Archives Féray-Bugeaud d'Lsly
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sur le difficile et brillant corabaL du 17, vous y verrez le nom de votre protégé * .
Mon ami, depuis quinze jours je me suis trouvé en présence de multitudes armées cinq ou six fois plus nombreuses que nous, et ma situation avait beaucoup d'analogie avec celle de plusieurs généraux romains vis-à-vis de ceux qu'ils appelaient des Barbares.
J'ai temporisé avec nos Berbères pour laisser user leur ardeur sous une pluie battante, qui n'a eu d'interruption jusqu'au 22 que dans les deux jours où j'ai livré combat.
Le 7, je laissai la moitié de mes forces en présence des rassemblements pour aller àDellys prendre des vivres, que m'y avait apportés un bateau à vapeur. Je voulais aussi y établir un poste-magasin. Les troupes laissées en présence de l'ennemi étaient dans la plaine et, ma cavalerie française en faisant partie, je n'avais point à redouter que pendant mon absence les Kabyles descendissent de la montagne pour les attaquer, quelque considérable que fût leur nombre. J'emmenai avec moi à Dellys 600 chevaux arabes desgoums et 6 bataillons. Le 12, en revenant avec mon convoi, je fus attaqué au passage du gué de l'Oued Nessa par 10.000 Kabyles et 500 chevaux. Vous avez dû lire la relation de ce combat, qui me donna une puissance morale, laquelle devait nous seconder dans l'affaire du 17, plus considérable par le nombre des ennemis et la force des lieux où il était posté. Je n'ai pas le temps de vous le raconter, il faut que vous vous en teniez à mon rapport officiel. Je vous dirai seulement que mes troupes ont été admirables de courage et de
1. Noue (Armand, vicomte de), né à Villers-en-Frayère (Aisne), mort à Paris en i869. Entré à Saint-Cyr en 1820, il est sous-iieutenant au 16' chasseurs à cheval en 1822 ensuite chef d'escadrons du 2" chasseurs d'Afrique, où il reste comme lieutenant-colonel en 18io, et l'année suivante il devient colonel du l"' chasseurs d'Afrique. Général de brigade en 1852, général de division en 1860. La famille de Noue a fourni sept généraux à l'armée française.
Le combat du 17 est celui contre les Flittas-Toum et Lill ; le commandant Armand de Noue fut cité à l'ordre du jour.
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vigueur pour gravir des penles longues et escarpées sous une grêle de balles. Cependant elles veulent bien accorder aux dispositions générales et à la contluite du combat une grande part dans le succès. J'ai pourtant fait deux fautes dont personne ne se serait aperçu si je ne les avais moimême signalées au cercle le lendemain du combat, qui ne finit qu'à cinq heures du soir, ayant commencé à trois heures et demie du matin. L'ennemi a été très acharné ; plusieurs fois il a repris l'oiTcnsive sur divers points de la chaîne, et comme chaque fois il était accueilli par une fusillade à deux balles et chargé imni-'li' ii*^rnf ni. il o éprouvé des pertes énormes.
Je ne les ai pas élevées assez haut dans mon rapport. D'après les renseignements que je reçois des chefs qui se soumettent, il y aurait eu plus de 1.000 morts et 2.000 blessés. Les villages sont pleins de ceux-ci. Je viens de leur envoyer des chirurgiens pour les panser.
