‹ Lettres inédites;Chapitre 18 sur 33 · C. Cavoue · texte numérisé non relu

C. Cavoue

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(Turin) 22 juillet (1859).

Si Bougival, aa lieu d'être à la porte de Paris, se trouvait dans quelque coin obscur de la France, j'accepterais avec empressement et reconnaissance l'hospitalité que vous m'offrez avec tant de cordialité. Dans la disposition d'esprit où je suis, nul séjour ne me paraîtrait comparable à l'ermitage où je serais certain de trouver une amitié vraie et une vive et sincère sympathie pour le sort de mon pays. Vous m'aideriez, j'en suis certain, chère comtesse, à ne pas désespérer de son avenir, et je vous quitterais après quelque temps plus en état, que je ne suis maintenant, de recommencer à lutter pour son indépendance et pour la liberté. Mais que voulez-vous? Je ne pourrais aller à une poste de Paris sans y entrer. Cela aurait l'air de bouder; or il n'y a rien de ridicule au monde comme un ministre tombé qui boude, surtout s'il s'avise de bouder la \ille la plus insouciante de l'infortune et la plus moqueuse du monde. Ma position m'impose le devoir de me tenir aussi tranquille que possible; c'est le seul senrice que pour le moment je puisse rendre à mon pays. Dans ce but je m'étais acheminé vers

la Suisse, cet hôpital des blessés politiques; mais l'annonce du congrès de Zurich pouvant donner à mon innocent projet une couleur suspecte, je nie rabattrai sur la Savoie et j'irai m'établir au pied du Mont-Blanc, pour y oublier, au milieu des merveilles de la nature, les misères des affaires menées par les hommes. Une fois les chaleurs passées, je reviendrai dans mes ten'es attendre que Toccasion se présente de travailler à ruîU\Te de régénération à laquelle mes amis et moi sommes loin d'avoir renoncé. Ayant subi une défaite éclatante, de longtemps je ne saurais rentrer dans l'arène comme général en chef, mais je suis bien décidé à combattre comme simple soldat sous des chefs nouveaux qui seront, je l'espère, plus heureux que moi.

Ce que vous me dites du retour de mes anciens amis me console tout à fait. Je dois considérer ma chute comme un événement heureux, si elle m'a fait retrouver l'estime et la sympathie de ce cercle d'élite qui se meut autour de vous, et dont ma politique incomprise m'avait en quelque sorte exclu. Mon plus cruel ennemi, le Times, a dit l'autre jour: Poor Cavour ! he was honest and zealous. Je ne demande pas d'autre témoignage ou panégjTique. Les deux (jualités que le journal, qui m'a tant combattu, finit par reconnaître, suf-

fisent poiii m assurer un bon accueil de tous ceux à l'accueil desquels je peux tenir.

.Fat ^-u un Instant à Turin Huber-Saladin. Il avait Tair très satisfait de la mission militaire quMl avait remplie. Je crois qu'il avait raison. Car il est le seul officier fédéral qui, sans manquer à SCS devoirs, ait su ménaper les justes susceptibilités et les sympathies naturelles des Ticinois.

Croyez, ma chère comtesse, à ma sincère amitié.

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