C. Cavour
P. S. — Je vous annonce que le corps municipal, les officiers de la garde nationale, les autorités sans exception de Faenza ont été en corps pour faire plaisir à Korà. Le révérend prélat (*) a été si fort ému qu'il est tombé dans les bras de mon cousin. Je doute qu'il en arrive autant à monseigneur Dupanloup.
(1) Le marquis Emmanuel Luserna de Rorà.
(2) Msgr. Folicaldi de Bagnacavallo.
— ay —
(Turin, 7 février 1860).
Ma (hère comtesse,
M. Desainbrois n'ayant pas recouvré sur les rives de la Seine l'usage de la parole qu'il avait depuis si longtemps perdu, j'ai dû le rappeler à la présidence du conseil d'état qu'il exerce avec la plus grande distinction, .l'ai placé à la tête de la légation provisoirement M. Xigra, jeune homme d'un grand talent et dans lequel j'ai une contiance illiiiiitée. Je vous le recommande de la manière la plus pressante. Lorsque vous l'aurez «onnu, il se recommandera de lui-même; en attcn- «lant, veuillez l'accueillir comme un de mes meilleurs amis.
La tournure que les événements politiques ont prise rend tout à fait improbable mon voyage à i*aris. Les affaires de l'Italie s'arrangeront pour le moment sans congrès. Tôt ou tard un aréopage européen donnera une sanction définitive à ce qui va se faire, mais nous sommes encore fort éloignés de ce moment. L'aveuglement de l'Autriche et l'entêtement du Saint-Père me font craindre bien des crises avant que les diplomates puissent W'gler autour d'un tapis vert les destinées de l'Italie d'une manière stable.
Vous n'avez pas répondu à ma dernière lettre où je vous priais d'envoyer dans les Koinagnes un catholique de vos amis de bonne foi. Honi l'attend toujours à Ravenne. .Te serais tenté d'invoquer le jug:ement impartial du nouvel Académicien, du i)ére Lacordaire. Vous voyez tnie je sois accommodant.
Croyez, ma chère comtesse, à ma sincère amitié.
t. LAVOLR.
xxvm.
(Turin) 16 juillet (1860).
Ma chère comtesse,
Je vous envoie les premiers numéros d'une série de biopjaphies qui se publient à Turin. Vous y trouverez entre autres la mienne. L'auteur est un de mes amis politiques, aussi il ne m'a pas mal flatté. Toutefois, s'il a embelli quelques traits de ma physionomie, il ne les a pas altérés; aussi ce qu'il raconte est-il assez exact. J'ai pensé que ces petites brochures pourraient vous intéresser un moment.
Je ne vous parle pas politique. H faudrait un volume pour résumer les embarras au milieu desquels je me trouve placé. Nig:ra pourrait le faire
s*il a le temps d'aller vous voir dans votre ermitM'jf, ce dont je doute, vu la quantité innombrable «le lettres et de d»''pt Vhes que je lui d»Voche chaciue jour. Si je me tire d'affaire cette fois, je tâcherai de faire en sorte qu'on ne m'y reprenne plus. Je suis comme le matelot qui au milieu des vagues soulevées par la tempête jure et fait vœu de ne jamais plus s'exposer aux périls de la mer.
In de mes amis arrivé fraîchement de Paris m'assure que l'opinion légitimiste et orléaniste ne s'est guère améliorée à notre égard. Il m'a dit avoir entendu de gracieuses petites bouches s'écrier : - Que ne pend-t-on cette canaille de M. de Cavour? " C'est effrayant d'avoir soulevé tant de haines : j'espère qu'elles ne jiénètrent pas .l>u^ votre salon, ou que tout au moins votre lié les neutralise. Quand je me tromperais, je vous déclare que je suis prêt à les braver plutôt que de renoncer au plaisir de vous voir. Si jamais je puis m'échapper à Paris, je tomberai au milieu de votre salon, duss(»-je courir le risque «le perdre les yeux par suite des égratignures de la vieille marquise avec laquelle je me suis tant querellé en 1856.
.Mon frère et ma nièce sont partis ce matin jwnr Ostende. Ils reviendront peut-t'tre par Paris, le les envie î
J*espère que la belle saison et le repos de votre charmant ermitage vons auront soulagée. .Te le désire ardemment.
Veuillez, ma chère comtesse, croire que si je suis un mauvais correspondant, je ne suis pas moins un ami sincère et rl'v.»i.'-
l . LAVULK.
Turin, 23 septembre 1^60).
.le suis désolé de ne pouvoir faire honneur à votre recommandation en veillant à ce que M"" de Pimodan ne fût entourée que d^égards et de soins lorsqu' elle serait arrivée en Italie. Malheureusement, ainsi que vous l'aurez appris par les journau.\, la blessure de son mari était mortelle, et il n'a survécu que quelques heures au combat où il s'était battu en brave (').
(1) Aaguste-Marie-Elic-Cîeorgcs de Riir.'court de U VMlIée, iiiarqais de Pimodan, né en 1822, ancien colonel autrichien, prit part, 80U8 le comandement du gAn^-ral Lamoriciêre, au combat de Cartel fidardo, où il fut mortellement blessé le 18 septembre 18<)0. Il avait <*pou8é en 1855 mademoiselle Emma-Charlotte-CÔcile, fille du in:ir<jui<« Raoul ilo Piinrniincl, montunin'c «lans cette lettre.
btre année a rendu hommage à sa bravoure, l^s répiments (pii avaient le plus souffert dans lu lutte sanglante de la veille, ceux qui composent la brigade de la Keine, lui ont rendu les derniers honneurs qu'on rend à nos propres généraux.
daldini ayant su qu'il avait manifesté le désir d'être enterré à Rome dans l'église de St. Louis, a fait placer son corps dans une caisse de plomb et l'a confié à ses aides-de-camps pris prisonniers avec lui. MM. de Ligne et de Henneville, en les chargeant de l'accompagner à sa dernière demeure. Tous les fran(;ais faits prisonniers sont traités comme nous traitons nos soldats. Ds sont dirigés «nr Livoume et sur Gênes et de là renvoyés en France. Quelle que soit la cause qui leur ait fait prendre les armes contre nous, nous ne pouvons pas oublier qu'ils appartiennent à la nation qui est venue combattre pour notre délivrance.
L'Italie se trouve dans une position très critiqn«'. La diplomatie d'un côté, (îaribaldi de l'autre, ce n'est guère commode. .l'espère toutefois (jue nous nous tirerons d'afl'aire et (^ue nous parviendrons à constituer notre pays sur des principes solides d'ordre et de liberté, malgré les défiances des absolutistes et les folies des républicains, .le ne dout4* pas que vous ne suiviez ave«- un vif ini.'i.'i liN .1ifr.r..».t..v phases de la lutte (|ui va
8*6ngager. Vos vœux nous aideront à en sortir avec honneur.
Croyez, ma chère comtesse, à mes sentiments dévoués.