‹ Lettres inédites, 1812-1857Chapitre 1 sur 17 · SUR LA · texte numérisé non relu

SUR LA

Correspondance de M"^^ DESBORDES -ValMORE

LES manuscrits des lettres de Marceline Desbordes et de ses correspondants qu'Hippolyte Valmore, fils de la célèbre poétesse, a consacré sa vie pieuse à rassembler de partout en un hommage posthume que sa propre mort ne lui a pas permis de publier dans une édition intégrale, forment six volumes in-S", entièrement écrits et annotés de sa main. Ils furent commmiiqués à vSainte-Beuve qui y puisa quelques-vmes des citations trop rares, parsemées dans son volume trop restreint. Madame Deshordes- Valmore, sa Vie et sa Correspondance (i).

Moins avare d'un si riche trésor épistolaire qui nous révèle la part la plus « divine » de cette femme étonnante à qui ses seules poésies auront valu ce titre, M. Benjamin Rivière, profitant des Archives de la Ville de Douai dont il est l'érudit bibliothécaire, a publié, avec les pièces autographes que lui ont fournies ses recherches et celles de M. Félix Delhasse dans la ville natale de la poétesse, deux volumes autrement précieux, encore qu'incomplets, de la Correspondance intime de Marceline Deshordes-Valmore (2). De cette publication importante, les admirateurs de la maî-

(i) Paris, INlidiel L,évy, 1869.

(2) Paris, Alphonse I,emerre, 1896.

6 MARCI-I.IXE DESBORiJliS-VALMOIlE

tresse épistolière doivent une bien juste reconnaissance à son premier révélateur.

A son tour, mis par ]\I. Delhasse sur la trace d'un tel trésor littéraire, ]M. Arthur Pougin eut la fortune meilleure d'entrer en rapports avec Hippolyte Valmore lui-même, dont la plume moins habile confia à celle du distingué historiographe de Marie Malibyan et de tant d'autres figures célèbres, le soin de publier ces pages de La Jeunesse de M^' Deshordes-Valmore (i), que l'heureux fils d'une telle mère eut le bonheur de pouvoir Hre à la Nouvelle Revue, avant d'aller rejoindre, dans la même tombe du cimetière Montmartre, celle à qui il allait apprendre que la plus belle part de sa gloire littéraire, loin d'être morte avec la poétesse un peu vieillie, ne faisait que de naître avec la prosatrice supérieure peut-être à sa fortune passée. Cent quatre lettres de Marceline Desbordes, choisies par M. Arthur Pougin parmi les plus belles du surabondant recueil d'Hippoh-te Valmore, complètent ce volume et font, du monument littéraire qu'il élève à la gloire de cette femme sans pareille, le vestibule le plus noble et comme les Trois Marches d'un autre marbre rose où celui d'Alfred de Musset n'aura trouvé ni moins de sang d'un cœur qui s'oubliait, ni plus d'éclat d'un esprit qui s'ignorait et d'un génie que ces lettres enfin nous révèlent.

A cette source documentaire, il faut rattacher, sans les y confondre, vingt-cinq lettres écrites par Marceline Desbordes à Sainte-Beuve et pubHées par M. Spœlberg de lyovenjoul dans un volume récent sur Sainte-Beuve intime (2). lyà, vinrent puiser aussi pour d'autres livres sur Marceline Desbordes- Valmore d'après des papiers inédits (3), et sur

(i) Paris, Calmann-Lévy, 1898.

(2) Paris, Calmann-Ijévy, 1909.

(3) Paris, Arthème Fayard, 1910.

la Vie douloureuse de Marceline Deshordes-Valmore (i), MM. Jacques Boulenger et Lucien Descaves. Mais, soit que la clef du puits où puiser abondamment encore en fût jalousement retirée, soit que les distingués historiographes ignorassent l'adresse posthume de cette inépuisable source, ces derniers n'eurent, pour venger de l'oubU leur patiente héroïne par un genre d'argumentation assez contradictoire, à peu près d'autres documents que ceux qu'avaient déjà pubHés leurs prédécesseurs plus fortunés.

