LIBRAIRIE DE A. DURAND ET PEDONE-LAURIEL
Rue Gnjas, 9 (ancienne rue des Grès, 7)
Ernest Naville
iniiiqué à l'Académie des ■nlitiques {Institut impérial •i:i Août 1868), a fait dans i|tl*ort de M. Paul Janet.
ALX
Bien que les lettres qui suivent ne modifient en aucune façon l'idée de la doctrine de Descartes , elles excitent l'intérêt qui se rattache toujours à la vie d'un grand homme. En les présentant au public , nous sommes heureux de rendre encore cet hommage au rénovateur du dixseptième siècle , qui doutant , mais pour se fixer plus tard à de plus fermes croyances, anéantissant, mais pour reconstruire sur de plus solides bases , a refait, par les puissantes forces de son génie, tout l'édifice des sciences modernes.
Nous n'avons point à faire ici l'éloge du philosophe. Sa vie a été plusieurs fois écrite, et d'habiles critiques ont laissé de précieux commentaires sur les travaux de cet esprit accompli qui , se dégageant de la servitude des traditions , sut discerner le vrai du faux, et, s'élançant dans une voie nouvelle, parvint, dans l'ordre de la science, au plus haut degré de spiritualité.
Notre tâche se borne donc à ajouter quelques pages de plus aux publications déjà si nombreuses consacrées à ce génie remarquable.
Comme les inédits de Descartes que nous mettons au jour ne sont pas des originaux , mais une copie datant du dix-septième siècle , nous devons tout d'abord l'explication de leur origine.
En poursuivant quelques recherches histori- -ques dans les archives de la famille Turrettini -(que nous possédons en partie aujourd'hui), nous avbns trouvé un manuscrit intitulé : « Copie de -quelques lettres de Mo9is' DesCartes à Mons' Pollot, qui ne sont pas imprimées, » Ce titre, après un examen fort attentif, a été reconnu être de la main de François Turrettini, pasteur et théologierx genevois, qui vivait dans la seconde moitié du dix-septième siècle , et qui fut allié aux PoUot par sa mère, demoiselle de Masse de Ghauvet, ainsi que le prouve le testament Se dame Elisabeth de Masse de Chatwet, veuve de noble spedàble Frai^r
çois Turrettini j pour noble et spectable J.-A. Turrettini, pasteur et professeur en l'Académie de
•Oenève , son fils héritier institué , du 3 Novembre 1713, homologué le 19 Décembre 1716, pièce
justificative que nous possédons dans nos ar-
<5hives.
Tout dans ces lettres de Descartes parle en
faveur de leur authenticité. Nous trouverions,
<lans les détails nombreux que ces missives con»
tiennent sur les événements co^temporains, dans la coïmîidence exacte de leurs dates, dans les noms des personnages mis en scène, dans les lieux d'où ces lettres sont écrites, des preuves évidentes de la certitude de ces pièces; mais -c'est le style surtout, ce cachet inimitable de Tindividualité humaine, qui nous fournit la meilleure démonstration. Comme on va le voir, ces pages présentent toutes les qualités qui caractérisent la plume de Descartes, savoir: Toriginalité, la souplesse, la grâce, l'élégance, la force et la grandeur. La nature même de ces documents ne permettrait guère, d'ailleurs, de supposer <pi'ils fussent une imitation. En effet, partisan bu ennemi des opinions cartésiennes, un faussaire ne se serait pas livré au travail difficile de la' fabrication littéraire, pour écrire des missives qui, après tout, ne changent en rien les doctrines du grand philosophe.
La première de nos lettres, avec quelques variantes, se retrouve seule dans l'édition de Victor Cousin, à la page 414 du tome Vn. Comme là elle est beaucoup plus longue que dans notre manuscrit, et qu'elle porter une date différente (26 Février 1638, au lieu du 12 du même mois), il est probable qu'elle a été jointe à une missive plus étendue, adressée au même personnage et traitant d'un sujet analogue. Nous voyons dans le fait de l'authenticité patente de la première de
'ur -i r.',-t-* » <JU'.C i c- *"■•• "< 'î*Tliit T'^- tîîi* î.î.* --?--'' ^-
/.4^M'i >#< •.<//-•-' ^j^hf^iH'^ . rrrrit • r • afijrif .^iM / ^»^'f mu» 'AH^rruH^ . irrrtf /r * ï »r.. .* ;. "TgurïTifT
,a»"^i- -, f'.^--u '."•-. î- jir^f- T■n^-^^i<^'n"■ "<v*^ ie-- ^fii r • f<ti* . ^ f , ;- rc:.",i- ^ ••:( er^ 'f'».artL. «ion*
^V;lhr»lni. tf* .a irinilliêrr» -> lon^fiamii]: ^ir jf^^. Slnlln. ;iniiH -rommes ihi-*v^iiu»« ni tnâm' f^'^'-^nltîït;. >n .i«flnt m vomme ui.?!vii' ffiaet.. ^ul'- (?>Y^f i^onr itr/»: FRj^toir'» ie il #»s^:ai****-f u.vuii: DiSr..
et des Essais de philosophie , et auquel M. Janet , de rinstitut, a consacré tout récemment un remarquable article dans la Revue des Deux Mondes.