Depuis le 17, il n'a pas été tiré un coup de fusil et les soumissions nous arrivent de toute part. J'organise en ce moment trois agaliks^ qui embrassent toul le pays kaliyle que j'avais l'intention de soumettre. La tâche que je m'étais tracée dans la Kabylie est donc finie, et c'est fort heureux, car rOuest m'appelle. Il paraît qu'Abd-el-Kader est enfin parvenu à intéresser le Maroc à sa cause; des troupes sont réunies à Oudjda, la guerre sainte y a été prèchée; des lettres d'Abd-el-Kader répandues dans le pays annoncent son retour appuyé par lempereur Muley Abd-er-Rharnan ; tout est à la guerre et le général Lamoricière s'attendait à être attaqué le 18. Daprès une lettre d'Oran, il ne l'aurait pas été. Vous saurez que cet officier général est sur la rive gauche de la Tafna avec 12 ou 13 bataillons, 10 escadrons, une demi-batterie montée et 6 pièces de montagnes. D'après les renseignements, le corps régulier marocain serait d'environ 10.000 hommes et beaucoup dirréguliers. C'est beaucoup, mais on peut battre cela. Pour peu que les Marocains temporisent, j'y serai avec un petit renfort. Je
ne puis dégarnir trop les autres parties. Abd-el-Kader ne manquera pas de chercher à fomenter des révoltes, il faut être prêt partout.
Je ne sais si, en présence de cette situation, les Chambres parleront de réduire l'armée. Insensés! ils veulent les grandes choses avec les petits moyens ! Mais qui a comi)ris cette entreprise?
Vous dites que je vais rentrer en France, j'en accepte l'augure. Je ne puis avoir le désir de rester lorsque tous les ans une ou deux fois on me demande de renvoyer des troupes en môme temps que nous étendons nos conquêtes. Ensuite je ne suis pas d'accord avec le ministre sur la colonisation et je suis horriblement fatigué de la bureaucratie de Paris, qui veut tout régenter et qui prétend mieux savoir que moi ce qu'il faut, ce qui est en Algérie.
J'ajoute que j'ai en France des afifaires qui souffrent, l'éducation d'un fils à faire, une fille à marier.
J'avais interrompu ma lettre pour investir les chefs de l'agalik de Taourhga qui entoure Dellys. Il se compose de sept tribus, grandes et petites. Demain j'organiserai l'agalik des Amraouas, qui est plus considérable. Avant-hier j'avais organisé celui des Flissas. Ainsi, dans cette petite campagne et avec deux combats, sérieux, il est vrai, j'ai soumis et constitué trois beaux agaliks, qui renferment24 ou 25 tribus et 25 à 30.000 guerriers. Lesolenest généralement fertile ; les vallées sont larges et bien arrosées ; il y a une immense quantité d'oliviers greffés et de figuiers; si ce n'est pas le pays le plus riche de FAlgérie, c'est tout au moins le plus frais, le plus pittoresque, le plus agréable à habiter.
Votre ami, Bugeaud.
Frontière du Maroc, le i8 juillet 1844. Mon cher Genty \ J'ai reçu ici votre détestable billet (du 26 juin), en ce 1. Archives Féray-Bugeaud disly.
qu'il lia que trois lignes el demie. Je savais déjà que vcms étiez des nôtres, et je ne doutais pas que ce ne fût d'intention, de cœur et de place; je m'en réjouis de tout mon cœur.
Vous attendrez, dites-vous, pour m'écrire plus longuement, que j'aie cueilli tous mes nouveaux lauriers. En ce cas-là, mon cher collègue, vous attendrez longtemps; car en Afrique, il y a toujours quelques petits lauriers à cueillir, ou quelques petits revers à subir. De longtemps l'incendie ne sera complètement éteint, mais nous en préservons la presque totalité de la surface du pays, nous le tenons confiné à la limite; n'est-ce pas déjà une chose immense?
Le fâcheux incident du Maroc m'a contrarié, plus que ne l'ont été le roi, les ministres et les Chambres ; j'avais le plus vif désir de rentrer en France au mois de juillet, pour accompagner ma femme malade, pour voir mon fils et ma fille, pour faire connaissance avec mon gendre et sa famille, pour voir le petit-fils ou la petite-fille qui naîtra bientôt, enfin pour faire une multitude d'affaires de famille très pressantes. Me voilà encore accroché pour quelques mois.