Nous en étions, pour notre compte, à l'épreuve des mêmes regrets, quand deux occasions se présentèrent, qui nous permirent d'élargir le cercle des investigations autour de cette attachante mémoire ou, pour mieux dire, de nous rapprocher davantage du puits mystérieux où restait encore enfermée, avec tant de lettres encore inédites, la vérité qui ne demandait qu'à en sortir toute simple et toute lumineuse, pour rendre à cette femme tout son honneur intact de sainte fille de la charité toujours donnante, — jusqu'à l'apparence de sa réputation d'épouse incriminée et pourtant sans reproche. Et voici que, de cette revanche inespérée, sortirait, en outre, éclatante, une réputation de styliste qui n'y prit jamais garde et d'épistolière qui sema, tout le long de sa vie douloureuse, des chefs-d'œuvre de lettres inconscientes qui vieilliraient, tout à coup, de trois siècles, celles d'tme trop soucieuse M^^^ de Sévigné, et des sublimités de sentiments auxquels ne sembleraient avoir atteint, jusque-là, qu'une sainte Thérèse en ses extases divines de souffrance et d'amour.

La première de ces fortunes heureuses nous est venue de Rome, sous la forme d'un paquet de copies reproduisant une bonne part de la correspondance que Marceline Des-

(i) Paris, Nilsson, igii.

bordes échangea, de 1823 à 1852, avec l'avocat Jean- Baptiste Gergerès, qu'elle avait connu pendant son séjour à Bordeaux, et dont elle avait fait, pour la vie durant, un de ses amis les plus fidèles. Cette correspondance, divisée en deux lots par les héritiers de l'avocat bordelais, avait pu être copiée en partie par un autre Bordelais de valeur très littéraire, M. l'abbé J. K. Fraikin dont les découvertes érudites dans les bibliothèques de Rome font l'ornement de maints recueils qui les publient périodiquement. Ces lettres étant d'un genre particulier et attendant leur complément de Paris où les manuscrits d'Hippoljiie Valmore pourraient suppléer, tôt ou tard, à de nombreuses lacunes, ^I. Fraikin se plut à nous les envoyer avec la note biographique qu'on va lire, sur Gergerès, et qu'on ne trouverait qu'à grand'peine chez les contemporains déjà vieux, que cette pure mémoire d'honnête homme et d'écrivain autorisé, à ses heures, a laissée dans sa ville natale.

Cet ensemble de documents nous a été gracieusement communiqué par M"^ Descrambes, de Targon (Gironde), l'ime des héritières de Gergerès à qui toutes ces lettres fiu^ent adressées par la célèbre et infortunée ixîétesse Marceline Desbordes- Valmore.

Jean-Baptiste Gergerès, dont le nom est encore bien connu des vieux Bordelais, naquit à Cenon-la-Bastide près Bordeaux, en 179 1. Il fut successivement avocat au barreau qu'avait illustré Montesquieu, magistrat et bibliothécaire de cette vUle. Ardent légitimiste, il défendit en 1833, devant la Cour de Poitiers, plusieurs \'endéens compromis dans l'échauffourée de la duchesse de Berry, et aUa ensuite rendre visite à l'ancien ministre de I/Duis-I'hihppe, M. de Pe\Tonnet, alors détenu au château de Ham et dont i. était resté l'ami dévoué. Il fut le bienfaiteur aussi délicat que désintéressé de Marceline qui, à cause de l'affection de l'avocat et des sœurs de celui-ci,'conserva'une véritable]nostalgieJde Bordeaux ^après un premier séjour qu'elle y fit eu 1823.

Gergerès publia un certain nombre de poésies et d'ouvrages, dout le seul qui mérite encore d'être lu est une Histoire et description de la Bibliothèque publique de la Ville de Bordeaux, m-8°, 1S64. Il mourut à Bordeaux le 6 juillet 1869, laissant une riche collection d'autographes, qui a été partagée entre M™« Descrambes et M"® Claverie, de Bordeaux. Xous en avons extrait une lettre de Louis XIII publiée dans les Archives historiques de la Gironde, 1897, t. XXXII, pp. 225-226, et diverses Lettres rekUives

a l'armée de Condé pendant la Révolution, publiées dans les Annales de Saint- Louïs-des-Français, avril 1892. (Tirage à part, chez Cuziani, Rome.)

