‹ Lettres inédites (1808-1849);Chapitre 32 sur 125 · Introduction de la Guerre de la Péninsule · texte numérisé non relu

Introduction de la Guerre de la Péninsule

2. Préval (Claude-Antoine), né à Salins (Jura), le 6 novembre 1776, mort à Paris en 1753. Volontaire au régiment d'Enghien en 1"82, il est sous-lieutenant en 1789, chef de brigade au 3* de cavalerie en ISOl, général dedivision le 10 mai 1814. Inspecteur général de cavalerie en 1817, il est nommé directeur de la cavalerie au ministère de la Guerre en 1830 et retraité en 1848. Son avancement dans la Légion dhonneurest à signaler, car, membre de la Légion d'honneur en 1803, il est officier en 1804 et commandant en 1805.

d'exemples. En 1809, le 61" de ligne enveloppé et pris à Ralisbonne ; presque en même temps, 3 bataillons du 4o* enveloppés et pris à Pordenone (Italie). Le quartier général était à Sacile, c'est-à-dire beaucoup trop loin. Il n'y avait que mon système d'avant-postes qui eût pu sauver ce corps. Par lui il eût fait sa retraite à lemps et n'eût pas laissé l'ennemi s'établir sur ses derrières. En 1812, en Pologne, le général Reynier % grand tacticien, dit-on, laisse prendre une brigade à 4 lieues de lui et cette brigade n'est prise que parles vices du système. N'aurais-je pas été pris à Molins del Rey sans mon système, lorsque 11 bataillons manœuvrèrent pour m'envelopper, pendant qu'un corps plus considérable débouchait sur la rive gauche du Llobregat par Papiol? Une heure avant l'attaque, l'ennemi était signalé sur plusieurs points. Mes bagages étaient ù San Félice, mes postes étaient tous rentrés. J'étais concentré au point convenable lorsque l'attaque commença. Je fis plus de mal à l'ennemi qu'il ne m'en fit et ma retraite s'opéra aisément. Je n'aurais pas perdu un seul homme sans l'ordre inconsidéré de tenir sur la rive gauche du Llobregat afin de forcer Vennemi à déployer ses têtes de colonnes, avantage bien futile en raison des catastrophes que cela pouvait amener. La moindre était la destruction de mon avant-garde ; mais cette conduite pouvait entraîner une bataille, ou tout au moins un combat sérieux sur la rive droite, où nous n'avions aucun intérêt à combattre. Eh bien, mon ami, malgré tout on reste indifférent quand on propose des perfectionnements, ou du moins ce que l'on croit tel. Le général Saint-Cyr répond qu'il croit que c'est inexécutable par tout autre bataillon que le mien et tant que je le commanderai ; sous un autre chef, ce sys-

1. Ileynier (iean-Louis-Ebenezer), comte de l'Empire, né à Lausanne en nii, mort à Paris en 1815. Adjoint à i'état-major en 1792, adjudant général l'année suivante et général de brigade pendant {la campagne de Hollande. Alla en Egypte et fut gouverneur de Naples de 18(Jo à 1809. 11 fit les campagnes de Wagram, de Russie, de Saxe et de France.

tème peut devenir dangereux. Après ces phrases, on ne fit aucun essai. On ne se donna pas même la peine de disserter dans le cabinet. On pouvait penser qu'en temps de paix mon système serait examiné plus attentivement et surtout dans un camp d'instruction. Dans cette supposition naturelle, j'en fis part à M. le général Curial à Saint-Oraer. Je le vis à Paris. « Eh bien, mon général, avez-vous essayé mon système de postes? Mais... non... nous n'avons pas eu le temps... Au moins, mon général, dites-moi ce que vous en pensez... Voyez Dalton et Vasserot, ils vous parleront de votre système et de vos manœuvres. Ils les savent aussi bien que vous. » Je vis bien que, s'il m'avait lu, il ne se rappelait plus rien. Mais il me promit de s'en occuper cette année. Je lui écrirai sous peu pour en savoir des nouvelles. Au reste il m'a paru un fort bon homme; il m'a reçu avec beaucoup d'affabilité.

Vous saviez que j'étais allé à Paris : des affaires d'indemnités de Saint-Domingue m'y avaient appelé. J'ai vu en etîet le général Valée qui m'a très bien accueilli. Il a renouvelé ses instances près du ministre de la Guerre pour me faire rentrer dans i'arnïée. Son estime n'a pas mieux réussi que votre amitié. Cependant on ne peut rien dire de plus fort que ce qu'il a dit : « C'est un officier à ne pas laisser échapper, prenez le tant qu'il se présente. Ce n'est pas pour lui que je vous le demande, c'est pour la France et le roi. » Voilà ce qu'il m'a rapporté chez la maréchale ', où j'ai dîné avec lui.