J'étais de mauvaise humeur, je l'ai fait sentir aux Marocains, qui m'ont fourni le 15 juin et le 3 juillet d'heureuses occasions d'épancher ma bile. Plaisanterie à part, c'était la meilleure politique à suivre. Notre situation indécise vis-à-vis de nos orgueilleux et arrogants voisins était pénible, triste et surtout dangereuse pour l'Algérie. Déjà les malveillants, el ils ne peuvent manquer d'être nombreux, frémissaient d'espérance de se voir délivrer de notre joug par le puissant empereur du Maroc, le schériff, le chef de la religion dans tout le nord de l'Afrique. La moindre hésitation de notre part, le moindre signe de peur pouvait tout perdre. Nos actions énergiques ont, j'en ai la conviction, tout sauvé. Nos ennemis baissent la tête et protestent de leur dévouement, nos amis ont repris confiance, les masses populaires, qui en tout pays aiment mieux la paix que la îiuerri^. soni (animes et obéissantes. Jamais encore l'Alerériei
n'avait donné autant de signes de soumission réelle. Après le combat du 15 et mon entrée à Oudjda, j'ai cherché sur la côte un point de débarquement, pour faciliter nos approvisionnements. Mon intention était d'y fortifier 400 hommes. Je trouvai tant de bonne volonté dans la population du pays, où nous pénétrions pour la première fois, que je chargeai un caïd de recevoir mes vivres à la côte, d'en être le gardien, et un autre caïd de l'intérieur d'en faire le transport successif à notre camp de Lalla-Maghrnia. Cela s'exécute chaque jour religieusement. Cette population cependant touche la population du Maroc. D'un autre côlé, les populations kabyles à l'ouest de Tlemcen, qui étaient restées rebelles jusqu'à ce jour, viennent de se soumettre au général de Lamoricière.
Mais voici une meilleure preuve du bon effet produit par une conduite vigoureuse :"Le 22 juin, Sid Mohammed ben Drio, ministre des Affaires étrangères de l'empereur du Maroc, répond à notre consul général à Tanger par la lettre la plus arrogante et la plus provocante. On peut dire qu'on ne vit jamais en diplomatie rien de pareil. Le 7 juillet, c'est-à-dire quand on eut connaissance de mon combat du 15 et de moji entrée à Oudjda, le gouverneur des provinces septentrionales, Sid Bousellam, écrit au même consul une lettre dans laquelle il proteste des intentions pacifiques du Maroc et prie instamment M. de Nyon de demander à son maître d'empêcher son armée de passer la fj'ontière, s'engageant à en faire autant de leur côté. C'est qu'il commençait à comprendre qu'ils n'étaient pas capables de nous envahir. Cependant je n'avais pas alors plus de 5.000 hommes. J'en ai aujourd'hui 7.000 environ, pleins de confiance en eux-mêmes et se croyant capables de braver les multitudes que peut nous opposer S. M. l'empereur. Ayant déclaré, après l'incroyable attaque du 15, que je ne respecterais plus le territoire et que je poursuivrais Abdel-Kader et nos tribus émigrantes partout où elles se Irouyeraienl à ma portée, je viens de faire une tournée dans
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louesL et le sud-ouest d'Oudjda ; les Marocains ont fui sur une rivière qui e?l à 12 lieues de cette place; j'ai recherché alors Abd-el-Kader el nos tribus émig:rantes; j'ai été sur le point de saisir celles-ci. elles ne m'ont échappé que parce que je ne connaissais pas le pays et que je n'avais aucun guide.
Le 21 ou le 22, je me reporterai encore en avant, el j'agirai ainsi jusqu'à ce que le Maroc nous ait donné satisfaction. J'espère que cela facilitera la diplomatie à Tanger. Ce qui est certain, c'est que la conquête de l'Algérie s'en trouve très consolidée ; de toutes parts on me signale les bons effets de nos allures hardies, mais en même temps il faut que l'on ne soit pas timide à Tanger. On peut parler haut là-bas, puisque nous avons conquis ici une grande supériorité morale sur nos adversaires.