L'époque de la vie de Descartes, que le Profess' Millet étudie dans son intéressant ouvrage , étant antérieure à 1638, époque où commencent nos lettres, nous avons poursuivi nos investigations pour les deux missives de notre manuscrit qui ne sont pas datées, mais qui, par !eur objet même, sont comprises dans la même période d'années que les autres.
Bien que le titre de ces missives fasse supposer qu'elles soient toutes adressées à de PoUot , deux d'entre elles sont écrites à M. Van Sureck.
Consacrons maintenant quelques lignes aux destinataires de cette correspondance.
M. de Pollot, dont le nom est plusieurs fois mentionné dans la vie de Descartes par Baillet, était un gentilhomme de la cour du prince d'Orange , et qui fréquentait celle de la princesse de Bohême à la' Haye. Ami particulier de Descartes, M. de Pollot entretenait avec lui une correspondance à la fois scientifique et familière. D lui parlait souvent de la taille des verres , car , de compagnie avec M. de Zuitlichem, M. de Pollot occupait à cette opération les meilleurs ouvriers d'Aôisterdam. Il quitta le séjour de la Haye pour aller remplir la chaîi*e de philosopliie et de ma-
thématiques à Bréda, dans le nouveau collège que le prince d'Orange fonda sous le nom d'Ecole illustre. Les forts appointements et les beaux privilèges destinés à l'enseignement de ce collège (qui était une sorte dTJniversité) donnèrent lieu au prince et aux curateurs de choisir les maîtres parmi les plus savants. Il ne s'en trouva point ^ nous dit Baillet, de plus capables, ni de réputation plus avantageuse que le S' Jean Pell, anglais, ci-devant professeur de mathématiques à Amsterdam, et M. de PoUot, qui rendit cette Université cartésienne dans sa naissance. Descartes éprouva pour son ami un sentiment de *vive gratitude et lui témoigna en particulier la joie qu'il ressentait à la pensée qu'on voulût faire fleurir les sciences dans une ville où il avait été soldat. On sait, en effet, que le philosophe avait débuté par la carrière des armes, qu'il prit du service comme volontaire sous Maurice de Nassau en 1617 , et sous le duc de Bavière en 1619, mais qu'il quitta l'armée en 1620 pour faire ses voyages en Hollande, en Allemagne, en Italie et en France.
Plus tard, lorsqu'il eut à se défendre, dans un procès célèbre, contre les attaques de Vœtius, M. de PoUot s'intéressa d'une manière très-efficace à la cause de son ami, en intervenant auprès du prince d'Orange et de quelques hommes influents d'Utrecht.
XY
M. Van Surek est surtout connu sous le nom d'Antoine Studler de Berghem , en Kennemerlandt. C'est de lui que Descartes empruntait quelquefois des sommes d'argent. En 1649 , avant de partir pour la cour de Suède, Descartes, saisi par le pressentiment d'une fin prochaine , mit en ordre ses affaires, fit le relevé de ses dettes qui
consistaient en emprunts (tout particulièrement à M. Studler de Berghem), et en assura le remboursement, dit Baillet, « sur ce qu'il avait de plus clair et de plus présent parmy ce qui luy estoit dû en Bretagne et en Poitou. » Il fit remplir deux coffres de ses vêtements et de ses papiers, et les expédia en Suède. Il enferma tout cequi lui restait dans une malle qu'il mit en dépôt à Leyde, chez M. de Hooghelande, avec une lettre datée du 30 Août, par laquelle il priait son ami d'ouvrir ce coffre aussitôt qu'il apprendrait la nouvelle de son décès, et cela en présence de M. Van Surek. La malle fut ouverte par-devant un notaire public pour la cour provinciale de Hollande. M. de Berghem, qui était un des plus forts créanciers du philosophe, trouva tous les titres de reconnaissances pour se faire payer l'argent qui lui était dû par les parents du défunt- Baillet fait entendre que M. Van Surek de Berghem prit aussi quelques écrits de Descartes, qui se trouvaient parmi divers livres et papiers de son illustre débiteur, et qu'il n'eut pas, pour
les restituer au public, le désintéressement de M. Chanut, ni le zèle de M. Clerselier. Il ne paraît pas, en eflfet, que ces précieux documents aient jamais été découverts.
