M"" Sermensan
nu MARÉCHAL BUGEAUD (i8t6' :.T
touché son âme par plus d'un côlé. Je suis persuade qu'il me servira avec chaleur.
Il est impossible, mon ami, d'être plus circonspect que je n'ai été depuis ma rentrée dans mon déparlement, et cependant je n'ai pu éviter la calomnie. On a mal interprété jusqu'à mon silence. Les royalistes exagérés m'ont fait beaucoup de tort dans lesprit du préfet et autres. Les exagérés du parti contraire m'en ont fait aussi en s'autorisant des opinions qu ils me supposaient. Je n'ai fréquenté ni les uns ni If^- •.hIp"- .. i.-,-.^ que je nK'prise l'exagération.
Je pense comme vous que la b'gitimité est la première garantie du repos de la Fi-ance, et je conviens aussi qu'il y a beaucoup de gens qui n'aiment pas les princes. On les accuse de n'être pas constitutionnels, de donner à la noblesse l'espérance d'un retour sur le passé, d'avoir envie de supplanter le roi, etc., etc. On va même jusqu'à dire qu'on a surpris une conspiration du comte d'Artois. Vous sentez que je suis loin de croire ces infamies. Si le cœur des princes ne s'y opposait pas, ce serait leur intérêt. Ils ne peuvent renverser la seule colonne qui les soutient sans s'exposera toute espèce de malheurs. Mais, mon cher d'Esclaibes, laissons les princes qui sont hors de notre portée et parlons de personnages moins respectables. Il est certain qu'il existe, parmi ceux qui se sont dit les plus grands amis du roi, un parti qui marche dans une direction tout à fait opposée à celle que suit le monarque. Pour lui, la Charte n'est point la loi fondamentale, il ne la considère que comme la manie d'un vieillard qui se laisse conduire par des jacobins, qui sont les ministres. Ce parti dissimule pour ses projets. Il y a un mois qu'il publiait que les ministres allaient sauter. Aujourd'hui, il dit que les ministres ont des systèmes qui perdront le trône et la patrie. Cependant ils ne paraissent suivre que la Charte qui ne peut être appelée un système. Par qui ces gens-là sont-ils étayés ? je n'en sais rion, peut-êli-p n'ont-ils d'autre appui que leur
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exaltation. Mais beaucoup de gens ne pensent pas comme cela.
Je présume bien que les troupes et surtout la garde sont constitutionnelles, c'est-à-dire qu'elles veulent ce que veut le roi.
Quant à moi, mon ami, je suis vraiment constitutionnel, je respecte infiniment l'ouvrage de Sa Majesté et je suis persuadé que lui seul peut assurer le bonheur de la France. Faites-moi vos réflexions sur tout ce chapitre de politique et fournissez-moi des armes pour combattre victorieusement ceux que j'entendrai calomnier nos princes.
Pensez- vous comme moi sur l'absolue nécessité du maintien de la Charte?
Dites bien des choses de ma part à d'Outremont et à Feuchères^
Je serais fâché que tout le monde sût les démarches qu'on fait pour moi.
Excideiiil, le 23 octobre 1816.
Je sais comme vous, mon cher ami, qu'une armée doit être essentiellement [obéissante, et je conviens qu'elle doit obéir au roi, quand même il ordonnerait des choses inconstitutionnelles. Cette obéissance est dangereuse pour la liberté des peuples; mais les inconvénients d'une armée délibérante sont bien plus grands encore. C'est aux Chambres, qui partagent le pouvoir, à réclamer en faveur de la constitution. Mais cette obéissance passive n'empêche pas les individus de cette armée d'avoir la liberté de la pensée et par suite une opinion fixe, qui peut influencer
1. Feuchères (Adrien- Victor, baron de), né à Paris en 1785, mort à Paris en 1857. 11 entra à dix-neuf ans à l'École militaire de Fontainebleau, fit les campagnes de 1806 et 1808, et fut nommé capitaine à l'étal-inajor de l'armée d'.Aragon, où il se distingua et fut cité à l'ordre da jour. Membre de la Légion d'honneur le 18 juillet 1S09, à la bataille de Tudela, il fut blessé à l'assaut du col d'Ordal et promu chef de bataillon. Général de division en 1843, député du Gard de 1846 à 1848.