Je fais vivre mes chevaux et mes mulets sur le territoire marocain. Il faut que ces insolents sentent les effets d'une guerre qu'ils provoquent depuis deux ans par des actes que nous avons peut-être trop longtemps soufïerts. Si nos journaux belliqueux savaient tout ce que nous avons enduré, ce serait pour lors qu'ils accuseraient le gouvernement de lâcheté, des interpellations seraient faites à la Chambre, et assurément elles seraient mieux fondées que celles pour Taïti.
Recevez, mon cher collègue et ami, l'assurance de mes
sentiments affectueux.
Le Gouverneur général.
Maréchal Bugeaud.
Après la victoire d'Isly, le maréclial rentra à Alger, où il débarqua le 5 septembre 1844, accueilli avec enthousiasme par la population. Un Te Deum solennel fut chanté, le 14 septembre, dans l'église de Nolre-Darae-des-Victoires. Le 18 septembre, le roi lui conféra le titre de duc dlsiy.
Je savais bien, mon cher d'Esclaibes, que vous ne douteriez pas de ma victoire sur la nombreuse cavalerie des
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Marocains, je savais bien aussi que vous vous en réjouiriez autant que ma famille.
Les principes que vous connaissez ont été appliqués dans cette bataille avec la plus grande exactitude et le succès a été complet. L'avant-veille, les officiers du camp s'étaient réunis pour offrir un immense punch au 2" de hussards dans un Tivoli improvisé sur les bords de l'Oued-el-Abbed. J'y fus invité. On me porta un toast qui me fournit l'occasion de parler de la bataille que je prévoyais. Je décrivis l'ordre de marche et de combat, sa puissance, ses résultats certains sur des masses confuses, sans organisation, sans discipline, sans tactique, sans aucun moyen de coordonner leurs mouvements. Cette dernière partie de mon discours enthousiasma mon audiloire. On se jura de se soutenir mutuellement et de combattre avec cette ténacité et cette vigueur dont j'avais parlé. Le lendemain, on ne causait dans le camp que de ma harangue, qui fut connue de tous les soldats. Cependant, pour mieux le pénétrer de mes idées, de mes sentiments et de ma confiance, je réunis en masse toute l'infanterie et je lui parlai.
Puis je fis répéter la manœuvre en simulant le fourrage qui devait tromper l'ennemi sur notre mouvement ofTensif. Cette préparation a fait que ma petite armée a marché, passé, combattu comme un seul homme sans la moindre hésitation. Cet ordre, cette marche rapide et non interrompue sur le centre de la cavalerie marocaine l'ont frappée de terreur. Après quelques tentatives infructueuses, elle a cédé et cédé le terrain jusqu'à ce qu'enfin, ma cavalerie ayant chargé dans la direction des camps, elle a été partagée en deux parties qui formaient chacune une vaste confusion. L'une de ces parties s'est ralliée en face du côté ouest du camp et se préparait à charger sur nos cavaliers dispersés dans le camp. Heureusement je suis arrivé, avec l'infanterie et l'artillerie, très à propos pour arrêter cette charge qui aurait pu nous être funeste. J'ai refoulé cette masse à une lieue et la voyant en pleine déroute vers la
roule (le Fez, où Ton ne trouve de l'eau qu'à 10 lieues, j'ai arrêté la poursuite et ramen»^ le? troupes au camp marocain.
Je vous destine un cheval de la bataille, que j'ai choisi entre beaucoup d'autres. Il est joli sans êlre pur sang. Son poil est bai cerise. On pourrait lui désirer un peu plus de jambe; mais il marche à merveille, il est d'une solidité parfaite et court bien. Je cherche un chasseur ou un artilleur de la Haute-Marne pour vous l'envoyer.
