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dessin de vostre ami la dessus peut être le livre du Dr Wilkins le feu Evêque de Chester qu'il a écrit in folio en Anglais de char acier euniversali seroit plus à propos si vostre ami entende l'Anglois. Il faut que cet Ars signorum que je vous envoie présentement soit le vostre (si il le mérite) jusqu'à ce que je puisse en trouver un autre pour vostre ami, ce que je ne puis pas promettre.
Mr Hooke a parlé de faire un plan de la machine à remolquer. Si cela se tarde je vous en envoieray une description tellement quellement ce que mon voiage à Oxford x) a empêché jusques icy. Je ne suis pas trop assuré que celle-cy peut servir à toùer de grandes navires sur les rivières rapides. Mais puisque on en peut augmenter la force et de même la vitesse on en peut espérer des effets sur des rivières plus rapides que la Thamise ne l'est qui est une rivière fort douce, et on dit que le Roy en veut faire faire une a 1 2 chevaux, mais celle cy n'est que de 5 ou 6.
Je vous prie d'assurer Mr Thevenot de mes très humbles respects et je demande pardon de ce qu'il n'a pas plus tôt reçue l'incluse, la maladie de Mr Covel l'empêcha au commencement et mon absence depuis, mais la voici à la fin.
Si les letres (comme vous dites) couteirent davantage de port en Angleterre qu'en France cela ne devoit pas empêcher que vous me les envoierez amples et fréquentes puisque si le port couteroit le double je gaignerois davantage dans la marchandise, mais pour expliquer un peu mes paroles avec lesquelles vous croiez me bien attaquer, c'est vray que le port des lettres coûte davantage en Angleterre qu'en France c'est à dire il coûte davantage de Londres à Oxford que de Paris à Orléans qui est (à ce que je crois) la même distance, mais le port des lettres ne coûte pas davantage de Paris à Londres que de Londres à Paris, jugez donc si vous ne me devez pas une lettre de réponse.
J'ay pris la liberté aussi de vous envoyer un livre de Ceylon 2) nouvellement publié en Anglois. Le hazard nous a donné cette histoire d'un païs fort inconnu: un Anglois qui y estoit 19 ans prisonnier dans ce païs avec la liberté pourtant de rouler partout là dedans à la fin échappa et estant de retour icy a publié cette relation où il
1) Il s'agit probablement d'un voyage antérieur au 13 juin. Ainsi Lk. se serait trouvé à Londres lors de l'arrestation de Shaftesbury.
2) Robert ou Richard knox, capitaine, né vers 1641: An historical relation of the island of Ceylon, in the East Indies, with an account of his captivity and escape, illustrated with plates and a map of the island. Londres, in-f°, 1 68 1. Trad. en allemand 1689, en français 1693, Amsterdam 2 vol. in-8°, en hollandais 1692.
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y a bien des choses fort particulières; je souhaite bien qu'il auroit été écrit en une langue que vous entendiois, mais je ne pouvois pas néanmoins m'empêcher de vous l'envoier comme il est et j'espère que vous en trouverez un interprète.
Je suis Mr votre très humble serviteur,
Londres, 30 Août 1682. *) [En P. S.] Cy joynt vous trouverez des papiers imprimés 2), débitez-les, je vous prie, ou en France ou en Italie dont vous pouvez espérer le plus de lumière.
[Sur toutes les lettres où il en est question, de la main de Thoynard „machine remolcante"].
[32] London, I4 0ct. 81.
Vous pouvez bien compter parmi vos bonheurs, Monsieur, que vous n'entendez pas la langue angloise, cela vous épargne bien de la peine, et la cause que vous ne recevez pas chaque semaine de mes lettres c'est que la difficulté de m'exprimer en langue chrestienne arreste l'inclination quej'ay de vous parler tous les jours et je vous ay tant d'obligation que ce seroit de mon devoir de vous faire mes reconnoissances par chaque poste, mais j'appréhende bien que le jargon de mes lettres vous seroit plus ennuyeux que ma silence seroit coupable. Je ne puis pourtant me taire toujours après trois ou quatre de vos lettres et tant de belles choses que vous m'envoiez, il faut vous remercier de telle manière qu'on le peut.
J'ay régalé nos espions du ciel de l'Eclypse de lune que m'envoiastes le 3me sept., mais pour vous dire la vérité il me semble que ces gens-là sont un peu malitieux, qui adulterium solis et lunae tam curiose observant, miror ego quod spicula non metuant 'ExTjfiôlov AnoXXtàvoç, mais ils prennent bien garde d'avoir toute la terre pour boulevart entre eux et Monsieur Apollon qui sans doubt en seroit fort enragé.
Ce que votre amy vous écrit des ponts de Nège proche de Barège aux pirenées m'a oté une scrupule que j'ay long temps eu de la peine à résoudre (viz) comment dans les montaines et autres lieux où il y
1) Evidemment pour 1681.
2) Ces papiers étaient probablement des exemplaires du questionnaire médical qui se trouve dans le Médical common place book de la Bodléienne. Lk. en envoya dans plusieurs pays. Vid. Osler, The Lancet. Note on J. L. as a physician, 20 novembre 1900.
a une froid qui gèle perpétuellement, l'eau de fontaine pouvoit couler puisque elle seroit gelée aussitôt qu'elle sortoit dans l'air, d'où il en suiveroit bien des difficultés, mais la sagesse de la nature a bien pourvieu à toute chose et l'eau même bastit à soi même une couverture pour escorter son voyage dans sa route, comme font les Fourmis en Ceilon narrante Knoxio. l) Vostre ami s'est servi d'une très belle invention pour prendre la hauteur, mais croyez-vous que 90 toises pour demi-seconde du pendule soit la différence de la progression du son d'avec la progression de la lumière 2).
Les bons nouvelles que vous m'écrivez touchant M. Romer 3) me donnent bien de la joye, je prens pars à tout le bonheur que lui peut arriver et je vous prie de m'envoyer son addresse parce que je voudrois aussi le féliciter au sujet de son mariage. Vous m'avez donné de si grands preuves de vostre générosité que je ne puis pas doubter que vous ne vous intéressez en tout ce que me touche, faite moy la justice de croir la même chose de moy.
Je vien à la vôtre du 8me sept, et je ne puis pas m'empêcher de vous dire la dessus que vous n'êtes pas content de m'accabler de vos
1) Vid. Lettre précédente.
2) La hauteur des astres. L'erreur sur la vitesse de la lumière est évidemment très grossière et peu explicable à une époque où Rômer l'avait déterminée avec assez de précision.
3) On trouve quelques détails biographiques dans l'éloge de Rômer par le Recteur de l'Université de Copenhague, Christian Rutzer, en tête de la Basis Astronomiœ de Horrebow. On sait que Rômer était né en 1644 de Christian Olaus Rômer et Anna Storm. Rappelé de France par Christian V en 1681, il revint dans notre pays, en, Angleterre et en Belgique en 1687; en 1688 il fut nommé conseiller à la chancellerie. Il était depuis 1676, professeur à l'Université de Copenhague. Il s'était marié deux fois. Rutzer le rappelle en ces termes :
„Hujus autem consortes ut laborum taedia et munerum publicorum onera solaretur, duas, per vices, ex una illustri domo Bartholiniana, cui virtutes ac félicitâtes suas debebat, Gratias sibi junxit B., Sorte nascendi quidem officioque et amore connubiali, in matrimonio utrobique liberorum proventu sterili sed mutuo amantium affectu fœcundiore, pares sed felicitate quodammodo impares. Alteram enim Illustrem fama et familia virginem Annam Mariam Bartholin, viri perillustris et Generosi Erasmi Bartholini, S. R. M. consiliarii Status Justitise et Cancellariœ, Medicinae Professons honorai ii, etc.. Filiam Anno M. DCLXXXII domum ductam, sed post brevem XII annorum societatem, praecocibus fatis sibi ereptam anno MDCXCIV ipse inter mille singultus extulit, seu in familiare sibi cœlum potius praemisit ; altéra vero natalium splendore et consummata virtute nobilissima Domina Elisa Magdalena Bartholin, viri Perillustris et generosi Caspari Bartholini, S. R. M. consiliarii status et justitiae in Supremo Tribunali, Cancellaria et Consistorio Assessoris, Philosophiae Professoris regii Filiadilectissima, quam enacta inter crebros, quales quidem masculum pectus admiserat, gemitus, quadriennali viduitate, ad vota vere fecunda transiens, Anno MDCXCIX lateri suo applicuit, amissum, qnem comitari maluisset dulcissimum conjugem ingenti luctu requirit, dolori suo, nisi ccelestibus ille solatiis temperetur, aegerrime suffectura."
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bienfaits mais vous ajoutez tant de belles paroles comme si vous m'estiez redevable de toutes les honetetés que vous me fîtes. Sur cete chapitre vous me parlez de l'ars signorum d'Algarno comme de quelque chose d'importance. Si j'avois quelque peine à le trouver c'étoit parce qu'il étoit un bagatel négligé et non pas pour avoir du prix, scombris enim et piperi reservabatur potius quam docti cujuspiam scriniis et j'aprehende que votre ami aura plus de peine à y trouver quelque chose que je n'avois à trouver le livre.
Je vois bien qu'on vous avoit fort mal traité au palais l) et que le chagrin en estoit grand : quand même il a pu m'attirer vostre soupçon, cela ne me choque point de tout, donandum hoc offensionis paroxysmo qui his in casibus omnia plerumque concutit sed cum ad te ipsum redieris me alterius mali contagio infici minime suspicaberis. Mémento quibus vénales sunt linguae cor in vicinio locatum haud nimis tutum est ; nescio ego an aetatis ingravescentis sit morbus an hominum justior aestimatio, hoc certo scio si Toinardus meus et ejusmodi aliqui antiquae fidei viri me non conciliabant humano generi ego alter prorsus Timon evaderem, rerum cum tanto minor sit bonarum numerus concessendum est aliquando et in Insulam Bourboniam profisciscendum ubi Justellum nostrum simul possidebimus. [Dieu vous donne le repos que vostre harmonie mérite, je suis ravi que vous la commencez par le Pentateuque ce que me fait espérer que vous parcourrez toute la Bible et en ferez un ouvrage achevé et je crois qu'une traduction litérale sera la plus commode pour l'harmonie avec un synopsis à côté dans un style plus adouci 2)].
Vous n'avez rien perdu de ce que les trois livres 3) vous ayent été rendus si tard puisqu'il n'y avait rien dans ces livres ou faut de matière ou faut de la langue qui pourroit vous entretenir, mais comme les pauvres payent leur tribut aux plus grands roys de ce que leur
1) Th. venait d'avoir un procès, comme le prouve le texte i?ifra: Quitter Orléans et les processes. Il avait sans doute soupçonné Lk. qui lui devait réponse à quatre lettres, d'être à son égard un peu refroidi ; mais, en lui confiant ce soupçon, il le priait de ne pas s'en fâcher. Lk. attribue le sentiment injuste de Th. à l'humeur noire qu'a pu lui donner la perte de son procès et confesse qu'il se sent lui-même un peu misanthrope. De fait les événements qu'il traversait n'étaient pas pour le réjouir: Shaftesbury était en prison, très attaqué (satire d'Absalon et d'Architophel) et peut-être Lk. lui-même était-il surveillé à Londres, comme il l'était à Oxford par Prideaux.
2I Cité par Brunet, Man. du Libr., art. Thoynard. Il lit „fort adouci". Charavay qui cite la même phrase {Notice sur Th.) a sans doute copié cette lecture.
3) Les „ trois livres" que Lk. avait envoyés étaient: Vars signor?im et les „papiers imprimés (faute de matière), et le livre de Knox sur Ceylan, en anglais, ce qui explique „faute de la langue."
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terre produit quoiqu'il ne soit que de peu d'importance si bien que quand je vous importune en vous envoyant de nos bagatelles je vous prie de vous souvenir que je suis d'un pays qui n'est pas fertile en de belles choses et qui méritent vous estre présentées.
Tout ce que vous avez mis entre les mains de Mr Justel ou de Madame Grig m'a été rendu et je vous en rends mille grâces. Mais je serois bien aise de scavoir la machine à amollir de vostre façon. Je vous ay mille obligations à l'égard de moy même et à l'égard de mes amis. Mme Grig m'a parlé de vos honnêtetés d'une manière digne de vostre charactère qui est d'estre l'homme du monde le plus obligeant. Vous avez tant d'amis et de serviteurs à cet heur en Angleterre que je m'étonne que vous ne songiez jamais d'aller voir vos gens icy et d'en recevoir l'hommage dû à vostre mérit et à vostre vertu. Laissez un peu Orléans (car je ne peu bien croire que vous trouvez grand difficulté de quitter le palais et les processes) et venez prendre un peu l'air parmi des gens qui sont toutes à vous et qui tacheront de vous divertir. Amenez avec vous Monsieur l'Abbé Gendron parce que je ne puis pas assez le remercier de ses honnêtetés à si grande distance quoique je lui fisse toutes les reconnaissances imaginables, je ne croi pas que vous m'avez parlé de la meilleure partie des belles choses que vous connaissez, faut de temps et d'occasion, cela a été la cause que je n'ay pas seu la machine pour infuser de la liqueur dans les fistules. Tout ce qu'est de vostre invention a quelque chose de commode au delà de l'ordinaire et mérit bien d'être seu de tout le monde.
Je baise les mains très-humblement à Monsieur le Capetaine, Monsieur de Ste Colombe, Monsieur Thévenot, j'espère qu'il estoit satisfait du commencement et de la fin de l'histoire de Turquestan que je vous a envoyé, il y a quelque temps. Je vous prie aussi de saluer de ma part Monsieur Bernier et de vous informer de lui si il y a parmi les Orientaux tant Turcs que païens, quelque sorcelerie, spectres, oracles et si le Diable *) se fait voire à ces gens-là comme en l'Amérique, la Laponie et autre part parmi les païens. Je vous suis infiniment obligé touchant le Kinkina. J'ay l'honeur d'estre connu de Monsieur le Comte de Ponnalossa et si vous le voyez encore, je vous prie de lui faire nos très-humble baise mains : son histoire aura sans doute quelque chose de fort particulière et de fort agréable et il nous pourroit donner bien des éclaircissements touchant l'Amérique. Puisque la machine à touer n'est pas publiée j'y ay été encore une fois pour l'ob-
1) Il n'est pas question d'apparitions diaboliques dans la lettre de Bernier à Chapelain sur „Les superstitions" dans l'Inde. Voyages, Amsterdam, 1691, t. II.
LETTRES A THOYNARD. l68l — 1684.
server plus particulièrement et je vous en envoyray les mesures comme je les ay prises sur le lieu et la description le mieux qu'il me sera possible.
[Non signée. — Autographe.]
[33] Amsterdam, 23 Nov. 84.
Croiez-vous que le monde est autre chose qu'il n'était il y a 2 mil ans ? la même chose qu'on chantoit alors de la Fortune ne seroit pas mal à 'propos dans nostre temps. Mais je souhaite que vous n'ayez pas sujet de chanter vos vers grecs à Monsr l'Abé *) que j'avois l'honneur de voir dans la Bibliothèque de Monsieur de Thou quand vous me procurâtes l'honneur de faire la révérence à M. le P. D. C. 2) mais je m'étonne que vous qui trouvez la Fortune (qui est le plus changeant de tous les dieux) la même aujourd'hui qu'elle étoit avant tant des siècles, traitez l'amitié d'une autre manière, car en vérité ou est- il que vouz trouverez parmi vos grecques, qu'on seroit fasché de payer le port d'une lettre qui apporta les nouvelles de son ami s'il n'y avoit quelque chose ajoutée qui pourroit avoir rapport au profit.
Si vous [avez] dans vostre Anthologia des vers qui peuvent appuyer cela, leur authorité vous sera utile, autrement je vous reprocherois l'injure que vous faites à l'amitié d'aujourd'hui. Je ne laisse pas pourtant de rendre mille grâces a Mons l'Abbé pour la recette qu'il m'a donnée que je crois fort bonne. J'ay vieu une recette un peu approchant mais celle cy m'est inconnue et parce que je voudrois rien omettre dans une composition dont un si habile homme fait cas je voudrois bien savoir le poids Tutiae p. : 3) qui y doit entrer.
Puisque vous êtes toujours dans le même sentiment que ma manière de recueils 4) pourroit être utile et vous continuez de me presser de les publier, Je vous obeiray en vous disant que si j'ay laissé passer tant des années avant de le faire cela n'a pas été par envie, quod tantillam rem publico invider em mais par mépris et par hont de donner au publique une telle bagatelle, mais enfin vous
1) Peut être l'Abbé Gendron dont il est question également plus bas.
2) Monsieur le Prince de Conti. Vid. Journal de Lk. 13 fev. 1679. Kg. 83.
3) Par once. La tutie ou tuthie, dite aussi cadmie des fourneaux, est un oxyde de zinc qui s'attache aux cheminées des fourneaux sous forme d'incrustation grise lorsqu'on fait foudre les minerais de zinc. L'onguent de tuthie est un mélange de: oxyde de zinc sublimé et lavé 8 gram., onguent rosat 16 gram. et autant de beurre lavé à l'eau de rose.
4) La „Nouvelle méthode pour dresser des recueils". Vid. Lettre du 24 février, 1685.
