de la sépulture, et on pleure encore. Alors les cris de cette mère inconsolable redoublent; elle veut se précipiter dans la fosse. C'est donc ici toute la marche ancienne, telle que vous la trouverez dans la première Scène de VAnirienne. Là, Simon racontant tout ce qu'il fait pour son fils, rappelle
(i) KdpTjfiou, xttvjfip^fuiu Stv eTueî xXio, xa'i (yw jmtix, Xtù c'/oj (Ttcifia, x»l ïyjn TtoSâpia. xaï pUiio), xj'i XaXÙ, Xal TîBpiTTÎTtu. Telles sont les expressions de 11 nature et le cri de la douleur qui ne se contraint point. C'est ainsi qu'Hecnbe fait éclater la sienne au milieu des Trofenues qui l'environnent : • Mon fils, • s'écrie-t-elle, dès qu'elle apperçoit le cadavre d'Hector, • mon cher
• Hector, pourrai-fe vivre après favoir perdu ? tu étois pour moi, > nuit et jour, un sujet de joie et de triomphe. Tu étois le salut des
• Troyens et des Troyennes, qui te regardoient comme un Dieu. Ta
• valeur faisoit toute leur gloire, et tu n'es plus!»... Ses sanglots. entrecoupés d'un torrent delarmes, ne lui permettaient pas d'achever. Illai. 1. XXII.
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la mon de la soeur de la jeune fille d'Andros, et ce qui se passa à ses funérailles, auxquelles il voulut assister pour l'amour de son fils, qui aidoh à en faire les honneurs ( 1 ).
Dans la planche i35 des Monumenti Anticki de M. Wînkelmann que j'aime à citer, on voit Andromaque suivie des Troyennes, et le corps d'Hector que l'on porte à Troye.
Stace représente ainsi les femmes d'Argos, pleurant la mort de leurs pareils tués au siège de Thèbes(2).
Voici, chez les Grecs du 18 8 siècle, ce que j'ai été à portée de voir et d'entendre. Mad. Tigoniti, la plus belle des Grecques modernes, aimoh tendrement son frère. Elle eut le malheur de le perdre. Cette dame accompagne le convoi suivant l'usage, et fondant en larmes, elle revient ensuite (1) Id fuirai prodeo.
Effercur, imus. Iniereaimcr mulieres
Quffl Ibi ad era ut forte imam adapirio adolesceatulani
DcjccEi in pectore crincs,
Accinctiquc sinus
Triatibus illabsus famulis, ïtcrùmque resurgena, Qusrit inopa Argia visa.
Thibaii. I.
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s«a- 168 -S*© chez elle. Là elle s'arrête à rentrée de la maison, soutenue par les femmes qui l'environnent, elle fait éclater ainsi sa douleur :
a Secourez-moi, je n'en puis plus : j'ai eu la » force d'accompagner mon frère, mon cher frère, » au tombeau, où j'aurois voulu entrer avec lui. a Je ne puis me résoudre à rentrer dans cette mai- » son, qu'il a quittée pour n'y plus revenir.
» Que vois-je et qu'entends-je ? ici voilà ces • plantes, ces arbrisseaux, et ces fleurs dont il » avoit soin; voilà ce vivier qu'il aimoit tant. ■ Plantes, Fleurs, Arbrisseaux que mon frère » aimoit tant, vous ne le verrez plus, vous ne » serez plus arrosés de ses mains, vous sécherez « de regret, vous mourrez comme lui; et. vous, » Poissons muets, qui ne paroissez plus sur Peau, 1 parce que vous ne voyez plus celui qui se plai- » soit à vous appeler et à vous nourrir, vous l'avez n perdu et vous ne lui survivrez pas. Vous n'en- » tendrez que les cris de ma douleur; et moi, d moi plus malheureuse que vous, moi sa sœur n chérie, je ne verrai plus mon frère. Je verrai n périr après lui les fleurs, les plantes de ce jar- » din, et les poissons de ce vivier, et je pourrai » tenir encore à la vie! O mon frère, je cesserai de
d parler et de vivre, lorsque ma voix éteinte cesn sera de Rappeler ».
