‹ Lettres inédites (1808-1849);Chapitre 58 sur 125 · Archives Féra3'-Bugeaud d'Isly · texte numérisé non relu

Archives Féra3'-Bugeaud d'Isly

constate le procès-verbal de la séance d'hier, que vous pouvez voir.

La proclamation de Tétai de guerre était nécessaire pour ranimer la garde nationale, ou milice, qui tombait dans le marasme. Je l'ai réorganisée et recrutée de 800 hommes. Les chefs sont aujourd'hui très satisfaits de celte mesure. Elle s'habille, elle sert mieux, c'est une force, ce n'était presque rien.

Enfin, mon ami, je ne puis contenter tout le monde. Ce qui est certain, c'est que mon armée est contente, que c'est une garantie pour la guerre et que, si celle-ci est bien faite,

est aussi la meilleure garantie pour les intérêts du pays tl des colons. Ceux-ci crient de ce que je requiers leurs charrettes et leurs mulets. Ils veulent que la guerre se fasse bien et ne voudraient y aider en aucune manière. Je les laisse crier. Le succès fera taire ces croassements.

Adieu, mon cher ami, dites aux grogneurs, aux impatients, de venir voir de près les difficultés avant déjuger.

Mille amitiés, mille hommages à Madame,

P. S. — Je me remets en campagne le 20.

J'oubliais de vous dire que je n'ai parlé de ressources secrètes extraordinaires que sur une lettre de Lamoricière, que j'ai communiquée en original au ministre et dans laquelle il me fait entrevoir et la possibilité de détacher les chefs importants par quelques récompenses considérables, et la nécessité de remplir, immédiatement après l'acte accompli, les promesses qui leur auraient été faites. On peut être assuré que l'argent ne sera compté qu'après un grand service rendu, comme par exemple oou 600 cavaliers amenés dans nos rangs.

Blida, le 23 avril 1841.

Il ya trois ou quatre jours, mon cher d'Esclaibes, que M. Jourdain m'a remis votre lettre du 21 mars et les préparatifs d'un départ avec un immense convoi, l'expédition

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de trois courriers (France, ConsLanLine, Oran) el. d'une multitude d'affaires m'ont empêché de vous répondre d'Alger. Je vous consacre quelques minutes de mon sommeil, après avoir distribué mes ordres.

Vous trouvez que j'aurais dû parler de mon prédécesseur. Je croyais que c'était de règle pour les académiciens, mais non pas pour les généraux. Au reste j'ai fait l'éloge de l'armée. Je lui ai dit qu'elle avait vaincu les Arabes, supporté les marches, les fatigues avec patience, etc., etc. L'éloge du chef s'y trouvait compris. Mais je vous jure qu'il m'eût été impossible de parler de sa manière de faire la guerre favorablement. Il valait donc mieux ne rien dire que de vanter ce qui est mauvais, ce que je déplore. Je sens trop en ce moment le poids de la succession pour vanter le défunt. Il a fait à l'armée et à moi un funeste legs dans Miliana, Médéa, Cherchell, Djidjelli, Koléa, etc., etc. Quand j'aurai le temps, je vous expliquerai les conditions du ravitaillement de Miliana et Médéa pour qu'ils deviennent des points d'appui d'une colonne agissante pendant quatre mois. Pour le moment, je me borne à vous dire qu'il faudrait sur chaque place une douzaine de convois comme ceux que nous pouvons faire, pour tenir la campagne trois mois et nourrir la garnison six mois, ce qui est impossible à faire. J'ajoute qu'à chaque convoi il y a une série de combats à livrer dans un pays affreux, et que l'armée s'usera vite à ce métier.

Je me hâte d'approvisionner pour agir après, mais il pleut et je crains de perdre mon convoi si péniblement rassemblé.

Adieu, adieu, mille amitiés. Bugeaud.

A Vintendant Genty de Bussy.

Alf^er, le 15 aoiit 1841 i.

