Archives Feray-Bugeaud d'Isly
plutôt, les bonnes relations de votre consul avec les démagogues vous faciliteront cette entreprise.
Ceux qui intriguent auprès de Louis-Napoléon pour qu'il se proclame empereur sont bien fous. Il n'y a qu'une bataille gagnée sur les socialistes et les rouges qui puisse amener cela ou la dictature.
Vous me parlez toujours des articles de V Assemblée nationale et je ne recois pas encore ce journal ni le Constitutionnel, malgré les prières que je vous ai adressées.
Je vous ai déjà informé hier des tristes nouvelles de Rome. Hélas ! il paraît bien vrai que nous avons perdu ce pauvre Fabar; je ne puis vous dire à quel point j'en suis navré. J'ai eu grande envie de pleurer en lisant aujourd'hui dans le Constitutionnel d\\ 5 un article de lui.
Je suis bien aise d'apprendre que vous avez enfin mon manuscrit sur la guerre des rues, je vous prie de me le garder soigneusement pour que je n'aie pas la peine de le refaire.
Le budget de la Guerre a été moins maltraité que je ne le craignais.
Oui, M. de L. est bien étrange pour qui ne Tapas étudié de longue main.
Un M. Veillan, l'un des fondateurs àeV Union électorale, me dit que le résultat connu des diverses sections me place dans les six premiers. Je sais bien que ni vous, ni de Bar, ni Pinoleau et quelques autres ne se bornent pas à faire des vœux pour moi.
Je me trompais, c'est votre lettre du 5 que j'ai reçue en même temps que celle du 4.
Ces cris de quelques compagnies de la garde nationale, lors du défilé, sont d'un bien mauvais signe.
Si les deux sous-officiers dont vous me parlez n'avaient d'autre tort que d'être portés candidats par les rouges, c'est une faute de les avoir rais en prison, il fallait attendre, pour prendre un parti, après l'élection. Leur délivrance par leurs camarades est en effet une chose très grave. Nous sommes an milieu d'un affreux guêpier, il faut sa\^ir dis-
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simuler quelquefois ; en sévissant trop et sans discernement, on aggrave le mal.
Le fait est que, si le débordement de la presse peut continuer, ainsi que tous les autres dissolvants, nous marchons vite à une catastrophe. La propagande qui s'adresse aux passions fait plus de progrès que celle qui s'adresse à la raison. Cela ne doit pourtant pas nous empêcher de faire tout ce que nous pourrons pour atténuer le mal, fais ton devoir, advienne que pourra. Quant à moi, je vous le déclare, j'aimerais beaucoup mieux que la guerre ouverte fût commencée entre la société d'une part et les démolisseu; s de l'autre. Il est par trop poignant de se voir démolir peu à peu sans pouvoir se défendre.
J'ai lu la plaidoirie de Chaix d'Est Ange, il a réellement mis au pilori M. Marrast. Il était bien temps qu'il fût puni par la loi du talion.
Vous dites que de mémoire d'homme les soldats <h\ peuple n'ont jamais effleuré l'épiderme du soldat français. Sachez que les soldats du peuple, derrière les barricades et les créneaux, valent presque les meilleurs soldats; quand on ne court aucun danger et qu'on peut viser à son aise des troupes à découvert, il n'y a pas un grand mérite à en tuer. Nous avons appris à l'Europe entière nos principes démagogiques et les barricades.
On parle depuis si longtemps de l'arrivée des Russes au secours de I* Autriche que j'ai peine encore à y croire pour cette fois.
Ce n'est pas moi qui ai fait la brochure de Jean Chabrol, c'est Galvimont, pas vrai qu'elle est bien piquante ? j'en ai recommandé une autre à la rue de Poitiers ; elle est excellente ; mais, comme son style en est très élevé, elle n'est bonne qu'à mettre entre les mains des ofGciers ; elle est intilulée: Le Socialisme et l'Arriiée, elle est faite probablement par un militaire qui habite Chartres ou les environs.
Mille amitiés.
Maréchal B. dIsi.y.