Antigone, désespérée qu'on refuse la sépulture à Polynice son frère, pour avoir amené dans son pays une armée étrangère, s'écrie : « O mon frère, >> ta sœur ne t'abandonnera pas après ta mort : n non, des animaux féroces ne se rassassieront
» pas de tes membres épars Mes mains, ces
» mains faibles, lui creuseront un tombeau. Je l'y » porterai moi-même, je l'envelopperai de mes » voiles (1} »,
Une femme Grecque pleure son époux, son fils, etc., avec ses amies pendant plusieurs jours; elles chantent ses louanges et leurs regrets. Nous traiterions de folie ces emportemens de la douleur, parce que la nature, abandonnée à son énergie, choque nos bienséances factices, et notre politesse artificielle; mais, telle est l'ivresse des passions, telle est l'expression de la nature, le délire de la douleur et même de la joie. On pleurait amèrement et on chantoit en même temps les morts.
■ Pleurons, filles Thébaînes, pleurons, » dit le Chœur, après la mort des deux frères ennemis; « que le bruit de nos gémissemens accompagne ces
{\)Utltpt C.hefi devant Tkibet. Art. S, te. t.
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n Ombres malheureuses dans la barque des
b morts C'est à nous à commencer ces chants
» tristes, ces concerts lamentables qui se font » entendre jusqu'aux enfers (1) ».
Les Grecs observent l'ancienne coutume de laver les corps avant de les ensevelir, ce que pratiquent aussi les Turcs. On loue, comme autrefois, des pleureuses, qui précèdent le convoi funèbre en s'arrachant les cheveux, et en chantant les louanges du mon. Ces pleureuses, chez les Romains, étoient appelées Prœficœ (2). Les chants de deuil, nommés par les Latins Namice> se nommoient anciennement \&.tpn, et sont appelés par les Grecs modernes ppoXoyiî. Dans la Morée, qui est l'ancien Péloponnèse, les pleureuses ne quittent pas la maison du défunt pendant un espace de temps plus ou moins long, suivant la condition ou les facultés de la famille. Leur emploi est de chanter les louanges du mort, elles recommencent pour chaque visite qui arrive. Leur chant est également appelé [AupoXoY<«, fatale Carmen.
Dans Euripide, on ne veut pas croire la mon d'Alceste, parce que, dit le représentant du Peuple,
(l) Lis sept Chefs devant THètes. Aot, 4, «■ =■
(9) Voyez les pleureuse! du Musttttm Capiloimum, t. III, p. 117.
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ou le Chœur, Je ne vois pas l'eau pour laver le corps, ni des cheveux coupés; et que je n'entends pas les cris des femmes, toutes circonstances d'usage dans les deuils (i).
Les femmes, dans une maison en deuil, ne cessent pas aujourd'hui de pleurer, elles se refusent la nourriture et le sommeil; mais, comme observe bien un Poète Grec, dans leurs plus grands chagrins, elles s'endorment en pleurant (2).
Les expressions de la douleur sont encore aujourd'hui, comme elles étoient autrefois, de s'arracher les cheveux, et de déchirer ses vêtemens. La tendre Héro, appercevant, au lever de l'aurore, le cadavre flottant de son cher Léandre, pousse des cris, déchire sa tunique, et se précipite dans la mer, pour ne pas survivre à son mari {3).
Les Myrmidons, et Briséis elle-même, s'arrachent les cheveux, pour en couvrir la tombe d'Achille (4). Les femmes Grecques font encore la même chose : mais cet usage est principalement
[i)Alccst. se. 3.
13) Mus. y. iSS.
(3) Quinhiï-Smyr. Derel. 1.
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conservé par les pleureuses à gage, qu'on loue ( i ).
Patrocle est étendu dans la tente d'Achille, le visage tourné vers la porte, ■»* Hptffttcw TiTpau.jit'vcte,. Les Grecs et les Romains plaçoient de cette sorte les morts dans le vestibule de leurs maisons, les pieds tournés vers la porte (2). La même coutume s'observe encore aujourd'hui parmi les Grecs modernes, ainsi que chez nous.
