‹ Lettres grecquesChapitre 9 sur 17 · DE MARIE- JOSEPH CHÉNIER · texte numérisé non relu

DE MARIE- JOSEPH CHÉNIER

Je soussigné Constantin -Xavier de Chénier, fils aîné de M. Louis de Chénier et de M"" Elisabeth Sanctî L'Homacca, atteste et certifie à tous qu'il appartiendra la déclaration suivante:

Après avoir perdu mon frère André de Chénier, mon père, ma sœur et ma mère, j'ai perdu mon frère Marie- Joseph de Chénier; il ne me reste plus qu'à remplir envers lui les derniers devoirs qu'il m'a fallu remplir envers tous mes parents, qu'à rendre un hommage éternel à son illustre mémoire, à exécuter ses désirs et à respecter ses intentions, qu'il aurait manifestées lui-même par un acte authentique, si Dieu lui en avait laissé la force en ses derniers jours, et s'il n'en avait pas été détourné par une respectable amie, confidente et compagne assidue de tous ses maux et de ses longues souffrances depuis douze années, et jusqu'à son dernier soupir, malheureuse par sa perte, et ne voulant hériter de lui que du désir ardent de voir les hommes heureux. Je souhaite partager avec tous ses amis les tristes restesde ma vie. Messieurs Daunou, Arnault, Andrieux, Picard, Regnault, Perceval, Allard

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m'ont souvent été désignés par lui pour les personnes qui lui étaient chères. Souvent il me disait que tout, ce qu'il possédait au monde ne suffirait point pour témoigner sa reconnaissanceàM. Portai, qui, depuis douze ans, soutenait sa vie chancelante, et à cette respectable amie qui, depuis seize ans d'amitié la plus constante et la plus fidelle, la plus noble et la plus généreuse, adoucissait ses maux par. sa présence auprès de lui. Voulant donc suppléer à ce que le temps fixé, par la main divine ne lui a point permis dç faire, je prie M. Portai et Messieurs ses amis, ci dessus désignés, de vouloir bien agréer un hommage de sa reconnaissance et de la mienne. Je prie M. Arnault, désigné par mon frère éditeur de tous ses ouvrages, de vouloir bien, en agréant ce choix, joindre ce témoignage d'amitié à l'hommage touchant et solennel, plein de noblesse, de franchise, d'éloquence et de générosité dont il a bien voulu honorer sa mémoire. Je prie sa noble et respectable amie Madame Marie- Louise-Eugénie Le Beau de L'Esparda de Maisonnave de vouloir bien regarder comme une propriété indivisible et irrévocable les manuscrits de mon frère Marie-Joseph de Chénier qui lui ont été donnés par lui-même, une montre par lui don-

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née et son portrait peint par Du Creux : le tout joint à quelques livres et autres effets déposés hors de chez lui avec les indications nécessaires pour les reconnaître et les recevoir, par lui-même remises à la dite dame à l'effet de remplir les engagements contractés dans les derniers temps de' sa maladie, pour l'extraordinaire de ses dépenses.

Voulant, en outre, unir toute ma reconnaissance à celle dont mon frère était pénétré pour une amitié si tendre et si constamment touchante, je déclare que je reconnais ladite dame Marie- Louise- Eugénie Le Beau de l'Esparda de Maisonnave, en la qualité de sœur, pour remplacer et représenter, dans ma famille, ma sceur chérie, Hélène-Christine de Chénier, ci -devant comtesse de La Tour Saint- Ygest, décédée à n.sle de France, laissant un fiis né en mil sept cent quatrevingt-seize, âgé de treize ans. J'institue ma dite dame Marie- Louise-Eugénie Le Beau de l'Esparda de Maisonnave, ma seule et unique héritière de tous mes biens meubles et immeubles présents et avenir, pour en jouir conjointement avec moi, jusqu'au dernier instant de ma vie, pour en jouir après moi indi visiblement et sans aucune réserve pendant tout le cours de sa vie, que Dieu veuille longtemps conserver; et puisqu'il

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nous faut tous subir la loi de sa Divine Majesté, pour les transmettre à M. de La Tour, mon neveu, fils de ma chère sœur Hélène-Christine de Chénier, ci-devant comtesse de La Tour, né à l'Isle de France ;n mil sept cent quatre vingt-seize, âgé aujourd'hui de treize ans, lequel, après les époques indiquées ci dessus, en conservera la propriété indivisible et perpétuelle, pour lui et pour ses descendants. Telle est la déclaration de ma volonté ferme et stable, au nom et en présence de Dieu créateur et conservateur de tout ce qui existe. Tel est l'hommage sincère que mon cœur rend à la mémoire de mon illustre frère et de mon plus tendre ami, Marie- Joseph de Chénier, que je viens d'avoir le malheur de perdre et qu'une longue maladie vient d'enlever à sa famille, à la France et au monde. En témoignage de quoi j'ai signé le présent acte et madame Marie- Louise- Eugénie de l'Esparda de Maisonnave a signé avec moi, pour témoigner son approbation et l'acceptation par elle de toutes les dispositions qu'il contient. Je l'ai en même temps scellé de mon sceau accoutumé. Fait triple, pour être l'un des triples conservé entre mes mains, un second remis à madame Marie-Louise-Eugénie de l'Esparda de Maisonnave et conservé par elle; et

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un troisième laissé également à la disposition de la dite dame, pour le déposer ou bon lui semblera, afin d'en constater l'authenticité. Paris, le dix-neuf janvier l'an mil huit cent-onze (i).

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