I,es lettres de ^Marceline, contenues dans la collection Descrambes, sont toutes des originaux olographes et y ont été réunies en deux cahiers. Plusieurs ont été déjà publiées par MM. Benjamin Rivière et Arthiu: Pougin. Xous donnons ici celles qui sont demeurées inédites, en en respectant scrupuleusement le texte et l'orthographe, mais en nous permettant d'en compléter la ponctuation souvent insuffisante.

Il semble pourtant que les préférences de Marceline Desbordes furent pour un autre ami que ses malheurs lui avaient gagné à Marseille. Au tome II I^ des manuscrits d'Hippolyte Valmore commencent, à la date de 1829, ^^^ lettres de sa mère à Frédéric Lepej^re, pour finir seulement en 1859, ^ 1^ mort de la correspondante toujours fidèle. Cent lettres qu'on oserait appeler supérieures, si tant d'autres n'étaient sorties de cette plume inaltérablement plaintive, forment le plus beau lot de ce recueil et ne présentent, dans le manuscrit, d'autre indication biographique sur im correspondant si privilégié, que cette dédicace préliminaire : A Frédéric Lepeytre, Secrétaire général de la Mairie de Marseille. Quelle intelligence et quel cœur restaient cachés sous le marbre impénétrable de cette seule Hgne, froide et muette, à l'égal d'une inscription posthume?

Le hasard des relations littéraires nous a enfin permis de retrouver à Marseille, non seulement les lettres originales de Marceline à celui qu'elle appelait si cordialement Frédéric, mais encore un fils de celui-ci en la personne de M. Théodore Ivcpeytre, conservateur avisé des précieuses archives de sa famille. Et voici la lettre, documentée à souhait, que ce fils pieux nous a écrite sur le meilleur et le plus discret ami de cette passioimée des humbles de la vie, qui refusa toujours la plus petite ligne d'écriture à la plus grande de ses admiratrices, George Sand, et qui

envoyait sans compter les plus admirables de ses lettres à un simple modeste fonctionnaire d'une municipalité de France.

JMarseille, le 7 juin 1911.

Monsieur et très honoré confrère,

Vous voulez bien me demander des notes sur mon père vénéré, Frédéric I,epe3-tre qui fut, pendant trente ans, le correspondant assidu de IM"'^ Desbordes-Valmore. Répondre à ce désir est pour moi un devoir filial, auquel je ne puis me soustraire. ]Mais le public y trouvera-t-H grand intérêt? Tout d'abord, que les curieux de scandales ne s'affriolent pas. Il ne s'agit id que d'une amitié pure, entre une mère de faimlle, déjà grisonnante, et un jeime homme alors fiancé, bientôt marié et père. Et puis, ce modeste n'eut pas d'histoire. I,e plus intéressant, à mon avis, est de savoir comment s'établirent les relations épistolaires entre Marceline \'almore et Frédéric I^epeytre.

N'y a-t-il pas, en effet, quelque chose d'étonnant dans cette intimité d'âmes, entre deux êtres, nés aux deux pôles de la France, dans des conditions sans analogie et qui s'écrivirent, neuf ans de suite, avant de se voir pour la première fois? Marceline Desbordes, née à Douai en 1786, avait quinze ans lorsque Frédéric I,epeytre voyait le jour, le 9 mars 1801, à VUlefranche-de-Conflant (P\Ténées- Orientales). Conmient le petit Pjxénéen qui, pendant ses premières années, ne parlait que le catalan, devint-il le confident intime de la jeune fille, née d'un pemtre en blason, eUe-même déjà artiste et lettrée qui, à l'autre bout de la France, achevait de croître en mtelligence et en talents? Il y a, là, un de ces mystères par lesquels la Providence semble se jouer de tous les calails huniams et de toutes les prévisions.

Issu d'mie famiUe de quatorze enfants, originaire du IMassif-Central, mon grand-père, Bartliélemy Lepeytre. entré jeune dans les douanes, fut amené par les vicissitudes administratives à \"illefranche-de-Conflant.