LETTRES A THOYNARD. 1684.
le voulez et c'est assez. Si vous avez esté à la campagne, j'ay roulé par tout ce pays et il n'y a que fort peu de jours que je suis ici. Je croy que je passerai cet hiver à Utrecht mais s'il y ait quelque chose pour votre service et si je puis aider à l'arïair avec Mr Wet. x) ce n'est qu'un petit journé d'icy et je suis tout harmonique. J'étois fort fâché à mon retour de ne la pas trouvé plus avancé et j'espérois même de vous embrasser. Si vous étiez sur le lieu l'arïair seroit bientost fait; il y a bien des imprimeurs dans ce pays et chasque un cherche les choses qui auront de débit. Je salue Mr le capetain très humblement et je trouve les bons effets de votre amitié en buvant à ma santé parce que de plusieurs années je ne me suis pas porté mieux que à présent. Je baise les mains à Mr Mères 2) et à Mr Cox.
Si vous savez le prix des livres imprimés in usum Delphini vous me ferez plaisir de me marquer comme chaque un se vend in blanque et lesquels d'eux sont le mieux faits et le plus estimé et comment on estime et vend le grand dictionnaire de Moreri 3).
Je vous prie de me dire aussi Quis author omnium optime scripsit de Republica Hebraeorum. Je baise les mains à Monsr Godfroy et me souvienne qu'il me parloit quand j'étois à Orléans d'une racine que les paissans estoient accoutumés à faire pendre au col pour guérir des ulcers dans la bouche, j'ay oublié de quelle herbe elle estoit et je le prie de me la dire. Vous m'avez dit, il y a longtemps que vous
1) Il s'agit de l'impression de Y Harmonie par Jean Henri Wetstein, de la très ancienne famille des Wetstein, originaire de Kibourg (canton de Zurich) dont une branche établie à Bâle a produit un grand nombre d'hommes distingués. Jean Henri, fils de Jean Rodolphe II, né à Bâle en 1649, mort en 1726 s'établit à Amsterdam, dont il devint l'un des principaux libraires. Ses descendants continuèrent son commerce. Il imprima en 1686 V Harmonie des Machabées en 4 feuilles, tirées à 25 ou 30 exemplaires.
2) Peut-être Sir Thomas Mères (1635 — 1715) fils du Dr. Robert Mères (1596 — 1652). Membre du parlement depuis 1659, fait chevalier en 1660, il fut commissionnaire de l'Amirauté de 1679 à 1684.
3) Moreri né en 1643 à Bargemont (Provence) mort en 1680, avait achevé son dictionnaire à l'âge de 36 ans. La première édition parut à Lyon, en 1673, 1 vol. in fol. Il s'agit sans doute de la seconde augmentée de tout un volume, qui fut mise en vente à Lyon chez Girin et Rivière, le 2 janvier 1681 et en même temps à Paris chez divers libraires. On louait beaucoup la méthode de cet ouvrage et le souci de la vérité qu'avait eu l'auteur. Cependant la recension élogieuse du Journal des Scavans du 3 mars 1681 se terminait par cette remarque: „On peut bien s'imaginer qu'il y a dans cet ouvrage une infinité d'autres choses agréables ; [on vient de conter la réponse du cardinal d'Esté à Arioste lui offrant le Roland Furieux]; mais il n'y a assurément rien de plus surprenant que ce qui y est remarqué d'une femme d'Italie nommée Emilie, laquelle après 12 ans de mariage devint homme et épousa ensuite une femme."
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LETTRES A THOYNARD. 1684— 1685.
attendiez quelques nouvelles de Canada si vous avez quelque chose de ce pays mandez le moy s'il vous plait. Je n'ai vieu depuis longtemps quelque bonne voiage et je ne doubt point que l'on en imprime toujours en France de nouvelles relations de voiage. On voit icy des choses apportés des Indes très curieuses et en grande abondance. Je suis
J'ay parlé à Mr Wet. et je voye que si l'affaire harmonique estoit arrestée entre vous, il s'en iroit en Angleterre pour y trouver de subscriptions où il croit (et moy aussi) trouver en abondance; tibi soli hoc dictum sit, mais in fine dépêchez je vous prie l'affair: nocuit differre paratis.
Adress: Mr Toinard chez Madame la Président 2) à Orléans.
[34] 24 Fév. 85. [Utrecht]
Vous qui buvez de bon vin et jouissez du beau soleil ne vous ima-, ginez peut être pas que nous sommes gelez ici un bon tiers de l'année et vous avez apparemment me condanné 3) déjà plusieurs fois de peu de respect et de reconnaissance de ce que j'ay si longtemps tardé de répondre à l'honeur de la vostre du 7me décembre et du 4me de l'année. En vérité comme j'étois résolu de vous obéir en donnant au publique ma méthode pour les recueils, je ne scais pas pourtant de quelle manière m'en acquiter, voyant par la vostre du 9m que vous avez une idée de l'affair bien différent de la mienne. Cum vero multa volvens animo diu dubius haesi quid optimum factu esset tandem id egi quod forsan minime omnium expectabas, et tamen omnibus bene perpensis, mecum aliquando senties, spero, me non alio modo edendae huic methodo magis consulere potuisse. Consilii mei hanc igitur accipe rationem :
Ie Cum hoc argumentum ad justi voluminis molem nequaquam poterat accrescere, et ridiculum esset rébus ob ipsam materiam alienis augere, necesse credidi ut insereratur in aliquod volumen eorum
1) Thoynard s'intéressait vivement à ce pays dont il s'était fait une carte. On lit dans son Testament. „ Donne à M. Daguesseau de Valjouant sa grande carte d'Amérique Septentrionale manuscripte ou sont les armes de M. de Vauban."
2) La mère de Thoynard.
3) Au sens û'accitsé. Latinjsme.
LETTRES A THOYNARD. l68$.
miscellaneorum x) quaepassimjam prodeunt; nostra vero Anglicana jam cessant vel negligentius tractantur. Germanica longe absunt; hujus vero descriptionis editio praesentem requirit vel authorem vel aliquem qui aeque bene intelligat. In tuas igitur manus misi ut si commodum visum fuerit in vestris ephemeridis inseratur.
2e Scripsi Anglicano sermone quia illo optime et quam brevissime quid vellem possim exprimere, non enim Gallicam satis calleo ut possim hujusmodi tractatulum ea in lingua ità ut decet adornare. En tibi igitur Anglice ; nec mireris, cum enim rem jam nosti et tôt reperiuntur apud vos qui Anglicanam intelligunt non deerit tibi interpres qui si vel verbum verbo reddat vel paulo accuratius tibi coram traducat capies sine dubio quid vellem et pro more tuo gallice dilucidissime des[cribes]. Quod de Indice edendo videam sollicitus, hoc ego plane negligendum sentio, quia nullo modo quadrare potest diversae formae voluminibus non dicam in fol. 4to et 8° sed ne omnibus quidem in folio, tanta est chartae differentia; longe praestare credo si, divisis ipsius libri primis duabus paginis in 25 partes aequales,"uti in meo vides factum, quisque pro [1 motjsui modulo has ducat lineas, nec enim ,operosum est etiam Nigrica fabrili nist malit quisdam quamque majoris [1 mot] causa artramento notare, uti in adjuncta nostrâ tabula hic vides factum. Tuo potius instinctu quam consilio [1 mot] ; meis enim nullas [1 mot] adjiciodistinctiones inter confinia literarum exartramenta notas nisi breviosculas ; ejusmodi in meae [1 mot] parte tabulae vides. Has paginas non solum descriptionem sed exemplum methodi mei continere vellem. Et in eodem modo imprimendam hanc descriptionem suaderem, plus enim docent exempla quam monita. Quod ad calcem adjeci de modo citandi authores, potes omittere si lubet, forsan enim edi non meretur, saltem te celare nollem, quicquid in hac re mihi usu venit. Imo vero totum tibi permitto: statue de qualibet parte et de integro quodcumque velis. Si quid omissum credis addam. Si quid contractum nimis et obscurum censés, te monente fusius explicabo; si quid improbes corrigam. Sed quid de his nugis tam multa cum tua et omnibus expectata cessât Harmonia? Die quid tandem fiet; profecto maxime aestimatur hic opus illud a viris doctis qui specimina viderunt, maxime desideratur.
Vostre dernière me fait espérer, mais vous ne vous êtes pas ex-
1) L'opuscule parut effectivement dans la Bibliothèque universelle, Vol. II (1686) P. 3IS—340-
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LETTRES A THOYNARD. 1685.
pliqué assez clairement. Je salue le triumvirat *) très humblement et quand je fais reflection sur la grandeur de leurs vertus, de leurs ames et de leur scavoir je les croy véritablement posséder plus que cet ancienne Triumvirat de Rome. Ils me donnent la santé en me la souhaitant et je les remercie de l'avoir eu plus parfait cette rude hyver que de longtems. J'ay seulement eu un douleur in musculo deltoïde brachii dexteri qui me valde torquet quoties iterum contraho musculum, alias nihil incommodi sentio, rogo an oleum illud de cocas, l'huile de cocos quod alias laudavit abbas noster optimus 2) et experientissimus huic morbo sit utile, vel si quid aliud suadeat, nam nondum mihi contigit illud oleum reperire, forsan quia virtutes ejus non noveram negligentius quaesivi. Iterum iterumque vale et me ama
[35] Utrecht 26 Feb. 85.
Je ne puis pas si à propos emploier ma main qu'en vous témoignant ma reconnaissance puisque vous en avez pris tant de soing, qu'elle me peut servir à écrire. J'appliquai l'emplastrum divinum spiritualis nostri amici 3) aussitôt que je le reçus et si quid in medente peritia, in aegrotante fides praestare possit mihi certa nec tarda veniet sanitas. Pretiosa frusta, dum loco accommodarem amplastrum abussa, aliis, quos mihi indicabis, usibus servo. Sed aliud ex alio negotium, modo corpus curasti, nunc animum tibi commendo et cura, rogo diligenter, ne dum corpore valeo, mente laborem, et suspicione ingratitudinis ergo optimum abatem intus anger, meae enim tantis meritis pares non sunt facultates, omnibus tuae eloquentiae divitiis hac in re mihi opus est, tua omni apud illunx.gratia. Omnem tuam curam, industriam, studium requiro ut ipsi penitus persuadeas me infinitas quas debeo ipsi habere gratias etiamsi pares beneficio reddere non possum. En tibi audax postulatum, sed rébus meis accommodum. Cum n : me jam diu beneficiis tuis devinctum adeo teneas ut nec spes restet nec desiderium me emancipandi, cur amplius modeste rogarem? Est etiam quod in te ulcisci vellem improbus, nam quoties tuis in litteris mihi occurit vester triumviratus rumpor
1) Ce triumvirat semble avoir compris avec Thoynard, le capitaine Fromentin et l'Abbé Gendron, puisqu' après la mort de celui-ci, Lk. emploie l'expression duumvirum dans une lettre (10 Nov. 1688).
2) L'abbé Gendron.
3) L'abbé Gendron.
LETTRES A THOYNARD. 1685.
invidia, quanquam n : singulos unice amem et amplecter cum tamen junctos cogito meam patienter ferre non possum absentiam et maximum mihimet virtutis meae videtur documentum, quod ego vobis mutua societate fœlicibus omnia fausta et foelicia tam sincère precor absenseoque miser. Cum iterum Amstelodamum rediero oleumillud orientale quod laudas sollicite quaeram, usus tua me docebit amicitia. Sed ad Adversaria.
Davus sum non Aristoteles, obtemperare in animo habui non fallere ; non ego is sum philosophus ut verba dare vellem, rem tenere 'ExdtdœKcc ncci pr] 'ExdéÔcûxcc non mihi videtur tam scite quam maligne et angusti animi dictum. Verum irascor popularibus meis qui cum iis opus habeas nulli sunt, non dubitavi Dominum Cox apud vos sedes ad aliquod tempus fixisse et cum jam longa dissuetudine sermo latinus mihi non tam facilis nec familiaris, ad methodum meam describendam magis oportunam credidi Anglicanam, quia putaram ex illius Angli interpretatione eo modo tibi magis omnia dilucida fore, verum cum illud consilium tam maie successit, descriptioni Latinae jam incumbo *) quam tibi propediem promitto, legas oro diligenter, et si quid in re vel in sermbne erratum corrigas, si quid adjectum demissum mutatum velis, moneas rogo, cum ad mentem tuam castigatum habuerimus exemplar, de editione videbimus, sive ephemeridibus vestris (Journal des scavans) Gallice inserendum censeas, sive hic seorsim latine imprimendum : tuo omnia permitto judicio Totus enim Tuus sum
Je baise la main qui me fit l'honeur de souscrire à votre lettre et qui m'a fait bien d'autres choses infiniment obligeantes. Je suis aussi le très humble serviteur de Monsieur le Capetain.
[Adrs. chez Mme la Présidente — à Orléans — de la main deThoyn]:
26 Fevr. 85.
[36] Utrechtç Apr. 85.
L'emplâtre fait de miracles, je me trouve beaucoup soulagé depuis que je la porte et j'espère qu'elle chassera tout à fait ce mal qui m'avoit incommodé plus de six mois, c'est peu de chose de vous dire que mon bras est à votre service puisqu'il y a longtemps que vous
1) Cette rédaction latine de l'opuscule et celle en anglais mentionée dans la lettre du 24 février 1685 sont conservées au Brit. Mus. avec les lettres à Thoynard. Elles sont précédées d'une épitre dédicatoire de Locke à son ami.
LETTRES A THOYNARD. 1685 — 1686.
avez possédé mon coeur. Monsieur l'Abbé est le plus charitable aussi bien que le plus habile de tous les hommes, — faites en sorte s'il vous plait que je ne lui semble le moins reconnaissant. Est-il vray tout de bon que vous me permettez espérer de vous embrasser sur les lieux bien tost, tout pour lors sera en parfaite harmonie ; c'est la chose du monde que je souhaite le plus de vous voir. En iterum magno molimine meum nil, statue de eo ut tibî visum fuerit, sed metuo ne post omnia parum utilis futurus sit hic tractatulus, nam illis qui jam callent methodum nostram plane supervacaneus erit, dubito vero an ii qui ignorant facile intelligere possunt ; sed integrum tibi relinquo in hoc et aliis obtemperaturus
[37] Amsterdam 9 May 86.
Suspicaberis forte tam diu silentem a silentibus rediisse, sed bono sis animo, non cum spectris res est, tenue illud quod olim noveras corpus nondum in pulverem solutum, animusque qui semper fuit in te idem. Sed quorsum tam taciturnus? nec hoc meae sed aliorum culpae tribuendum, quamvis si ita res ferret te majora mihi condonaturum non desperarem. Quamprimum hue accessi Wetstenium adii ut de te certior fierem ; de sanitate gavisus sum et quod de harmonicis adhuc cogitas. Vidi folium impressum, sed Matheum mallem quam Josephum. Schedas complica et te cum illis Veredario trade et ad nos advola ; de hospitio ne sis sollicitus cubiculum et lectus apud me tibi paratum scias. Fac tandem ut aliquot tecum foelices transigam dies antequâm nox longa veniat. Triumviratum omeiossime saluto. Vale et ama tui amantissimum
[Adr. à Orléans. Thoyn :] 9 May 86.
[38] Amstel. 5 Jul. 86.
Sero jam ultimis tuis sed quam primum post iter *) hue reversus sum respondeo. Nescio quando visurus sum harmoniam Evangelicam ; tam lente enim procedit prodromus Josephianus ut incipiam
1) Fx. B. ne dit rien de ce voyage. Les lettres à Thoynard, les seules que nous ayons de cette saison, n'éclairent pas ce point,
ii9
tuos et meos numerare annos ut videam an isti spei aliquis relictus sit locus. Etiam si certo scias me nihil tibi negaturum nullam tamen ausim tibi hac in re meam promittere operam, non quod nolim tuae per omnia obsequi voluntati et quantum in me est istud promovere opus, sed quod praevideo nisi ipse adsis et editioni praesis, per tabularios uti jam cœptum est, res peragi non potest, et harmonia non perficietur, nisi post octavae spherae revolutionem, et tum tandem mundus videbit quando illam audiet harmoniam. Cogita quaeso an non haec nimis longa erit periodus, intérim plurimi avide expectant et ego in primis opto, et si eo thesauro te donante jam dives sed a te didici aliis bene velle, fac quaeso ne tam utile tam exoptatum opus tua vel tarditate vel incuria intercidat.
De Manuscripto Viennensi Wetstenius se sollicitum promittit; ea de re quam primum a te monitus fuerat se scripsisse ait. Sed haec ut audio chronologica sunt ; ego vero eandem semper canto cantilenam nec inconcinne ut mihi videtur quandoquidem harmoniae sit. Triumviratum veneror et exopto ut de eo me certiorem facias Ante annum adversariorum methodum Lati[n]o sermone donatum l) ad te obsequii mei tesseram transmisi ; nescio an ad manus tuas pervenerit; si quid amplius ea in re velis, jubeas modo, paratum me habebis et obtemperantem. Vale et me ut facis ama tui amantissimum
Cestoit par grand bazard que Thoneur de vostre dernière est tombée entre mes mains faute d'adresse, qu'il falut. C'est pourquoi je vous prie d'avoir la bonté d'adresser vos lettres pour moy: Aan Mijn Heer Jacob Van de Velde Boekverkooper op de hoeck van de Korte Niesel
tôt Amsterdam.
[Adr. chez des Noyers. Thoyn.:] 5 Jul. 86.
[39] [Autre main : Amsterdam] 5 sept. 1686.