Je relis ma lettre écrite à la hâte en sortant du bateau qui m'a ramené d'Oran et sous les impressions pénibles de 1. Archives Féray-Bugeaud dlsly.

tout ce qu'on me mande de Paris. Je ne suis pas content de ce que je vous dis, c'est très insuffisant pour peindre mon indignation et le ridicule des reproches qu'on m'adresse et, si j'avais le temps, je vous en dirais long.

Quoi! on trouve mauvais que je me multiplie pour porter partout l'œil du chef, pour porter partout mes principes de guerre? J'aurais dû partout laisser agir mes lieutenants et rester à Alger pour discuter les concessions de masures, ou un chemin vicinal 1 On croit donc mes lieutenants plus habiles que moi? mais alors, qu'on me retire, et qu'on ne veuille pas faire de moi un -'-•■ï'^" quand les autres feront la guerre !

On me blâme de ce qui devrait m'attirer l'éloge ! Mais où en sommes-nous donc?

Demandez aux troupes si elles sont bien aises que j'y sois. En vérité tout cela serait incroyable, si ce que je retrouve dans toutes les correspondances ne me montrait 1 influence d'une coterie qui a exploité longtemps les événements d'Afrique, et qui ne souffre pas que d'autres que ses membres y fassent quelque chose. Je retrouve ses opinions, ses jugements dans plusieurs lettres ministérielles, et il me faut écrire des volumes pour combattre le sophisme, lorsque déjà je meurs à la peine. C'est ainsi qu'aujourd'hui j'écris une lettre de huit pages pour combattre une opinion par laquelle Duvivier appuyait une de ses prétentions. On m'a reproduit tout au long cette opinion dans une .lettre sur les opérations militaires, et l'on termine ainsi : « Faites que nos places de l'intérieur, au lieu d'exiger des convois, qui fatiguent nos troupes et usent nos moyens de transport, offrent à vos colonnes des ressources toujours as.surées. »

Faites est admirable. Si je pouvais le faire, la question d'Afrique serait jugée, elle serait à nous dans peu de mois toute entière. Tâchez de lire ma réponse.

Mon ami, si l'on continue à me juger par le canal de cette coterie, si l'on affaiblit sans cesse ma puissance morale en m'enlevant une à une toutes les prérogatives

dont jouissait mon prédécesseur, si on me marchande quelques avancemenls pour la campagne la plus active, la plus fructueuse qui se soit encore faite, lorsqu'on les prodiguait à mon prédécesseur, la position ne sera pas tenable et je demanderai qu'on me rappelle !

Adieu, adieu, je suis désespéré, indigné !

Tout à vous de cœur. B.

Alger, /c28 août 1841 >.

Un mot, mon cher Genty, malgré tous les diables qui me tiraillent.

llentré de Constantine, j'ai mis la dernière main (dans la mesure du possible) aux préparatifs pour le ravitaillement de Médéa et de Miliana. Tous mes petits dépôts de régiment sont installés dans les camps, mes chevaux et mulets faibles ou invalides sont au vert; l'organisation de la colonne expéditionnaire et du convoi est faite (faites- vous montrer l'oindre donné à cet égard, j'en ai envoyé copie au maréchal); les vivres sont accumulés à Blida; l'organisation de ce qui reste pour garder ce maudit Sahel est terminée : tout est prêt, tout prévu pour ce vaste dessein; tout, excepté les mulets, et j'en suis désespéré. De 2.600 qu'en avait M. le maréchal au printemps dernier, il en reste 604, dont 200 non valides. Je ramasse toute la mulelaille et tous les chariots d'Alger et de la banlieue. On crie, on murmure, je me bouche les oreilles, il faut avant tout que la guerre marche, nous ferons de la légalité après. Tous ces moyens réunis me donneront peut-être 300 mauvais mulets et une centaine de voitures, lesquelles ne viendront que jusqu'à Mouzaïa. Mes chevaux de cavalerie porteront chacun un sac jusqu'à Médéa. Voilà où nous a réduits l'imprévoyance de plusieurs et les lenteurs de M. Crestu.