Les services que M. Van Surek avait rendus à Descartes n'étaient pas seulement des secours financiers. Bien que le philosophe se vantât de pouvoir conserver la solitude au milieu de la foule comme dans le fond des déserts, on sait qu'il préférait néanmoins le séjour des villages et des maisons de campagne. Rarement ou jamais faisait-il adresser les lettres et les paquets directement à son domicile, et cela en vue de vivre mieux caché. Il chargeait Tun de ses amis de lui faire parvenir son courrier, et lorsqu'il habitait Amsterdam ou ses environs, c'était de M. Van Surek qu'il recevait sa correspondance.
Les lettres que nous publions aujourd'hui embrassent par leurs dates une période de dix années (1638-1648) et appartiennent, comme on le voit, à cette époque de la vie de Descartes qui fut signalée pour lui par deux grandes préoccupations; l'une qui fit son malheur, l'attaque incessante de ses ennemis , l'autre qui fit sa joie consistait dans la relation littéraire qui s'établit entre lui et la princesse Palatine Elisabeth.
Dans la période de la vie de Descartes qui nous occupe, le philosophe eut principalement à subir les agressions de Gisbert Voetius. Ce dernier était
àj^ tête des professeurs péripatéticiens de l'Uni- ▼ersité d'Utrecht. Doué d'un naturel violent , champion passionné des anciennes doctrines , il s'éleva avec force contre les nouvelles opinions de Descartes qu'il accusait d'athéisme. N'osant pas se prendre corps à corps avec son adversaire, il envoya à sa place pour entrer en lice l'un de ses élèves Martin Schoock qui, sous sa dictée, écri" -vit contre Descartes un livre diffamatoire intitulé : Methodus novae philosophiae Renaii Descartes auquel Descartes répondit par une lettre adressée non point à Schoock , mais à Voetius qu'il savait être le véritable auteur de Touvrage. Blessé de la fine ii^onie avec laquelle son antagoniste se disculpait lui-même tout en démasquant son ignorance, Voetius redoubla de colère , entoura les magistrats et obtint une sentence qui condamnait comme diffamatoire la réponse qui lui avait été adressée par Descartes. Ce dernier fut cité au son de la cloche à comparaiire sous la double accusation d'athéisme et de calomnie. L'affaire s'agrava et Descsfftes craignit d'être condamné à l'amende et à voir ses papiers brûlés. On dit même que son adversaire avait déjà traité avec le bourreau pour qu'il n'épargnât pas le combustible dans le bûcher et que la flamme se vît de loin. Ne résidant pas à Utrecht même, le philosophe fut informé à temps de cette procédure et parvint à la faire casser grâces à l'intervention
de rainbassadeur de France et du prince d'Orange. Plus tard, Descartes voyant les États généraux blâmer la conduite des Magistrats d'Utrecht , reprit l'offensive et cita Schoock devant le Sénat académique de l'Université de Groningue où il avait professé autrefois. Ce fut Voetius qui recueillit toute la honte de cette affaire , car Schoock afin de se disculper , déclara que pour lui il ne considérait nullement Descartes comme un athée et que tous les passages de son manuscrit qui offensaient le plus le philosophe avaient été ajoutés par la plume de Voetius. Le Sénat pria Descartes de se contenter de ces rétractations puisqu'il sortait avec avantage de la lutte. Le 11 Juin 1645 la Justice de la ville d'Utrecht publia un acte par lequel « il estoit deff endu très-rigoureuse - • ment à tous imprimeurs et libraires dans cette « ville et franchise, d'imprimer ou faire impri- « mer , de vendre ou faire vendre aucuns libelles, « ou autres escrits, tels qu'ils puissent estre, pour « ou contre Descartes. »
Il s'établit à la même époque entre le philosophe et la Princesse Palatihe Elisabeth des relations littéraires et scientifiques qui furent connue une consolation aux amers tracas suscités à Descartes par ses ennemis. Dans une savante Etude intitulée : Descartes et la Princesse Palatine, ou de l'influence du Cartésianisme sur les femmes du XYïr siècle, étude publié au tome XHI des Mé-
moires de F Académie des Sciences morales et poliii' ques , de France , M. le C*' Foucher de Careil consacre à la correspondance du philosophe avec cette Princesse des pages d'un rare intérêt.
