Vrch. adm. de la Guerre
J'ai triomphé brillamment de la ligue la plus acharnée de France. Toutes les influences carlistes et républicaines du département s'étaient donné rendez-vous à Excideuil ; mais mes amis n'étaient pas moins ardents, et les dernières classes du peuple manilestaient hautement le désir de me voir élire. Je n'aurai eu rien à craindre du suffrage universel.
Mon but, Monsieur le Maréchal, n'est pas de vous donner des détails assez peu intéressants. Permettez-moi d'abord de vous exprimer la peine que j'ai eue en voyant que le commandant Saint-Cric ne figurait pas dans la promotion de huit lieutenants-colonels. J'avoue que j'y comptais comme si cela avait dépendu de moi. Gomment aurais-je pu en douter? Vous écrivîtes en ma présence au général Schneider ^ ces paroles : « M. Saint-Cric, chef de bataillon du 56", à porter au premier travail. »
Après cela, par quelle fatalité se fait-il que des chefs de bataillon moins anciens et beaucoup moins méritants que lui (j'en connais plusieurs) soient dansla promotion et qu'il n'y soit pas ? Ah ! Monsieur le Maréchal, réparez au plus tôt cette omission, je vous en conjure.
A présent, il s'agit de moi. Vous avez eu la bonté de m'accorder un congé de deux mois (jusqu'au l'"' septembre) ; mais les élections m'ont pris mon temps jusqu'à ce jour, je n'ai pu faire mes affaires. Le conseil général va me prendre quinze jours; puis je vais conduire ma femme aux eaux. Vous voyez, Monsieur le Maréchal, qu'il ne me reste pas une minute pour donner mes soins à l'agriculture, qui souffre assez de mon absence. Ayez donc la bonté de me donner un peu plus de temps, si ma présence n'est pas nécessaire. Mais s'il y avait le moindre danger à prévoir,
1. Schneider (Antoine- Virgile), né à Saarunion (Bas-Rhin) le 22 mars {719, mort à Paris en 1847. Maréchal de camp, commandant des troupes françaises en Morée, lieutenant-général en 1831, ministre de la Guerre du 12 mai 1839 au 1" mars 1840. Beau-père du général, baron Charon, dont il est parlé dans la suite.
DU MARÉCHAL BUGEAUD (183o) 163
un mot et je pars à franc étrier, sur les mains, sur la tôle, s'il le faut, pour me rendre partout où besoin sera. Si j'aime peu le service de garnison, je ne cède à personne le service de guerre.
J'espère qu'avec une Chambre comme celle que nous avons, nous pourrons marcher à la consolidation de la dynastie de l'ordre. Une seule difficulté se présente, les finances. Malheureusement on ne peut réduire beaucoup le budget. Toutes nos vues, selon moi, doivent tendre à rendre les impôts légers par le développement de l'industrie et du commerce. Par là aussi les revenus de l'Etat s'accroîtront sur quelques branches, ce qui permettra de diminuer quelques-uns des impôts qui pèsent plus particulièrement sur les classes pauvres, le sel, par exemple.
J'ai lu avec beaucoup de plaisir l'élection de votre fils '. Nous comptons là un bon collègue de plus.
Recevez, Monsieur le Maréchal, l'assurance de mon profond respect. Bugeaud.
P. S. — Je lis dans le Moniteur que la Chambre est convoquée pour le 31 juillet; je pense que ma présence n'y est nullement nécessaire. S'il en était autrement, je vous prie de me le mander : je m'y rendrai.
A Moyisieur le lieutenant-général commandant la l""" division.
Paris, le 11 septembre 1835.
Mon Général,
Un ministre- m'ayant invité, au nom du roi, à rester jusqu'à lundi, j'ai dû céder. Disposez donc de moi au besoin.
1. Soult de Dalmatie (Napoléon-Hector), né en 1802 à Paris où il mourut en 1857. Entré à l'Ecole polytechnique en 1819, il donna sa démission de capitaine d'état-major enl83û. Il fut nommé ministre plénipotentiaire à Stockholm (1831), à la Haye ■'1832 , à Turin (1839;. En juin 1834, il avait été élu député.