‹ Lettres inédites (1808-1849);Chapitre 12 sur 125 · Arch. adm. de la Guerre · texte numérisé non relu

Arch. adm. de la Guerre

2. Bouvard (Jean-Louis-Éloi), né le 1" décembre 1768. à Gorancez (Eure-et- Loire), sous-lieutenant au bataillon de Loir-et-Cher eu l';92, capitaine dans la garde royale de Naples en 1806. Rentré au service de France en 1814, il commande le 14' de la jeune garde et est nommé général de brigade. Disponible à la seconde Restauration, il est ensuite retraité.

DL MARÉCHAL BUGKAUD ISi.'i 39

ies circonstances actuelles le lui commandent; et il espère que

dans ce moment le général Curial conclut avec M. de Bubna.

Je vous salue avec attachement.

Le chef d' État-Major,

Saim-Cyr-Nugues.

Il est parti des cartouches t- 1 le bataillon de grosy peut vous envoyer un renfort, sans cependant dégarnir le point dont il est chargé.

Uoanue, le 26 juillet 1813.

Mon cher d'Esclaibes,

Je vous écris pour la quatrième fois depuis cette dernière révolution sans que vous ayez daigné me répondre. Je n'ai su de vos nouvelles que par Dufour. Je commence à croire avec la plus grande peine que l'esprit de parti vous a fait oublier un ami qui vous aime, quelle que soit votre opinion. L'attachement que je vous ai voué est indépendant des révolutions politiques.

J'aime à me persuader, malgré votre silence, que vous n'apprendrez pas sans intérêt quelques détails sur ma courte campagne à l'armée des AJpes. Le 14% que jadis vous appeliez votre régiment, en a fait presque tous les frais et mérite toute votre estime pour ce qui regarde le combat.

Le 15 juin, je fus chargé de l'attaque de gauche sur la ligne piémontaise. A deux heures du matin, j'çnlevai à Sainl-Pierre-d'Albigny (rive droite de l'Isère) un poste assez considérable. Je fis i 00 prisonniers. Je remontai l'Isère et, à hauteur de Tournon, je rencontrai le régiment de Piémont et le bataillon de chasseurs Robert. Cette colonne était de 1.600 hommes. Je parlementai un instant avec elle pour engager les soldats piémonlaisà nous recevoir comme des frères. Ils répondirent à ma harangue par une décharge qui fut le signal de notre attaque et de leur déroute. En une heure de combat ils furent dispersés, laissant en notre pouvoir iOO morts ou blessés et 160 prisonniers.

Le 23, je tombai de nuit sur le cantonnement de Mous-

tier, qui était de 300 hommes. Je fis 106 prisonniers. Il s'échappa fort peu de monde. Plusieurs Piémontais, membres de la Légion d'honneur, furent trouvés parmi les morts et les prisonniers, ce qui me fit grand mal au cœur.

Les Autrichiens n'avaient point encore paru ; mais, apprenant nos malheurs, ils s'empressèrent de descendre du sommet des Alpes, où se trouvait leur avant-garde depuis plusieurs jours. J'occupais l'Hôpital et Conflans. Le 27, je fus renforcé d'un bataillon du 20*^ et de 2 pièces. Ma force était de L600à 1.700 hommes. Le 28, à quatre heures du matin, je fus vivement attaqué par 2.000 Hongrois ou Croates qui avaient lourné la position que j'occupais la veille, mais que j'avais quittée pendant la nuit, n'y laissant que quelques postes. Ils se reployèrent par le pont et furent bientôt suivis par les Autrichiens, qui croyaient déjà avoir tout vaincu. Je les laissai s'engager dans la ville et, lorsque je jugeai qu'il y en avait assez, je fis dans la grande rue une charge à la baïonnette avec les trois compagnies de grenadiers, appuyées par le reste en colonne serrée. Jamais charge n'a été plus vigoureuse. Après une décharge (à deux balles dans chaque fusil), ils ont été joints à la baïonnette, culbutés et jetés à la rivière, où ils se seraient tous noyés si elle eût été profonde. Il s'en retira fort peu par le pont. Le résultat fut 400 prisonniers et 5 ou 600 morts ou blessés.

