‹ Lettres inédites (1808-1849);Chapitre 42 sur 125 · Collection Euirène Tattet · texte numérisé non relu

Collection Euirène Tattet

Je vais profiler de cette prolongation de séjour pour voir les sous-officiers de ma brigade et causer avec eux. Ce sera demain.

J'ai l'honneur de vous saluer avec respect.

BUGEAUD

Paris, le 23 mars 1836.

J'ai été bien heureux, mon cher d'Esclaibes, de recevoir de vos nouvelles, je craignais que celte infâme presse ne vous eût un peu ébranlé par ses odieuses calomnies. Grâce à Dieu, il n'en esl rien, c'est un dédommagement à mes tribulations.

Vous avez bien raison de gémir sur les écarts et les inconvénients du gouvernement représentatif. La presse toute seule est de nature à en dégoûter tout homme de sens. La Chambre des députés n'est pas moins affligeante, et je vous pardonne bien de préférer le despotisme. Si vous aviez ajouté : celui d'un homme mtelligent, je vous aurais répondu : vous n'êtes pas dégoûté.

- Mais, mon ami, nous avons le gouvernement représentatif et nous ne pouvons en avoir un autre sans d'affreux déchirements. Il faut donc tirer de celui-ci le meilleur ou le moins mauvais parti possible.

Je vous recommande donc de faire taire vos répugnances aux prochaines élections et, si vous ne pouvez faire triompher le candidat de votre choix, votez pour l'homme du juste milieu, c'est plus sage. et plus moral. Vous êtes l'un et l'autre, vous ne voterez pas pour la folle et scélérate république.

J'ignore si vous avez été content de mon discours sur les bestiaux étrangers ^ ; mais je me persuade que oui, parce que vous êtes homme des champs. Dites-m'en votre sentiment. Je vous l'envoie.

1. II reprit la même question à la tribune de la Chambre, le 16 mars 1840 ^cf. d'Ideville, t. Il, p. 173).

J'ai ici loule raa famille, ma femme, deux filles et un garçon ^ Ma femme est sensible à votre souvenir, elle vous fait mille compliments.

J'aiété plusieurs jours gouverneur de l'Algérie sans l'avoir brigué en aucune manière. On était venu me chercher sous ma lente. Mais la gauche et la presse se sont fâchées et le ministère a tergiversé. Dès que j'ai vu les premiers symptômes d'hésitation, je me suis empressé d'écrire à M. le président du conseiP que je renonçais à ce glorieux commandement.

Nous avons demain une grande bataille, qui durera deux ou trois jours. Que le ministère soit vainqueur ou vaincu, la situation ne sera pas bonne.

Je crois qu'une bonne partie de la droite Berryer ^ votera avec les centres. Je désire vivement que ce soit le signal qui fasse voter la même opinion avec nous dans les élections. C'est le seul moyen de sauver le pays de l'anarchie et de rendre à votre parti la part d'influence à laquelle il a droit de prétendre par ses lumières et sa fortune.

Adieu, cher ami, mille et mille amitiés.

BUGEAUD

Note ^ de M. le secrétaire général en date du 2 août 1836.

Le conseil des ministres a décidé que M. Bugeaud serait nommé lieutenant général; d'après' cela, M. le maréchal me charge d'avoir l'honneur de vous prier, mon cher collègue, de

1. Charles Bugeaud, duc d'isly, ne à Excideuil en 1834. Entré à Saint- Cyr en 1852, il fit comme sous-lieutenant au 2' chasseurs d'Afrique la campagne de Crimée, et la campagne dltaiie avec les chasseurs de la Garde. Chevalier de la Légion d'honneur en 1859, il donna sa démission et épousa en 1860 M"' Galley Saint-Paul, Consul de France à TiÛis de 1864 à 1867. 11 mourut en congé à Paris au moment où il venait d'être nommé consul à Stettin, en 1868.

2. Thiers, ministre des Affaires étrangères et président du conseil du 22 février au 25 août 1836.

3. Berryer {Pierre-.\ntoine), né à Paris le 4 janvier 1790, mort à Angerville (Seine-et-Oise), le 29 novembre 1868, neveu du général Hippolyte-Nicolas Berryer.

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