La Princesse Elisabeth joignait aux avantages physiques les dons plus précieux de Tesprit. Fille aînée de la reine de Bohème, alors exilée et qui dans sa retraite de Hollande réunissait autour d'elle les plus illustres Cartésiens, elle avait puisé dans le salon de sa mère un goût passionné pour la philosophie.
Dans le but de mieux préparer son esprit à cette importante étude, elle avait eu soin, nous dit- on , de le cultiver dès sa plus tendre enfance par la connaissance d'un grand nombre de langues et de tout ce que l'on comprend sous le nom de Belles-Lettres. Elle progressa dans la philosophie et les mathématiques jusqu'à ce qu'ayant vu les Essais de Descartes elle conçut une si forte passion pour sa doctrine qu'elle compta pour rien tout ce qu'elle avait appris auparavant, et se mit avec une confiance plénière sous la discipline de ce grand maître. Ayant pris quelques informations sur lui auprès du Burgrave de Dhona, de M, de Zuytlichem, de M. de PoUot, et de tous ceux qui se déclaraient ses amis et sectateurs, elle le pria de venir chez elle à Leyde lui enseigner la source de la vraie philosophie. Descartes l'accoutuma insensiblement à la méditation profonde des plus
grands mystères de la nature et Texerça aussi dans les questions les plus abstraites de la géométrie et de la métaphysique.
La Princesse s'entretint oralement de philosophie avec son maître jusqu'au jour où quittant la Hollande pour l'Allemagne, elle remplaça ces conférences par une active correspondance ; de telle façon que le commerce littéraire qui s'était établi entre la Princesse Elisabeth et Descartes n'eut point tant à soutMr.
Après maintes péripéties politiques dans lesquelles nous n'avons pas à entrer, la Princessephilosophe accepta sur la fin de ses joui*s l'Abbaye de Herworden, ville hanséa tique de la Westphalie dans le Comté de Ravensperg. Elle transforma cette asUe de paix en une Ecole de philosophie ouverte à toutes sortes de persomies lettrées sans distinction de sexe ni de religion. Les Catholiques, les Calvinistes, les Luthériens, les Sociniens et les Déistes y étaient également bien reçus. Pour y être admis il fallait être partisan de la philosophie cartésienne; On voit que la Princesse Elisabeth avait des opinions très-larges. « La vertu de son cher maître, dit Baille t, qu'elle témoignait avoir reconnue et honorée très-particulièrement ne lui permettait pas de ne pas estimer la religion catholique dont elle lui avait vu faire les exercices. Les engagements de sa naissance et les préjugés de sa première éducation la retenaient attachée
à la religion de sa famille qui était le Calvinisme , dont elle fit profession au moins extérieurement jusqu'à sa mort. Son dernier établissement l'engageait au Luthérianisme , ayant à vivre dans une abbaye de constitution luthérienne et àgouvemej des Religieuses qui en faisaient profession. » Cette abbaye fut considérée comme une des premières écoles cartésiennes, mais elle ne subsista que jusqu'à la mort de la Princesse, en 1680.
Les principaux personnages cités dans ces nouvelles lettres de Descartes sont Monsieur Reneri et de Roi (le second connu sous le nom de Regius) fjui tous deux professaient dans le sens de la Méthode ; M. de Zuytlichem collaborateur de M. de PoUot dans les expériences relatives à la taille des verres, poète cartésien et correspondant du philosophe; M°* la Princesse de Bohême, MM. de PoUot, et Voetius déjà mentionnés, M. Vassenaer, médecin issu d'une des plus anciennes familles de Hollande; M. de la Thuilerie, ambassadeur de France que nous avons vu intervenir dans les démêlés entre Descartes et Voetius et rendre ainsi de grands services au premier, M. Vander Hooleck, magistrat de la ville d'Utrecht et qui favorisa dans cette Université la diffusion des idées cartésiennes ; S, A. le prince d'Orange qui fonda l'Université de Bréda et protégea Descartes contre les magistrats d'Utrecht ; M. Brasset . résident de ^France à la Haye, ami et correspondant du phi-
losophe auquel il rendit service dans l'afiFaire qu'il eut contre les théologiens et les ministres de Leyde , Schoock qui se joignit à Voetius pour écrire contre Descartes, Stampion fils d'un mathémacien d'Amsterdam et qui se rendit fort ridicule par une gageure avec M. Vassenaer le fils par lequel il fut battu , etc.
Ce Stampion était un véritable charlatan qui attaqua de la manière la plus hardie et sur un point de mathématiques le jeune Vassenaer. Ce dernier confondit l'ignorance de son antagoniste en répondant selon les principes de Descartes.
