‹ Lettres inédites;Chapitre 20 sur 33 · C. Cavour · texte numérisé non relu

C. Cavour

xxn.

Turin, 9 janvier (1860).

J'espérais aller vous remercier en i)ersonne de votre bonne lettre du premier de ce mois, mais l'ajournement du congrès me force à prendre la plume pour vous dire, chère comtesse, combien j'ai été sensible à tout l'intérêt que vous ne cessez de prendre aux événements auxquels j'ai pris, je prends et je suis appelé à prendre une part plus ou moins grande.

Le seul tort que je reproche à la fameuse brochure ('), c'est de m'avoir empêché d'aller vous serrer la main ; du reste je pense qu'elle a rendu un ser\'ice immense non seulement à l'Italie, mais au monde entier, en mettant en évidence un fait que tout le monde connaît chez nous, quoiqu'on paraisse l'ignorer ailleurs, c'est que le pouvoir temporel, quels que soient ses avantages, quelque mérite qu'il ait, a l'immense inconvénient de n'être plus en vie, d'être un véritable cadavre. Il ne s'agit plus de savoir si le pape sera le souverain

(l) Le Pape et le Congrès. Paris, 1859.

des Romagnes, des Marches et de TUmbrie, mais « ces provinces seront indépendantes, ou gouvernées au nom du pape par des généraux autri- <'hiens. franijais ou espagnols. I^ question ainsi jwstV ne saurait être douteuse même pour un catholique ardent, s'il est de bonne foi. Le singulier expédient auquel Antonelli a recours, de solder dans les plus sales carrefours de la Suisse et de TAllemagne les plus grands chenapans de l'Euroi)e pour étayer le trône du successeur de saint Pierre, s'il a pu réussir au quatorzième siècle lorsque les papes ont quitté Avignon, n'est plus de mise à l'époque actuelle. Quand même, grâce à ces nouveaux lansquenets, le cardinal parviendrait à piller dix Perugia, il ne rendrait pas plus »iolide l'édifice qui s'écroule de toutes parts.

Au reste, pour convaincre les hommes honnêtes et religieux de l'effet que la li mitât ion du i)OUVoir temporel produira sur la religion, il y a un moyen bien simple. Qu'on constate l'état actuel des Légations, et l'on reconnaîtra, chose étrange, que depuis <iue le gouvernement clérical est renversé, les pn'tres sont infiniment jdus respectés, les églises plus fréquentées, les préceptes de l'Église plus obst-nés. Si, par hasard, (|uelques-uns de vos amis désiraient constater la vérité de ce fait, je lui en fournirais le moyen en lui donnant des lettrt>s

7 — Ni'-B»

ponr mon cousin Rorà (*), maintenant exarqne de liavcnne, qni fait maigre le vendredi et va pnhliqucment à la messe, et qui, malgr»'* cela, est le gouvernant le plus populaire de T Europe. Si le plus catholique de vos amis, après an voyage à Ravenne, n'en revient pas converti à la cause de la cessation du pouvoir temporel, je voterai au congrès pour son maintien.

Au revoir, chère comtesse, consen'ez-moi une petite place au coin de votre feu, où je puisse vous répéter combien mes sentiments pour vous sont vifs et sincères.

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