Etiamsi subinde ab urbe errabundus absum, nunquam tamen domum redeo quin statim Wetstenium adeo, ut de te certior fiam, et ut sciam an vales et an harmonice etiam vales ; nuper apud ipsum vidi titulum Josephianae harmonise praefigendum et dolui sane nos adhuc haerere in vestibulo et tam longe abesse ab illius Evangelii adytis in quibus possit animus acquiescere harmonia illa delinitus.
1) Vid. lettre du 26 fév. 1685, note.
LETTRES A THOYNARD. l686— 1688.
Quod illam harmoniam plurimi hic expectant avidissime, certissimum est, nempe qui aliqua ejus specimina olim apud Elzevirium et jamapud Wetst : viderunt, quorum etiam animos ego porro accendi justa laudatione totius operis, quod integrum vidi Parisii sed cave tibi et editionem accéléra. Amphora non meruit tam pretiosa mori, undecumque efflagitant editionem ; et si non vultuxor, veniatancilla dicunt boni hi Lutherani. Sed ut serio tecum agam, matura impressionem iterum iterumque rogo. Praesentio n:si hac hieme non fiât nunquam futuram. Visionarium me uti dicunt, vel Enthusiasten credas, si placet, modo tibi et nobis reipub : Christianae prosit vaticinium, et tam egregium et proficum [sic] opussummocum religionisdamno ne intercidat. Sed haec hactenus agitante nescio quo instinctu, quo et amore erga te sentio me incalescere. Scio horas tuas non inutiles nec tibi transire ; quod forte etiam doleo quod dum nova venaris, uti fit, quae jam assecutus es et possides cum neglectu habes. Trium viros valere maxime gaudeo, meo nomine quam officiosissime salutes cupio. Hanc majusculo chartarum a Wet: missarum fasciculo intrusi cui non addet pondus. Si Wetstenio etiam mittantur ad me literae tuae recipiam et commodius quam alibi. Vive et vale ut omnia quae sub manum vel in animo habes proficias et me ama tui amantissimum
[De la main de Thoynard] : Cete letre étoit dans un paquet de Mr Henri Wetstein Imprimeur à Amsterdam, qui me fut envoié d'Amsterdam le 17 de Septembre 1686 et reçu te 21.
[40] Rotterdam 5 August 88.
Quare tam sero prioribus tuis responderim ex meis nono Julii datis spero te ante haec intellexisse : in eandem me jam denuo culpam incedisse excusabit amicorum quorumdam has provincias peregrinantium in me authoritas qui cum ex Anglia me pene visendi causa hue profecti sunt, reliqui itineris me comitem esse voluerunt, ideoque nudius tertius domum reverso novissimas tuas i6to Julii datas et legendi et rescribendi jam primum dabatur occasio. Jam ex tuis mœroris tui causa x) mihi satis constat, quo ego itidem non parum ameior et consuetudinem benevolentiamque viri amicissimi et peritissimi judicium desideratums. Dolendum sane quod nullam fata nec artis nec meriti habent rationem, si hoc esset diutius vixisset vir et
1) La mort de l'Abbé Gendron, survenue le 2 avril 1688.
LETTRES A THOYNARD. IÔ88.
virtute et scientia eximius. De his quaeso cogita et tune fortasse magis de harmonia cogitabis.
Trochiscos Thanatoticos x) bénévole accipio, amicitiam cognati illius 2) grato et pari animo amplector, commercium opto. Sed et meos libellos ad bibliopolam Parisiensem Esclosam pro te missos tandem esse me certiorem fecit Wetstenius, una cum cabalae denudatae vol. primo 3). Ego vero ne Wes" cunctatio te nimis diu expectare cogerit jam unum epitomes meae exemplar 4) Lutetiam ad Dm de Noyers misi; et hoc et illa jampridem ad manus tuas pervenisse spero. Illud quod avunculo erat destinatum D° des Hais Gendron 5) si placet tradas.
Literae tuae ultimae recte et in tempore venerunt. Saluto capitaneum quam humillime. Tuum et illius judicium etiam et aliorum de scripto meo avide expecto. Vale
[Adr. à Orléans.]
[41] ioNov.[88].
Domo abfui, ideo sero respondeo ; tarditatem D° Gendron excuses et conserves mihi quem dedisti amicum, cujus vel ipsum nomen non potest non esse acceptissimum, verum insuper officiis provocavit. Expectavi impatienter quid inusto fieret in lapide colatorio et jam novissimis tuis 40 datis intelligo non transiisse si adfuissem cum turbidum haereret limpidum per triplicem vel quadruplicem chartam filtratum instillassem ut ablato crassiore succi lentore unam vel alteram si fieri possit exprimerem guttulam et scirem si hoc modo liquori sapor auferi possit. Recte fecit vidimiator 6) quod statim aquam infuderit ne viscositas in poris successens meatus obstumeret. Dubito an amylum exteriori fundo adhaerens aliquem habuerit saporem. En iterum harmonia perturbata, gravis cantilena, ideoque queror ingemisco, reprehendo sed omnia frustra. Historiam criticam N.
1) Sans doute une épitaphe composée par Thoynard.
2) Vid. infra et note (5).
3) L'ouvrage de Rosenroth. Vid. Lettre du 15 Juil. 1679.
4) Probablement l'abrégé de l'Essai, paru la même année dans la Bibliothèque Universelle.
5) Le futur médecin du Régent.
6) Sic. Le mot, donné par Forcellini n'offre pas de sens. Il s'agit probablement encore de rendre potable l'eau de mer.
LETTRES A THOYNARD. 1688.
T. x) vidi, manibus tractavi, sed nondum legi, nondum enim prostat venalis, sed credo me hac septimana empturum ; quod araverit in vitula cujusdam amici mei facile crediderim, nam utrumque ita factum suspicor ut alter non sit nimis cautus, alter non nimis candidus ; sed quid dicam de homine qui aliorum famae velit inservire et suum opus potius plagiariis decerpendum tradere (nam sic est si recte illum intelligo) quam suo nomine integrum et desideratissimum edere. Novam hanc criticam quamprimum nactus fuero perlegam diligenter ut quid sit observem, verum abest columnalis ille liber cui conferram. Liber ille caute repositus est, nam eum ex omnibus quos habeo maxime salvum et superstitem esse anxie cupio; utinam aliquando is qui solus potest et débet illam mihi auferret sollicitudinem. Delibris ad Esclassam missis nihil audio. Dubito quin factum sit ; exemplar Criticae si quo modo mitti possit brevi accipies. De edulcoranda aqua marina res constat sed igne opus est, et edulcorata lympha liquidissima et salubris est et diutissime sine putridine conservari potest. Chronicon paschale 2) tibi aliquando vindica et tuis notîs illustratum ede ; hoc [suad] eo quia sic soleo, non quod sperem. Duumvirum nostrum meo nomine quam [humi] llime salutes ; scio illum et rure et aulicum esse id est humanum et urbanum, ideoque [ 1 mot] inutilis amici benevolentiam boni consulet. Vale, vive memor nostri et rébus lucubrationibusque tuis fruere
J. Locke.
[de la main de Thoynard] :
L'eau contenue dans les vessies d'Ormeau consolide les ulcères des Yeux etiamsi per vulnus corneam penetrans humor aquus totuseffluxit et cornea ipsa flaccesserit.
Oculorum acres humores nihil magis tempérât et obtundit quam sacharun saturni in appropriata aquâ distillata solutum.
Un malade qui se mouroit ayant été douze jours sans uriner, but de l'hydromel et il urina copieusement. Son urine pendant trois [jours]
1) L'Histoire du Nouveau Testament de Richard Simon, (datée de 1689). C'est contre ce peu scrupuleux érudit que Thoynard écrivit son libelle „ Phénomène littéraire". Vid. supra p. 7.
2) Thoynard avait commencé dès 1663 à s'occuper de ce problème chronologique. Il en parla en 1695 à Bouillau qui partagea ses avis. Vid. Journ. des Scavans 14 fév. 1695. Il croyait que Jésus Christ fut crucifié en l'an 29 et non en l'an 33 de l'ère vulgaire. „ A ce sujet il promettait d'exposer longuement la question des grands sabats juifs dont les dates offrent tant d'intérêt pour la chronologie des fêtes catholiques; mais ce travail ne vit jamais le jour ". Cuissard, op. cit. p. 37.
sentoit le miel. Il avoit usé de toutes sortes de diurétiques même des cantharides sans aucun succès.
Nov. 88.
[42] [Oates] 5 Nov. 94.
Nisi par in te esset amicitia vixcogitando concipere poteris quantum mihi fuit gaudium ex tuarum epistolarum quas ad Graevium l) misisti lectione. Gratulor mihi vivum valentemque amicum, nam quod sis dum vivis memor nostri ex tuo ingenio meoque simul animo facile judico. Diuturni silentii taedium non minuit dies, nec ea quae commercium literarum interrupit nécessitas. Saepe de te cogitanti subvenit mihi benefîciorum et suavîssimae consuetudinis memoria, inde auctum desiderium et nova vota. Harmoniam tandem aliquando prodituram m lucem maxime laetor, ex folio novissime impresso contractius aliquanto volumen futurum non displicet : eo facilius lectorum oculis patebit et a legentibus tractabitur. Quotquot unquam specimina quae olim mihi dederas viderunt, opus laudant, mirantur et vénale in officinis cupiunt. Cum ad urbem rediero, quo rarius jam proficiscor valetudine impeditus, nec diu moror, viris doctis et harum rerum curiosis, ostendam nuper impressum folium et subscriptiones sollicitabo; de successu non ausim ego quidquam promittere, nuper enim expertus sum in Clerici commentario et paraphrasi in Genesim 2) quam lenti sint homines ad subscribendum ipsi, et quam negligenter in procurandis subscriptionibus etiam illi qui operam suam promiserint. Ego tamen omni studio curâ et diligentia enitar ut eo numéro subscriptores invenias quo desideras. Si quinquaginta apud nos non invenero de alio methodo distrahendi exemplaria cum prodierint qua fieri potest celeritate cogitabimus. Bibliopolas ad unum fore omnes tibi adversarios expectare debes, qui quantum possint impedient libri abibliopolanon impressi distributionem. Sed operis utilitas et methodi novitas omnia spero superabit impedimenta. Id ego testari possum, nihil mihi tam utile fuisse in perlegendo intelligendoque Evangelio, quam illud exemplar
1) Il s'agit du célèbre Jean Georges Graevius né le 29 janvier 1632 à Naunbourg (Saxe) mort le 11 janvier 1703, professeur d'hisfbire à Utrecht depuis 1660. Vid. Fox Bourne n. 17. Bastide: Dix lettres de Locke à Graevius, Rev. Internat, de l'Enseignement, 15 mai 1908.
2) Commentaire sur la Bible: Abdias. Amsterdam, 1690. Les cinq livres de Moïse parurent en 1693 et 1696. Les livres historiques en 1708.
LETTRES A THOYNARD. 1698.
quod jam a multis annis tuo bénéficie» possideo, et inter libros meos maximi semper feci. Leers Bibliopola satis me novit, si per illum vel quemvis alium quicquam misères ad Benjamin Furly l) Roterodami recte ad me curabitur. Monet Graevius, se ad te misisse Joannem Malelam 2). Scire aveo an tuo rogatu; ego enim memortuiolimdesiderii quamprimum prodiit liber ille Amstelodamum Roterodamumque et plus una vice scripsi ut inde ad te quam ocius mitteretur et tandem ad ipsum Graevium scribens ea de re qusesivi anxius ut illud a me acciperes munusculum ut qua in re potuerim me tui haud oblitum testarer. Marinum nostrum data occasione quaeso meo nomine officiosissime salutes. Vale et ut facis me ama Tui studiosissimum. Video Harmoniae authorem aliis etiam lucubrationibus vacasse, non potest non esse eximium et amicis suis gratissimum quicquid tam docta et perita manus exaraverit
Iterum iterumque vale
[Adr. à Mr Toin.— de Thoyn]: 5 Nov. 94.
[43] Oates 25 Mars 98.
Multa sunt quae me festinantem hactenus impediunt quominus voluntati ad scribendum pronae non obtemperaverit manus. Valetudo hac hieme ad fauces orci redacta, serus librorum quibus me cumulasti adventus et irrita tov paquet-boat expectatio, Mr Nelson 3) rediens pene naufragus, in mare arca illius aquâ salsa perfusa quam degustarunt libri in ea inclusi, in terra aegrotus, ego rure absens, inde libri quos ad me tam bénigne miseras non nisi incurrente jam mense martio ad me pervenerunt humidi sane et ignis indigi. Munus hoc tuum mihi a te gratissimum, opus ab authore ingratum : dolet sane quod in vitula tua. Hoc semper metuebam eoque animo te toties et tam enixe olim rogitavi ut ederes quod tum paratum habuisti neplagiariorum subdolae artes tibi haesitanti fraudi essent. Multi apud nos quibus schedulam unam aut alteram Har : tuae monstraverim laudantes opus formamque operis avide expectant rogantque saepius quando tandem prodibit. Legi Aratoris citius tractatum primum, mallem illud argumentum a te defensum. Itinerarium amici tui cum vo-
1) Sur ses rapports avec Locke vid. Fox Bourne. Index.
2) Vid. Lettre du 15 juil. 1679.
3) Vid. Let. du 29 nov. 1680.
LETTRES A THOYNARD. 1698. 125
luptate perlegi, multa si coram adessem rogarem praecipuede insula Cayenne ubi diutissime commoratus est e. g. : Si observaverint longitudinem penduli eâ in insulâ quae liniae aequinoctiali tam vicina est, Si Indi in vicinio deum praeter astra vel colunt vel agnoscunt et quo cultu. Ouot annos communiter vivunt; quae herba sit illa Pite *) de qua loquitur et si altitudine canabim aequet et si agris sponte nascitur, si vanilla quae illic producuntur aeque grati sunt odoris ac illae quae nobis ex nova Hispania asportantur ; et multa alia. Sed haec hactenus nolo enim te quaestionibus ultra flagitare.
Gaudeo tam commodum nuncium meas tibi attulisse literas, aveo multum illum videre ut multa de te sciscitarem, pauca enim sitienti animo non satisfaciunt quanquam magna perfusus fuerim laetitia ex literis tuis quibus de sanitate tua adhuc intégra me certiorem facis, precor Deum optimum maximum ut te salvum validumque diutissime conservet.
Illum Watsonum quem tibi nominavit non novi nec credo in mathematicis esse eximium. Forsan in horologiis construendis aliquid enixus est, sed ea ipsa in arte Tompiono nostro aequalem esse multum dubito. De vitri usu in formandis horologiis cum Tompiono sermones olim habui, unde didici inutile esse commentum. Addidit insuper vir illa in arte peritissimus et sagax in seligendo etiam aere ex quo fiant laminae (quibus rotularum poli inserantur) et ipsae rotulae, magnam curam esse adhibendam : Aliquas enim esse illius metalli portiunculas quas si in opère horologico evitare nescias, inaequalis erit horologiorum motus quantam libet alias adhibeas in concinanda machina auQifiijaiav. Non negligendum tamen censeo, quam monstrare promisit Hartsoeker 2) artem formandi globulos vitreos exacte rotundos et si fieri possit quam minimos ad microscopia utiles.
1) Pitte des Antilles ou agave américaine. Les fibres de ses feuilles fournissent une filasse résistante dont on fait des cordes, des hamacs et même des tissus pour vêtements.
2) Nicolas Hartsoeker, né à Gouda en 1656, mort en 1725 fut l'élève de Huyghens; il se lia à Paris avec Cassini, Malebranche, l'Hôpital etc.... Il était allé en 1696 à Rotterdam où il donna des leçons de mathématiques à Pierre le Grand. Il perfectionna le microscope et le télescope. Ses principaux écrits sont: Essai de dioptrique, 1694; Principes de Physique, 1696; Traité de Physique, 1696; Recueil de pièces de Physique où l 'on fait voir l'invalidité du système de Newton?, 1722.
On raconte qu'il prit en cachette, sans la permission de son père, ses premières leçons de mathématiques. Il avait dix-huit ans lor qu'il remarqua chez son maître, qui l'employait à des manipulations d'optique, la petite sphère formée au bout d'un fil de verre chauffé au blanc. Il eut l'idée d'en faire une lentille de microscope, ce fut le point de départ des perfectionnements qu'il apporta à cet instrument.
LETTRES A THOYNARD. 1698.
Triumvirum meo nomine rogo quam officiosissime salutes ; gaudeo illum et vivere et valere.
Laetor maxime opus tandem perfectum impressumque esse paginis 136. Quando possim ego promittere amicis meis hisce in regio nibus qui impatienter expectant quanto citius tanto melius. Numismata a te édita ut dicuntur Samaritana et Herodiana ni fallor omnia habeo *) et tibi accepta refero. Ego etiam ex quote vidi nescio quo fato aliquorum librorum auctor factus, omnia ad te transmitterem nisi quod vernaculâ usus, tibi Barbarus sum. Hollandiae cum essem vacuas aliquas horas impendi literis ad amicum in Anglia de ratione instituendi, quem tum parvulum habebat, filii. Tractatus hic Gallice uti et Belgice Amstelodami prodiit, rogavi ut inde ad te transmitteretur gallicae versionis exemplar 2). Bibliopola promisit se facturum et libellum spero ante haec ad manus tuas pervenisse. Cupio tuum de eo judicium si probas quartam brevi habebit editionem cum auctario. Ante octo annos etiam publici juris feci Tentamen de Intellectu humano opus in folio quod brevi credo prodibit in linguatibi notiore quam quâ scriptum est 3). Versionem eostudiosius maturandam cupio ut si possit me vivo ad te pervenire possit, quem novi aequum juxta et perspicacem fore judicem nec favore nec ira utram in partem inclinatum.