11 y épousa Françoise Delfau, qui lui apporta une petite dot. Ils eurent deux fils, Emile et Frédéric, à l'éducation desquels leur père consacra tous ses efforts. T,e collège de l,unel, puis le lycé^ de ilarseille, trouvèrent en ces deux frères, deux brillants élèves. A Marseille, Emile eut pour condisciple le petit et pétulant Adolphe Tliiers, qui devait rester son ami, toujours petit et non moins pétulant. Quant à Frédéric, très lettré, amoiu'eux de poésie latine et française (il figure en tête des prix d'honneur du Ijxée de Marseille pour 1818 et 1819), il se prenait parfois à regretter le temps où l'honnête homme pouvait passer ses jours à ne s'occuper que d'humanités.

Les deux frères firent leur Droit à Aix. Emile y eut pour condisciples Thiers et Mignet. Entré au Parquet de Marseille, il fut, après 1830, substitut, puis procureur du Roi. Il venait d'être nommé procureur général à Caen, lorsqu'un décret d'Adolphe Crémieux le révoqua, au lendemain du 24 février 1848. Il redevmt avocat à Marseille, et n'eut pas à s'en repentir.

NOTICE BIOGRAPHIQUE 1 l

' Frédéric était encore avocat, lorsqu'il s'éprit d'une jeune fille sans fortune, IM"<> Marianne Blanc. Musicienne dans l'âme, M"« Blanc chantait en s'accoinpagnant de la guitare, l'instrument que l'on préférait alors. Sans avoir appris l'harmonie, elle composait des romances pleines de cliamie. I^'amoureux, pour faire sa cour, lui apportait des poésies à mettre en musique. Un jour, ce furent les Hirondelles, de Béranger :

Captif au rivage du INIore,

Un guerrier courbé sous ses fers

La jeune musicienne trouva dans son inspiratiou une mélodie sentimentale qui plut à tout le monde. L,e morceau fut gravé. Frédéric en envoya mi exemplaire au poète, accompagné de joUs vers qu'il signa audadeusement : « Marianne Blanc ». I,e chansonnier répondit fort galamment, en prose et en vers, à son admiratrice mconnue qui n'en revenait pas de surprise. Elle n'eut l'explication du mj-stère que lorsque Frédéric lui eut avoué sa supercherie. Encouragé par ce succès, il en usa à peu près de même, à l'égard de ]M'°« Desbordes- Valmore, dont M"« Blanc avait mis en musique deux poésies. Il les lui envoya à I,yon, où Valmore était alors engagé (1829). Remerciements, nouvelle lettre du jexme avocat, nouvel envoi de poésies (l'Oraison et les Cloches du soit). Ils avaient mis le doigt dans l'engrenage, ils allaient y passer corps et âmes.

Cette correspondance devait durer trente années. Ce fut une conmmnion des âmes, tout intellectuelle et sentimentale, où le cœur eut plus de place que l'imagination. Ces deux âmes élevées, ces deux cœurs d'élite n'eurent plus de secrets l'un pour l'autre. INIarceline fit de Frédéric le confident de toutes ses pemes, — et elles furent nombreuses ! — l'associé de ses rares joies. EUe trouva en lui le réconfort de paroles sympathiques, de sages conseils et, dans les jours de détresse, une aide effective dont elle lui fut à jamais reconnaissante. Il n'3' eut là, de la part de Marceline, ni brUlant papillotage à la Sévigné, ni passion à la manière de Julie de I,espmasse. Dans ces lettres, destinées à la plus stricte intituité, nulle trace de littérature : ce furent les épanchements de deux cœurs qui vibraient à l'unisson, à cent heues, à deux cents lieues de distance, et[ cela pendant trente années.

Quand pour la première fois ils se virent, — c'était en 1838, — Frédéric avait 37 ans et Marceline Valmore 52. Elle commençait à blanchir. Introduit diez la poétesse, dans son petit appartement parisien, le jeune provmcial ne s'était pas fait annoncer. L^ perspicadté du cœur le devina : — « C'est Frédéric ! » s'écria-t-elle eu lui ouvrant les bras.

