‹ Lettres inédites (1808-1849);Chapitre 36 sur 125 · Arch. adm. de la Guerre · texte numérisé non relu

Arch. adm. de la Guerre

-ion de ma reconnaissance. Mais, mon Général, il esl surenu depuis peu dans ma famille des événements qui m'imposent l'obligation de rentrer chez moi, si je ne veux pas compromettre des intérêts majeurs, et je me vois forcé de renoncer aux bontés du roi, pour le moment. Mais vous pouvez être convaincu, mon Général, qu'en cas de guerre on peut disposer de moi. Tant qu'il me restera un peu de force, je croirai devoir consacrer à mon pays l'expérience que j'ai acquise à la guerre.

J'offre, si l'on forme un camp l'année prochaine, d'aller pendant un mois ou deux y enseigner les manœuvres que je crois de la plus haute utilité, et un service d'avant-postes !ion moins utile, et qui remédie à tous les inconvénients du ersice usité. Ces deux points seuls, j'en ai la conviction, nous donneraient de la supériorité dans la première guerre. Les vices de notre système d'avant-postes nous ont fait prouver un grand nombre d'échecs partiels. Nos voisins ne se gardent pas mieux que nous, et je n'ai jamais entrepris de leur enlever un détachement sans y réussir. Par mon système on est aisément informé des démarches de l'ennemi, parce qu'on peut tenir très près de lui des corps détachés, sans qu'ils soient exposés. Par suite, on étudie mieux le terrain qui l'environne, et, connaissant l'insuffisance de son système d'avant-postes, on peut lui faire éprouver des enlèvements de corps détachés. Si même on cherche une bataille que l'ennemi évite, avec mon système d'attaque des corps détachés, on peut l'obliger à combattre en compromettant une de ses divisions. 11 faudra qu'il vienne au secours, et voilà la bataille, ou qu'il l'abandonne, et voilà un succès peu coûteux.

S'il m'était permis, mon Général, de vous indiquer un officier très méritant qui pourrait me remplacer dans le commandement du 1*^' de ligne, je fixerais votre attention sur M. de Bar ^ lieutenant-colonel au 20* léger. C'est un

i. Bar (Adrien- Auguste-Fleury de), né à Thiais (Seine) en 1783, mort à Paris en 1861. Engagé volontaire au lo* de ligne en 1804, il est chef

militaire instruit dans ^on métier, ayant d'excellents principes patriotiques et fait en tout pour commander un régiment.

Recevez, mon Général, avec mes remerciements, l'assurance de ma respectueuse considération.

BuGEAUD, colonel.

P. S. — Je suis en traitement de réforme, serait-il possible de me mettre en disponibilité?

A Monsieur le Général Saint-Cyr Nugues, rue de l'Oratoire^, Caisse d'Amortissement, Paris.

Excideuil, 31 août 1830. Mon Général,

Décidément^ il faut que je rentre dans les rangs. Les militaires, les civils, tout se réunit pour me gronder. Dans les circonstances où nous sommes, me dit-on, vous ne devez pas rester inactif ce serait {sic) montrer peu de zèle pour la France et pour nos nouvelles institutions. Je réponds qu'on me trouvera en temps de guerre; cela ne satisfait pas, et l'on ajoute : si l'on a la guerre, dans un ou deux ans on ne voudra plus de vous, et vous n'auriez pas dans les mains des éléments préparés par vous et pour vous. Enfin on m'a laissé sans mot dire et l'on a voulu que je vous écrive sur-le-champ. On veut même lire ma lettre.

Je vous prie donc, mon Général, s'il est encore temps, de réclamer pour moi le l" de ligne, ou un autre si celuilà est donné. Si vous obtenez, je m'y rendrai sur-le-champ et j'y porterai l'ardeur que vous m'avez connue afin d'en faire un modèle. Je tâcherai de lui apprendre autre chose que l'exercice.

de bataillon en 1814. Maréchal de camp en 1837, chef d'état-major de l'armée d'Afrique en 1 841 et lieutenant général en 1844.

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