‹ Lettres inédites (1808-1849);Chapitre 39 sur 125 · Arch adm. de la Guerre · texte numérisé non relu

Arch adm. de la Guerre

2. Saincric (Pierre-Thadée), né à Blois le 26 mai 1786. Entré à l'École spéciale militaire alors à Fontainebleau le 25 octobre 1803, il est au \" régiment de grenadiers de la Garde, comme lieutenant en premier, le 8 avril 1813, et en non-activité au licenciement le 10 septembre 1815. Replacé en 1816 à la légion de Seine-et-Marne, il y reste comme chef de bataillon en 1824. Lieutenant-colonel au 29* de ligne le 21 mars 1835, et enfin Colonel du 72" de ligne, le 11 octobre 1840. Retraité en 1844.

3. Beaux, dit Lebeau (Jean-Louis), né à Carcassonne en 1780, mort à Paris en 1849. Soldat à la 4° demi-brigade en 1798, il est major en 1812 et c'est avec ce grade que le 4 avril 1814 il est cité à l'ordre du jour pour avoir résisté à plus de 3.000 cosaques avec 120 hommes du 4* léger et sauvé ainsi 80 pièces de canon du parc de l'artillerie de la jeune Garde. Blessé à 'Waterloo, mis^en demi-solde jusqu'en 1830 il est lieutenant-colonel du 56" en 1830. Colonel en 1S31, maréchal de camp en 1839.

En marge : Nota. — Le lieutenant-colonel Lebeau commandait à Waterloo le 1" régiment de ligne. Ce l'ut à sa tèle qu'il enleva la ferme de la Belle-Alliance, et d'une manière qui mérite d'être rapportée comme document de guerre. Il s'établit sous les créneaux pratiqués au mur de clôture et, ayant trouvé là des tas de moellons, une inspiralion soudaine lui fit jeter un de ces moellons par-dessus le mur. Tous les soldats imitèrent, et ce nouveau feu courbe chassa bien vite les défenseurs du mur qui fut aussitôt escaladé en se poussant les uns les autres. M. Lebeau est un officier ardent, très propre à la guerre, qui remplacerait avantageusement un de ces vieux colonels qui n'aspirent qu'à la retraite. B.

A Monsieur le comte d'Esclaibes, colonel d'artillerie à Langres.

Grenoble, le k janvier ï%Zi.

J'ai reçu, mon cher d'Esclaibes, la lettre que votre cousin Piépape' m'a apportée. Vous pouvez être convaincu que pendant tout le temps que je commanderai le 06*^, je porterai sur votre parent une partie de l'amitié que je vous ai vouée.

La lettre que vous m'écrivîtes à votre retour d'Alger a été égarée par ma femme pendant que j'étais ici. Je n'ai pas eu le plaisir de la lire, ce qui m'a beaucoup privé; mais j'en sais à peu près le contenu. Je conviens, cher ami, qu'il a été funeste pour vous d'être privé de l'avancement que vous alliez obtenir et que sans doute vous aviez mérité. Les révolutions froissent toujours beaucoup d'intérêts individuels. C'est ainsi que moi et un grand nombre dofficiers

1. PhilpiQ de Piépape (Chaa-les-Jean-Baptiste), né à Besançon en 1810. Entré à Saint-Cyr en 1828, il fut nommé sous-lieutenant au 56* de ligne le 1" octobre 1830 et lieutenant deux ans après. Démissionnaire en 1837, il se consacra à la peinture et débuta dans l'atelier de Paul Delaroche. C'est le père de M. le général de Piépape, l'écrivain militaire bien connu.

