AVANT-PROPOS
Ces deux volumes de Lettres précédées d'un Journal intime achèvent la collection des œuvres complètes d'Henry du Roure, qui sont désormais tout entières entre les mains du public.
Cette tâche n'aurait pas été menée à bien sans le dévoûment fervent d'un des plus chers amis d'Henry du Roure, à qui nous avons le devoir d'exprimer rtotre gratitude. Depuis le jour où tomba, pour la défense de la pairie envahie, celui qui avait voulu être pour lui « un grand aine ^> plein de prévenante bonté, Louis de Balasy se dévoua à ordonner et à recopier ses manuscrits, à correspondre avec les éditeurs, à corriger des épreuves. Cette consécration des heures recueillies du soir, après le travail pour le pain quotidien, à des œuvres désintéressées qui contribuent à l'enrichissement spirituel de tous, c'est une des plus belles et des plus constantes des traditions sillonnistes. Louis de Balasy a voulu ressembler à ces petits frères silencieux qui, dans les communautés, entretiennent le feu devant l'autel, sonnent la cloche qui rappelle à la pensée l'heure de la prière pour les morts, et ouvrent la porte aux pèlerins. C'est grâce à lui que tant d'inconnus se sont pieusement arrêtés devant ce tombeau surmonté de la simple croix de bois — « la seule qui vaille de vivre ^^ — et qu'ils en ont écouté monter la voix pure et profonde qui leur parlait du rivage éternel. Quand il feuillettera ces pages qu'il a rassemblées avec tant d'amour, qu'il entende, plus tendre et plus distincte pour lui, cette voix si chère à son oreille murmurer : « merci ! ^'^
Car nos morts savent nous rendre ce que nous faisons pour eux. Dans cet échange spirituel, nous donnons toujours moins que nous ne recevons et nous ne sommes jamais trompés. Contre quelques miettes de notre pensée, de notre tendresse, de notre temps, ils nous communiquent une large part de leurs biens éternels, de leur sérénité et de leur connaissance parfaite des desseins divins. Nos morts ne restent présents que si nous leur demeurons attentifs ; pour qu'ils nous abandonnent, il faut d'abord que nous les ayons rebutés. Les vivants seuls savent être infidèles.
C'est pour nous aider tous à conserver en nous la lumière du brûlant regard d'Henry du Roure, et de son mélancolique sourire que nous publions ces lettres familières. Pour nous, ses amis anciens, et pour toutes ces âmes inconnues, qu'invoquait Léonard Constant, dans V Avant- Propos, qui précède la Vie d'un Heureux :
« Nous appelons autour de cette âme immortelle toutes les âmes inconnues qu'elle aimait, qu'elle voulait toucher et désabuser du mensonge, et pour qui elle s'est oÉferfce en sacrifice ».
Les excuses que les éditeurs de Correspondances intimes ont coutume de présenter au public seraient ici déplacées. Les Lettres que contient ce recueil ont été choisies par leurs destinataires en vue de cette publication. Elles font honneur à ceux qui les reçurent comme à celui qui les écrivit : elles sont pour eux des titres de noblesse, autant que de chères reliques. Les vaines ou les malignes curiosités n'y trouveront pas d'aliment. Elles n'éclaircissent aucun mystère, car il n'en existait aucun dans 1 âme, m dans le cœur, ni dans la vie d'Henry du Roure. Elles montrent simplement en pleine clarté cette âme toute chrétienne, ce cœur très pur, cette vie de renoncement et d'apostolat. Qyels que soient les agréments de leur style si alerte et si délicatement spirituel, elles ne présenteront