« Vous me^connaissez tout entière », lui écrivait-elle, après cette première entrevue. Depuis lors, pas une émotion qui ne fût coimnune à l'un et à l'autre. De Paris, on s'intéressait à la précoce intelligence du petit Frédéric (alors âgé de 8 ans) ; on saluait eu jolis vers la naissance de la petite Blanche, à qui ce prénom venait d'Inè-s-Blandie Valmore; on lui envoyait ses premiers souhers, on suivait ses progrès, on fêtait ses anniversaires et, pour le Jour de l'An, on gratifiait Frédéric et Blanche de petits livres avec dédicaces à leurs noms. De Marseille, on s'associait

12 MARCEUNB DESBORDES-VALMORK

aux rêves d'avenir du jeune peintre Hippolyle Valmore, élève de Delaroche; on applaudissait aux succès scolaires d'Ondine; on sjTnpathisait au goût musical d'Inès-Blanche. HéLis ! rien de tout cela ne devait durer. Hippol3^te, obligé de renoncer à la peinture, se résigna à la vie de rond-decuir et entra au Ministère de l'Instruction Publique, où U acquit, à la longue, une situation honorable. Inès-Blanche, longtemps maladive, mourut prématiorément. Ondine se maria, mais ce bonheur inespéré ne devait pas aboutir; elle succomba, en donnant le jour à un enfant qui ne vécut pas. De son côté, Blanclie I,epeytre, dans sa onzième année, fut fauchée comme une fleur. Un double voile de crêpe s'étendit sur les deux familles.

C'est dans ce milieu que naciuit — lui peu tardivement — celui qui survit seul à tout ce monde. I^e matin, j'ouvrais mes yeux d'enfant sur le portrait de MarceUne Valmore qui ornait la cliambre de mes parents, au-dessous d'une gravure fameuse du tableau de Girard, « Corinne au cap Misène ». Je fis mes premières lectures dans le Livre des Pe'its Enfants et les Anges de la Famille. Je n'ai pas connu Marceline Valmore qui ne put jamais venir à Marseille, à son grand regret; mais quand elle mourut, en 1859, nous éprouvâmes tous une grande douleur.

I.e petit avocat de 1829 avait été, après 1830, nommé Secrétaire général de la Mairie de Marseille. Il occupa ces fonctions près de quarante ans (sauf une interruption de quelques mois en 1848). A ce titre, il prit part aux grands travaux des règnes de lyOuis-PhiUppe et de Napoléon III. Ami fanatique de l'illustre ingénieur Franz de Montricher et dévoué à sa grande œuvre, — la crémation du canal de la Durance à Marseille, — il en réalisa presque toute la partie administrative et mérita ainsi l'honneiu qu'on lui fit d'mscrire son nom, avec ceux des autorités de l'époque, sur la pierre commémorative de l'aciueduc de Roquefavour. Chevalier de la I,égion d'honneur en 1847, il reçut, sous l'Empire, une médaUle d'argent potu l'organisation des bureaux de secours, lors du choléra de 1865, ainsi que les grandes médailles frappées lors du percement de la rue Impériale, de l'élargissement de la rue Xoailles et de la construction du palais de I^ongchamp.

Fidèle à ses goûts littéraires, il fut encore en correspondance avec Armand Carrel, Brizeux, les frères Mér\-, Autran, I/)uis Reybaud, Gozlan, Castn Blaze, M™^ Vohiys, M""'^ Dor\-al, etc.

Comme administrateur, il prc-sida à des opérations qui mirent en mouvement des millions, sans que personne eût seulement l'idée de lui proposer un intérêt dans une des nombreuses affaires qui passaient par ses mains. Le culte de l'honneur était alors une religion toute naturelle et n'avait pas besoin de récompense. Ses seuls plaisirs étaient la lecture, — il était un des assidus de la riche bibhothèque du Cercle de l'Athénée, — le théâtre, dont U fut passionné spectateur, et enfin le jeu de boules, auquel il attribuait la belle santé dont il jouit jusqu'à sa fin (83 ans). Président, pendant 30 ans, du Cercle des « Boulomanes », il eut la joie de voir ses exploits racontés dans Bouliana, par son spirituel ami M. Justin Cauvière. lyaborieux et sobre, simple dans ses goûts, ce fut un modeste et un sage. Son unique fils survivant lui doit l'amour des lettres et des arts qui font encore la joie et la consolation de sa vie.