Il y a toujours quelques assassinats et quelques vols dans le Sahel ; d'un autre côté, mes embuscades et mes patrouilles jouent de mauvais tours aux petits partis de l'ennemi,

i. Archives Féray-Bugeaud d'isly.

DU MAaÉCHAL BUGEAUD (1841) 239

Malheureusement une embuscade de Cherchell est tombée elle-même (en allant s'établir) dans un piège et a perdu neuf hommes.

La garnison de Mostaganem a manqué uneghasia à cause du brouillard ; elle a été poursuivie, a tait belle retraite, perdu deux hommes et quinze blessés, mais a pris un chef de marque.

Lamoricière est sorti au sud du Saghba et a vidé quelques silos. J'ai ordonné qu'on cessât ces courses pour soigner les chevaux et les mulets, afin de pouvoir s'en servir dans la prochaine campagne.

Si j'avais des transports et qu'il ne me fallût pas laisser tant de monde pour garder le Sahel, Cherchell, Koléa, Bougie, Djidjelli, etc., mes affaires seraient en bonne posture. Sous le rapport de l'influence, je n'ai rien à désirer. On a même trop de confiance, et l'on attend de moi des choses que je ne pourrai pas réaliser.

Je serais bien fâché d'être obligé de mépriser quelqu'un. On me montrait du zèle, du dévouement. Outre que cela est toujours agréable, c'est aussi fort utile dans cette circonstance.

On dit que l'émir a presque évacué Tegdempt, mais qu'il se prépare à soutenir la lutte. Ce dernier point est certain.

Je vous remercie de vos complaisances pour ma'femme et ma sœur. Je vous le rendrai quand je pourrai.

Je serais bien heureux de voir le ministère se consolider et rester uni. Mais il y a bien des intrigues ourdies. Est-il vraiment question de dissolution de la Chambre pour cette année? Ce serait à mon avis une faute, il faudrait nous laisser vivre au moins une session.

Mille hommages à Madame, amitiés à vous. B.

Mille compliments à MM. Evraidet Martineau '. J'espère me mettre en campagne mardi.

\. Martiueau des Ghesnez (François-Edme-Joseph), né à Auxerre en n91, fils du président de la cour criminelle de Paris au moment de Tatiaire Moreau. Il entra au ministère de la Guerre a làge de dix-huit

Mostaganëm, le 5 octobre 1841 ^ Mon cher Genty,

J'ai louché ici pour y déposer 329 prisonniers, beaucoup de butin, refaire mes vivres et me concerter de nouveau avec le général Lamoricière pour mettre de l'harmonie dans nos opérations.

Il est parti hier, je pars dans l'instant, il va à Mascara, nous nous rejoindrons sur la Mina à Sidi-Filali-ben-Amar.

Nos affaires n'ont pas été conformément aux espérances données par les lettres de MM. Tempoure^ et Lamoricière. Aucune soumission n'a eu lieu ; les tribus ont fui. Par une marche de nuit, j'en ai joint deux, que j'ai fortement étrillées. J'espérais que cela ferait venir Abd-el-Kader. Vaine attente, il ne veut pas combattre ; il se tient là pour empêcher les tribus de se soumettre. C'est fort habile ; mais cela peut-il durer longtemps? je ne le crois pas.

Je blâme ma sœur de l'impatience (jui la fait vous importuner ; mais je vous remercie de voire complaisance.

Amitiés. g

A!fjer, /e 12 novembre 1841 ■\ Mon cher Gentv,

Je ne puis répondre que quelques mots à trois ou quatre de vos lettres, qui à la vérité n'en rempliraient pas bien une.

ans, et fit la campagne de Russie et de Saxe comme secrétaire de Daru, fut décoré aux Gent-Jours (décoration non confirmée par Louis XYIll), devint directeur général, conseiller d'Étut, secrétaire général, et enfin sous-secréliiire d'État au ministère de la Guerre. Baron et grand officier de la Légion d'honneur. C'est la plus belle carrière qu'on ait parcourue dans les bureaux de la Guerre.

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