RÉP0N8B
J'approuve fort la défense de notre mère, et je lui conseille de refuser dorénavant à cette fille les secours erxtraordinaires qu'elle demandera lorsqu'elle n'aura que de pareilles imaginations à consulter.
DEMANDE
Ma sœur de Bouju m'a demandé en grâce de la conduire -, je l'ai accepté dans le dessein de la former de mon mieux pour cette maison. C'est une fille qui a beaucoup de vertu, de l'esprit, une prodigieuse mémoire, de la candeur, de la simplicité, une vivacité qui comprend tout dans un moment, un esprit yr^iiment religieux ^ enfin, un sujet à soutenir toi)(; le biçn qu'on établit ici, pourvu qu'on la calme, qu'on amortisse cette extraordinaire vivacité, ce torrent de pensées et de paroles, cette légèreté de dire tout ce qui lui vient dans l'esprit, et, pour vous donner quelque connoissance de son caractère, quelque conformité avec M'"'' de la Maisonfort ^
RÉPONSE
Yqus vous devçz, madame, à toutes vos filles et VOUS fivez bien fait d'ï^ecepter la conduite de ma sœur de Bouju ; elle est jeune, sans expérience^ mais elle a de la bonite volonté, de l'ainour pour riQStitut et du talent pour l'instruction , je la crois telle que vous la dépeignez, et j'ai déjà reconnu qu'elle est capable de s*eniyrer de son propre vin,
1 Voir sur W"'^ dç Bouju la note 2 de la lettre 8.5ji çl sur W^^ de la Maisonfort les notes des lettres 86, 118, etc.
comme ma sœur deVeilhan. Formez-la, madame, par les soins que vous marquez ici, qui sont les seuls propres à en faire un sujet utile. Au fond, elle est douce, docile et très-pieuse ; formez-la beaucoup à la simplicité évangélique, à renoncer à la curiosité, qui est une de ses tentations, et surtout à pratiquer une grande humilité.
DEMAISDE.
Elle croit que Dieu demande d'elle des choses extraordinaires \ son oraison est toujours une forte impression pour quelque besoin de TÉglise, ou des gémissements, ou de s'offrir en sacrifice ^ je ne puis bien vous instruire là-dessus , car je ne Tentends pas *, elle veut se consacrer à Dieu pour toute sa vie, en esprit de victime pour la conversion des infidèles -, elle s'occupe dans Toraison des démêlés sur Confucius *, et j'écrirois aussi longtemps qu'elle si je vous disois tout ce qui lui passe par la tète.
RÉPONSE
Si elle est humble, ce ne lui sera pas une peine moins pesante de se fier à son propre jugement qu'au superbe de se soumettre à celui d'un autre-, si elle vous obéit , elle sera guérie de ses prétendues impressions divines , qui ressemblent à des imaginations. Il y a des anges de Satan qui res-
* Les Jésuites avaient introduit le christianisme en Chine, et permis aux nouveaux convertis des pratiques en l'honneur de Confucius^ que les Dominicains traitaient d*ido1âtrie : de là de longs démêlés entre les deux ordres , et qui occupaient la plupart des esprits.
semblent à des anges de lumières ; et il y a des imaginations qui se transforment en impressions divines. Je voudrois bien que notre mère ne laissât pas lire à cette jeune fille sainte Thérèse.
DEMANDE
J'ai commencé ma direction par la mettre dans un silence entier pour certain temps ; je lui al conseillé le silence intérieur et de faire taire le plus qu'elle pourra toutes ses pensées, de se tenir à sa règle, de ne rien innover dans sa charge, non pas niême pour le bien, de se mettre en paix, de ne point s'occuper des affaires de l'Église, de prier seulement pour la paix, comme nous y sommes obligés, d'écouter ce point d'oraison et de le suivre sans contrainte pourtant, mais qu'elle n'y apportât pas un petit projet à part qui la sépare de la communauté.
RÉPONSE
Je n'ai rien, madame, à ajouter aux règles que vous lui avez prescrites : on ne peut pas lui en donner d'autres.