Quod dicis de Arithmetica Africanorum et Brasiliens : maxime placet. Nescio an olim te rogaverim ut mihi indicares si quos noveris populos qui numerationis nodum alicubi quam in denario locaverint ; si quos noveris rogo denuo ut me certiorem facias, id enim aveo scire et jam diu quaesivi. De moribus incolarum ad flumen Sénégal sitarum si quid novisti, id mihi scire pergratum esset.
De hôttttcc Graecorum nihil [anti] fando audivi. T6 Q Latinorum inde venisse minime dubito. Plura de his etiam et aliis non levismomenti innotescerent, si non interiisset magno nostro incommodo tanta multitudo Graecorum scriptorum.
Roganti quorsum methodus edulcorandi aquas non reducatur ad praxin, respondeo : nescio plane. De machina vtoAw] 4) recte objurgas, semel post reditum in Angliam vidi, sed cum ejus usum neglectum crediderim, altum enim de ea silentium, non ultra quaesivi. Si
1) Vid. Bibliographie p. 11. No. 1—3.
2) La traduction de Coste.
3) La traduction latine de Burridge était commencée depuis 1696 et celle de Coste depuis 1697.
4) Machine à remorquer.
LETTRES A THOYNARD. 1698.
Londinum iterum liceat reverti de his te certiorem faciam. Ad me enim quod attinet gratularis mihi in tam prospero statu res meas esse. Agnosco negotium salario satis locuples l) mihi non quaerenti oblatum; sed sero tamen cum jam ingravescit senectus et valetudo satis incommoda, receptui aliquando cavendum est ut mihi intra limites meos reducto vacet quod reliquum est vitae otio literario placide impendere ; id ego jamdudum fecissem nisi invitum me et secessum quaerentem amici aliquot non [imot] detinuissent. Sed haec inter nos.
Philadelphiae iconographiam si praestet ad te mittam. Roshaschana per Bouhinguim apud nos nusquam reperio. Seraim 2) pars prima Latine redita per Guiscin hic habetur, reliqua vertere in animo habuit sed morte inter-[ruptus]. Hanc partem ad te si libet mittam. Si quem habes Caleti vel Dieppaecui restibi destinatas mittere possem facilius esset librorum commercium. Londino enim plurimum absum et hujusmodi res aliorum diligentiae commissae negligentius plerumque curantur, sed te nimium fatigo. Vale vir optime et me ut facis ama
Tui amantissimum J. L.
Inscriptio literarum 6a Dec. datarum recte se habet; eadem semper servanda ubicumque fuero
[ Adres. à Paris. — De la main de Thoyn :] mars 25, 98.
[44] Oates, 20 May 98.
Praeterito mense Martij ad te literas dedi quibus literas librosque mihi per Nelsonem a te mîssos ad manus meas pervenisse uti par erat gratus agnoscebam. An illae ad te pervenerint haeve perventurae sint in hac tabellariorum difficultate vel defectu, nescio; haeccerto scio te mihi chariorem esse neminem, nec quemquam esse a quo aut acceptiora sunt amicitiae indicia aut cui libentius agnosco. Incommodi mihi accidit quod Monsieur Alu . . . Londinum me absente invisit. Literas tuas 30 Apr. datas ad me illius manu Londinum allatas recte hic rure valetudine detentus recepi. Sed hac mea rusticatione
1) Locke était non seulement „commissioner of appeals", mais membre du „Council of Trade and Plantations" depuis 1696, aux appointements de 1.000 livres par an.
2) Zeraïm. Sur les parties du Talmud et leurs editteurs vid. Realencyclopaedie fur Theol. u. Kirche: Talmud.
LETTRES A THOYNARD. 1698.
intercepta occasio illum et visendi et salutandi cui optabam quibus poteram officiis testari quanti te faciam, quâque essem voluntate erga advenam a te mihi commendatum. Tardus nimis hiemis discessus me hic detinuit frigoribus suis oppressum diutius quam destinaveram. Spero me brevi jam adolescentis anni teporibus refocillatum posse urbem revisere, gestioque illic complecti amicum illum tuum1) eoque nomine mihi colendissimum, ut sciât quicquid ego aut sum aut possum, id totum tuum esse. Tractatulum de liberorum educatione de quo nimis magnifiée et ipse loqueris et alii tuo instinctu nimis magnifiée, uti audio, locuti sunt, curavi ego ut tibi ex Hollandia transmitteretur. Quartam hic jam bibliopola meditatur editionem ; beneficium mihi prsestabis magnum et amicitia nostra dignum si mihi indicare velis quid tu in illo reprehendas vel quovis modo immutandum censeas ut haec nova editio emendatior te consulente exeat. Scio vulgo huic meae institutioni objici hanc methodum speculatione quidem luculentam et concinnam in ipso opère et praxi evanescere uti plurima otiosorum hominum et in recessu meditantium non incongrua figmenta, quibus tamen si in usum redigere velis, non respondet dura nimis et obstinata rerum tractandarum natura. Quibus liceat mihi hac in causa reponere : Desinant aliquandodeinfantum indole tam maie ominari ; culpa docentium discipulorum ingenio non raro imputatur : sed videns sciensque dico hac leni et libero homine digna disciplinâ aliquos jam apud nos elevari.
Sed de harmonicis quid tandem? Vides quod olim praedixeram tibi haesitanti et tam diu parata supprimenti obrepunt alii et laudem tibi uni debitam occuparunt et alii item occupabunt Quin prodeat ergo opus perfectum utile et ab omnibus jamdudum expectatum. De republica literaria si quid novi expectes nihil apud nos habetur quod tibi ofifere possum. Pauca latine scripta apud nos prodeunt. Gallice nulla. Anglica tibi barbara sunt. Quae commentatus sum de Intellects humano brevi spero prodibunt in lingua tibi non ignota ; hoc eo impatientius expecto ut tuum de lucubrationibus meis judicium sciam. Vale vir optime et ut facis me ama tui amantissimum
J. Locke.
Triumvirum nostrum rogo ut quam officiosissime meo nomine salutes.
[Adr. à Paris. Th. :] 98. 20 May.
1) L'Abbé Dubos. Vid. Lettre du 14 Juil. 1698.
LETTRES A THOYNARD. 1698.
[45] Oates 12 Juin 98.
Defectus tûv paquet-boats magnum incommodum amicis post ingrata longi silentii intervalla redeuntibus in antiquum literarum commercium. Scripsi ad te, Dilectissime Toinarde, circa finemmen-
sis martii in quibus literis epistolasque cum libris per Nelsonem
mihi a te missas qua potui festinationegratus, ut par erat, agnovi. Sero enim ad me pervenerunt ista tua diu ante illa reddita munera veteris et non immutatae amicitiae tuae documenta. Circa médium mensis Maij ad tuas 30 Aprilis datas itidem respondi epistolamque meam amici cujusdam curae commisi, qui spondebat se provisurum ut recte ad te perveniret et insuper ut aperiret nobis tutum et facile literarum commercium. Quorsum haec tam minutius ? Nempe ut intelligas me nullam scribendi praetermisisse occasionem et magnopere cupere consuetudinem nostram litterarum posse in integrum restitui. Hactenus solum mea saltem ex parte, primas salutationes veteris amici post longam absentiam restituti, nec dum scio an eousque processerim. Incertus enim sum an litterarum mearum quaepiam praeter primam ad te pervenerit, nimis gravis sane nisi tibi probe notus essem, vel oblivionis, vel negligentiae significatio, quarum nomine nullo modo tibi suspectus esse vellem. Multa habeo tibi dicenda si munitam ad te viam reperire possem. Intérim de opère musico quid et quando tandem prodibit ? Rogo, urgeo, efflagito, ut meus est mos, ut festinetur et appareat, ne detur locus amplius aliis praevertendi, et quod tibi debetur laudis in eo argumento praeripiendi. Hoc monitum toties a me et tantopere ingeminatum non hic iterum repeterem, nisi audirem huic materiae jam etiam in Hollandia operam dari. Cum enim tuum praedicatum ubique, optatum, avide expectatum, diu omnibus moverit salivam et tamen nunquam appareat, vide an non aliis se huic argumento ingerendi occasionem praebueris: Hoc mihi sine conjectura notum quod familiares mei identidem me rogitant : Quando tandem habebimus etc.
Haec amico Rothomagum proficiscenti tradita. Illic aliquamdiu commoratur. Quod si facilior tibi non occurrat mittendi occasio, Ille quicquid a te acceperit mihi cum cura afferet si ita inscribatur :
LETTRES A THOYNARD. 1698.
Monsieur,
Monsieur Henry Masham x) chez Monsr Le Gendre à Rouen pour faire tenir à Mr Locke à Oates.
Je suis, monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
John Locke.
[Adr.] A Mr Thoynard chez Mr de Noyers devant l'Epée royale dans la rue Mazarin à Paris.
[de la main de Thoyn.] 12 juin 98.
[46] London, 14 JUI98.
Enfin, Monsieur, j'ay eu le bonheur de voir votre excellent ami Mr du Bos et de l'assurer de mes très- humbles respects et de mes services. S'il n'étoit pas de vos amis son propre mérit ne manqueroit pas de me fair son très humble serviteur. Mais comme il est à vous, je ne puis pas m'empêcher de me plaindre de ce que je ne puis pas assez témoigner l'estime et la reconnaissance que j'ai pour vous. Quand j'arrivai à Londres vendredi passé il n'était pas en ville; depuis son retour, j'ay taché tous les jours de le saluer à son logis sans l'y jamais trouver et la seule fois que j'ay eu le bonheur de le voir encore a été à mon logis où il me fit l'honeur de me venir voir ; la séance de notre conseil 2) tous les matins et les affaires que j'ay eu avec plusieurs amis qui se hâtent de partir pour les provinces en diligence pour l'élection du prochain parliament, m'ont empêché de donner tout mon temps à Monsieur Du Bos, comme j'aurois souhaité, mais j'espère de trouver l'occasion de lui témoigner quel cas je fais de votre recommandation et de vos amis.
Quod de sanitate mea adeo sollicitus es pro tua facis amicitia. Severitatem novissimae hiemis vix eluctatus ad urbem nuper accessi eo festinatius, ne amicus tuus cui omnem meam operam industriam officia quantum in me esset destinaveram mihi elaberetur.
Nudius Tertius obvius mihi factus est Ds Dalon qui multa de te et humanitate tua et de tua erga me amicitia praedicavit. Undique accipio benevolentiae tuae documenta, etiam coram testari liceat quali animo; valetudinis meae incommodis aliis id accessit quod
1) Probablement un des fils de Sir Francis, l'hôte de Locke. Vid. Fraser: Locke, p. 216.
2) Le „Council of Trade and Plantations".
LETTRES A THOYNARD. 1 698— 1 699.
impedivit quominus te Parisiis salutarem et amplecterer Félix ille dies si Deus concessisset.
Satis csiQ(*ovi7tœç tibi scribere non possum quia harmoniam non video. Angor sane animo quod vos non vobis. Sed haec raptim ut tradam D° du Bos aliquid quod a me tibi transmittat. Alias et pluribus ad te a tuo devotissimo J. L.
Metuo an intelligas quod lingua Gallica in principio hujus epistolae scripsi. Longae dissuetudini ignoscendum est.
Vous me direz sans doute, Monsieur, un homme fort difficile à contenter quand je vous avoue que quoique Monsieur du Bos et vous avez parlé si avantageusement de moi, j'ay eu quelque chagrin en le lisant dans votre lettre de ce que je n'étois pas présent, et que je ne suis pas troisième de la compagnie, quand vous vous entretenez ensemble; à ce qu'il a dit de l'estime qu'il a pour moy je le sens très bien, mais c'est à vous que je le dois, et il me croit avoir quelque mérite d'être rangé parmi vos amis. C'est en vérité un honeur dont je me glorifie beaucoup, mais pour ce qu'est des honnestetés dont il parle tant, je vous prie de croire que j'avois la volonté de lui rendre tout le service que j'étois capable de rendre à un homme de mérite que vous m'avez recomandé, mais que ni lui, ni le peu de temps que j'étois à Londre avant son départ, ne me donnoit pas l'occasion de lui témoigner ce que je devois à un de vos amis.
A propos du médaille dont vous parlez où il y a BACIAE VCAN- TirONje ne m' étonne moins de la langue que des caractères qu'on a emploiés dans cet inscription. Isaac Vossius x) soutenait que la langue vulgaire des Juifs étoit grèque du temps de Nostre Seigneur Jésus-Christ. Je ne pouvois jamais tomber d'accord, mais si Antigonus fit l'inscription de sa monnoie en caractères samaritanes propter ccQXaïopov II ne pouvoit pas se servir du langage grec propter benevolentiam nec ambitionem, cum Judaei tantum passi sint a seleucidis et jam utrisque dominarentur potentiores Romani. ZJT/dans le médaille d'Hérode, ne peut pas marquer Anno XIII parce qu'en ce cas là il me semble il doit être Lir.
Oates 14 Janv. —
1) I. Voss, né à Leyde en 1618, mort en 1689 en Angleterre où il était allé se fixer après avoir été nommé par Charles II chanoine de Windsor. Il est donc vraisemblable que Locke fasse ici allusion à des entretiens avec le savant hollandais.
LETTRES A THOYNARD. 1 698— 1 699.
J'ay écrit à mon libraire à Londres, à ce qu'il a à vous envoier la traduction de Zeraim par Guiscinn avec ordre d'y joindre les feuilles qui vous manquent de Dampier r).
Feb. 20.
J'avois écrit jusqu' à là quand étant détourné j'ay jusque à ce vintième février attendu de jour à l'autre la publication du 1 1 vol. de Dampier qu'on m'avoit longtems marqué estre tout prest. En cet languissant attente je reçus une lettre que Monsieur Verniets me fit l'honeur d'écrire dans laquelle il me mandoit qu'il falloit partir bientost pour Paris. J'écrivis sur le champ à mon libraire de ne manquer pas de mettre entre ses mains le Zeraim Guicii et toutes les feuiles de Dampier qui étoient imprimés avec quelques cartes que Monsieur du Bos avoit demandés. On m'a depuis mandé que par bonheur Dampier venoit d'être achevé et qu'on l'avait mis avec les autres entre les mains de Monsieur Verniets à qui je souhaite un bon voyage.
A cette heur que j'ay lues tous les traités du R. P. Lamy 2) hormis son harmonie avec ceux de ses antagonistes que vous m'avez envoyés. Il faut que je vous en remercie encore pour le plaisir que vous m'avez donné pour tant d'éru [di]tion et d'esprit qu'on a fait paroître de coté et d'autre en cette controverse, mais il faut avouer que c'est de vous que j'attend les éclaircissements qui me doibvent entièrement déterminé. Il y a une chose qui m'arrête à laquelle je ne vois pas que personne ait touché, c'est à l'égard de l'immolation des ag-
1) William Dampier, le célèbre voyageur anglais né à East Coker en 1652. On a de lui i° Nouveau voyage autour du Monde, Londres 1697, 1 vol. in 8°. A la 4me édition il joignit un zd volume dans lequel on trouve le Supplemetit du Voyage autour du Monde ou la description du Tonki?i, d'Achem et de Malacca ; deux voyages à la baie de Campêche, dans lesquels il donne les mémoires de sa vie et le Traité des Ve?its et des Marées, Trad. en français: Amsterdam, 1698, 2 vol. in 12. 2° Voyage à la Nouvelle Hollande. Lond. 1701, in 8°, 1705, 1709. Trad. en français: Amsterdam 1705 in 8°; souvent réimprimé.
2) Le P. Lami, oratorien, né au Mans en 1045, mort à Rouen en 1715. Ses principaux ouvrages sont: Apparatus ad Biblia Sacra, in fol. Grenoble 1687. Le même ouvrage complété et développé, fut réimprimé sous ce titre: Apparatus biblicus sive manuductio ad sacrant scripturam tum clarius tum facilius intelligendam, à Lyon, 1696, in 8°. — Harmonia sive concordantia quatuor Evafigelistarum, Paris 1689, in 120. Il y soutenait que Jesus-Christ ne fit pas la Pâque légale avec ses Apôtres la veille de sa Passion ; que S1 Jean subit deux emprisonnements : l'un par ordre du Sanhédrin l'autre par ordre d'Hérode, bien que l'Evangile n'en mentionne qu'un; que les trois Marie sont la même personne; ces opinions furent vivement combattues. NiCERON, dans ses Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres etc.. donne la liste des écrits publiés à cette occasion par Lami et par ses adversaires. Lami réunit les preuves de ses assertions dans: Commentarins in Harmoniam sive concordantiam etc. . . 2 vol. in 40 et dans V Apparatus chronologies geographicus ad Harmoniam etc. .. Paris, 1699.