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plus OU moins la société. J'ai donc pu, sans être ridicule, vous faire la question qui vous a étonné et qui vous eût paru bien moins singulière, si vous eussiez habité quelque temps au milieu d'une certaine société qui m'entoure, où il se trouve plusieurs gardes du corps. Je vous assure que la Charte n'y est pas en vénération. Dernièrement, dans une maison noble de mon voisinage, on l'appelait une manie de vieillard. Pour achever d'excuser ma question singulière, ie vous apprendrai que M. de Saint-Astier, officier des gardes (lu corps, arrivé de Paris au moment des élections, est accusé d'avoir apporté et distribué aux électeurs un pamphlet, tendant à faire douter de la volonté personnelle du roi, et recommandant de nommer tous les mêmes députés de la dernière Chambre.
J'ai le droit aussi de trouver étrange que vous me disiez : « Et vous répétez ces bêtises-là, mon ami ! » Est-ce que confier à un ami un bruit, une nouvelle, peut s'appeler répéter? Je vous assure que vous êtes le seul à qui j'ai parlé de cette infâme calomnie, et je me garderais bien d'en parler à tout autre.
Mon pays, je vous jure, n'est pas plus mauvais qu'un autre, et si quelqu'un y fait tort aux princes, ce sont les exagérés royalistes, qui appuient sur eux leurs ridicules prétentions et qui s'autorisent des propos qu'ils leur prêtent.
La masse de la population est bonne et très amie du roi, surtout depuis les derniers actes, qui prouvent sa volonté de maintenir la Charte.
Je crois d'autant plus facilement tout ce que vous me dites de nos princes, que je désire avec ardeur qu'ils aient toutes ces qualités qui en feront les dignes descendants d'Henri IV.
Je n'ai point eu l'intention de diminuer le mérite de M. de Polignac. Les situations et les sentiments romanesques ne conviennent qu'aux grandes âmes; d'ailleur.s j'ai commencé par vous dire que je n'étais pas étonné de
ce procédé, que je savais par Durand que M. de PJ avait l'âme et l'esprit élevés.-
Je suis bien reconnaissant, mon ami, de toutes les attentions que vous avez pour ma sœur et de tout ce que vous faites pour moi. Je vous dirai encore que je n'en suis pas étonné, car je me sens capable d'en faire autant pour vous.
J'ai attrapé une maudite fièvre qui me prive de la chasse dans le moment le plus propice.
J'espère que vous me direz les raisons qui vous font désirer que je quitte le Périgord, et j'espère encore plus que vous me procurerez les moyens de le quitter honorablement. Ce que vous me dites des dispositions de M. de P. me donne bon espoir. En attendant, je forme le projet d'accompagner ma sœur (M""' de S... ^) à Bordeaux, et d'y passer trois mois.
Adieu, mon cher ami, écrivez-moi souvent et croyez à mon attachement inviolable.
BUGEAUD DE LaPICONNERIE.
Excideuil, le 23 novembre 1816.
Cher d'Esclaibes, Hélène^ m'a appris vos amours ^ Votre démarche près de votre future est une véritable intrigue de comédie. Je vois avec plaisir qu'elle finira, comme celles-ci ont coutume de le faire, par un matrimonio qui, j'espère, fera votre bonheur en vous donnant une bonne compagne et de la fortune. Je suis bien aise que vous soyez plus heureux que moi dans vos négociations : les miennes traînent en longueur. La jeune personne est bien disposée, à ce qu'il me paraît, mais le père l'est fort peu. Il a engagé sa parole pour le fils d'une femme qu'il a beaucoup aimée.