Le prince Louis-Napoléon
cela n'est pas étonnant, vous êtes certainement l'un de hommes les plus occupés de France, quoi que dise Ghangarnier de la position de gouverneur général, lorsqu'il demandait où je pouvais passer mon temps ; et moi, mon cher général, je suis malade depuis cinq mois d'une fièvre quotidienne et d'une douleur de tête intolérable parfois.
Et puis je respectais votre temps; quand on est gouverneur généra], on on a pas à donner beaucoup aux correspondances purement sociales.
Toutefois je ne veux pas laisser entièrement s'éteindre les bonnes relations qui ont toujours régné entre nous; mais vous avez soin de les entretenir par les attentions bienveillantes dont vous entourez M""' Feray. Vous êtes excellent pour elle, mon cher Charon, et nous en sommes bien reconnaissants. Ma femme veut que je vous le dise de sa part avec toute l'expression possible.
Vos nouveaux colons doivent occuper votre sollicitude bien plus que vos clubistes d'Alger. Ce doit être une rude besogne que la création de tant d'établissements à la fois. Les motionneurs d'Alger et de France ne se doutent guère des difficultés qu'il va; ils s'imaginent qu'il n'y a qu'à lâcher les hommes sur la terre comme des lapins pour qu'ils vivent. Cette population qu'on vous envoie doit être bieiî mauvaise pour l'objet. Je crois qu'elle coûtera beaucoup phis qu'on ne pense, parce qu'il faudra l'aider longtemps. Vous m'obligeriez de charger quelqu'un de me donner quelques notes sur cette population, comme aussi sur la marche de ses établissements ; outre que je suis bien aise d'être un peu au courant, cela peut m'ôlre utile dans la discussion.
Vous savez à présent que j'ai été élu représentant par le département de la Charente-Inférieure avec les 5/6desvoix. Je l'aurais été aussi dans l'Yonne, si je ne m'étais pas désisté pour faire place à M. Delessert. Me voilà donc lancé de nouveau sur cette mer orageuse. Ce n'est pas par goût, je vous assure; j'aurais bien préféré la retraite; mais, dans
DU MARÉCHAL BUGEAUD (1848i 343
les temps où nous vivons, où peut-on jouir de quelque calme, de quelque sécurité? et puis, quand on a quelque énergie, quelque bon sens, n'est-ce pas un devoir que d'entrer dans la liilte, pour tâcher de sauver le pays des dano-ers dont il "-' nifn:"»^ par no> barbares et absurdes réformateurs ?
Je pars dans deux jours pour me rendre à mon poste, je k.gerai quai Voltaire, 21 : je vous prie de donner mon adresse à Rivet et de lui dire que je me plains de ce qu'il ne m'écrit plus, et qu'il ne me vient plus de cahiers. M'a-t-il donc oublié?
Adieu, mon cher Charon ; que Dieu vous donne de la
santé pour mener à bien votre grande mission. Croyez à
tous mes bons sentiments.
Maréchal B. d'Islv.
Les archives de la Guerre contiennent la minute suivante : A Monsieur le Maréchal Bugeaud.
Monsieur le Maréchal, J'ai l'honneur de vous annoncer que le Président de la Répu- ; lique, par arrêté du 20 décembre, vous a nommé au commandement en chef de l'armée des Alpes.
■■:■'-' --riforme à l'ancien protoc-'-^ ^'•■
A Monsieur le général Churon, I gouverneur gé"'-"^ "'" V Algérie.
Mon cher général.
Je porte ' le plus vif intérêt au capitaine d artillerie Ausreraud -. oharçré de la direction des atîaires arabes à
1. Lettre écrite par le capitaine Troclm et sienée par le maréchal.
2. Augeraud (Charles), né à Excideuil en 1813. mort en 1S79. Élève à l'École polytechnique en 1833, lieutenant au 14' dartillerie en 183s, il V.1 en Algr'rie en 1S40 et, en 1853. il est officier d'ordonnance du gouverneur général de l'Algérie et capitaine le mois suivant. Chef de
Bougie, et qui n'a cessé de rendre dans celte importante spécialité des services très appréciés par le gouvernement de l'Algérie. Cet officier, quelque méritant qu'il soit, n'a aucune récompense à attendre, comme avancement, de la part du comité de son arme, qui voit au contraire avec déplaisir les officiers d'artillerie sortir de la spécialité canonnière.
Il serait pourtant injuste et impolitique de ne pas encourager les sujets qui se vouent à l'administration de la conquête, et j'ai fait de grands efforts, pendant toute la durée de mon gouvernement en Algérie, pour l'aire entrer ces officiers avec avancement dans la légion étrangère ou les troupes indigènes.
C'est dans ces vues, que vous partagez, j'en suis sûr, que je recommande instamment le capitaine Augeraud à votre bienveillance. L'occasion se présentera probablement pour vous de faire des propositions de ce genre, et je serais très heureux que vous voulussiez bien y comprendre mon protégé. Il mérite de devenir le vôtre par son zèle, ses bons services et un caractère des plus honorables.
Recevez, mon cher général, l'assurance de mes sentiments affectueux et dévoués.
Maréchal B. d'Isly.
A Monsieur Noël Festugiere.
Paris, le 6 janvier 1849.
Mon cher Noël,
Je ne vous dirai rien de la politique, attendu que je ne suis pas plus au courant que vous. Je suis à la campagne depuis trois jours pour me soustraire aux solliciteurs. Les choses dans les détails ne vont pas absolument comme nous voudrions; mais jusqu'ici nos affaires se sont singulièrement
bureau arabe de Bougie en 1845 par ordre du gouverneur général. 11 n'est chef d'escadron qu'eu 1853. Colonel en 1861 et en 18"0 général de brigade commandant la subdivision de Sétif.
améliorées dans les grandes choses. La question financière et la question extérieure sont épineuses; nous aurons encore de grands embarras ; mais c'est beaucoup que d'avoir arraché le pouvoir aux mains indignes et ineptes qui le tenaient ; la force publique est en bonnes mains, l'administration s'épure, c'est beaucoup.
Adieu, mon cher Noël; mille amitiés à toute la famille. Ne m'oubliez pas près de MM. Gugy, Campan et autres. Dites-leur que je me considère toujours comme le candidat de Bordeaux. De toutes parts on m'écrit que je suis l'espoir de la France; il est donc utile d'augmenter mon crédit, en me faisant élire par cette grande cité.
Mille amitiés. Maréchal B. d'Isly.
Paris, 28 janvier 1849.
Monsieur le Maréchal,
Dans' le Conseil des ministres, en présence de M. le Président de la République, il a été décidé que vous partiriez le plus tôt possible de Paris pour vous rendre à votre quartier général, à Lyon. Veuillez bien prendre des dispositions en conséquence.
J'ai Ihonneur de vous prévenir en outre. Monsieur le Maréchal, qu'une division de votre armée sera rapprochée incessamment de Bourges, afin d'être prête à tout événement; on donnera pour motif de ce mouvement le procès qui doit être jugé dans cette ville.
Je vous prie de m'accuser réception de cette lettre.
Agréez, Monsieur le Maréchal, l'assurance de ma liante considération.
Le ministre de la Guerre, Général Rullikre.
Paris, 28 janvier 1849.
Mo.VSIEUR LE MINISTRE^.
J'ai ^l'honneur de vous accuser réception de l'ordre que vous venez de m'adresser.