Vous vouliez de l'agriculture et je vous ai parlé guerre. Robin se souvient de ses flûtes, mais enfin j'arrive à votre spergule. Je connais cette petite plante. Elle est ramifiée, les feuilles sont longues etétroites.EUe ne s'élève guère audessus de 10 ou 12 pouces, sa graine est noire et petite. Elle croît naturellement dans presque tous mes champs. Elle peut être fort appréciée par ceux qui ne connaissent

1. La maréchale Suchet, fille du maire de Marseille, Antoine de Saint- Joseph, nièce par alliance du roi Joseph.

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rieii de mieux, mais le farouch et diverses espèces de pois sont bien préférables. Le farouch (ou trèfle incarnai annuel) surlout qui réussit très bien aussi dans les terres légères après un blé qui a été bien traité, comme on peut le faire avec un bon système de culture, dans lequel l'étendue en céréales est relatif aux moyens d'engrais dont on dispose. Cette précieuse plante donne cinq ou six fois autant de fourrage que la spergule. Toutefois il est bon de cultiver un peu de tout ce qui est bon. La médiocre spergule peut trouver sa place dans une exploitation. Par exemple elle pourrait dans les terres médiocres succéder au farouch (dans les bonnes, je préfère pour cela le maïs fourrage ou la rave) et faire, selon les besoins du cultivateur, un pacage ou engrais végétal à enfouir aux semailles d'automne. J'ai cultivé cette plante; mais, trouvant le fourrage peu abondant, je l'abandonnai. Je vais revenir à elle. Je la cultiverai en petit au printemps pour la graine, en grand en automne pour engrais végétal, et en cas de disette d'autres fourrages, pour les vaches.

Il est bien tard pour envoyer de la graine de farouch à Metz. Et vous ne me dites pas si c'est dépouillée de sa capsule ou avec la capsule qu'on la veut pour 32 francs. Avec la capsule je pourrais la donner; sans capsule, c'est impossible. Éclaircissez ce point et nous tâcherons de faire une affaire pour l'année prochaine. Tâchez de m'en négocier 5 ou 6.000 kilogrammes, je me chargerai de les fournir. Je vais essayer un moyen d'obtenir la graine dépouillée. S'il réussit, je la fournirai à volonté, mais à un prix plus élevé. Je vous enverrai volontiers quelques articles sur l'agriculture. Je viens d'en faire un sur le mot économie, qui est assez intéressant, mais aujourd'hui je n'ai pas le temps de vous le copier. Un vieux capitaine en retraite que j'ai chez moi me presse pour aller tirer des perdreaux. 11 dit que le temps est excellent. Écrivez-moi bientôt et je vous promets six pages d'agriculture. Comment a-t-on trouvé l'article fumier ?

Je puis vous garantir que la méthode est fondamentale : des expériences pendant neuf ans m'en ont convaincu. L'idée de multiplier le fumier par lui-même, en l'employant le plus tôt possible, est aussi neuve que vraie.

A propos nous avons dans le pays une dame qui vous connaît. Elle s'appelle M"'*Hanin. Elle estfilled'un M. Leblanc, de Saint-Dizier. Son mari est médecin à Paris. Elle a marié sa fille, fort jolie, avec un de mes voisins. Dites-moi, je vous prie, ce que c'est que cette dame.

Je suis fort sensible au souvenir du médecin Ramponl. J'ai toujours pour lui un souvenir agréable. Sa douceur, l'aménité de ses manières attiraient à lui. Faites-lui mille amitiés pour moi.

Faut-il renoncer au bonheur de vous avoir chez moi? Je suis persuadé que votre santé se trouverait bien d'un séjour d'un mois avec nous. Vous mangeriez nos bons raisins, boiriez notre bon vin. Vous seriez loin de vos affaires et vous chasseriez. Cela vaudrait mieux que tous les médecins. Amenez-nous tout : femme, enfants, chevaux et chiens. Nous nourrirons tout abondamment. Voilà qui s'appelle écrire à fond, et non pas votre petite lettre. Vous saurez pourtant que mes sœurs se plaignent de mon laconisme et quen effet je n'aime pas à écrire longuement.

Adieu, cher ami, écrivez-moi plus souvent et surtout venez.

Exeideuil, 19 octobre 1827.

Monseigneur * ,

A une audience que j'eus l'honneur d'obtenir de Votre Excellence ^, en avril dernier, je demandai de l'activité et représentai que, frappé par l'ordonnance du 20 mai 1818, je serai rayé des contrôles en 1828, si je n'étais pas replacé.

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