Archives Féray-Bugeaud d'Isly
DU MARKCHAL BUGEAUD ;^1843j 26'»
je suis flatlé qu'il veuille bien s'occuper de moi. Il est bon d'avoir des amis parlout. Au fait, je combals des infidèles el le pape doit m'aimer pour cela*.
J'espère que vous vous èles promené celle année. El moi aussi. La promenade, le bivouac, le combat me vont au reste beaucoup mieux que cette horrible bureaucralie d'Alger, ce guêpier où viennent aboutir tous les rêveurs, lous les meurt-de-faim de France, gens très recommandés par les pairs et les députés. C'est la pire espèce de colons que lous les gens de plume, de robe, d'industrie qui, n'ayant pas su faire leurs affaires dans la métropole, viennent chercher fortune en Afrique. Ils ne savent rien faire de leurs dix doigts, ils n'ont pas le sou, comment pourraient-ils exploiter une concession ? Pour peupler le village de Saint -Ferdinand bâti par des condamnés et des soldats, on m'a envoyé de Paris des familles parmi lesquelles se trouvent un libraire, un huissier-priseur, un courtier, etc. Ce sont des laboureurs qu'il nous faut.
Du reste, il est difficile que nos affaires aillent mieux. Il n'y a plus qu'un petit reste de guerre ! il est relégué aujourd'hui au sud-ouest de Tlemcen. Tout le reste du pays obéit mieux que les Français à leur roi, et la sécurité est plus grande qu'à Paris, où la cour d'assises ne peut suffire à juger les vols et les assassinats.
Je viens de faire dans la province d'Oran une grande tournée qui n'a été qu'une ovation continuelle. Les tribus se disputaient très chaudement l'honneur de me donner l'hospitalité. Et cependant c'était environ 500 hommes et 500 chevaux à nourrir. Ils l'ont fait partout avecune magniticence antique. Après chaque repas, on m'offrait un cheval que j'ai l'efusé. Il serait, trop long de vous raconter lous
1. Nous ne savons à quelle marque d'intérêt de la part du pape Bugeaud fait allusion ici; par contre, il reçut de l'empereur Ferdinand III une magnifique tabatière d'or enrichie de diamants, à la suite de l'accueil fait à l'équipage d'un navire autrichien perdu en rade d'Alger.
266 correspondance; inédite
les honneurs, toutes les attentions délicates dont j'ai été l'objet.
A l'approche de la session, on voit une recrudescence d'attaques contre le ministère. Quant à M. de Lamartine, c'est l'ordre social tout entier qu'il veut bouleverser, se croyant de taille à le reconstruire. Quel constructeur!
Voudra-t-on déjà réduire l'armée d'Afrique ! Si l'on fait cela, au lieu du progrès dans lequel nous voguons à pleines voiles, nous verrons bientôt une décadence rapide et puis renaître la guerre partout. Nos revenus croissent, ainsi que le commerce et les établissements de tout genre, à l'ombre des baïonnettes et des grands travaux de l'armée. C'est dans ces compensations qu'il faut chercher l'économie et non pas dans le chifl're de Tarmée. Ce serait tuer la poule aux œufs d'or sous prétexte qu'elle n^ange trop de grain.
J'attends S. A. R. M»"" le duc d'Aumale. J'attends aussi ma femme et une de mes filles. L'autre vient de se marier avec le receveur particulier de Neuchâtel, M. Gasson, Ce mariage s'esl fait presque sans ma participation. Je n'ai vu le jeune homme qu'une fois à Alger. 11 paraît que les jeunes époux sont très satisfaits.
Je vous prie de faire pour moi mille compliments empressés à M'"" Genty de Bussy. Je suis toujours bien reconnaissant de la jolie lettre qu'elle m'a: écrite.
Adieu, j'ai déjà trop causé, les affaires me talonnent.
BUGEAUD
Alger, te 23 novembre 1843.
Mon cher Genty \
Je viens vous recommander Blanchot^, qui est proposé