DEMANDE
Je lui ai dit qu'il était dangereux de se croire une âme d'un ordre particulier, à qui Dieu demande plus qu'à une autre -, que je ne puis croire qu'il la charge des idolâtres de la Chine, mais bien plutôt de prier pour qu'il répande ses bénédictions sur Saint-Cyr.
RÉPONSE
Elle oubliera Saint-Cyr à force de penser à la
Chine : c'est là une des tentations subtiles et dangereuses que saint Bernard regarde C09inie une fausse charité dans les religieux. J'ai vu un religieux, ditil, qui, marchant dans la voie de Dieu, fut ç^égé soudain de cette pensée : « A combien de personnes, de mes frères, de mes amis, pourrois-je faire part du bien dont je jouis, si j^étois en mon pays ? Il faut que je les aille trouver, et qu'en Sauvant phisieurs d'entre eux, je me sauve aussi avec eux; et je ne dois pas appréhender de changer de lieu, car, pourvu que je fasse bien, quMmporte-t-i) en quelque lieu que je sois, sinon que je ne saurois être en meilleur lieu qu'en celui où je recueille plus de fruits ? que désiré-je davantage ?» Le pauvre malheureux s'en va et périt, et il ne sauva aucun de ceux qu'il voulait sauver. ^
DEMANDE
M. de Brizacier est venu ; elle lui a dit mes pensées*, il a approuvé son obéissance pour moi ^ mais il lui a permis de suivre son attrait et de se consacrer aux affaires de la Chine ; elle est revenue à moi ; je lui ait dit qu'il falloit croire M. de Brizacier.
> RÉPONSE
Pour remplir son attrait , elle voudra Ure tout ce qui s'est dit et écrit sur \à Chine -, que deviendra son vœu de se consacrer aux affaires des demoiselles de Saint-Cyr? Pour moi, madame , que Dieu a fait évoque de Saint-Cyr, par votre organe , je dois défendre à ma sœur de Bouju de se consacrer aux af-
A MÂDÀI^E DU PÉROU (|697)« 49&
faires de la Chine. M. Tabbé de Brizacier a Tesprit assez pieux et assez ordonné pour le trouver bon.
DEMANDE
Cependant , monsieur, je ne me tiens sur Saint- Cyr qu'à ce que vous décidez. Ces deux exemples nous font craindre les visions, les singularités, les consultations et bien des inconvénients que vous connoîtrez mieux que nous-, cç que vous répondrez i^Vtô servira pour Tavenir.
RÉPONSE
Vous sortez , madame , du quiétisme , et vous retomberez dans d'autres e^tréopités, si Dieu ne vous inspiroit de veiller sur S^nt-Cyr , je parlç par rapport à vos filles^ Je ne crains pias de vous dire, luadame, qu'il faut encore plus craindre la eoatagioQ des singularités et le goût des choses extraordinaires (si on les souffre chez quelques-unes de vos filles , car tout se fait par imitation à Saint-Cyr) que de faire quelque légère peine à vos confesseurs en réformant leurs décisions dans les choses qui sont plus du ressort des supérieurs majeurs que du tribunal de la pénitence^
D£]tfANP£.
Je ne cesse d'attaquer cet amour des révélations , des e^itases , en un mot des voies extraordinaires,
RÉPONSE
Vous ne devez , madame^ jamais vous y relâcher \ il faut éviter toutes les lectures qui peuvent nourrir ce goût singulier.
DEMANDE
Je Youdrois ici une piélé solide , simple et droite.
RÉPONSE
Cest là Tesprit de votre maison *, il convient à Té* ducation de vos demoiselles ; tout le- reste est sujet à rillusion et à d'étranges tromperies.
DEMANDE
Je m'oppose aussi à de petites unions pour la piété qui commencent par dévotion , et deviendroient des cabales, ou du moins des particularités.
RÉPONSE
C'est la raison de la charité commune ] vous ne sauriez, madame , soutenir la communauté qu'en détruisant les particularités.
DEMANDE
J'ai toujours regardé comme un bien le peu de cas qu'on a fait de ma sœur Provost ', qui a certainement une piété et des maux extraordinaires.