Voilà donc la colonne accessoire battue avant l'arrivée de la colonne principale. Celle-ci ne tarda pas à paraître et dirigea son attaque par le gué qui se trouve presque au continent de l'Arly et de l'Isère. Elle menaçait ainsi notre communication avec Chambéry. Je laissai passer environ 1.500 hommes que je chargeai avec huit compagnies et 30 chasseurs à cheval du 10". Cette charge fut encore plus meurtrière que celle de la ville, mais nous ne fîmes qu'une centaine de prisonniers. Le reste périt en grande partie par le feu ou en repassant la rivière. L'ennemi déconcerté dirigea le feu de son artillerie contre la ville, où étaient les grenadiers. Les obus incendièrent plusieurs maisons. Lors-

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qu'il crut que nous étions assez démoralisés, il tenta avec furie le sort d'une nouvelle attaque. Les Piémontais, cette fois, étaient en tête de colonne; ils furent tout aussi bien reçus que les Autrichiens. Les grenadiers de Piémont et Montferra furent détruits.

Le général Trenk renonça à toute attaque et s'établit sur le coteau de Contlans. J'attendais par ma gauche un bataillon du 67*. J'évacuai la ville pour engager les Autrichiens à l'occuper et pour les y charger, aussitôt que le 67® paraîtrait. J'avais alors une supériorité morale qui me permettait de tout entreprendre. La ville ne fut occupée que par un bataillon ; le reste des troupes ne passa pas sur la rive droite.

Aussitôt que j'aperçus le 67' qui descendait des montagnes, je fondis sur l'Hôpital. Nous y trouvâmes le bataillon débandé et pillant. Les soldats étaient si enragés qu'ils ne voulurent pas faire un prisonnier : presque tous les soldats de ce bataillon furent tués dans les rues. Dès ce moment, je résolus de prendre l'oflensive. Je fis mettre sacs à terre à mes compagnies déliteet au bataillon du 67*. Je faisais une fausse attaque au-dessous de la ville, pour favoriser le passage qu'allaient faire plus haut les troupes sans sacs, et j'allais moi-même me lancer par le pont avec dix compagnies, lorsque le chef de bataillon Mekenheim m'apporta l'ordre formel de suspendre les... {La fn de la lettre n'est plus dans les archives de la famille d'Esclaibes.)

A Monsieur d'Eselaibes, chef de bataiUon^ gouverneur de la place de Phalsbourg [Haut-Rhin] .

Clei^mont, le 6 septembre 1815.

Enfin, mon cher d'Eselaibes, j'ai reçu une lettre de vous. Je ne puis vous exprimer le plaisir qu'elle m'a fait. Je commençais à désespérer etje croyais qu'il fallait renoncer pour toujours à votre amitié. Qu'il m'est agréable de voir se dissiper celte crainte !

J'approuve vos sentiments, et votre conduite est digne de l'idée que je m'étais faite devons. Vous avez conservé avec fermeté votre manière de voir et vous n'avez rien fait contre l'honneur. Voilà comment devraient se conduire tous les amis du roi, mais combien j'en connais qui ont ménagé la chèvre et le chou. Quant à moi, mon ami, j'ai pris une moins bonne direction que vous, mais je l'ai suivie avec vigueur et franchise.

Votre régiment dans peu de jours ne sera plus. Nous travaillons au licenciement. Je suis vivement affligé de me séparer de ces braves gens, qui m'ont donné tant de preuves d'afîection et de dévouement. Vous les aimeriez à la folie, si vous les aviez vu se battre. Ils étaient pour tout, les modèles de l'armée. Les autres colonels en convenaient.

Je suis bien aise de ce que vous me dites des Russes, y desco ^ mucho que lo pagiien los otros, pero no puedo imaginar como lo han de pagar. Por dios de me Vd. algunas explicaciones quel dia de realisarse talpronostlco, se?'ia el mas hermoso de mi vida. Los primeras son muy a temer, pçrque es cierto que su politica ha sido siempre de acercarse del me'dio dia. Pero salgamos privfiero deste apuro, con ayuda dellos y despues veremos que partido se ha de iomar con este torriente que corre del polo artico al antartico.

Le dépôt, la comptabilité du 14* doivent être versés dans la légion de la Côte-d'Or. En attendant que nous puissions nous rendre à Dijon, on nous envoie à Sarlat (Dordogne). Je pense que j'y serai à la iin de septembre. Je serai tout près de ma famille.