LETTRES A THOYNARD. 1698— 1699.
neaux pascals dans le temple. Il n'y avoit que deux heures du temps pour égorger 250.000 agneaux, on a fait des difficultés sur la capacité ou l'étendue du temple, s'il pouvoit recevoir 250.000 personnes avec leurs agneaux dans son enceinte à deux ou trois reprises, mais il m'est venu une autre dans l'esprit que je ne puis pas satisfaire. Il y avait 8 portes dans la muraille extérieure du Temple, dont chacune avoit l'ouverture de 10 coudées ou 1 5 pieds donnant donc une coudée à chaque file des hommes en entrant, qui est assez peu à un homme en marchant, ils y peuvent entrer 40 files à la fois par les quatre portes d'un côté, les portes de l'autre côté étant ouvertes pour les fair sortir, autrement il y auroit plus d'embarras quand le premier troupe sortoit pour donner place au second. Une armée donc de 250000 divisée en 40 files chaque file seroit de 6248 pas donnant à chaque personne un pas de distance en son rang pour marcher avec son agneau entre ses bras, or une distance de 6248 pas est une marche pour 2 heures de temps. Ajoutez à cela sur le même fondement le temps qui doit s'écouler pour que le sang des agneaux s'achemine vers l'autel par une égale longueur de files ou à moitié si longues si vous en doublez le nombre. C'est de vous que j'attende l'explication de ces difficultés pour me faire résoudre si je dois croire qu'on étoit obligé de tuer son agneau pascal dans le Temple et comment cela se pouvait faire en si peu de temps.
On ne trouve pas icy à Londres les mémoires de la Chine du P. le Comte *) que de l'édition d'Holland qui est défectueuse, c'est pourquoi je serois bien aise de l'avoir de l'édition de Paris avec le nouveau volume du P. Bouvet2). Pour m'envoier des livres vous les addresserez s'il vous plait à Mr Pigaud à Calais pour faire tenir à Monsieur Frankland maistre de la Poste à Londres avec [un] petit billet à M. Frankland pour lui marquer que les livres sont pour moi.
Permettez moi de vous demander si vous aves jamais veu Na [varette] de la Chine : on m'a dit que c'est un livre curieus 3), je serais
1) Louis Lecomte, Jésuite, né à Bordeaux, 1655 ? — 1729, fut envoyé en Chine en 1685. Il s'agit de ses Nouveaux Mémoires sur V état présent de la Chine, 3 vol. in 12, Paris 1696, 1697 et 1701. Sa, Lettre sur les cérémonies de la Chine, in 12. Liège, 1700, adressée au Duc du Maine, où il soutenait que les Chinois avaient connu le vrai Dieu pendant 2.000 ans, fut censurée par Rome en 1700.
2) Joachim Bouvet, Jésuite, néau Mans vers 1660, mortàPékin 1732. L 'Etat présent de la Chine, 1697.
3) Navarette, dominicain, né en Castille vers 1620, mort en 1689, séjourna en Chine de 1659 à 1672. L'histoire des démêlés qu'il y eut avec les Jésuites n'est encore connue que d'une façon fort inexacte. A son retour en France il fut nommé évêque de St. Domingue. Il publia un Traité historique, politique, moral et religieux de la Chine, Madrid 1676.
LETTRES A THOYNARD. 1 698— 1 699.
bien aise de le voir traduit en français. Mais c'est temps de mettre fin à ma lettre si ennuyeuse et plein de jargon.
Je suis Monsieur votre très humble et très obéissant serviteur
J. Locke.
Je baise les mains à Monsieur du Bos en le remerciant pour l'histoire de Siam qu'il m'envoia. L'autheur C. 12 p. 52 parle d'une carte qu'il avoit faite de Siam laquelle je ne trouve pas dans ce livre, mais qui, sans doubte seroit utile (aussi bien que quelques autres dont il fait mention qui ne paroissent pas) pour éclaircir son histoire.
[Adr. chez Mr des Noyers. Thoyn :] 20 fev. 99.
[48] Oates Ier May 1699.
La vôtre du 28 d'Avril m'a bien instruit sur les médailles dont vous%ie parliez dans votre précédente. Vous voiez bien mon ignorance dans cette sorte d'étude par les questions que je vous proposois, mais puisque nous sommes tombés sur cette matière permettez moi que je vous encore demande pourquoi les Juifs et les Syriens comme ils se servoient des inscriptions grecques et des charactères grecs pour montrer le temps, ils gardoient l'ordre Syriac dans l'arrangement des lettres numérales.
J'ai nouvellement reçu l'harmonie de Monsieur le Clerc x) il n'est pas encore relié, c'est pour quoi je n'ai pas encore eu l'occasion de la conférer avec une autre que vous savez, elle est en grec folio verso et en latin du vulgate folio recto ; la méthode ressemble un peu à la votre, mais je vois par les premiers versets de S1 Jean que l'ordre est différent. Si celle du Père Lami 2) ne contient rien du nouveau qui mérit bien d'être connu, je ne la souhaiterais avec grand empressement.
C'est pourquoi je laisse à vous d'en juger si elle mérite d'être envoyé. Je l'ai déjà in douze par votre bonté et si l'in4° ne contient plus d'érudition il ne vale pas la peine de l'envoier. Il y a une autre comme vous le savez que je souhaite avec grande impatience de voir publiée dans sa dernière perfection.
Ex quo ultimo ad te scripsi haec mihi inter legendum occurebant „Miscknae quidem translationem nonnulli incoharunt sed Gemaram
1) Harmonia evangelica graeco latina. Amst. 1699, in fol.
2) Vid. Let. du 20 fév. 1699.
LETTRES A THOYNARD. 1699. J35
prolixiorem Talmudis partem intactam ferme reliquerunt. Mischnam solum tractatum Bava Kama et middoth notis illustratam edidit Constantinus l'Empereur; Mischnam codicis Joma Rob : Sheringamius Cantabrigiensis, mischnam codicum schabbat et Eruvin Sebast : Sch[midt], Mischnam tractatum Sanhédrin et Maccoth cum Gemarae excerptis explicavit Jo : Coch ; Mass. Sota cum excerptis Gemarae et commentario doctissimo dédit Joh : Chris : Wagenseil ; Pirke Avoth edidere Paul : Fagius Joh : Drusius Franc : Taylerus, Joh : Leusdenius, Mass : Beracot post Paulum Riccium, Sam : Clericus ; Mass. Schekalim Joh : Otho in frontispicio lexici philoi. Rabbinici ; sex tractatus Sebhackim,, Beacot, Nedarim, Nasir, Schebhuot et Keritut vertit Jo : Lemannus A : 1 663 Unius capitis Talmudici chelec Mischnam et Gemaram plene reddidit sermone vernaculo Christ: Gerson Recklichusanus conversus Judaeus".
Hactenus PfeifFerus in exercitationibus de Judaeorum libris Exerc : 1 . Th : 24 J). Quae cum inter legendum mihi nuper occurebant non pcteram non ad te transmittere etiamsi tibi forte non ignota ut voluntatem in te meam significarem, utilemque me quovis pacto praestare possim ideoque ex Neocori Bibliotheca Novorum librorum hoc addendum censeo. „Mischna sive totius Hebraeorum Juris Rituum Antiquitatum et legum oralium systema, cum clariss : Rabinorum Maimonidis et Bartenorae commentariis integris. Quibus accedunt variorum Auctorum notae et versiones in eos quos ediderunt codices latinitate donavit ac notis illustra vit Gui : Surenhusius, Pars prima Amstelodami excudunt Gerardus et Jacobus Borstius 1698. Folio. Habet paginas 332.
Haec de Mischna sufficiunt cujus te curiosum scio. Navarete est l'auteur que je serois bien aise de voir en François traduit de l'Espagniol; il y a des choses fort curieuses que je voudrois bien voir publiées dans une langue que j'entends.
Il m'a été dit qu'on imprime à Paris les voyages de M. Carré dans les quatre parties du monde. Je vous prie de me marquer si c'est un recueil de voiages ou s'ils sont les voiages de Mr Carré 2) même et s'ils sont bons.
M. Pigault à qui je vous ai prié d'adresser les livres que vous me
1) A. Pfeiffer : Theologiae judaicae principia sublecta . . . hoc est exercitationes de Judaeorum libris etc. in 8°. 1687.
2) Carré avait visité les côtes de Barbarie, Madagascar, les Indes. Il a publié : Voyage des Indes Orientales, mêlé de plusieurs histoires curieuses. Paris 1699, 2 vol. in 12. Le second volume est presque exclusivement anecdotique.
LETTRES A THOYNARD. 1699.
faites la grâce de m'envoier pour les faire tenir à Mr Frankland, est de Calais et je vous prie de vous donner la peine de les envoyer à Calais par le Messenger.
Je suis, Monsieur, Votre très humble et très obligé serviteur
Je baise les mains à Mr du Bos. J'ai nouvellement reçu l'honeur de sa lettre obligeant écrite de Beauvais pour laquelle je prétends de le remercier au plutôt.
[Adr. à Paris. Thoyn :] 1 may 99.
Vous me accablez de vos agréables présents et pourtant je ne suis pas content. Je ne sais si je dois me plaindre de vous, Monsieur ou de la poste, tant y a que, depuis celle que vous me fîtes l'honneur de m'écrirele 28 d'Avril à laquelle je répondois le 1 de May, je n'ai pas reçu aucune lettre de vous. Monsieur Kaiser qui me rendit de votre partie Commentaire et Y Apparatus du P. Lamy *) avec deux autres livres, me fit espérer une lettre de vous, ce que j'attendois avec beaucoup d'impatience. Scire enim percupio et quid agis et quomodo tecum et quid tandem de harmoniâ : non enim aliorum hoc in argumento voluminibus tuam apud me redimere potes, etiamsi illa aliéna tua manù correctiora ad me perventura curas. Agnosco studium et benevolentiam tuam et quae misisti grato animo accipio. Nostri Typographi nihil pene excudunt nisi vernaculo sermone scriptum et quae Anglice prodeunt jejuna satis. Scripsit comunis noster amicus dominus Du Bos te linguae Anglicanae operam dare. Si serio hoc dictum sit, gauderem sane quia tune forte invenirem hic quosdam libros quos sperarem tibi fore non ingratos, mittendosque curarem.
Monsieur du Bos m'a écrit aussi d'Anvers qu'il prieroit Monsieur Clément a) de consentir que Monsieur Fresel mette dans les ballots qu'il envoyé quelquefois pour la bibliothèque du roy les livres que je
1) Vid. Let. du 20 fév. 1699.
2) Dubos connaissait deux personnages de ce nom : Julien Clément né à Arles, accoucheur réputé qui fut médecin de Melle de la Vallière et de Mme de Montespan, et Nicolas Clément 1656 — 1712, sous-bibliothécaire de la Bibliothèque du roi depuis 1692, grand colectionneur de livres et de portraits.
J. Locke.
Oates 5 Déc. 99.
LETTRES A THOYNARD. 1699.
lui envoierois. J'ai attendu depuis ce temps là avec impatience une lettre de Monsieur Dubos par laquelle il me marqueroit le consentement de Mr. Clément et m'adresseroit à ce monsieur Fresel dont le nom m'était inconnu. Mais comme j'étois sur le point de quitter la ville parlant un jour à Mons. Fraiser il me nomma par hazard Mr. Clément sur quoi m'étant enquis, je trouvay qu'il envoyait quelquefois des livres à Monsieur Clément d'où j'entrois en soupçon que c'est Mr. Fraiser que Monsieur du Bos désignait par Mr. Fresel. Si vous trouvez bon d'obtenir le consentement de Monsieur Clément que j'envoierois quelquefois un livre pour vous dans le ballot que Ms. Fraiser envoie à lui même, rien ne sera plus commode.
Je vous suis fort obligé du portrait historique de l'Empereur de la Chine que vous avez eu la bonté de m'envoyer. Je l'ai lu avec beaucoup de plaisir : il parait un grand homme digne de ce grand empire et il semble donner une grande ouverture à l'entrée de la religion chrétienne dans son pays.
Pour le commentaire et V apparatus du Père Lamy je n'ai pas eu encore le temps de les étudier, et pour dire la vérité je n'y trouveroy pas grand plaisir pendant que votre ouvrage n'est pas publié en sa perfection. L'évêque depuis de Coventry et Lichfield à cette heure Evêque de Worcester x) a donné au publique un petit traité chronologique sur le temps de Pythagore. Comme cette scavant Evêque est estimé le plus habile chronologiste entre nos scavans et comme vous êtes fort exact en la chronologie, je serois bien aise d'avoir votre sentiment sur ce petit traité, mais il est en Anglois. Je suis monsieur votre très humble et très obéissant Serviteur,
J. Locke.
Je vous prie de faire mes très humbles baise-mains au capitaine marin et à Monsieur du Bos.
Omiseram pene, quod dicere tibi destina veram : vEstate proxime elapsa mihi narratum est comercium literarum intercedere inter cardinalem Norisium 2) Pagiumque vestrum 3) et Lloidium nostrum
1) Lloyd (William) successivement evêque de St. Asaph, de Lichfield et Coventry, et de Worcester : A chronologtcal account of the life of Pythagoras and other famous men his contemporaries, with an epistle to Dr. Bentley about PorpAyry's and Jamblichu's lives of Pythagoras. Lond. 1699. 8°.
2) Le célèbre moine augustin, né à Vérone en 163 1, avait été fait cardinal par Innocent XII en 1695 et chargé de la bibliothèque du Vatican.
3) Ant. Pagi, cordelier, né Rogues en Provence en 1624, mort en 1690, est connu par sa: Critica historico-chronologica in Annales ecclesiasticas card. Baronii, 4 vol. in fol. 1689 —
LETTRES A THOYNARD, 1699 — I70O.
Episcopum Covent : et Lichfield : Harum Epistolarum syllogen se vidisse dixit amicus quidam meus imo et si vellem apographum, libertatem transcribendi obtineri posse. Libenter accipio quod oblatum erat. Transcribuntur epistolae inter hos doctissimos viros decem et amplius quae cum essent ut mihi dictum erat de rébus chronologicis tibi destinaveram utpote munusculum tibi viro chronologiae peritissimo haud plane ingratum. Cum vero perlegerem meum harum Epistolarum apographum ex mentione tui nominis identidem in his epistolis suspicatus sum eas tibi non esse ignotas. Rogo igitur an gratum tibi fecero, si has epistolas tibi, nactus commodam occasionem misero, eo enim nec alio consilio transcribendas curavi. [Adr. Paris chez des Noyers. Thoyn. :] 5 Déc. 99.
[50] Oates — Apr. 1700.
Je viens présentement de recevoir de mon ami à Londres à qui j'avais écrit pour les billets de les loteries cette réponse qu'il a pris 3 billets de la petite loterie dont voici les nombres.
Il n'a pas encore pris celles de la grande loterie parce que, dit il, il n'y a point d'apparence qu'elle se remplira bientôt ; mais quand je vois qu'il y en a quelque apparence je suyvrai votre ordre. Je ferai pour vous amis tout ce que vous souhaiterez, mais je ne leur conseille pas de m'envoyer leurs billets ici à la campagne de peur qu'elles ne se perdent en chemin, mais quand je serai à Londres je les recevrai et je les garderai volontiers et ferai tout ce que vous voudrez.
Pour l'argent que je dépenserai pour vos billets ne mettez- vous pas en peine et sera assez à temps d'en parler quand vous avez les gros lots.
Je n'ai jamais de ma vie été si chagriné que par la lecture de la lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire du 20 de Mars que je suis privé du bonheur que vous m'aviez désigné et par une si mé-
1705. Les trois derniers volumes furent publiés par son neveu et collaborateur François Pagi, également cordelier (1654 — 1721) qui composa une histoire des Papes : Breviarium kistorico-chronologico-criticum, 4 vol. in 40 1717 — 1747, terminée et publiée par son neveu Antoine, de la même congrégation. C'est de François qu'il est question.
N° 32.506 Abel Antoniaster 32.505 François Calorie 32.414 Nicholas Nerblanen
Celles-cy sont de la petite loterie de 5 shillings.
chante cause I). Cela me fait beaucoup prié que deus e machina vous accord les gros lots.
Par la poste d'aujourd' hui, j'ay reçu la vostre du 6e d'avril, mais la poste s'en va et ne me donne pas le temps de répondre ce qu'il faut ny al une ny à l'autre de vos lettres, ce sera pour un autre occasion. Je suis parfaitement,
Monsieur, votre très- humble et très- obéissant serviteur.
J. Locke.
Je baise les mains à Mr du Bos. Je me fis l'honneur de lui écrire 150 Mars.
[Thoyn.]: 8 Avril 1700.
[51] Londres 21 May 1700
[Thoyn. :] I Juin.
Aussitôt que j'arrivois dans cette ville la semaine passée je pris soin de l'affaire de la grande lotterie en voici les nombres. 1 5096 Nicholas Nerblanen
25534 Francoys Callorie
25535 Abel Antoniaster.
On espère qu'elle sera en état d'être tirée le commencement du mois prochain, on ne peut pas la différer au delà de 24 juin [Thoyn : juillet 5]. Quand l'heure vien[dra]talem tibi opto e machina qualem velis, idque non solum tui sed etiam mei causâ ; vix enim concipere potes quantum ego litem aversor, ex quo tibi ex tuâ mihique etiam tantum impendit mali : Valetudo me unâ cum aetate quotidie ingravescens spem vetat incoare longam 2), tam propinquam, qualis erat te iterum videndi amplectendique cum tu nuperum ad nos meditareris iter, excidere aegre feram. Te forensi tua molestiâ meque hoc dolore exemptum anxius opto. Tuo iterum conspectu et consuetudine si frui liceat quod reliquum mihi est vitae explebis gaudio.
I[n]terim quod sanitate utaris tam ferina valde laetor, testantibus tuis post decennii absentiam.