Vous devez être content de la manière dont votre préfet mène les affaires. Faites-lui mes amitiés et présentez mes hommages à sa femme et à sa mère. Mais avant tout mes respectueux compliments à M"* d'Esclaibes.
Ma femme a failli mourir à Alger. Décidément le climat lui est nuisible. Elle est allée se remettre en Périgord. Je pense qu'elle ne reviendra plus en Afrique.
Adieu, cher et vieil ami. je vous consei-verai mes sentiments jusqu'au tombeau. Maréchal Bucel^ud.
Al[iei\ le ik septembre 1844.
Mon cher d'Esclaibes,
Je ferai partir demain par le bateau de Toulon un cheval pour vous; il est de bonne taille arabe, il marche bien, trotte bien et court bien sans être d'une première vitesse. Toutefois je crois qu'il battrait la plupart des chevaux de votre pays. Il est bai cerise, il a des balzanes, du blanc au chanfrein. II n'est pas pur sang; mais il a assez de distinctions et, tel qu'il est, c'est un joli cheval.
Il est conduit par un chasseur de Besançon, qui doit attendre son congé définitif (dans trois mois) dans ses foyers. Je lui ai remis 200 francs pour sa route. En dépensant 6 francs par jour pour lui et le cheval, il économisera environ 60 francs. C'est assez pour l'indemniser du petit surcroît de route qu'il fera. Il est d'ailleurs récompensé par trois mois d'anticipation de congé. Toutefois donnez-lui si vous v(.iil"7 C'f^^i un brave trarcon.
282 CORRESPONDANCE INEDITE
Je compte bien rentrer en France avant peu. Nous nous verrons, j'espère, à Paris, où je me rendrai après avoir passé quinze jours en Périgord, Comme vous diies, nous causerons, nous nous épancherons sur la déplorable époque, que vous voyez naturellement beaucoup trop en noir. Il y a un peu de vrai ; mais il y a bien des causes auxquelles il était bien difficile de se soustraire.
Comment être aussi vigoureux avec l'étranger qu'on le voudrait, quand républicains et carlistes n'attendent qu'une guerre pour éclater? Et l'Afrique? Croyez-vous que cela soit encourageant pour se brouiller avec V Anglais ?
Vos insinuations ne pouvaient arriver plus à propos pour égratigner mon épiderme de conservateur, car en ce moment je suis de l'opposition (soit dit entre nous) à cause du déplorable traité que le pusillanisme de Nyon ' et l'enfant de Gluksberg viennent de bâcler avec le Maroc, contraii'ement à mes conseils, souvent répétés, au gouvernement et aux chargés d'affaires. L'empereur m'avait accordé l'internat et la surveillance d'Abd-el-Kader dans l'un des ports de l'Océan et l'on se borne à lui demander à Tanger l'expulsion. Il y a cent contre un à parier qu'on va l'envoyer dans le désert et que nous l'aurons bientôt sur les bras à la frontière du Sud et même de l'Ouest, car il sera peu scrupuleux pour violer le territoire marocain. On a gaspillé nos victoires, j'en ai dit mon sentiment avec amertune.
Au sujet du traité, on ne m'a jamais répondu un mot. .Je suis très en colère... et cependant je ne vois pas, comme vous, l'époque déplorable.
Je m'occuperai de votre maréchal des logis du 2".
De Noue commande deux escadrons qui vont dans lest de Dellys avec une colonne qui va achever l'œuvre ébauchée au printemps. Il s'est manifesté quelques mauvais symptômes qui n'ont aucune gravité.
Ami, ami. B.
1. Le comte de Nyon, consul général et 'chargé d"a!Taires, et le duc de Glucksberg, fils du duc Decazes.
DU MABÉCHAL BUGEAUD 1814: 283
Le duc dAuniale quitta l'Algérie le 14 octobre 1841; le gouverneur général le suivit de près. 11 remit ses pouvoirs au général de Laraoricière, commandant de la division d'Alger, et s'embarqua le 16 novembre pour Marseille, où il fut reçu avec enthousiasme. Auparavant la Société agricole de l'Algérie lui avait offert une épée d'honneur.