Les quatre volumes in-8° où Hippolyte Valmore a consigné les lettres de sa mère, ne présentent pas moins de 2,200 pages d'écriture compacte. Le scribe filial devait eu composer une publication des proses de ^Marceline qui, pour si inattendues qu'elles fussent de celle qui semblait n'avoir droit à la célébrité que par ses poésies, n'en seraient que plus curieusement accueillies. Mais la mort qui vint frapper, le 9 janvier 1892, au petit logement de la rue d'Alésia, n^ 88, n'entendit pas l'injonction du moribond dressé contre sa porte, pour défendre à la sourde visiteuse d'entrer; et ce projet, auquel une vie entière de recherches si heureuses avait à peine sufiî, ne fut pas réalisé. Il ne le sera pas encore pleinement aujourd'hui, avec la publication des seules lettres inédites que présente ce nouveau livre. Du moins, elle permettra d'attendre celle que des mains plus libres pourront entreprendre, plus tard, avec l'ensemble, aussi émotionnant que documentaire, des longues et attachantes lettres de cette admirable pauvre Marceline qui n'eut une âme si grande et si riche que pour en mieux donner à tous ceux qu'elle aima. Ce sera le monument tardif et d'autant plus magnifique dont les vrais amateurs des gloires vraiment françaises se plairont à honorer cette pure mémoire, au seuil de l'immortahté qui en a déjà consacré tant de pages impérissables parce qu'un cœur de femme saignant d'amour, jusqu'à la dernière goutte et jusqu'au sacrifice suprême, s'j^ sera épuisé pour autrui, tout entier. Chapelle expiatoire de tant d'injustes calomnies, les marbres blancs de l'innocence s'y mêleront aux marbres noirs du repentir, avec un génie familier au carquois vide pour en garder le vestibule; tandis que tout autour, tombera, des toits si connus de cette locataire obstinée des cinquièmes, une avalanche de plumes qu'aura laissé s'en aller de ses grandes ailes toujours essorantes vers

14 MAKCELINE DESBORUES-VAI.MOKL:

le ciel, et de ses longues lettres perpétuellement vouées à consoler la terrestre misère, cette colombe des mansardes dont, païenne divine christianisée par la douleur, INIarceli:ic Desbordes- Valmore aurait fait tour à tour son Capitole de gloire et son Calvaire d'agonie.

BoYER d'Agen.

P. S. — Au moment de mettre ce volume sous pre.ise, nous apprenons que les héritiers de feu M. Eugène Fabre, avoué à Douai, ont mis en vente à Paris, Hôtel Drouot, les 19, 20 et 21 décembre 1911, la riche bibliothèque du défunt. Au n" 108 du catalogue de cette vente, on lit : << Deshordes-V almore [Marceline). Lettres adressées à Théophile Bra, statuaire; 17 lettres autographes signées, 1825-1838. Correspondance touchante et douloureuse avec son cousin. » C'est tout l'état d'âme de la malheureuse femme : « Je suis sous l'accablement d'une si grande tristesse, ma chère Rosine, qitil m'est difficile de soulever une plume pour vous le dire», écrit-elle de Mila.i, le 25 juillet 1838, à sa cousine M"ie Bra. »

Cet exemple nous prouve qu'il court encore, par le monde, bon nombre de lettres de la « divine » et inlassable épistolière et que l'appel fait, par nous, aux détenteurs de ces rayons épars de la gloire posthume de Marceline, iinira par être entendu de tous. On nous permettra de réaliser ainsi, tôt ou tard, le projet d'une édition complète, — l'auréole entière de cette Correspondance de M'ii-' Desbordes- Valmore, — tel que nous l'avons formulé aux premières pages de ce présent \olume qui ne doit admettre, pjur sa part, que des lettres inédites.

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