PRÉFACE
11 y a dans W^ de Maintenon deux existences distinctes^ encore bien qu'elles se trouvent nécessairement confondues : d'une part, Texistenc^ publique, la vie de cour et de Versailles, la vie de la compagne de Louis XIV; d'autre part, l'existence intime et cachée, la vie de piété, de bonnes œuvres, de Saint-Cyr, la vie de l'institutrice de la maison de Saint-Louis. Ce sont ces deux existences que j'ai cru devoir séparer dans la publication des Œuvres de M^ de Mainteium : la Correspondance y^n^ra/6 comprendra la vie de la femme du monde, de la femme historique; les Lettres et Entretiens sur l'éducation, les Lettres historiques et édifia^tes^ les Conseils aux demoiselles, etc., comprennent sa vie privée.
Gellerci est la moins connue, la moins éclatante, la moins variée; mais Saint-Gyr ayant été la grande et unique affaire de M™* de Maintenon, c'est sa véritable vie et celle qui nous la fait le mieux connaître; c'est celle qui nous la montre dans son intimité, dans le secret de ses pensées, dans ses occu' pations journalières , dans ses véritables affections et ses goûts, dans ses faiblesses et ses défauts, ajoutons dans tout
l'éclat et la plénitude de ses facultés. On croit vuIgairQment que M"* de Maintenon n'a été occupée que d'affaires et d'intrigues de cour; on verra par les lettres historiques et édifiantes que cela est matériellement impossible : son goût y eût-il été^ que le temp3 lui aurait manqué^ car on la trouvera dans ces lettres^ qui vont de Tannée 1681 à 171 9, occupée presque uniquement^ partout et continuellement^ de piété^ d'éducation ; d'œuvres charitables^ fuyant la cour autant qu'elle le peut^ regrettant comme perdu tout le temps qu'elle ne donne pas à Dieu et à Saint-Gyr. Le personnage de M""* de Maintenons réduit à ces proportions ^ à cette vie sainte mais monotone^ à ces occupations innocentes mais monastiques^ est moins curieux^ moins dramatique que dans les récits romanesques de Saint-Simon ^ mais il est plus naturel ^ plus vrais et nous verrons qu'il n'est pas moins intéressant.
Le» deux volumes que je publie sous le titre de Lettres historiques et édifiantes sont^ pour me servir des expressions des Dames de Saint-Louis^ les lettres pieuses, utiles et agréables que M"^« de Maintenon écrivit à ces religieuses, soit pour diriger leur conscience, soit pour les guider dans les devoirs de leur état, soit pour leur parler d'elle-même, des choses de la cour, des événements de son temps. Nous avons dit ailleurs quelles hautes pensées avaient inspiré la fondation de SaintrCyr et l'éducation qu'on y donnait : M""* de Maintenon voulait « rendre les demoiselles les plus parfaites qu'il soit possible, selon Dieu et selon le monde ^ » ; en dispersant des filles ainsi élevées dans toute la France pour y tt multiplier l'éducation de Saint-Cyr, » elle voulait « re-
* Enlreliem iur l'éducmlion dei fillet»