RÉPONSE
Je n'ai jamais fait cas de ce qu'on m'a dit de la
' C'était une sœur converse qui était accablée de grandes inflrmitéSy et qui vint tout à coup à perdre la vue ; pendant trois mois elle ne put marcher sans guide, puis un jour qu'elle corn* muniait, elle sortit du guichet de la communion en voyant clair. Toutes les religieuses crièrent au miracle, chantèrent un Te Deum, demandèrent à yp^ de Maintenon d'en parler au Roi ; elles voulaient qu'on en fit une relation écrite; mais celle-ci, après réflexion, jugea plus à propos de ne rien faire de particulier touchant cet événement^ qui après tout, disait-elle, pouvait être un simple effet de la nature.
guérison miraculeuse de cette fille; on m'a dit même une fois une de ses maladies prétendues qui m'a mis en garde contre tout ce qu'on rapportoit de cette fille. Le secret est de mépriser tout ce qui paroit extraordinaire dont on ne voit ni la sûreté ni l'utilité.
DEMANDE
Je dis à nos Dames que tout est prématuré à Saint- Cyr et qu'il n'est pas temps de vouloir des miracles, que nous leur permettrons d'examiner ce que Dieu fait en elles quand elles l'auront servi quarante ou cinquante ans dans les voies communes.
RÉPONSE
Je suis parfaitement de votre avis.
DEMANDE
Marquez , monsieur, ce que nous faisons de bien ou de mal ; ne craignez rien de notre indiscrétion à regard des confesseurs et directeurs; nous parlerons toujours comme nous avons fait , mais nous tâcherons d'amener nos filles tout doucement dans le chemin approuvé par leur évêque.... Ma sœur de Bouju vient me trouver dans mon oratoire ; elle étoit tout éplorée , me disant que dans son oraison et partout , Dieu lui disoit que j'allois mourir. Elle prend tout par inspiration. Je me mis à rire et lui promis de me mieux porter le lendemain.
RÉPONSE
Tâchez très-sérieusement , madame , de vous mieux porter , et de soutenir le poids de la vie le plus longtemps qu'il se pourra pour les bonnes œu-
502 Lerrus bistouques et édifiantes.
vras que vous avez encore i laire et pour nous conserver le Roi '.
tft septembre 1697.
Nous sommes ici dans un étrange état \ des courriers de traverse disent que la paix est faite avec des circonstances qui rendent cette nouvelle invraisem^ blable'. Cependant , le Roi ne la reçoit point par ses plénipotentiaires ; je n'ose donc m'en réjouir, et je ne puis vous parler d'autre chose. La princesse a lu votre lettre au Roi et lui a fait vos excuses avec une bonté et un intérêt admirable *. Je ne fermerai cette
* Cette eonsultatioD si intime et si remarquable par la droiture et la simplicité des peni^ ne se tco\i¥e dans aucun des recueils que Ton donnait à lirç aux Dames et f|ux demoiselles de Saint- Gyr ; elle est seulement dans un petit manuscrit fort mal écrit et non achevé, qui a appartenu probablement à ane dea supérieures de la maison de Saiut-Louis.
* Litres utiles,^ 1122.
> Le premier traité de Ryswick, avec TAngleterre et les Provinces-Unies, fut signé le 20 septembre.
^' Ces ei^cfkses furent j^ésentées à l'occasion d'une faute ç^ihmise par les Dames de Saiot-LouiSj^ et qui avait excité une vive irritation dans Louis XIV. Un évéque de Biois fut sacré à Saint- Cyr, et eomme on avait dressé des échafaudages dans l'église i)onr la cérémonie, il abandonna aux Dames les planchas ^t pour très qui avaient servi à les élever. Celles-ci acceptèrent par oubli de leurs lettres de fondation, qui leur Interdisaient de prendre aucun don que des rois de France. M<°^de Maintenon leur en fit de vifs reproches, et il fallut l'intercession de la petite duchesse de Bourgogne pour apaiser la colère du Hoi, colère motivée non par Taçte lui-même, mais pour les conséquences qu'il pouviMt avoir.
lettre que le plus tard que je pourrai, afin de vous mander la bonne nouvelle si nous la recevons. ' La princesse veut aller dîner demain au milieu de ses rouges. Il faudra donner ce Jour-là des nappes et des serviettes blanches , et que tout soit bien net : j'aurai soin du reste.