Arch. adai. de la Guerre
moment. Je ne compte pas avec un ami comme vous ; quand vous ne m'écririez pas, vous recevriez de loin en loin pendant quelques années des lettres de moi.
Vous avez été malade, vous avez eu des peines. Je vous en plains ; je voudrais être près de vous pour vous aider à supporter le tout. Ma santé est toujours des plus robustes; mais ma femme et mes enfants ont été malades pendant huit ou dix mois. Ma femme surtout a failli périr. A peine est-elle remise d'une cruelle maladie qui a duré huit mois. Mon ami, quand nous souffrions à la guerre, nous étions disposés à croire que tout était bonheur dans la vie civile. Eh bien ! quoique je sois dans une position que tout le monde appelle heureuse, je me suis surpris quelquefois à regretter nos années d'Espagne. Il est vrai que nous étions dans l'âge des illusions ; mais quelle gaîté dans nos réunions, dans nos dîners, même au bivouac !... Quel bonheur, quel délire, quand nous avions contribué à quelque succès, quand nous recevions des preuves d'estime de nos camarades et de nos soldats!... Cependant nous faisions des guerres nuisibles à la patrie. Qu'aurait-ce donc été, si nous les eussions faites dans ses intérêts? Dans la courte campagne des Cent-Jours, bien que je prévisse l'inutilité de nos efforts, je m'élevai au-dessus de ce, que j'étais en Espagne, parce que le danger était plus imminent. Ma tête était plus mûre pour la guerre. J'avais com-' mente toutes les circonstances de guerre où je m'étais trouvé ; j'en avais déduit des principes. Le fruit de ces méditations était devenu la propriété de tout mon régiment. Aussi nous fûmes vraiment de l'infanterie supérieure. Malgré la divergence d'opinion d'alors, vous n'auriez pu vous empêcher de nous admirer, si vous nous aviez vu combattre huit heures contre 10.000 iVuslro-Piéraontais, ayant du canon et de la cavalerie, sur .un terrain qui avait un front de 12 à 1.500 toises, couvert, il est vrai, par un ruisseau, mais qui était guéable presque partout. Nous restions maîtres du terrain, nous avions tué ou blessé
DU JURÉCHAL BUGEAUD (1827) 12o
^.000 hommes, pris 760, et nous avions encore la moitié' de los cartouches. i\e dernier fait en dit plus que tous les autres. Que cette arme est forte, mon ami, quand elle est bien instruite matériellement et moralement. Mais com-
Inen peu de gens la connaissent ! On est vraiment
donné et peiné des erreurs qu'on entend ou qu'on lit chaque jour.
Le général Rogniat, qui préfère les combats de front toutes les fois qu'il y a possibilité, et qui pour l'exécution recommande des feux multipliés et des passages de lignes répétés, pour fatiguer, dit-il, harasser l'ennemi ; après quoi une réserve ou an corps tournant achèvera sa défaite ! Le général Foy, ce flambeau, qui dit que les carrés simples, dits d'Egypte, devinrent règle fondamentale*! Le général Rogniat qui dit, qu'ils sont préférables parce qu'ils font plus de feu, et qui n'a pas réfléchi que s'ils font le double de feu, ils ont aussi le double d'ennemis à combattre, puisque ce feu est réparti sur un double front et n'est par conséquent plus serré nulle part. En outre ils sont plus difficiles à manier. Et le général Préval " qui donne un nouveau traité sur le service des troupes en campagne et ne dit pas un mot des vices de notre système d'avanl-postes? 11 se borne à traiter de l'ordre du service sans rien changer à la manière de se garder, qui est extrêmement vicieuse comme vous savez, et n'empêche pas l'enlèvement des corps détachés, comme vous l'avez vu à San Saturnino et à Palleja, et comme c'est arrivé en mille autres endroits. En lisant les relations de nos guerres, j'en trouve une foule