Par ces dernières paroles vous comprendrez bien que j'ay reçu votre dernière qui étant sans date je ne puis autrement la marquer ; elle m'a été rendue cinque jours après mon arrivée ici et j'étois bien
1) Un procès. Vid. Let. suivantes.
• 2) C'est au mois de juin de cette année que Locke résigna ses fonctions au Conseil du Commerce et des Plantations.
LETTRES A THOYNARD. I^OO.
aise qu'elle arrivât avant ce mardi le jour de poste dans lequelle j'avois résolu de vous écrire pour vous envoyer les nombres des lots et pour vous mander que j'avois acheté le Séries chronologica olympiadum pythiadum Isthmiadum nemeadtim quibus veteres Graeci temporasua metiebantur per Guilelmum Lloyd A. M. Episcopi Wigornensis filmm x) quoique cet ouvrage est du fils on croit pourtant qu'il n'a été publié à l'insu de son père. Je ne trouve pas qu'il y a quelque autre ouvrage chronologique de l'Evêque qu'on imprime maintenant. Aussitôt que j'en aurois quelque connaissance vous en aurais les nouvelles, ceci je vous envoierai par la première occasion.
Si j'avois cru qu'il vous falloit un interprête pour vous faire entendre le langage au bas de ma lettre du 23 avril, je ne l'aurais pas mis là, mais on m'avait mandé que vous aviez bien voulu apprendre notre langue, mais si vous l'ignorez permettez moi de vous dire que cela ne doit pas vous empêcher de venir jusques à Oates parce que chez nous, à la campagne tout le monde parle françois.
Je baise les mains très-humblement à Mr. du Bos et à Monsieur Gendron. Si je pouvois espérer qu'il trouveroit tant de plaisir dans mon livre que j'avois en lisant le sien 2) je gouterois bien son remerciment par avance.
Si vous vous donnez la paine de le lire, je vous prie de marquer ce que vous n'approuvez pas dans le sens et les fautes, s'il y en a, dans le François de la version, et de me les mander l'un pour l'amour de moi, l'autre pour l'amour du traducteur.
Je prie aussi Mr. du Bos de me faire le même plaisir.
Je suis, Monsieur, votre très-humble et très obéissant serviteur.
L'éminent santé qui vous vient de si bon part j'espère vous sera infaillible et un fonds pour plusieurs années al avenir. Je suis fort aise d'entendre que le capitaine de marine se port bien. Je vous prie de le saluer très-humblement de ma part data occasione. Dépêchez votre procès et venez à nous au plus tôt et nous boirons à notre tour à la santé du capitaine : Si minore certe cum dignitate, non minore cum benevolentia.
[Adr. chez des Noyers. Thoyn :] 21 May 1700.
1) In folio. Oxoniae, 1700, par William Lloyd fils du célèbre chronologiste mentionné dans la Lettre du 5 déc. 1699.
2) Probablement X Histoire des quatre Gordiens, prouvée et illustrée par les médailles Paris, 1695, in 12.
LETTRES A THOYNARD. I7OO.
[52] London 28 May 1700.
La grande loterie, faut des aventuriers ayant manqué, j'ay retiré aujourd'hui l'argent que j'avois payé pour les trois lots dont je vous envoyais les nombres dans ma dernière du 21 de ce mois, mais pour remplir le nombre de six lots que vous avez bien voulu avoir sur les deux loteries, j'ay hazardé sans votre commission d'emploier trois écus pour trois autres lots de la petite Loterie dont voici les nombres
Abel Antoniaster 21.076
François Calorie 21.077
Nicholas Nerblanen 98.869 Quoique j'aye attribué ces noms à ces nombres vons n'êtes pas nullement obligé par là à les accepter. Si vous trouvez à propos de m'écrire que vous les acceptez avant que on tire la loterie ils seront à vous, autrement ils seront à mon compte sans vous y intéressé. Mais si vous les voulez mandez-moi votre acceptation par la première poste parce que on prétend de tirer les lots bientost et cela se doit faire de nécessité avant le 24 du mois de June S. V. x)
Il y a quelques feuilles imprimées de l'explication de Mr. l'Evesque de Worcester sur les semaines de Daniel 2) mais l'ouvrage ne s'avance pas. Ce qu'est imprimé je ne manquerai pas de vous envoier siprece velpretiojelepuis obtenir. Je suis Monsieur votre très-humble et très obéissant serviteur. J. LOCKE. [Adr. chez des Noyers. Thoyn :] 28 May 1700.
[53] London 5 Juin 1700.
Si vous avez reçu ma dernière du 28 de May vous estes déjà informé, Monsieur, que la grande loterie a échoué et que la petite n'est pas encore tirée. Je vous y informais de ce que j'avois fait et j'attends votre réponse la semaine qui vien.
Vous recevrez les séries chronologicae etc. avec ceci par les mains de Monsieur Cuningham 3) mon ami, et l'éducation des Enfants y auroit été jointe si je pourrois en avoir trouvé la dernière édition en cette ville. Vous me demandez ce que coûte le livre de Séries. Quand vous m'avez mandé ce qu'ont coûté les livres que vous m'avez envoyé il sera temps d'en demander le prix à mon libraire.
1) Stylo vetere.
2) An exposition 0/ the Prophecy 0/ the seventy weeks, in 40. Le catal. du Brit. Mus. le date de 1690.
3) Vid. Lot. du 8 Juil. 1700.
LETTRES A THOYNARD. 170O.
Outre ce que j'ay marqué dans ma dernière touchant quelques feuilles imprimés de l'ouvrage de Monsr l'évesque de Worcester sur les semaines de Daniel, il y a aussi à ce que j'ai nouvellement appris quelques feuilles imprimées de sa chronologie universelle x). Je ferai mon mieux de procurer les unes et les autres pour vous les envoyer.
L'échantillon de l'étofe de Cibola 2) dont vous faites mention dans votre dernière du 8 de ce mois arriva dans son temps dans la lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire le 5. Il me semble par cette échantillon que vous avez déjà bien avancé cette affaire : l'étoffe me parait fort bonne et la couleur toute naturelle qu'elle est et sans aucune teinture est telle qu'il n'y auroit rien plus agréable à mes yeux que de vous voir tout habillé de la même comme vous m'avez fait espérer. Ceste maudite chicane me désole quand j'y pense. Spero quod deus e machina résoudra bien plutôt cet enchantement.
Vous ne travaillez jamais inutilement sur les médailles et la république des lettres profite beaucoup de vos lumières, mais quelque part que j'y prens permettez moi d'avoir toujours la mémoire Harmonique.
A l'égard des médailles Hébraïques je serai bien aise de scavoir votre sentiment touchant les sicles Hébraïques, s'il y en a des anciens et véritables par lesquels on se peut assurer des anciens charactères hébraïques.
Juin — 9 22
Vous verrez par ce qui est dessus que cette lettre étoit destinée à être envoyée par Mr. Cunningham : mais comme il a remis son voyage pour quelques jours et je recevois hier la votre du 16, Je l'ay cru à propos de vous l'envoyer par la poste et de vous marquer que selon votre ordre j'ay pris encore [neuf] billets de la petite loterie qui sont les nombres.
Abel Antoniaster 75.878 75.879 75.880 Nicholas Nerblanen 95.611 95.612 1.003 François Calorie 17.596 17.597 1.004 Ce qu'on vous a dit que les noms sont inutiles et que les nombres suffisent est vrai à l'égard du droit à quelque somme d'argent sur
1) The Chronology. In fol., 1690 dans le cat. du Brit. Mus.
2) Cibola ou Ciboletta (Nouveau Mexique), célèbre dans les relations espagnoles du XVIe siècle. Vid. Annual Report ofthe Smithsouian Institution for i86ç, Washington, 1871, 8° p. 309 et sqq.
LETTRES A THOYNARD. 17OO.
lequel ce nombre tombera, mais comme vous êtes absent vous devez savoir quels sont les nombres de vos billets par les quels vous pouvez scavoir ce que la bonne fortune vous donne. C'est pourquoi j'ai fait écrire les trois noms que vous m'envoiates au commencement sur les neuf billets comme dessus. Quod felix faustumque sit. On dit qu'on fera tirer cette Loterie au bout de cette semaine. Cela est certain qu'on doit le faire avant la fin de ce mois. Je suis votre très humble et très obéissant serviteur
[De Thoyn] : 5 et 1 1 Juin 1700.
[54] Londres — Juin [Thoyn. sur le verso] : 1 3 Juin 1 700.
Je dépêchois par la dernière poste une lettre que je pensois vous envoier, Monsieur, par un ami : dans cette lettre je vous informois de neuf nouvelles billets de la petite Loterie que j'avois pris selon votre ordre du 16 de Juin et j'y marquois leur nombre. Hier je reçu la votre du 19 et suivant ce que vous m'y ordonniez, j'ay ajouté encore douze, si bien que j'ay à cette heure 27 billets de la petite Loterie pour vostre compte dont voicy les nombres.
Abel Antoniaster 32.506 21.076 75.878 75.879 75.880 31.761 31.762 31.763 31.764 François Calorie 32.505 1.004 17-596 î7>597 1.025 21.077 46.497 46.498 46.499 Nicholas Nerblanen 32.415 54.395 54.396 1.003 95.611 95.612 98.869 67.354 67.355
On dit que la résolution est prise de commencer de tirer la Loterie Lundi qui vient et je crois qu'on ne peut pas le différer plus longtemps. Adsit tibi deus e machinà ut te e lite eximat amplexibusque nostris optatissimum redonet.
[55] London 8 Jul. 1700.
Je me fis l'honeur de vous écrire une lettre Monsieur il y a environ huit jours par laquelle je vous marquai les lots qui vous ont été un peu favorables. Enfin, Monsieur Cunningham (que je vous a nommé plus d'une fois) parte pour Paris. Je lui a mis entre les mains le
LETTRES A THOYNARD. 1700.
livre des Séries x) et le liste de lots fortunés que vous pouvez examiner à loisir pour y trouver des autres à votre avantage que je pourrois avoir passez. Le mal est que Mr Cunningham 2) a changé d'avis et ne va pas tout droit à Paris mais fait un petit tour en Hollande en chemin faisant, mais à ce qu'il prétend cela ne le retardera guère. Si bien que j'espère qu'il vous rendra bien tôt les papiers que j'ay mis entre ses mains. Vous êtes si fort disposé de faire de bonnes offices à toutes les gens de mérite qu'il n'aura pas besoing de ma recommandation auprès de vous. Je vous dirai seulement pour lui donner un peu d'entré auprès de vous, qu'il est très scavant et très honnête homme et fort de mes amis.
Parce que vous m'avez fait l'honeur de m'écrire touchant le J? et les autres lettres qui sont sur les médailes dont il est question, je me trouve fort disposé de tirer cete conséquence en faveur de la soupçon qui m'a longtemps possédé, c'est à dire que les literae quiescentes de l'alphabet Hébreu ont été autrefois les voiels. Je voudrois bien scavoir votre sentiment la dessus es enim magister in Israele ego vero samaritanus : literas prorsus ignoro et de lectione Hebraea mihi occurrunt dubia si punctorum vocalium usus ante Massoretas vel admittatur vel rejiciatur. Jam otium quaerens ad quod me cogit valetudo ad literas, optimum ingravescentis aetatis remedium, quantum persanitatem liceat, redire cupio et tuam his in studiis opem imploro. Je suis,
Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur
[56] Oates. 13 Août 1700.
La letre de change que vous m'envoiâtes arriva en son temps et Monsieur Philibert a payé les £ 4 — 1 9 — o à mon ordre ; mais permettez moi de dire que vous vous êtes trop pressé de payer cet argent, nous aurions mieux adjusté nostre compte, quand j'aurois l'honeur de vous voir en Angleterre, parce que les livres que vous m'avez envoiez à ma requête doivent y entrer, mais j'ay donné l'ordre à Monsieur Cunningham à les payer.
J'espère que cette lettre vous trouvera hors de cette grande agi-
1) Vid. Let. du 21 Mai 1700.
2) Sur cette indication on peut conjecturer qu'il s'agit d'Alexandre Cunningham, savant écossais, mort en 1730, qui fut professeur à l'Université d'Edimbourg puis se retira à la Haye en 1710. Il était l'ami de Leclerc et de Leibniz.
LETTRES A THOYNARD. 17OO— 1701.
tation par deux crises qui se présentoient le mois passé. L'une des deux doit avoir la détermination que je souhaite parce qu'il est toutà-fait en votre pouvoir, l'autre où vous avez à faire à des puissantes [gens] peut avoir des plus grandes difficultés. Si les procès sont chez vous comme icy, je n'en ay rien à dire, que sortez en au plus tôt. Redimas te captum quam queas minimo. J'ay une impatience extrême de scavoir que ces affaires sont bien terminées ; pendant cette agitation où ils vous tiennent de rébus literariis te interpellandi locus non est; otium tibi brève restitutum iri spero et impensius opto.
Je suis bien aise que Monsieur du Bos est de retour à Paris. J'ay reçu l'honeur de sa lettre du 28 de Juillet à qui je réponderai par la première occasion ; en attendant je lui baise les mains très humblement.
Je suis Monsieur votre humble et très obéissant serviteur.
[Adr. chez des Noyers. Thoyn :] 1 3 Août 1 700.
[57] Oates 1 Janvier 1701.
Je ne puis pas avoir un plus agréable et plus heureux commencement du siècle que celui que vous m'avez donné par votre obligeante lettre du premier et par le renouvellement des assurances de votre amitié et par l'espérance que vous me donnez de vous voir encore un jour. En vérité, Monsieur, il n'y a rien qui me touche davantage et si j'aurois à vivre tout un autre siècle les premiers de mes voeux seroient de passer ce temps-là heureusement avec vous, libre de tout souci que ce que donne une recherche ingénue et ardente de la vérité. L'injustice des hommes partout m'est désagréable, mais celle en particulier qui vous embarrasse et arrête dans le cours de vos grandes vues et vos beaux desseings dans la république des lettres me désole entièrement. Det deus huic quoque finem et tu cum tuis rébus salvis fruaris aliquando pingui otio et ego tuo exoptatissimo conspectu. Ingravescentis aetatis mala acrius quotannis urgentia de decessu cogitare me monent I). A duobus et amplius mensibus humor in crura decumbens et cum cutis ruptura dolorem infligens me totos pene dies in lecto detinuit, adeo ut quod restaret mihi temporis epistolarum comercio non sufficeret. Hoc incommodum deo fa vente jam aliquanto minuitur et brevi spero ad pristinam et magis civilem vitae
ï) La santé de Locke était assez mauvaise depuis quelques mois. Vid. ses lettres à Clarke.
IO
LETTRES A THOYNARD. 17OI.
consuetudinem restituet. De pulmonibus nihil est quod dicam vel promittam. Illorum infirmitas familiare senectutis malum temporis et aetatis incremento nunquam restituitur. Te tamen aliquando videndi et coram fruendi spes me laetat et si non deessent vires te Parisiis visendi voluntas certe non deest.
Il ne suffit pas que l'ouvrage pour lequel j'ay été si fort intéressé poura paretre avant la fin du dixhuitième siècle ; si je pourois en disposer, il seroit au commencement du premier année.
Nous avons fait voeux ici pour l'exaltation de ce savant cardinal. Ne vous étonnez pas de ce que je die vous parce que si vous me fait un jour Thonneur de me venir voir icy vous trouverez dans cette maison plus d'un ami qui s'intéresse pour vous entre lesquelles La Dame x) n'est pas la dernière.
J'espère que la réformation du calendrier que vous me dites trouvera son effet; un juste règlement du temps dans le monde est de grand usage et fort désirable. Mais de cela quand le temps ne pressera pas tant. Omnia fausta et felicia tibi cum sœculo ineunte animitus opto parce que je suis avec une amitié sincère et un profond respect.
Monsieur Vostre très humble serviteur
Je vous prie de saluer Mr l'Abé Du Bos quand vous lui écrirez. Cui prospéra omnia et cis = et trans Alpina opto.
[Adr. chez Mr des Noyers dev. l'Epée Royale dansla rue Mazarin. deThoyn:] 1. 1071 [pour 1701.]
[58] Oates 30 Sept, 01.
Combien du temps la dernière lettre dont vous m'avez honoré étoit en chemin, je ne puis pas dire précisément faute de date, mais je puis vous assuré que l'aiant reçue il y a quelque temps, je n'aurois pas tardé si longtemps de vous en remercier sij'auroispu plus tôt recevoir de Londres une réponse à deux ou trois lettres que j'écrivois pour être pleinement informé touchant la carte de Monsieur Halley 2), dont on m'assure qu'on n'en trouve pas à vendre dans
1) Lady Masham.
2) Edmond Halley (né à Londres 1656—1742). On sait qu'il fixa les lois de la déclinaison magnétique.