Lyon, 9 mai 1849.
Mon cher Genty,
Je reçois encore à la fois deux lettres de vous du 6 et du 7 ; j'ai peu de choses à vous dire sur celle du 6 : rien ne m'étonne dans les excentricités d'E. de Girardin ; c'est comme cela qu'on perd les nations. Quant à L., il est trop peu consistant pour faire beaucoup de mal.
Je suis heureux que l'on rende justice à ce brave et vigoureux Cartier ; faites-lui mes compliments quand vous le rencontrerez.
J'ai reçu une lettre d'Oudinot, qui confirme la mort de ce malheureux Fabar ; je serai longtemps à m'en consoler.
Les propos de salon que vous m'avez rapportés m'ont profondément indigné.
Se retirer, dit-on, devant les soldats du Pape, quelle honte 1 Et voilà comment juge l'élite de cette population qui se dit la plus spirituelle du monde! Je ne sais si elle a plus d'esprit que les autres ; mais je sais bien qu'elle est dix fois plus insensée et plus injuste. Est-ce devant les soldats du Pape que nos soldats se sont retirés? non, c'est devant des barricades inexpugnables et des murailles crénelées. La preuve que les Romains ne leur sont pas supérieurs, c'est qu'ils ne les ont pas attaqués dans leur retraite et qu'ils sont établis tout près de Rome, sans qu'on les attaqae.
Est-ce la faute de nos soldats, si on les a jetés contre des obstacles insurmontables, quand on n'a que sa poitrine et sa baïonnette ?
Les meilleurs soldats de l'Empire, les meilleurs troupes anglaises auraient éprouvé le même sort. J'ai vu sous l'Empire plusieurs faits de ce genre produits par des chefs sans bon sens.
A Girone, on fit donner l'assaut à une brèche impraticable entre deux bastions dont les feux n'avaient pas été
éteints : nous fûmes repoussés, malgré des efforts inouïs de courage et nous laissâmes huit cents cadavres devant la brèche. A Sagonte, nous avons exactement éprouvé le même échec et par la même cause. A la première attaque sur Saragosse, Lefebvre-Desnouettes eut 4.000 hommes hors de combat, pour avoir voulu enlever d'assaut des rues barrées et des maisons crénelées. Dans le second siège, cinq mois après, nous avons mis cinquante-trois jours pour prendre le tiers de la ville qui eût tenu encore deux mois, si la garnison et les habitants n'avaient été atteints d'une fièvre typhoïde qui en emportait 300 par jour.
A Waterloo, la seule ferme d'Hougoumont, défendue par 800 Écossais, a usé quatre régiments français et on ne l'a pas prise, ou du moins on n'a pas pu s'y maintenir. Je pourrais vous citer cent autres exemples de cette nature, où la bravoure des soldats a été horriblement prodiguée contre des obstacles qu'il ne fallait pas braver.
Dites donc cela à vos habiles juges de salon, et qu'ils cessent de calomnier la bravoure française : il ne suffit pas que des troupes soient braves, il faut qu'elles soient conduites par des hommes qui entendent la guerre. Quand c'est le contraire qui a lieu, quand on les lance contre des positions imprenables avec les seuls moyens de l'infanterie, leur bravoure ne sert qu'à décupler leurs pertes.
Croyez-vous que si le 33* et quelques autres fractions de corps n'avaient pas été si braves, ils auraient perdu tant de monde?
J'ignorais que Pinoteau fût sur la liste de la Charente. On est enfin d'accord dans la Dordogne. Magne a fait preuve d'abnégation ; j'espère qu'on l'en récompensera un peu plus tard.
Je crois vous avoir dit qu'à Lyon j'avais retiré ma candidature pour faciliter la conciliation entre les partis. Tous les comités de l'ordre sont venus me déclarer que, si je voulais m'engager à opter pour Lyon, j'aurais l'unanimité des suffrages; malgré mon refus, une grande majorité
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voulait encore me porter ; je les ai engagés à y renoncer, et je. suis parvenu à faire porter à ma place le général Lebon-Desmottes *.
