‹ Lettres grecquesChapitre 14 sur 17 · RÉPONSE DE MADAME CHÉNIER · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE MADAME CHÉNIER

Après m'étre entretenue des danses avec vous, M., je vais, comme vous, passer à un objet plus triste; je vais ajouter quelque chose à ce que vous avez dit des Enterremens. J'ai été extrêmement attendrie par le portrait que vous faites de cette mère qui suit le convoi de sa fille, et qui, par la force de ses expressions, peint l'agitation de son ame et l'excès de sa douleur. Il n'appartient qu'aux Grecs, comme vous l'observez très-bien, de peindre aussi fortement ce qu'ils sentent; une

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s*§- 179 "&*© imagination très-vive, avec une langue fort expressive, leur donne peut-être plus de moyens de rendre les mouvemens de la nature; et les usages de leurs pères, qu'ils ont fidèlement conservés, donnent à ces mouvemens plus de liberté. Les descriptions que vous faites sont si vraies, qu'elles mettent les objets sous les yeux. En lisant le détail de l'Enterrement dont vous nous faites le récit, j'ai cru me retrouver à Constantinople, où j'ai été témoin d'un spectacle tout aussi touchant, dans une occasion à-peu -près semblable.

Une dame Grecque, que vous connoissez, M. (i) , aussi distinguée par son état que par la beauté de son âme, et qui joignoit à tous les agrémens de son sexe ceux d'une belle éducation, vivoit avec un frère cadet, qui, par excès de vertu, avoit renoncé aux honneurs et aux places auxquels son état et ses alliances lui donnoient droit d'aspirer. Il avoit pour sa sœur toute la tendresse d'un frère, et toute l'amitié d'un ami vertueux. Ce frère chéri fut attaqué d'une fièvre maligne à Buyuk-déré (2],

(i)M°»T... Y., dont un des f rires avoit tti interprèle de la Porte, « plusieurs fois agent des Princes de Valachie e! de Moldavie, *uiquels celte famille éioit alliée.

et il mourut après quatre fours de maladie, malgré tous les secours que lui prodiguoient l'aisance et l'amitié. Sa sœur, suivant l'usage du pays, accompagna le convoi, précédée et suivie d'une partie de la Noblesse Grecque. Tout annonçoit l'abattement de cette âme sensible; le désordre de son voile et de ses habits, la négligence de sa coè'ffure, ajoûtoient de nouveaux traits à toutes les marques de sa douleur. Le corps fut reçu à la porte de l'Eglise par le Patriarche de Constantinople. Après les prières d'usage, il fit la cérémonie que les Grecs ont conservée, et qu'on nomme ô fcrrfpvoî nanaa(j.ds, Le dernier adieu (r). Après que le Patriarche eut embrassé le corps (2), lesparens, et ceux qui formoient le convoi, en firent de même. Cette scène, que l'idée d'un éternel adieu ne rend que trop attendrissante, le devint encore plus quand cette sœur éplorée, qui n'écoutoit que les mouvemens de sa douleur, déchira ses habits et arracha

culiers y ont des maison) de campagne. Ce village «I à buit milles de Constantinople.

[ij M" Chénier n'ignore pas qu'aojcaa|iOt signifie embrassement ou baiser, parce qu'il vient du wrbe imiÇùpai, amplector, osculor, salula; ce qui signifie bien, en effet, suivant l'usage grec, le dernier aiies. (Note de Guys.)

(2] Les Grecs ont conservé l'usage d'habiller les morts de leurs plus beaux habits, et de les porter au tombeau arec le visage découvert.

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s?q, 181 -e>s ses cheveux pour en couvrir le cercueil d'un frère qu'elle voit encore, et qu'elle ne doit bientôt plus voir. On fit des efforts pour abréger cette scène lugubre, et pour ramener la sœur affligée dans sa maison. Ses sens alors étoient moins agités, et sa douleur un peu plus calme. Comme les circonstances du tableau que je veux vous faire, dépendent beaucoup de la disposition de cette maison, je suspends ici votre sensibilité pour vous en donner une idée.

Cette maison, située sur le bord du canal de la mer Noire, a son entrée par un jardin d'où l'on découvre tout ce que le canal a de plus beau et de plus magnifique. Ce jardin étoit orné de belles fleurs, et de quelques arbres fruitiers; il y a voit d'un côté une volière pleine d'oiseaux de toute espèce; et de l'autre, un réservoir, rafraîchi parles eaux de la mer, renfermoit toutes sortes de poissons. Ce jardin, ces oiseaux, ces poissons faisoient tout l'amusement du Sage (t) que la mort venoit de ravir à sa sœur et à ses amis. Vous sentez déjà, M., combien le fond de ce tableau peut intéresser la

(Ollmériloiteenomàfiistc titre pouvoir secourir les pauvres, et il r disant qu'il n'était pas assez savant

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