LETTRES A THOYNARD. 170I.
les boutiques. Enfin, on a trouvé que la planche où il fit gravé la carte, il a gardé lui même, ayant fait tirer autant des exemplaires qu'il destinoit pour présenter à ses amis et point davantage. Monsieur Halley est précisément en mer, aussitôt qu'il sera de retour je tâcherai d'obtenir un exemplaire que je vous enverrai par la première occasion et la relation, s'il y en ait l'occasion, des variations observées en 1698 que vous m'avez envoyées. J'ay parcouru le voiage de Narborough 1669 sur la même route *) vous avez ci joint ses observations des variations observées dans son voiage au détroit de Magellan. Sur quoy permettez-moy s'il vous plait de remarquer que la variation sur la côte orientale de la terre des Patagons en 1669 alloit en diminuant vers le sud, tout au contraire à ce qu'elle faisoit en 1698. Hormis que en 1698 au delà du 47 d diminuet et en 1669 a 52 d ad 53 d augmenta. Ad hoc Oedipum expectans; Ego vero Davus sum. En vérité la variation de l'aiguille est pour moy un grand mystère, mais si vous voulez, je le proposerai à la Société Royale pour en tirer quelque éclaircissement Le dernier siècle a été fort heureux en bien des découvertes mais l'observation de ce changement de la direction magnétique dans la terre n'a pas été à ce que j'imagine ni assez long tems ni assez universel pour en établir une parfaite histoire 2), sur quoi fonder une hypothèse assurée. Elle seroit, je l'avoue de grand usage, mais l'utilité qui donne de l'empressement ne fournit pas toujours des lumières.
Je suis fort aise que votre procès est enfin terminé et j'espère qu'il n'aura point de queue. Le chagrin qu'il vous a donné et le domage qu il m'a déjà fait en vous détournant de votre voiage désigné a augmenté ma haine naturelle contre les procès. Dieu vous en garde pour l'avenir et vous donne l'occasion d'exécuter votre bonne volonté et de me rendre encore une fois heureux en vous embrassant. Venez donc, animae dimidium meae ; vous serez ici comme chez vous, nous parlons françois nous tous qui sommes dans la maison et chaque un est impatient de vous voir ; pourquoi attendre le printemps ; vous serez icy à votre aise en repos pendant le mauvois temps de l'hyver. Cela vous exemtera de la peine de m'écrire votre jugement de mon
1) Sir John Narborough (mort en 1688,) s'était distingué comme lieutenant de vaisseau pendant la guerre contre la Hollande. On lui confia en 1669 le commandement de deux navires, le Sweepstakes et le Bachelor pour aller reconnaître le détroit de Magellan. Il s'agit de son livre : An account of several late voyages and discoveries to the South and North. Lond. 1694, in 8°. Trad. en français en 1722, 3 vol. in 12.
2) Au sens de Bacon.
LETTRES A THOYNARD. 1701.
Essay, ce que j'ay attendu de vous avec quelque sorte d'impatience pour corriger les fautes que vous y trouverez. Je me réglerai sur vos avis que votre amitié m'auroit déjà accordez si vostre maudit procez vous auroit laisez de moments à perdre en des bagatelles de me façon.
Je vous prie de faire mes très humbles et très affectionnés baisemains à Monsieur l'abbé du B[os] je lui suis infiniment obligé de l'honeur qu'il me fit en me donnant des nouvelles de son retour en santé à Paris après un si long et pénible voiage dans le fort de l'Eté ; J'en étais fort ravi et je témoinerais ma reconnaissance par la première occasion.
J'attends toujours de vous un petit mot musical, mais dans vostre dernière point d'harmonie cela me désole.
Je suis avec une ardeur sincère Monsieur, Votre très-humble et très obéissant serviteur.
[Adr. chez des Noyers.]
[4bis] l) Orléans, 26 Novembre, 1678.
Comme vous me menacez de vostre départ bien tost de Paris, il ne faut pas m'arester icy plus long tems, quoique la conversation et les amitiés que vous m'avez procurés icy feroient un long séjour en cette ville et bien agréable et bien utile. Mais il y a quelque chose davantage en vous, c'est pour quoy je part même avant cette billete, mais comme elle va plus viste que moy c'est pour vous dire que je seray bien malheureux si vous partirez de Paris le jour de mon arrivé qui sera, s'il plaist à Dieu, Lunedy. Au reste ce n'est pas l'affaire d'un petite billette, même d'une grande letre, de vous témoigner la reconnoissance que je vous ay, à pein tout le reste de ma vie souffira à cela.
1) Cette lettre ne se trouve pas au Brit. Mus. Nous en avons connu le texte trop tard pour l'imprimer à son rang chronologique, après la 4me de ce volume, page 19.
Nous réimprimons le texte donné par A. Morrison dans : Catalogue 0/ the collection 0/ autograph letters Vol. III, 1888, fol. Page 183.
Ce billet nous permet de dater le retour de Lk. à Paris en 1678, de la fin de Novembre. Il devait y rester jusqu'à la fin d'Avril 1679; vid. p. 19, lettre du 7 Mai 1679. „La conversation et les amitiés" aux quelles il fait allusion, sont celles des personnes nommées dans la lettre du 17 Juil. 1678. (Vid. p. 14 — 15).
PHILIPPE DE LIMBORCH
Lorsque Locke se réfugia à Amsterdam, pendant l'automne de 1683, il n'y connaissait probablement que le médecin Pierre Guenellon, qu'il avait rencontré à Paris quelques années auparavant.
Ses premières connaissances, bientôt ses amis, furent encore des médecins : Egbert Veen, beau-père de Guenellon, Matthieu Sladus, et d'autres encore. Dans ce milieu de confrères, l'ami de Sydenham se sentait chez lui. Mais il n'était pas exclusivement spécialiste ; son esprit s'attachait avec une égale curiosité à tous les problèmes de la science et de la vie. Aussi dut il éprouver à peu de temps de là un vif plaisir à entrer en relations avec l'un des hommes les plus érudits d'Amsterdam Philippe de Limborch, Professeur de Théologie au Séminaire des Remontrants. L'occasion en fut rare : la dissection d'une lionne qui avait succombé aux rigueurs du mois de Janvier de 1684. Locke devait être vivement intéressé par un pareil spectacle ; Guenellon y invita Limborch. Cette rencontre qui devait être le point de départ d'une indéfectible amitié, fut pour tous deux et surtout pour le philosophe pleine d'agréables surprises: celle d'abord de pouvoir avec ce Professeur causer intelligemment de toutes sortes de choses. Moins âgé que Locke d'un an à peine, il paraissait avoir dix ans de moins avec sa bonne face ronde, ses yeux clairs, sa bouche largement fendue, son expression de bonhomie qui inspirait la confiance. De plus le théologien d'Amsterdam était en correspondance suivie avec certains penseurs anglais de l'Ecole de Cambridge, qui comptaient parmi les meilleurs amis de Locke. Enfin tous deux se trouvaient d'accord sur bien des points dans leur interprétation du Christianisme.
Nous ne pouvons donner ici une biographie complète de Limborch et moins encore une histoire du milieu dans lequel il vivait : la confrérie des Remontrants. Nous nous bornerons au strict nécessaire pour montrer l'accord de ses pensées avec celles de Locke et expliquer l'amitié dont témoigne leur correspondance.
PHILIPPE DE LIMBORCH
Les Remontrants néérlandais et les latitudinaires de Cambridge avaient une vénération commune pour Erasme. Des deux côtés on le nommait „notre Erasme"; avec lui on cherchait les sources de la théologie dans le Nouveau Testament, notamment dans les Evangiles ; on interprétait principalement le christianisme comme une vie pieuse et vertueuse et l'on professait une très large tolérance envers les autres sectes religieuses.
Cet esprit humanitaire fut celui de beaucoup de Réformés néérlandais au XVIe siècle. Mais la bourgeoisie propre à porter les armes, qui combattit pour l'indépendance des provinces néérlandaises septentrionales contre la tyrannie de l'Espagne, ne s'en contentait pas. Elle avait besoin des formules plus précises et de l'organisation plus sévère de l'école calviniste. C'est de là que naquirent, lors de la transition du XVIe au XVIIe siècle, les querelles dogmatiques, qui, compliquées de diverses passions politiques, aboutirent au synode de Dordrecht (1618 — 1619) et au rejet des ministres du culte des Remontrants hors de l'Eglise Réformée néérlandaise. Les Remontrants ne s'en sont pas eux mêmes séparés ; ils en ont été exclus comme hérétiques.
On les appelait vulgairement les Arminiens, du nom de Jacques Arminius (1560 — 1609), d'abord pasteur à Amsterdam et depuis 1603 Professeur de Théologie à Leyde. Bien que formé à l'école de Calvin, Arminius en vint, sous l'influence du milieu néérlandais, à une conception différente de la doctrine de la prédestination. Pour ne pas rendre Dieu responsable du péché, pour éviter la dureté d'une condamnation éternelle à l'enfer et pour obliger l'homme à une vie pieuse et morale, il croyait devoir insister sur la liberté pour l'homme, d'accepter ou de rejeter la grâce divine. Ses disciples allaient plus loin et développaient sa doctrine sous l'influence des Unitariens ou Sociniens.Si l'homme, selon leur doctrine, pouvait acquérir lui même la vie éternelle, la satisfaction du Christ pour nos péchés n'avait pas dû être absolue ; le Christ était surtout le Prophète ou le Pasteur de l'humanité, envoyé par le Père, subordonné à Lui et non pas semblable à Lui comme Dieu. C'est dans cette direction qu'évoluait la doctrine remontrante. On peut dire en général que, jusqu'à ce qu'elle se fût provisoirement fixée dans la Theologia Christiana deLimborch, elle suivit une voie moyenne entre Calvin et Socinus.
Les partisans d' Arminius qui ne reconnaissaient volontiers aucune autre autorité spirituelle que celle du Christ et de l'Evangile, s'appelaient eux-mêmes Remontrants, à cause de la «Remontrance" de
PHILIPPE DE LIMBORCH
1610, rédigée par Utenbogaert. Ce document qui ne devait être, à l'origine, qu'une profession de foi et une demande de justice, devint, sous l'influence d'Oldenbarnevelt une instance pour faire reviser la profession de foi généralement admise. Présentée sous cette forme aux Etats de Hollande, la Remontrance fît éclater la lutte politicoreligieuse, qui aboutit, comme nous l'avons dit, à la défaite des Remontrants.
En exécution de la sentence du Synode deDordrecht, environ deux cents prédicateurs furent exclus de leurs fonctions et quatre-vingts, bannis. Les exilés trouvèrent pour la plupart un refuge à Anvers et organisèrent de là les communautés qui leur étaient restées fidèles.
Cependant Frederik Hendrik était devenu stadhouder et l'opinion publique s'était un peu modifiée; en 1630, enfin, on putse risquer àtenir à Rotterdam une réunion publique. La même année fut bâtie à Amsterdam l'église Remontrante qui existe encore aujourd'hui *); quatre ans plus tard on y ajouta un Séminaire pour l'éducation des jeunes pasteurs. Cet établissement ne fut possible que grâce aux dispositions libérales des Régents d'Amsterdam. Ils fondèrent en 1632 un Athénée Illustre, précurseur de l'Université communale actuelle. Des hommes comme Voss et Barlaeus, chassés de Leyde pour leurs opinions remontrantes, y devinrent professeurs d'Histoire et de Philosophie. Beaucoup de membres des familles des Régents fréquentèrent les services religieux remontrants et firent baptiser leurs enfants selon le rite de la secte. La plupart des magistrats étaient tolérants par conviction, ou par indifférence, ou simplement dans l'intérêt du commerce. On ne pouvait donc nulle part ailleurs établir plus librement qu'à Amsterdam un Séminaire pour des dissidents. Le premier professeur en était tout indiqué : Simon Episcopius, autrefois successeur d'Arminius à Leyde et chassé de cette ville comme remontrant. Les futurs pasteurs pouvaient associer l'éducation littéraire et philosophique de l'Athénée communal avec l'éducation théologique de leur propre organisation.
Limborch fut, comme Professeur de Théologie, le quatrième successeur de son grand'oncle Episcopius. Depuis 1650 quelques leçons de philosophie furent faites au Séminaire soit par le Professeur de Théologie, soit par son suppléant. C'est pendant le séjour de Locke à Amsterdam que Jean le Clerc, qui fut son ami ainsi que celui de Limborch, débuta comme Professeur de Littérature ancienne, d'Hé-
1) Keizersgracht, près de la Prinsenstraat ; cette rue aujourd'hui un peu excentrique, appartenait au nouveau quartier patricien bâti depuis 1612.
PHILIPPE DE LIMBORGH.
breu et de Philosophie. Par son originalité et la variété de ses aptitudes le Clerc surpassa de beaucoup le théologien, son collègue. C'est avec raison que A. des Amorie van der Hoeven, leur commun biographe, déclare le premier: inter aequales fere singularis et le second: unus de rnultis, licet primtts inter pares *). Que Limborch après avoir attaché au Séminaire remontrant, depuis i683,lejeuneLe Clerc, ait gardé pour son éminent collègue une amitié sans envie, il y faut voir une preuve de la largeur de son esprit et de la bonté de son caractère.
Nous ne parlerons plus désormais que de Limborch. Il naquit le 19 Juin 1 63 3 . Sa famille très estimée à Amsterdam, s'y était établiedepuis 1 595 . Son bisaïeul, nommé Frans, avait quitté le Limbourg (lez Maastricht) en 1557, certainement à cause de ses opinions religieuses et s'était réfugié à Emden, où sa famille resta jusqu'en 1595 . Son père et son frère aîné, Rem, étaients avocats. Par sa mère, Geertruid Bisschop (Episcopius), il était de noblesse remontrante. Son grand père maternel, Rem Egbertsz Bisschop, fut le frère du célèbre Professeur Episcopius. Le 19 Février 161 7 la populace d'Amsterdam, excitée par les pasteurs réformés avait dévasté, de fond en comble la maison de Rem Bisschop, située sur la Singel, près de la Bergstraat. Mais à la naissance de son petit-fils, en 1 63 3 , les temps avaient changé : les bourgmestres aux dispositions calvinistes avaient dû céder leur place à des „Liberaux"; la Tolérance veillait sur le berceau de Philippe de Limborch.
En 1647, il passa de l'école de grammaire à l'Athénée. Il nous apprend lui même que le premier enseignement qu'il reçut ne fut pas celui d'un collegiiim logicum, mais celui du collegium ethicum de Caspar Barlaeus. Il est à présumer que ce joyeux Brabançon, poète en même temps qu'orateur spirituel, n'enseignait pas une morale très ascétique. Outre les leçons de Barlaeus, mort en 1648, il suivit à l'Athénée celles de son successeur Arnold Senguerd (1610 — 68) et de G. J. Vossius (1577 — 1649), sur la littérature et la philosophie, puis celles de Stephanus Curcellaeus (Etienne de Courcelles), professeur au Séminaire remontrant de 1643 à 1659. Tous ces maîtres étaient très instruits.
Il fut baptisé le 9 Juin 165 1 par Andréas Walschaert dans l'Eglise remontrante. Son fils Frans ne fut pas baptisé non plus avant l'âge
1) Diss. de Phil. a Limborch, p. 15.
PHILIPPE DE LIMBORCH
adulte, — preuves de la valeur que la famille de Limborch attribuait à la croyance par la considération propre. Il se mit à l'étude de la théologie sous la direction de Curcellaeus, tout en continuant à suivre à l'Athénée les leçons d'Histoire ecclésiastique de David Blondellus (1590 — 1655), successeur de Vossius. Ce sont principalement ces deux maîtres qui surent développer en lui ce sens historique et critique auquel on doit le meilleur de son oeuvre ultérieur. De 1653 à 1654 il étudia la théologie réformée à Utrecht, notamment avec Gisbertus Voetius, l'antagoniste acharné de Descartes et de tout ce qui était moderne. Ensuite il s'exerça à Amsterdam à la pratique du ministère et passa son examen de théologie en 1 65 5 . La communauté remontrante d'Alkmaar le choisit aussitôt pour pasteur, mais il préféra continuer encore ses études. Entre temps il commençait sa carrière de savant par la publication des sermons de son grand 'oncle Episcopius, qui parurent en 1657. La même année il devint pasteur à Gouda, petite ville de la Hollande méridionale, célèbre depuis longtemps comme asile des hérétiques. En 1588 le stoïcien Coornhert, en 161 2 le socinien Vorstius y avaient trouvé un refuge. C'est là que devait paraître en 1689 la première lettre de Locke sur la Tolérance.
Pendant les dix années de son séjour à Gouda, Limborch continua ses études historiques et théologiques. Son premier ouvrage, une défense de la tolérance contre son collègue réformé Sceperus, de Gouda, nous montre ses dispositions religieuses. Il ne tient pas toutes ses opinions personnelles pour autant de vérités absolues, nécessaires au salut ; il espère la réunion de toutes les sectes chrétiennes dans la reconnaissance d'une seule autorité religieuse, celle des Ecritures. Ce vaste idéal, ou plutôt cette illusion, semble sans proportion avec le cadre étroit offert à son activité par la petite confrérie des Remontrants. Mais sa pensée était maintenue au dessus de son activité pratique, journalière par la lecture d'écrivains comme Erasme, Hugo Grotius, Episcopius, pour ne citer que les principaux de ses auteurs préférés. Il se fit connaître dans le monde savant par son édition du second volume des oeuvres théologiques d'Episcopius (Amsterdam et Gouda, 1665 ; Curcellaeus avoit édité le premier volume en 1650). Ce fut l'occasion de la correspondance de Limborch avec de nombreux savants étrangers, notamment avec les théologiens et les philosophes de Cambridge.