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furent privés de leur profession en 1815. Certes, après mes combats de Saint-Pierre-d'Albigny, Moustier et l'Hôpital en 1815, j'aurais été fait maréchal de camp sans la chute de Waterloo. J'avais refusé ce grade à Paris, parce que je voulais le mériter sur un champ de bataille. Une bonne femme, la vie des champs, lagriculture m'avaient consolé de tout cela, et rien ne pourra me consoler d'avoir quitté l'agriculture. La révolution de Juillet m'a été plus funeste qu'à vous. J'ai été assez fou pour conduire ma femme et mes enfants à Grenoble et je viens de perdre mon unique garçon ! Le changement de climat, l'éloignement d'un médecin habile, qui connaissait son tempérament, ont contribué à cet alTreux malheur : Hélas ! en reprenant du service, je ne suivais pas mon goût I je cédais aux instances de plusieurs militaires et de la presque totalité de mon département. Je cédais aussi à ce qui me paraissait un devoir, croyant la guerre imminente et prochaine. Mais, si nous conservons la paix, je ne resterai pas longtemps sous le drapeau. Comme vous, je rentrerai dans mes champs et je reprendrai des occupations qui dédommagent l'homme de toutes les déceptions de ce monde. Sans doute on y trouve aussi des contrariétés, des mécomptes; mais on y jouit d'une indépendance qui est précieuse à notre âge. J'en ai senti tout le prix lorsque le prince est venu visiter Grenoble. Voici ce qui m'est arrivé. Vous connaissez Marbot. Je l'avais vu à Paris. Invité à dîner chez le prince, je me trouvai à côté du critique du général Rogniat. Je le saluai et lui demandai de ses nouvelles. A peine il me répondit. Après un moment de silence, je lui adressai cette question : « Pensez-vous, général, que le général Saint- Cyr Nugues reste au ministère de la Guerre ? » Il se retourna alors vers moi et me dit du ton et de l'air le plus impertinent : « En vérité, colonel, vous me faites des questions bien singulières. — Général, je ne croyais pas que celle-ci fût inconvenante; mais puisqu'elle vous déplaît, je vous déclare que je ne vous en ferai plus. » Sur cela, je fis brusquement un demi à droite el je

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causai avec mon voisin de droite. La grandeur de M. Marbot fut vivement blessée de cette marque de mon mécontentement. J'ai su depuis qu'il avait dit dans un groupe que je pouvais être un bon officier, mais que j'étais bien grossier. Le lendemain, revue, éloges de mon régiment par le prince qui m'adressa plusieurs compliments. Il avait apporté des brevets pour divers officiers. Il les distribua au centre du régiment. Je répondais à l'appel qu'il faisait quand l'officier était absent. Il appela Cachelou. Je répondis : « C'est un officier d'état-major qui n'a jamais paru au corps. J'aurai l'honneur de remettre à Votre Altesse une note à cet égard. » Le lendemain, quand le prince fut parti, le lieutenant général me fit appeler et me dit : « Le prince m'a chargé de vous témoigner son mécontentement pour la réponse que vous lui avez faite hier à la revue. » Je reconnus la rancune de Marbot. Le rouge d'indignation me monta à la figure. Je dis au général qu'un vieux guerrier ne pouvait supporter des reproches qu'il n'avait pas mérités et que j'allais donner ma démission. Il fit son possible pour m'en dissuader. Cependant j'écrivis au prince à peu près dans ce sens. Il a été malade et ne m'a pas répondu. Marbot a généralement déplu, il est tranchant et impoli. Il a besoin de ne pas chercher l'occasion de me taquiner, car je suis mal disposé pour lui, et ses étoiles ne lui épargneraient pas mon ressentiment. Soyez heureux, mon ami, donnez-moi de vos nouvelles et de celles de votre famille. Si nous faisons quelques mouvements de voire côté, je quitterai tout pour aller vous voir. Ma malheureuse femme vous dit bien des choses amicales.

A Monsieur le Ministre de l'Intérieur.

Paris^ le 15 janvier 1833.

Monsieur le Ministre,

Votre ' prédécesseur, M. Thiers, m'avait accordé, pour le journal que nous avons fondé à Périgueux afin de combattre

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