C'étoit anciennement (3) faire injure aux morts, que de les garder trop long-tems ; on se hâte encore aujourd'hui de les ensevelir,
Si c'est une jeune fille, on lui met ses plus beaux habits, et on la couronne de fleurs; les femmes, de leurs fenêtres, jettent des roses, et des eaux de senteur, sur son cercueil, quand il passe.
Les Anciens paroïent les morts de couronnes de fleurs, pour marquer qu'ils avoient enfin surmonté les misères et les chagrins de la vie; d'où l'on appelloit un mort lmç«v(u[avw, un couronné. Une femme dit dans Aristophane (4} : Recevez ceci de
(i)Soton avoit cependant défendu aui femmes de s'egratigner et de
:t de faire tonte
> les simagrées
ni provoquoient les larmes et les cr
Buiïojem les
envoi* funèbres. Plutarq. Vie de Solon
(a) In portant rigidos calât exteadil
. Pen. Sat. 3.
[3)/a\ 1.III.V. 3»3.
(4) Dan. CIus. Th. Cent. Cap.
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C^^, |^3 'Sx©
moi, prene\ cette couronne et cette autre aussi; Car on vous attend ( 1 ) . Ce sont ces couronnes funéraires, et celles du mariage, que l'on voit dans le bas-relief de M. de Peyssonel, où Mémius, couronné mort par son fils ou par un de ses proches, couronne sa femme Néïopolis, morte avant lui (2).
Le fameux Périclès, dit Plutarque, vit périr de la peste la plupart de ses enfans, de ses parens, et de ses amis, et au comble des malheurs son âme ferme n'en fut point ébranlée. On ne le vit ni pleurer, ni suivre le convoi funèbre d'aucun de ses proches. Mais lorsqu'il voulut mettre la couronne de fleurs sur le dernier de ses enfans que la mort lai enleva, il ne fut plus le maître de sa douleur, elle éclata par des sanglots, il répandit un torrent de larmes (3).
N'omettons point le repas des funérailles. Dans
(1) Les fameux soldats grec*, que commandoit Xénophon dans la Thracc Asiatique, après la défaite de leurs compagnons, leur donnèrent la sépulture ; ils élevèrent ensuite un cénotaphe et uu grand bûcher sur lequel ils jetterent des couronnes de Heurs : xa\ juupiv [ievù^v, xaï crttçdvouc ÊftEo'iaav. Xénophon. De Cyrl txped. 1. VI, cap, v.
(]} Ce bas-relief a été gravé dans le recueil des Antiquités grecques de M. le comte de Caylus, pi. LXXIV.
(3) V. de Périclès, trad. de Dacier, t. II, p. 174, 17 S.
UigluedcyGoOgle
s*&- 174 "®«® la harangue de Démosthène pour Ctésiphon, où cet orateur paroît si glorieux d'avoir été choisi par préférence à Eschine, et à d'autres rivaux d'éloquence, pour faire l'éloge funèbre de ceux qui avoîent été tués à la bataille de Chéronée : « Ce ■ ne fut pas, » dit-il, « seulement le Peuple, qui
> se comporta de cette manière, à mon égard; les s pères des morts, et leurs frères qu'il avoit char-
> gés du soin de leurs obsèques, en usèrent de
> même. Dans l'obligation où ils étoient de faire » le repas des funérailles chez le plus proche
> parent de chaque mort, comme c'est l'usage, ils » firent ce repas chez moi, et avec raison, *
Le repas des funérailles n'a pas été négligé par les Grecs modernes ; c'est le plus proche parent qui est chargé de ce soin, et qui par-là termine la cérémonie.
J'ai dit que les pères et mères suivent leurs enfans, quand on les porte au tombeau. Il faut que le public soit témoin des sanglots d'une mère inconsolable. Sapho, pour exprimer sa douleur en l'absence de Phaon, lui écrit qu'elle a poussé des cris perçans, qu'elle a même arraché ses cheveux, pour marquer l'excès de sa douleur, elle se compare à une mère éplorée, qui accompagne le convoi
funèbre de soit fils, qu'on va mettre au tombeau (i).