L'intervention des Russes paraît enfin réelle; ils doivent être bien près aujourd'hui d'entrer en action; il est à croire que cela changera promptement la face des choses; l'empereur Nicolas montre en cette circonstance une grande prévision ; le fait est que c'était sa cause qui se débattait en Hongrie. Si les deux souverains joints à la Prusse sont habiles, ils ne déposeront les armes qu'après avoir écrasé toutes les têtes de l'hydre.
Avez-vous lu dans le Coisaire un article sur la colonisation de Conslantine? Les socialistes y sont peints par euxmêmes sous leurs véritables couleurs ; ils ont dit leur mot : Nous ne nouions pcis travailler. Ce fait est plus significatif que tous les livres que nous faisons. Les socialistes de la province de Constantine avaient trouvé, par bonheur, la réalisation de toutes leurs prétentions chimériques : ils veulent leur part de la terre, on leur donne beaucoup plus que leur part, ils veulent leur part du capital, l'État dépensera pour chacun d'eux six ou huit mille francs, c'est encore plus que leur part; ils veulent le droit au travail, on leur met dans les mains tous les instruments du travail ; ils veulent la fraternité et l'assistance, leurs frères les soldats travaillent pour eux comme des esclaves, et l'assistance est si large qu'on leur donne sur les trésors de l'État tout ce qui leur est nécessaire, même les layettes pour leurs enfants. Eh bien ! ils no sont pas encore contents et ils disent ; Nous ne voulons pas travailler. Ils font plus, ils ne
1. Lebon-Desmottes (Louis), né le 21 mars 1789 à Maubeuge, mort h Verdun en 1832. Gendarme d'ordonnance le 27 décembre 1806, vélite aux chasseurs de la Garde le 24 novembre 1807, sous-lieutenant au 19" chasseurs à cheval en 1809, il y devient capitaine en 1813. Colonel du 2* carabiniers en 1838, maréchal de camp en 1846. Il commandait la 3'' brigade de la division de cavalerie dans l'armée des Alpes depuis le 10 avril 1848, lorsqu'il quitta ce poste, le 20 décembre 1849. Général de division en ISol.
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veulent pas laisser travailler les autres : n'est-il pas évident que ce sont des fous furieux, à qui il faudrait mettre des camisoles de force et administrer des douches?
Le capitaine Saget ra'arrive d'Algérie ; dans les colonies de cette province, il y a moins de socialistes, mais ils sont exactement comme ceux de Conslantine ; ils ne veulent rien faire et ne peuvent vivre avec personne. Us sont d'une insolence parfaite envers les officiers qui sont chargés de diriger leurs travaux d'établissement. A chaque instant on est obligé d'en incarcérer, tant ils sont violents.
Engagez donc un journal à s'égayer sur ces déiaiis . uu ne peut faire une meilleure démonstration.
Adieu, mille amitiés. Maréchal B. d'IsLV.
P. -S. 'Vous me donnez d'assez bonnes nouvelles des élections de Paris ; d'autres lettres sont moins rassurantes.
Lyon, le 12 mai 1849.
Mon cher Genty,
Cette ' lettre vous arrivera au milieu du feu électoral , je fais des vœux pour que vous éliminiez ces hommes qui ont un pied dans un camp, un pied dans l'autre, qui ne vous font aucune concession et qui s'accommodent fort bien des vôtres. Puissiez-vous les remplacer par le général de Bar et quelques autres hommes sûrs.
La séance du 7 est ignoble, indigne, antifrançaise : elle dévoile plus que toute autre chose le degré de dépravation auquel beaucoup d'hommes sont tombés. Que faire pour régénérer une nation dont une grande partie n'a plus de patriotisme et a remplacé ce noble sentiment par une ambition basse et insipide? Nous avons vu ce jeu d'ambition effrénée dans les parlementaires de la monarchie de •Juillet. C'était moins coupable, parce que le danger était éloigné ; mais, lorsque nous sommes chaque jour menacés par des périls inouïs dans notre histoire, ourdir une in-