‹ Lettres inédites (1808-1849);Chapitre 81 sur 125 · Archives Féray liugeaud disly · texte numérisé non relu

Archives Féray liugeaud disly

facilité, de trop courtes lettres, il est vrai. M'en voulezvous ?êtes-vous malade? êles-vous mort?

Moi, je ne suis pas mort, mais je suis malade et en môme temps je suis plus accablé d'affaires que jamais.

Avez-vous remarqué que mon détestable système de guerre vous a donné depuis cinq mois la paix la plus profonde? A celte occasion, je vous engage à relire une lettre de Paul-Émile aux Romains. Elle ne manque pas d'à propos. Ce grand homme se plaignait aussi des faux jugements et en signalait le danger. Il offrait à ses critiques de venir en Macédoine voir de près les difticultés et apprendre à les vaincre. 11 mettait à leur disposition des armes, des chevaux, des soldats, etil terminait par leur déclarer qu'il n'écoutait que les conseils des gens du métier, ayant vu les lieux et les choses.

Ce qui est certain, c'est que jamais les Arabes n'ont été aussi souples; je les fais obéir à 140 lieues de la côte. Il font eux-mêmes la police des routes et de tout le pays. Je ne garde rien directement, mais je garde tout par la puissance morale que nous a donnée notre système de guerre, si vicieux comme on sait. Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas encore des révoltes; il y en aura, gardez-vous d'en douter. Vous les engendi'erez vous-mêmes parla colonisation européenne. Maison les étouffera toujours, pourvu qu'on ne renonce pas au système de guerre tant décrié.

Le parti d'Abd-el-Kader se désorganise visiblement chaque jour. Il est lui-même fort misérable dans le Maroc, sur les bords de la Moulouïa. Plusieurs de ses fidèles nous sont déjà venus, d'autres plus importants négocient leur retour.

Le ministère se décide à demander 3 millions pour la colonisation militaire. Si cette demande est bien .soutenue, je me persuade qu'elle réussira.

Ace sujet, je distribue aux deux Chambres une brochure, je vous engage à la lire attentivement. Dites-m'en votre sentiment et celui du public parlementaire. C'est M. Guizot

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qui Ta fait imprimer et disiribuer. Je distribue aussi une réponse au système de M. de Lamoricière. Il m'y a contraint, puisqu'il a donné de la publicité à son œuvre et que le ministère en a ordonné l'application avant de m'avoir consulté.

Recevez, mon cherGenty, Tassurance de mes sentiments afTectueux et dévoués.

Maréchal duc d'Isly.

AlQer, le .'< [••rrier 1847.

Mon cher Gexïv ^

J'ai bien fait de vous provoquer, puisque cela m'a valu deux pages et des nouvelles de votre chère moitié. J'ai appris sa convalescence en même temps que sa maladie. Je sens par le souvenir de mes peines passées combien vous avez dû souffrir, pendant que cet être chéri était en danger. Les beaux jours de mars la rendront, j'espère, à la santé, je fais des vœux pour cela.

Ma femme, ma fille et moi sommes très enrhumés. C'est en visitant les villages que j'ai attrapé cette maladie tou jours très dure pour moi. Malgré cela, je n'ai pas cessé de travailler du matin au soir et quelquefois la nuit, tant on est harcelé par les affaires. Nul ne peut se faire une idée de notre fardeau que celui qui l'a supporté.

L'administration civile des 110.000 Européens me donne dix fois plus d'embarras que l'armée et l'administration des Arabes. C'est que d'une part la machine administrative est trop compliquée et que de l'autre on veut tout faire, tout réformer, tout réorganiser à la fois. Aussi tous mes fonctionnaires sont accablés et le gouverneur général plus que tous les autres.

La direction de Paris nous gourmande et nous harcèle pour obtenir à temps des tombereaux de papiers, de plans, de devis, de mémoires, de justifications. Je gourmande, je harcèle à mon tour le directeur général et les divers chefs

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