Je présume que je ferai incessamment un voyage à Pa-

1. Je désire beaucoup que les autres le payent, mais je ne peux pas imaginer comment il faut payer. Pour Dieu, donnez-moi quelques explications ; le jour où se réaliserait un tel pronostic serait le plus beau de ma vie. Les premiers sont très à craindre parce qu'il est certain que leur politique a toujours été de se rapprocher du midi. Mais sortons d'abord de cet embarras avec leur aide et ensuite nous verrons quel parti il faut prendre avec ce torrent qui court du pôle arctique au pôle antarctique.

ris, c'est-à-dire vers la fin d'octobre. J'aurai soin de vous en prévenir. Je serais enchanté que nous puissions nous entendre pour nous y trouver ensemble.

Je pense bien que je n'aurai pas de légion. M. le maréchal Suchet aura pu me recommander, mais sa recommandation est-elle bonne ? Il fait tout ce qu'il peut pour se remettre en cour.

Qu'est devenu le général Valée? Vous ne me parlez pas de vos projets. J'espère que vous allez reprendre l'épée. Moi, mon ami, j'aurai bien de la peine à l'abandonner. Les succès que j'ai obtenus sur les Autrichiens et les Piémontais m'attachent encore davantage à un état que je faisais déjà avec passion. Mais puis-je espérer d'être employé? Non, assurément. Il faudra donc vivre dans un coin et passer sa vie à tuer des lièvres. Si j'étais capable de servir un autre pays que le mien, je suis bien sûr que M. de Bubna ' me ferait entrer dans l'armée autrichienne, car mon régiment jouit dans son armée d'une grande réputation ; mais, pour que je prisse un pareil parti, il faudrait que l'on me perséculàt en France.

Dites-moi comment je puis vous envoyer un ou deux exemplaires de mon ouvrage sur les manœuvres, qu'on m'a fort mal imprimé à Lyon, pendant que j'étais à Chambéry?

Donnez-moi une adresse fixe.

Vous pouvez m'écrire à Clermont jusqu'au 20 septembre, après quoi vous m'adresserez à Sarlat, si je ne vous donne pas d'autre adresse. Adieu. Tout à vous.

BuGEAUD.

Bien que persécuté pendant quinze ans dans son pays, Bugeaud n'a jamais ofîert son épée à l'étranger.

1. Bubna-Littiz (Ferdinand, comte de), général autrichien (1""2- 1823). Cadet dans un régiment d'infanterie à seize ans, il fut attaché plus tard à l'état-major de l'archiduc Charles qui l'envoya en Italie auprès de Souvarow. Feld-Maréchal après Wagram, il commanda un corps d'armée à Lutzen, à Bautzen, à Dresde et à Leipzig.

A Son Excellence Monseigneur le mare'chal duc de Bellune, président delà commission chargée de V examen des officiers de V armée .

Excideuil, dOoctobre 1815.

Monseigneur ^ ,

Je ne prétends ^ point me justifier complètement aux yeux du roi d'avoir servi pendant l'interrègne sous les drapeaux de Napoléon. Cette tâche serait trop difficile, mais si quelque chose peut atténuer ce qu'on peut trouver de blâmable dans ma conduite, ce sont les circonstances critiques dans lesquelles je me suis trouvé.

Je vais avoir l'honneur de les détailler à Votre Excellence.

Je partis d'Orléans avec mon régiment le 4 mars pour me rendre à Lyon, où devait se réunir un corps sous les ordres de Monsieur, comte d'Artois. Nous apprîmes à Montargis le débarquement de Napoléon. M'étant aperçu que les bourgeois entraînaient mes soldats dans les cabarets pour leur parler de Bonaparte et boire à sa santé, je fis rappeler et lire l'ordre suivant : « Soldats, on prétend que Napoléon a débarqué à Fréjus. Cet événement serait funeste à la France si elle n'avait pas de soldats fidèles à leurs serments et à leurs devoirs. Vous n'écouterez pas, j'en suis sûr, les séductions que quelques malveillants pourraient diriger contre vous. Vous avez trop d'honneur pour abandonner des drapeaux que vous avez juré de défendre. Je compte sur vous comme sur moi-même ; nous ferons notre devoir en toute occasion. Vive le roi î »

J'eus ensuite un long entretien avec les officiers. Je leur traçai une conduite toute conforme à la fidélité que nous avions jurée au roi. J'ordonnai des patrouilles et je défendis d'aller dans les lieux publics.

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