‹ Lettres inédites (1808-1849);Chapitre 35 sur 125 · Arch. adm. de la Guerre · texte numérisé non relu

Arch. adm. de la Guerre

MJ MARÉCHAL BUGEAUD (1830) 151

dans les g-ardes nationales mobilisées. Je recommande à votre attention particulière les fusils à deux coups. Les armes d'ordonnance mancjueront si on se lève partout, comme cela paraît nécessaire pour imposer à nos voisins. Il faut avoir recours aux armes de chasse. Chaque canton peut fournir un bataillon mobile. On trouvera assez de fusils à deux coups pour Tarmer, en requérant ceux qui sont entre des mains inutiles ou malveillantes. On pourrait les payer.

J'ai imaginé une baïonnette de circonstance que le premier ouvrier venu peut fabriquer en peu de temps. Elle consiste dans un fer rond et pointu emmanché comme un couteau dans un mandrin de 3 pouces de longueur et pouvant entrer dans le canon. Un bourrelet dans le haut, renforcé par une virole en fer, empêche que la baïonnette puisse pénétrer dans le canon plus qu'il ne faut. Le fer a 10 pouces de saillie, sa pointe est évasée. Une ceinture en cuir avec deux poches pour contenir les munitions, les pierres, capsules, lire-bourre et tournevis, plus un petit passant pour tenir la baïonnette, termine l'armement de mon infanterie improvisée. Je le préfère pour de telles troupes à l'armure d'ordonnance. Leur défaut d'instruction et le peu de longueur des armes exigent qu'elles combattent sur deux rangs. Il serait aisé avec de tels hommes de préparer leur moral de manière qu'ils tirassent de très près. Alors le feu à deux balles serait écrasant.

M. Prévol-Leygonie, député de Bergerac, m'avait fait proposer de vous remplacer pour la députation de cet arrondissement. Je l'efusai, croyant avoir plus de chance à Périgueux ; quelques mots insérés dans le journal du département blessèrent mon amour-propre patriotique. Croyant rencontrer une forte opposition et ne voulant être député que par l'immense majorité constitutionnelle, je me retirai fort mal à propos, car j'ai reconnu plus tard que j'aurais eu les trois quarts des voix. C'est ainsi que j'ai été privé de coopérer aux glorieuses journées des 27, 28 et 29.

Jai quarante-cinq ans, Général, j'étais colonel à vingt-

neuf. A l'armée d'Aragon j'ai passé pour un soldat vigoureux et connaissant bien l'arme de l'infanterie. Je fus souvent chargé d'entreprises hardies et difficiles. Je réussis dans toutes, ainsi que le prouvent mes états de services. En 1813, pendant que votre valeur était entraînée sur les bords de la Dyle, je remportais plusieurs avantages en Savoie à la tête d'une avant-garde du maréchal Suchet. Dans une surprise de nuit j'enlevai un bataillon piémontais. Au nombre de mes prisonniers se trouva M. de Polignac, alors commissaire du roi près de l'armée austro-sarde. Le 23 juin, j'enlevai un autre détachement, et le 28 je livrai à Conflans et à l'Hôpital un combat des Thermopyles avec 1.700 hommes contre une grosse division autrichienne qui perdit 2.000 hommes et le champ de bataille. Là les deux balles furent constamment employées et contribuèrent puissamment à notre succès.

Contre les règles de la modestie je me suis décidé à vous parler de moi, seulement dans le but de vous persuader que je puis être utile à la chose publique. Aucun autre objet ne me dirige, regardant ma carrière militaire comme finie, j'avais dirigé mon activité vers l'industrie agricole. Par elle et par un riche mariage je suis dans une position très indépendante. Mais la patrie a besoin de ses vieux guerriers et je n'hésite pas à lui tout sacrifier.

Recevez, général, l'assurance de mon respectueux dévouement.

Colonel BuGEAUD.

A Monsieur le Ministre de la Guerre * .

Paris, 23 août 1820.

Mon Général,

Dans 2 les premiers moments de notre brillante révolution, ma première pensée fut d'offrir mes services et vous m'avez nommé colonel du 1" régiment de ligne. Recevez l'expres-

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