C. Cavour
(Tarin) 7 Juillet 1868.
Si j*étais libre de diriger mes pas selon mes sentiments et mes désirs, certes je profiterai de mes vacances pour aller vous demander à Boupival l'hospitalité. Mais attelé comme je suis au char de la politique européenne, je ne puis dévier de certains sentiers tracés par la position que j'occupe. Si j'allais en France dans ce moment où les diplomates se débattent vainement pour trouver une solution convenable à un problème qu'ils ont a priori rendu insoluble, mon voyage donnerait lieu à toutes sortes de commentaires, qui, bien que dénués de fondement, n'en seraient pas moins fertiles en inconvénients fâcheux pour mon pays.
Je dois donc. Madame et chère amie, sacrifier une fois de plus mes désirs à cette triste déesse, au culte de laquelle j'ai eu le tort de me dévouer, la politique. Mais si, comme je l'espère, je réacqniers ma liberté, le pi*emier usage que j'en ferai sera pour aller serrer la main aux fidèles amis qui veulent s'intéresser à moi, quoique, emporté par le tourbillon des affaires, je ne puisse m'occuper d'eux comme je le de\Tais et le voudrais.
Une fois la session close, ce qui anivera dans
u (le jonrs, j'irai en Suisse à respii'er l'air frais des montagnes, loin des hommes qui ne pensent <iu'à la politique. Je compte m'arrêter quelques jours à Presinge, certain que je suis qu'on ne supposera pas que je conspire avec mes bons amis les De la Rive contre la paix du monde. Nous y parlerons souvent de vous et nous nous transporterons plus d'une fois en esprit dans ce délicieux ermitage que vous avez su transformer pour vos amis en un petit paradis terrestre.
Je vous enveiTai le livre que vous me demandez. (Quoique écrit en très mauvais franrais, il présente quelque intérêt pour les personnes qui connaissent un peu le Piémont et les individus qui ont joué un rôle sur la scène parlementaire. Seulement comme M. *** a voulu ménager tous les partis et tous ceux dont il parle, il faut, pour s'approcher de la vérité, rabattre les trois quarts des éloges qu'il distribue à droite et à gauche d'une main prodigue.
Merci encore une fois de votre bon souvenir. Les désillusions de la vie publique rendent de plus en plus précieux les sentiments vrais, et surtout une amitié que le temp< «'t ]';ibw«'nce fortifient et grandissent.
xxir.
(Paru, man 1859) •aoiedi.
Madame et chère amie,
Quoique je ne sois à Paris que pour bien peu de temps, je voudrais bien aller vous serrer la main. Mais je crains de trouver dans votre salon des partisans frénétiques de la paix, auxquels ma présence déplairait souverainement. Or comme, malgré mon humeur belliqueuse, je ne me soucie nullement de faire la guene »à vos amis, je ne me présenterai chez vous qu'autant que vous me promettrez de me recevoir seul, ou en présence de personnes qui ne m'aiTacheront pas les yeux par amour de la paix.
Votre dévoué