Paris, le 2& jam '■ '.
Mon cher d'Esclaibi:s,
Airivr à Paris depuis le 20' et quoique harcelé par uno foule de solliciteurs, je veux vous répondre quelques mots à la lettre que j'ai trouvée ici de vous.
Tout ce que vous me dites sur la race chevaline en France est judicieux et bien pensé; mais je croyais vous avoir dit que, loin d'entrer dans la voie fâcheuse des haras, tels qu'ils sont, je m'étais toujours opposé en Afrique à leur établissement qui est trop cher, tandis qu'en laissant élever par les Arabes qui possèdent de grands espaces dont ils ne profitent pas pour la culture, on aura toujours les produits à bon marché.
Ce qu'il fallait, c'est améliorer la race et j'ai cherché à entrer dans celte voie en faisant sur divers points de l'Algérie des dépôîs d'étalons choisis avec soin en majorité dans le pays, à Tunis et enfin en Syrie.
Aux environs de tous les points oîi se trouvent établis ces dépôts, on rencontre déjà quelques jeunes produits qui ont de l'avenir, et dans quelques années je ne doute pas qu'on ne se ressente d'une manière avantageuse de cette innovation qui était devenue utile, car la guerre avait enlevé â la production une grande partie de ses plus beaux étalons.
Je vais écrire ainsi que vous me le demandez en faveur de votre ami, M. Lefebvre, qui a servi avec nous en Aragon.
<. Paris aussi avait fait au vainqueur des Marocains une ovation sinci>re et chaleureuse. A cette heure-là, le maréchal Bugeand était vraiment, dans l'esprit du public, le second personnage du royaume.
Z»4 CORRESPONDANCE INEDITE
Adieu, mon cher d'Esclaibes, croyez toujours à ma bien
vive et bien sincère amitié.
Le Gouverneur général,
Maréchal duc d'Isly.
Le 29 mars suivant, Bugeaud était de retour à Alger.
A Monsieur le comte Emmanuel d^Esc/aihes, à Chalançay^ par Prauthoy [Haute-Marne).
Alger, le 19 août 1845.
J'ai appris avec une vive douleur, Monsieur, la perte immense que nous venons de faire, vous du meilleur et du plus aimable des pères, moi d'un ami de quarante ans sans un seul nuage.
Je serais heureux de trouver l'occasion de prouver aux enfants^ la vive amitié que j'avais pour le père.
Consolons-nous en pensant qu'il ne peut manquer d'être heureux au ciel, parce qu'il a été très bon sur la terre.
Maréchal duc d'Isly.
Alger, le 30 août 1845.
Mon cher Genty -,
Je vous ai bien négligé depuis quelques temps, ne m'en blâmez pas, c'est que les affaires ici vont chaque jour en se multipliant. Pour n'en être pas écra.sé, il faudrait se placer dans une sphère presque royale, négliger les détails et ne se rendre abordable que rarement. Cela n'est pas dans mon caractère, quoique je sois féroce^ comme disent les journaux et quelques agents des bureaux de la guerre.
1. Les enfants du colonel d'Esclaibes étaient les trois fils dont il est question plus haut et deux fdles : 1° Mathilde-Marie-Françoise, née en 1821 et décédée à Chalancey le 28 août 1853 (non mariée); 2° Louise- Marie-Françoise-Sosthénie, née à Langres en 1825 et décédée à Versailles le 4 janvier 1883. Elle avait épousé François-Philibert-Joseph Guéneau de Mussy, né à Dijon en 1818 et décédé le 3 février 1891. Il appartenait à la vieille famille française cjui a laissé de si brillantes traces dans l'armée, la médecine, les sciences et les arts.