Château du maréchal Soult, près de S'-Amans-Soalt (Tarn
280 CORRESPONDANCE INKDITF.
commissaires civils. Quoi qu'il en soit, l'ordonnance du 13 avril nous coûtera annuellement, directement ou indirectement, plus de 400.000 francs, et tout d'abord nous aurons à débourser environ autant pour loger les nouveaux fonctionnaires. Ce progrès qu'a vanté de Beaumontà la tribune se fera surtout sentir dans le budget, mais ailleurs cela sera à peu près nul, bien qu'on nous ait envoyé, je crois, des hommes de mérite; mais j'aurais mieux aimé conserver mes 1.200 spahis que d'avoir mes huit conseillers de plus et tout ce qui s'ensuit.
Quelqu'un m'écrit qu'il y aura dans la Chambre une grande réaction contre les choses d'Afrique, et sans doute aussi contre moi. Ecrivez-moi en Périgord ce qui en est.
Vous recevez, je crois, le Moniteur algérien^ vous aurez lu dans celui du 15 ou du 20, un article sur ce qu'il y a de vrai dans le système de destruction et d'extermination. Vous en lirez deux autres dans le 24 et le 30 sur la colonisation. J'y fais connaître mes doctrines sur cette matière, pour tâcher qu'on ne me dise pas toujours que je suis exclusif et que je ne veux que la colonisation militaire, à moi qui ai plus fait pour la colonisation civile que qui ce soit, et surtout que les écrivains.
J'ai modifié mon système de colonisation militaire de manière, je crois, à me concilier les esprits qui ont horreur du mot et de la chose. Je ferai de la colonisation civile avec des soldats, je ne les garderai que trois ans sous la discipline militaire; après quoi, je les rendrai à l'administration civile, mais j'en disposerai pendant trois ans pour fonder leur prospérité, en leur faisant exécuter, dans les moments perdus pour l'agriculture, tous les travaux d'utilité publique dans leur commune.
J'ai fait un appel aux soldats de bonne volonté pour entrer dans cette colonisation, j'en ai déjà 3.000 inscrits dans la seule division d'Alger. Voilà déjà une grande question résolue, car on me disait toujours : Vous ne trouverez pas de .soldats.
nu MAnKCHAL BUGEAirD (1845^ 287
Je suis parfailemenl convaincu que Ihoslililé de certains journaux a été inspirée et entretenue par les bureaux de la Guerre : V Algérie, le National môme, le Coîirrier, la Patrie reçoivent leurs confidences.
Voilà, mon cher, une lettre, non pas celles que vous m'écrivez ; dédommagez-moi en Périgord de vos petits bouts de billets.
Vous avez raison, le ministère fait fort bien de ne pas dissoudre la Chambre cette année.
Adieu, adieu, je vous quitte; croyez à mon affection dévouée, et faites agréer à Madame tous mes compliments empressés. Maréchal duc dIslv.
Au camp sous Miiiana, leili octobre 1845.
Mon cher Genty',
Je profite du premier moment de répit pour réjiondre à votre bonne lettre du 11 octobre.
Les circonstances sont graves sans doute, mais elles ne sont pas, comme vous le dites, revenues à 1841. La province d'Alger n'a pas bougé et ne bougera pas, j'espère. Nous avons de bons postes dans l'intérieur que nous n'avions pas il y a cinq ans. Ils formeront des bases d'opérations d'une haute utilité. Malheureusement les postes de la province d'Oran ne sont pas bien approvisionnés. L'armée est aguerrie, intelligente de cette guerre et pleine d'ardeur.
L'incendie gagnait le sud de la subdivision de Miiiana; j'y cours avec 3.000 baïonnettes et 450 sabres, et un fort convoi français et arabe que j'ai organisé à la hâte.
Je serai le 24 à Teniet-eî-Had, le 27 ou le 28 à Tiaret, J'agirai conformément aux circonstances.
On n'a aucune nouvelle de Lamoricière depuis le 10. On a entendu le canon dans les environs de Djemma-Ghazaouat les 12, 13 et 14. L'absence de nouvelles prouve que mes troupes soïit entourées d'ennemis.
On a attaqué Mostaganem. L'affaire a bien tourné, ninis