Les rapports étaient fréquents à cette époque entre les universités d'Angleterre et celles de Hollande. Notre pays recevait des étudiants anglais et les étudiants hollandais allaient à Oxford et à Cam-
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bridge. Déjeunes remontrants y avaient trouvé, surtout à Cambridge, un acquiescement aux sentiments arminiens. Avant 1662 on y avait défendu la thèse que c'était Calvin et non Arminius qui avait été un novateur. Cudworth et d'autres élévés dans un esprit sévèrement calviniste, étaient arrivés, en étudiant la philosophie grecque, à une conception du christianisme plus exclusivement éthique et plus analogue à celle des Remontrants. Il n'est donc pas étonnant que les Remontrants néérlandais aient cherché à nouer des relations spirituelles avec les latitudinaires de Cambridge qui commençaient à exercer en Angleterre une influence notable. Déjà Arn. Poelenburg, Professeur au Séminaire remontrant (1659 — 1666), écrivait en 1661 — 1664 à Isaac Vossius à Londres, pour le prier de faire que l'Eglise d'Angleterre considérât les Remontrants néérlandais comme des frères en Jésus-Christ; il lui demandait en même temps de transmettre ses salutations à Creichton et à Pierce à Oxford, à Gunning et à More à Cambridge. Les relations alors commencées furent continuées et étendues par Limborch. Il reçut de Cambridge beaucoup de témoignages de sympathie ; mais d'Oxford il lui fut démontré — par Pierce — que les Remontrants, s'ils voulaient entrer en communauté religieuse avec l'Angleterre, devaient accepter la hiérarchie de l'Eglise Episcopale. Limborch n'y trouvait personnellement aucune difficulté, non plus que ses amis de l'aristocratie des Régents de Hollande. Mais il connaissait trop bien le caractère de ses coreligionnaires hollandais pour tenter de devenir évêque des Remontrants ; il se contenta de la supériorité morale que tous lui reconnaissaient. Il ne fut plus dès lors question dans ses relations avec les Anglais que d'une communauté purement spirituelle et non d'une organisation ecclésiastique extérieure.
Les Cambridgiens célèbres avec lesquels Limborch correspondit, furent P. Gunning (f 1684), R. Cudworth (161 7— 1688) et H. More (1614 — 1687). Le premier était trop féru de son érudition d'école pour pouvoir suivre aisément le mouvement des idées nouvelles.il n'en fut pas de même avec Cudworth et More. Leurs spéculations platoniciennes, particulièrement les visions de More, furent peu goûtées de notre bon Hollandais. Mais il était pleinement d'accord avec eux dans l'interprétation de la morale religieuse, dans la distinction, pour le chrétien, de vérités indispensables, fondamentales et d'autres facultatives ; enfin il partageait leurs dispositions tolérantes et pacifiques également éloignées de la tyrannie et du dérèglement. Leur intérêt se concentrait sur l'homme en tant qu' être moral. Cette
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doctrine tenait le milieu entre la théologie unilatérale des calvinistes orthodoxes et la philosophie plus unilatérale encore et plus pernicieuse dans son naturalisme, d'un Hobbes ou d'un Spinoza.
Limborch en vint à correspondre également avec quelques uns des plus jeunes cambodgiens, par exemple avec Olivier Doiley et H. Jenkes (± 1630 — 1697), qui s'appelait volontiers „philosophuschristianus". Ceux là et d'autres jeunes attendaient de Limborch une théologie moderne, bien biblique, mais se libérant de l'autorité des Pères de l'Eglise et des professions de foi composées ultérieurement. Leurs souhaits, aussi bien que ceux de ses coreligionnaires hollandais ont encouragé Limborch à écrire sa Theologia Christiana, dont la première édition parut en 1686. Tout cela se trouvait dans le rayon de son activité professionnelle : en 1667 il était devenu pasteur de la communauté Remontrante d'Amsterdam ; l'année suivante la confrérie l'avait nommé Professeur au Séminaire. Il resta dans ce poste jusqu'à sa mort, en 171 2.
Après avoir noté le point de vue du théologien, nous indiquerons celui du philosophe.
En 1666 l'assemblée de la confrérie avait jugé que son Professeur devait réunir les conditions suivantes i° une vie irréprochable ; 2° érudition théologique; 30 un bon caractère; 40 amour de la tolérance ; 5° aptitude à l'enseignement ; 6° jouir d'un bon renom et de la considération générale même en dehors de la confrérie ; 70 connaissance de l'histoire et de la philosophie, principalement de la philosophie de René Descartes. Limborch répondait sans aucun doute à toutes ces exigences, y compris celle d'un heureux caractère.
Il étudia probablement avec Curcellaeus la philosophie cartésienne que Vossius et Senguerdius n' ont pas dû lui enseigner à l'Athénée d'Amsterdam. Mais la connaissance qu'il en eut fut historique plutôt que dogmatique. En philosophie il était ou tout aumoins il devint de plus en plus éclectique. Il partagea cependant l'admiration de son temps pour Descartes. Dans une lettre l) à H. More, dont l'enthousiasme pour Descartes avait déjà beaucoup diminué, il l'appelle un „incomparabilis Héros" en déplorant que plusieurs de ses disciples s'adonnent au naturalisme ou à l'athéisme. Lorsqu'il reçut en 1671 l'Enchiridion Metaphysicum de More, il différa son propre jugement jusqu' à ce qu'il eût appris celui des cartésiens d'Utrecht, Joh. de Bruin (1620 — 75) et Lamb. Velthuisen (1622 — 85).
Sur un seul point il semble s'être écarté déjà de Descartes avec
1) Datée Prid. Cal. Apr. 1669.
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More : dans la doctrine de l'extension des esprits. Il avait pu trouver déjà cette doctrine chez Episcopius *) et il ne l'a certainement pas empruntée à Spinoza.
Il reconnaît volontiers lui même son éclectisme. Le 23 Nov. 1681 il écrit à More: „Ego abstjue ullo in personam respectu momenta rationum ponderare, sententiamque proquasolidioresrationesmilitare video, aliis prseferre soleo." Pour ses leçons de philosophie au Séminaire, il se sert alors des œuvres de Gassendi ; il noue des relations avec les Académies protestantes de Sédan et de Saumur, où s'introduisent le cartésianisme et l'éclectisme ; plus tard il entre en rapports avec les théologiens allemands de Helmstadt et Nuremberg, de l'Ecole irénique de Calixtus. A la même époque ( 1 682) il fait la connaissance de le Clerc qu'il introduit dans le cercle Remontrant. La meilleure preuve du bon accueil que reçut le jeune savant, est fournie par sa défense personelle dans la Bibliothèque Choisie, T. XIX, p. 383 et suiv. :
„Du reste je n' ai jamais rien abjuré, ni même rien signé, contre les sentiments des autres. Les Remontrants n'exigent cela de personne; mais seulement qu'on reconnaisse l'Ecriture Sainte pour la seule règle de sa foi ; qu'on vive chrétiennement ; qu'on ne soit point idolâtre, et qu'on ne veuille persécuter personne. Ils ne damnent nullement ceux qui ne sont pas de leur sentiment dans des choses de spéculations; mais ils croient devoir suivre les lumières de leurs propres consciences, et laissent les autres au jugement de Dieu. Il est très-faux qu'ils reçoivent presque tout le monde, comme on vient de le voir par ce que j'ai dit et qu'ils répètent dans tous leurs sermons. Un adultère, par exemple, ou un persécuteur ne serait nullement reçu à leur Communion. "
Tels étaient Limborch et ses amis, lorsque Locke fit leur connaissance, (1683 — 1684).
Limborch était alors père de famille. Il s'était marié le 15 août 1660 à Gouda, avec Elisabeth van Sorgen. Celle-ci mourut le 6 novembre 1663, lui laissant une fille qui n 'acheva pas sa dix-septième année (12 oct. 1662 — 5 sept. 1679). A Amsterdam, il se remaria, le 9 janvier 1674, avec Cornelia van der Kerk, veuve du Pasteur Andréas Walschaert que nous avons eu l'occasion de nommer plus haut. De cette seconde union naquirent Geertruid (26 Oct. 1674) et
1) Vid. Episcop. Op. theol. II, 2, p. 417 (Disp. II. 13, Thes. 3) : natura. . . spiritus... Quantitate et extensiorie sua, licet ad modum materiae non divisibili, praedita est.
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Frans. A ce dernier qui n'eut de succès comme commerçant ni en Hollande, ni en Angleterre, Locke donna des preuves de sa reconnaissante amitié pour son père.
A l'époque de sa rencontre avec Locke, (1684), Limborch était occupé, en dehors de la préparation de sa Theologia Christiana, à défendre la vérité de la religion chrétienne contre les réflexions d'un juif érudit. Ces questions ne manquaient pas d'actualité, car les discussions auxquelles avait donné lieu le socinianisme n'étaient pas closes et le déisme venait de naître. Locke s'y intéressait ; elles fournirent aux deux amis le sujet de leurs premières conversations. Quand on a lu le livre de Limborch, paru en 1687, on comprend avec quelle satisfaction il dut lire, dix ans plus tard, la traduction française du christianisme raisonnable. Les deux ouvrages présentent une remarquable analogie. Limborch part de la supposition que tout ce qu'un chrétien doit croire, se trouve dans le Nouveau Testament, notamment dans les Evangiles : il ne veut démontrer qu'une chose : Jésus a été un plus grand prophète que Moïse ; nous devons croire qu'il a été le Christ ou le Messie ; mais nulle part le Nouveau Testament n'exige de nous la croyance que Jésus est Dieu-même ; il est „le fils de Dieu'' et cela signifie le Christ ou le Messie. Limborch invoque sur ce point l'autorité d'Erasme, de Grotius et d'Episcopius 1). Après cela nous comprenons son indulgence pour les Sociniens. Il ne va pas aussi loin qu'eux ; il admet par exemple la prescience divine qu'il croit pouvoir concilier avec la liberté humaine (p. 243 s.) : „ Credo enim ego, Deum futura contingentia, quae a libero hominis arbitrio dépendent, praescire, neque eorum contingentiam per Dei praescientiam ullatenus imminui aut destrui. Non tamen propterea cum Viro Doctiss. Socinianis impietatem adscribere audeo. Quod enim futurorum contingentium praescientiam Deo denegant, non ideo est quod Deo aliquam perfectionem detractam cupiunt ; sed quia contradictorium esse putant, aliquid a Deo praesciri, et tamen esse contingens : quoniam futura contingentia sua natura scibilia non credunt. Sicut itaque omnipotentiae divinae nihil detrahit, qui contradictoria ejus objectum negant ; ita se omniscientiae divinae nihil detrahere credunt, cum futura contingentia (quorum praescientia juxta ipsos contradictionem involvit) scientiae divinae objectum negant. Hoc cum in finem dico, ut discamus distinguere inter errorem et impietatem : Errorem ipsis adscribo, impietatis eos reos non arguo. Simi-
1) Vid. De veritate rel. christ., p. 188 s., 218 s., 243 s.
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liter magnifici tituli orthodoxiae et orthodoxae Ecclesiae rêvera aliud nihil sunt quam ad populum phalerae: unusquisque aequo jure eos sibi adscribere potest".
Tout ce que Limborch a écrit par la suite révèle la même inspiration, ainsi son oeuvre principale dont le titre est déjà suggestif à cet égard: „Theologia Christiana, ad praxin pietatis ac promotionem pacis christianae unice directa." La Théologie n'est pas proprement pour lui une science de Dieu, mais de la religion (religio ou cultus). . . . manifestum est, Theologiam non esse scientiam speculativam, aut mixtam, .... sed pure pute practicam : quoniam ultimus illius finis est praxis i. e. la vie éternelle comme récompense de l'obéissance *).
Nous n'insisterons pas davantage sur la théologie de Limborch qui n'a plus, sans doute, qu'un intérêt historique. Nous voulions seulement indiquer les affinités de sa pensée religieuse avec cette de Locke. Sur la base d'un christianisme simplement positif, ils demandent qu'on fonde une liberté religieuse spéculative et pratique qu'ils conçoivent plus largement que la très grande majorité de leurs contemporains. Ils étendent aussi loin que possible la liberté civile vis à vis de la société religieuse. Toutefois ils font, avec l'école de Cambridge, une restriction: ils désirent bien une fusion de toutes les sectes protestantes, mais ils ne veulent pas s'allier avec les catholiques qu'ils jugent idolâtres. Cette opinion s'explique par l'état politique de la Hollande et de l'Angleterre à cette époque. Elle explique elle même l'intérêt qu'éveilla chez Locke et d'autres Anglais PHistoria Inquisitionis (1692). Ne déclarait on pas encore en 1868, et maintenant en France, que Limborch avait été „le plus fidèle historien de l'Inquisition" 2).
Limborch vivait encore quand on publia une grande partie de sa correspondance avec Locke dans les Fa miliar Letters (1708), imprimées depuis à la suite des œuvres du philisophe. Deux sujets surtout attiraient alors l'attention : l'unité de Dieu et la liberté de la volonté humaine; l'un et l'autre se rattachaient à la lutte doctrinale menée par les théologiens contre les Sociniens et les Remontrants. C'est pourquoi les lettres qui s'y rapportent ont été recueilliespresque complètement, — à une exception importante près. Mais seule notre édition des lettres de Locke montrera comment il a été amené à
1) Theol. christ., p. i.
2) B. Hauréau, L'inquisition albigeoise (article dans la Revue des deux Mondes, Juin 1868, p. 819).
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s'expliquer plus longuement sur les preuves de l'unité de Dieu et quelle signification il attachait à la doctrine de l'immensité divine. S'il fallait encore quelque preuve de ses liens avec l'école de Cambridge, on la trouverait ici.
Quant à la discussion sur la volonté libre, notre édition n'apporte rien de nouveau, sinon peut-être la reconnaissance par Limborch qu'il n'y a entre l'opinion de son ami et la sienne que la différence des termes. Il avait près de 70 ans quand il put lire l'Essai dans la traduction française, en 1700, et mieux encore l'année suivante dans la traduction latine. La terminologie en était très différente de celle qu'il avait empruntée à son vénéré Episcopius. De là toutes sortes de malentendus sur lesquels nous n'avons pas à nous arrêter ici.
Limborch n'était pas philosophe et son amitié avec Locke ne reposait pas sur la philosophie. Ce que Locke prisait en lui c'était le bon et gai camarade qui jouissait de la vie sans envie pour personne, le savant critique qui dans les difficultés de l'histoire n'abandonnait jamais le bon sens, et le chrétien débonnaire qui, éloigné des querelles théologiques, cherchait la vérité dans l'amour, désireux de vivre avec tout le monde sinon en fraternité au moins dans une mutuelle tolérance.
Au talent de le Clerc nous devons la biographie de Locke. Mais Limborch, que pensait-il de son ami ? Ses lettres *) l'attestent clairement. Qu'on lise par exemple la chaude recommendation qu'il envoie à Graevius, alors professeur à Utrecht en faveur de Locke, encore sans célébrité 2). Nous pouvons y ajouter un témoignage d'une date ultérieure : le 22 décembre 1699, il écrivait à Christ. Ludovici, à Londres: „.. . . quod philosophiam naturalem spectat, philosophi, quos tu corpuscularios vocas, accuratius quam aristotelici philosophari mihi semper visi sunt.Verum causas phaenomenam naturalium dare difficile est: ideoque neminem hactenus vidi, cui per omnia assensum praebere possim. Cartesius in multis satis faelix est: sed et in aliis non satisfacit. Gassendus multa habet eximia verum prolixior est ejus Philosophia naturalis. Ego ex singulis eligo, quae mihi vero maxime consentanea videntur. Habetis in Anglia eruditissimum atque acutissimum Philosophum Joannem Locke, cujus excellentissimus de intellectu humano tractatus ex anglico in gallicum sermonem versus in civitate nostra excuditur. Vidi antea brève illius compendium ;
1) Les minutes sont conservées à la Bibl. des Remontrants à Amsterdam ; les principales ont ete publiées dans Familiar Letters.
2) Vid. page 162.
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tanto majore nunc flagro desiderio fuse ac copiose explicata legendi, quae in epitomen contracta maximopere mihi placuerunt. Tantum philosophum cum in Anglia habeas, non est quod aliunde scientiam philosophicam requiras "
Nota. Cette notice repose en premier lieu sur les lettres et d'autres documents mss. de la Bibliothèque Remontrante, conservés dans la Bibliothèque Universitaire d'Amsterdam. Les dates de la vie de Limborch sont tirées d'une copie d'une autobiographie 1).
Pour les informations de toutes sortes qu'ils ont bien voulu nous procurer, nous sommes heureux de remercier MM. les Dr. Joh. C. Breen, C. P. Burger Jr. et E. W. Moes à Amsterdam, N. Japik$e à la Haye, P. C. Molhuysen à Leyde, E. Wiersum à Rotterdam et S. Muller Fz. à Utrecht.
Pour la bibliographie des oeuvres de Limborch voir H. C. Rogge, Bibliotheek der Remonstrantsche geschriften, Amsterdam 1863.
Nous avons consulté en outre les ouvrages suivants:
H ANS Bontemantel, De Regeeringe van Amsterdam. Uitg. G. W. Kernkamp. 2 dln. 's Gravenhage 1897.
Stanislaus von Dunin-Borkowski S. J., Der junge De Spinoza. Mûnster i. W. 1910.
Encyclopaedia of religion and ethics ed. by James Hastings (voir les articles „Arminianism" et „Cambridge Platonists"), 1908 ss.
Georg Freiherr von Hertling, John Locke und die Schule von Cambridge. Freiburg im Breisgau 1892.
A. des Amorie van der Hoeven, Het tweede Eeuwfeest van het Seminarium der Remonstranten te Amsterdam. Leeuwarden
A. des Amorie van der Hoeven A.fil., De Joanno Clerico et Philippo a Limborch dissertationes duae. Amsterdam 1843.