Les pleurs et les cris des femmes qui la suivent, pourraient bien l'aider dans ce triste office, si elle en avoit besoin ; mais elles font naturellement ce qu'ont toujours fait les femmes Grecques.
a Ces malheureux, » dit Anne Comnene, en parlant de ceux qui avoient éprouvé la cruauté des barbares, « jettoient des cris aigus, et semblables > à ceux que les femmes jettent ordinairement » dans les funérailles (2). »
S. Chrysostome, qui a beaucoup censuré les Grecs de son tems, n'approuvoit ai les deuils, ni les pleureuses qu'on prenoit à gage, ni toute cette ostentation de douleur, à la place de laquelle nous n'avoris mis nous-mêmes que le faste et la pompe d'un convoi nombreux, lorsqu'on veut donner aux obsèques l'éclat et l'appareil dont elles sont susceptibles (3).
Le même Père fait ces reproches aux Grecs de
(1) Postquàm M dolor invenir, née pectora plangi,
Nec puduit scissia emlnlare t'omis :
Non ilitcr qnàm si gnati pia miter adempti,
Ports i ad cxstrnctos corpus inane rogoï.
[»}Hitt. BiïOM.
(3) Mém. de l'Acad. des inscrip. Extraits du P. Montf.
^igluedtyGoOgle
<3«Qr I76 "^g>
son tems : « Les femmes dans le deuil font une » vaine montre de leur affliction; elles découvrent » leurs bras, elles s'arrachent les cheveux, elles n se déchirent les joues, les unes portées à ces exces par la douleur, les autres par pure osten-
» tation O femmes! que faites-vous? Vous
» déchirez vos vêtemens, vous arrachez vos s cheveux, vous jetez de grands cris ; vous dansez, » vous imitez les Ménades, et vous ne croyez pas > offenser Dieu! Quelle extravagance (1) ! »
Les pères et les mères, en Grèce, portent le deuil de leurs enfans, et ce deuil est très-long. Cet usage est encore ancien parmi les Grecs. Entre plusieurs exemples, il suffira de citer celui que nous fournit Eschine, dans cette harangue où il emploie toutes les ressources de son art, pour rendre Démostbène odieux aux Athéniens. Vous savez que les Orateurs Grecs n'étoient pas plus polis dans leurs disputes que les Dieux et les Héros -d'Homère : sur quoi j'observerai, en passant, qu'en ce genre le Grec vulgaire a des expressions dont notre langue n'est pas capable, et que notre délicatesse d'ailleurs ne supporteroit pas. Ecoutons Eschine.
« Ce misérable, » dit-il, en parlant de Démos-
(i) Serra. 6a, sur S. Jean.
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3*S- 177 "Sa®
thëne (1), « sept jours après la mon de sa fille, » avant que d'avoir payé le tribut de larmes, et sa- ■ tisfait au devoir qu'exigent en pareil cas la nature » et la coutume, parut couronné de fleurs et vêtu » de blanc, tel qu'en un jour de fête; il immola
• des victimes, et viola toutes les règles, lorsqu'il » venoit de perdre la personne, qui la première n et la seule, l'avoît appelé du doux nom de père : d ce que je dis, non en vue d'insulter à son mal-
• heur, mais pour faire connoître son caractère. ■ Vous pouvez bien voir, sur cela, les notes du
savant Traducteur qui cite plusieurs passages des Anciens, pour prouver l'usage où étoient les pères de porter le deuil de leurs enfans. Je trouve encore cet usage, dans la prière que fait Iphigénie à sa mère, avant de mourir (2). « Après ma mon, ■ lui dit-elle, « ne coupez pas vos cheveux, et ne prenez » pas des habits noirs. » Elle lui demande la même grâce pour ses sœurs.
Ainsi ce sont toujours les mêmes Grecs, de quelque côté qu'on les envisage. Les hommes d'aujourd'hui dans la Grèce, sont les hommes de tous les tems. Si cette vérité a besoin de nouvelles preuves,
(i)Tr«d. det/L deTonràl.
[1) In Euripid. ■*•
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pour désabuser ceux qui n'aiment encore à louer que les Anciens, il m'en reste pour plusieurs autres lettres; et, dans la première nous nous arrêterons à contempler les tombeaux des Grecs. Je suis, etc.