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Archives Féray-Bugeaud d'Isly

DU MAHÉCHAL BLGEALD (1847) 299

de services, qui à leur tour envoient des ricochets à leurs subordonnés; ça va jusqu'aux garçons de bureau qui, dans leur humeur, en donnent bien peut-être quelques coups de pied à leurs chiens.

C'est un rude métier, mon cher Genty, que de gouverner l'administration civile, j'aimerais mieux commander l'armée "le Xerxès. Et cependant je voudrais que vous vissiez avec :uel sang-froid imperturbable je préside le conseil deux l'ois par semaine pendant cinq heures, sans compter les conférences avec les chefs de service. Ce n'est pas petite iiesogne, le conseil est nombreux et l'on aime assez à y parler, c'est une Chambre des députés au petit pied. Trois bonnes tètes et un gouverneur général ayant beaucoup d'autorité feraient mieux les afTaires que tout cet échafaudage. Ce n'est pas là le vent de l'époque, il faut du compliqué, garanties sur garanties, parlant beaucoup de rouages, beaucoup d'employés, beaucoup de dépenses.

Ce n'est pas ainsi que j'ai organisé mon gouvernement arabe et celui des villes de l'intérieur. Celles-ci ne coûtent qu'un sous-officier secrétaire à 30 francs par mois, 360 francs; un interprète à 600 francs, total 960. Le commandant de place administre et juge gratuitement ; il n'a (pie 240 francs de frais de bureau.

Les pépinières, les dépôts d'étalons, les travaux publics, tout est à l'avenant, au moins de frais possible. Aussi criel-on par-dessus les toits qu'il y a urgence de changer cet liorrible régime du sabre, c'est trop simple, trop bon marché. Et cependant, je vous le jure, aucune réclamation fondée n'a été portée par les citoyens contre les juges ou les administrateurs militaires. En est-il de même pour les juges et administrateurs civils? Non, car il a été nécessaire de renvoyer bon nombre des uns et des autres.

C'est qu'on ne peut pas les choisir comme j'ai choisi les miens. Et puis, si l'on pouvait choisir, où est la pépinière comme celle que j'ai de 6.000 sujets dont le plus grand nombre ont reçu une bonne éducation?

300 CORRESPONDANCE INEDITE

Vous n'êtes pas a priori partisan chaleureux de la colonisation militaire ou, pour parler plus vrai, de la colonisation faite avec l'élément pris dans l'armée. Vous voulez m'entendre, examiner, juger.

C'est très bien, je ne veux pas èlre cru sur l'étiquette du sac, et bien que je vous aie souvent entretenu de mon système, et que vous m'ayez même aidé à le rédiger une première fois, je comprends que vous l'examiniez encore très attentivement.

Vous voyez d'ailleurs que j'ai envoyé à M. Guizot un manuscrit pour qu'il ait la bonté de le faire imprimer et distribuer aux deux Chambres. On ne sera donc pas surj)ris par la discussion, on aura le temps d'apprécier.

Vous me placez, dites-vous, entre César et Alexandre. Je ne suis pas si ambitieux, mon cher Genly, et je me contente d'être bien loin derrière ces deux grandes figures militaires. Mais je ne veux pas faire trop le modeste, et je dis hardiment qu'en fait de guerre, j'ai quelque portée, puisque j'ai dit exactement en 1838 à la tribune ce que j'ai fait de 1841 à 1847. Eh bien, j'ai la conviction que mon système de colonisation est aussi sûr que mon système de guerre. Il résoudrait cette troisième question, comme j'ai résolu les deux premières, par l'application de deux ou trois vérités.

Puisque M. Guizot retarde tant l'impression de ma brochure, je vous en envoie confidentiellement un exemplaire, ainsi qu'une autre brochure dans laquelle j'examine le système proposé par M. de Lamoricière, système, pour le dire en passant, que nous avons essayé avant lui avec cinq entrepreneurs de colonisation et qui n'a produit que de fort tristes résultats.

Lisez, je vous prie, attentivement ces deux opuscules et vous m'en direz votre sentiment.

Recevez, moucher Genly, l'assurance de mes sentiments alTectueux et dévoués et faites agréer mes hommages à votre femme. Maréchal duc d'Isly.

Al'jer, leiO mars 1847.

Mon cher Gentv,

Vous ' êtes bien le meilleur cœur du monde; je vous ai bien grondé et vous ne vous en fâchez pas. Vous acceptez mon rendez-vous de La Durentie au risque de vous faire gronder encore à l'endroit de l'Afrique. Si je vous ai affligé par mes critiques un peu vives, consolez-vous en pensant que j'en gronde bien d'autres et que j'aurais à en gronder par millions. En effet les questions d'Afrique ont plus fait déraisonner les hommes depuis quinze ans que toutes celles qui ont surgi depuis un siècle. Et, remarquez-le bien, ce ne sont pas seulement les sols qui déraisonnent sur l'Algérie, ce sont aussi les gens d'esprit pour la plupart, parce qu'ils en parlent sans avoir étudié et sans avoir vu, non pas comme les touristes, mais comme nows.

Je trouve aussi tous les jours des gens qui ont vu comme nous et qui n'en sont pas plus avancés, c'est que leur maman ne les avait pas fabriqués pour cela.

Tout cela prouve que la question est immensément difficile. Combien de gens s'y sont essayés sans pouvoir satisfaire ni aux nécessités, ni au public? On en essaiera encore beaucoup, ainsi que des systèmes, et c'est là ce ([uil y a d'effrayant pour l'avenir.

Voilà la commission des crédits supplémentaires d'Afrique qui repousse à l'unanimité moins une voix l'idée de la colonisation militaire. Vous voyez quels enseignements on a tirés des derniers événements ! Les environs d'Alger ont failli être envahis par Abd-el-Kader et l'insurrection, ce ({ui eût été tout un. J'ai ordonné de préparer la mobilisation de deux bataillons de milice; aussitôt on a jeté les hauts cris sur les deux rives de la Méditerranée. Comment ! faire marcher des citoyens qui ont des affaires I c'est un crime abominable !

Si vous n'avez que des citoyens ainsi constitués, comment domineront-ils le peuple arabe, si fier, si belliqueux? Il

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