Les lettres qui suivent sont datées de quatre -endroits différents. De Hautporte près d'Alkemar, <ie Leyde, d'Egmond du Hœf, et d'Endegeiest
La dernière de ces localités située près de Leyde à deux lieues seulement de la Haye semble avoir été plus que les autres appropriée aux goûts solitaires et méditatifs du philosophe. Voici en quels termes M. le comte Foucher de Careil décrit cette charmante résidence :
« Une visite récente àEndegeest nous permettra, «dit il , de décrire le lieu et les abords de la retraite de Descartes. Quand on sort de Leyde , vers le Nord-Ouest, on trouve une prairie couverte de troupeaux et coupée par de nombreux cours d'eau, dont un est navigable en barque. Une chaussée en briques traverse la prairie et tourne à gauche vers un bois de haute futaie à travers
XXIU
lequel on aperçoit des maisons de briques couvertes de tuiles avec leurs parterres en fleurs. Une grille porte ces mots Endegeest et une allée sablée conduit au château qu'habitait Déscartes vers 1641. Une sorte de portique aux armes des Gevers qui sert de galerie en été, de serre en hiver, donne accès dans une cour d'honneur, et le manoir d'Engedeest présente sa façade de briques un peu écrasée , mais flanquée de deux pavillons. Quelques marches conduisent dans les appartements intérieurs. Au premier, on montre encore dans Tulie des tours une chambre de forme octogone terminée en coupole qui donne sur les grands arbres du côté opposé à Leyde et à ses moulins. C'était la chambre de Descaries. Dans la cour règne une galerie couverte; c'était, nous dit-on, le promenoir du philosophe. On remarque encore les charmilles de hêtre du côté du parc, et le parterre de forme bizarre que Descartes se plaisait à cultiver. »
Les séjours de Hautporte et d'Egmond lui offraient aussi leurs avantages en favorisant pour lui l'exercice de la Religion romaine. Il y avait là une église pour les catholiques fort nombreux dans cette contrée.
Quant à la résidence de Leyde en 1640 , elle plut à Descartes en raison de son climat. Le philosophe avait l'intention de se loger dans une maison do
campagne non loin d'Ultrecht, pour faire plaisir à Régius et aux autres amis qu'il avait dans cette ville. Mais le climat de cette dernière localité lui paraissant trop violent il alla demeurer à Leyde.
DE
Monsieur,
Ayant veu plusieurs marques de vostre bienvueillance tant dans la lettre que M. Renery a receue icy de votre part que dans une autre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire Testé dernier avant le siège de Breda, ie pense estre obligé de vous en remercier par celle-cy, et de vous dire que i'estime si fort les personnes de vôtre mérite, qu'il n'y a rien en mon pouuoir que ie ne fasse très volontiers pour tasher à me rendre digne de votre affection. Que si tous les hommes estoient de l'humeur que ie vous croy, ie vous asseure que ie n'aurois nullement délibéré touchant la publication de mon monde, et que ie l'aurois fait imprimer, il y a déjà plus de deux ans^ mais les raisons qui m'en ont empêché me semblent de iour à autre plus fortes, et si ie ne puis si bien faire que certaines gens ne trouvent aucune
occasion de me reprendre, i'aime mieux que ce soit désormais mon silence qu'ils blâment, que mes discours. Je tiens à grand honneur que vous veuilliez prendre la peine d'examiner ma Géométrie, et ie vous garde l'un des six exemplaires qui sont^ destinez pour les six premiers qui me feront paroître qu'ils l'entendent. Pour le petit escrit de Méchaniques que l'envoyai il y a quelque temps à M. de Zuylechem^ ie ne m'y, suis réservé aucun pouvoir et ainsi comme ie ne saurois trouver que très bon qu'il vous le communique, s'il luy plaist, aussi ne saurois ie trouver mauvais qu'il s'en abstiene pour la honte que i'ay qu'on voye de moy un escrit si imparfait, ie suis
Monsieur
Votre très humble et très acquis serviteur*
Descartes.
Du 12e février 1638.
Monsieur,
le n'ay receu la lettre que vous m'avez fait rhonneur de m'ecrire que le 4 de ce mois bien qu'elle soit dattée du 15 du précèdent, ce que ie marque afin que vous sachiez que ie n'ai point différé à y repondre a dessein de vous ôter l'occasion de me faire la faveur de venir icy suivant l'offre que vous en faites. Il est vray que i'aurois trez mauvaise grâce de vous convier à prendre de la peine pour vous rendre en un lieu ou vous ne sçauriez être si bien receu que vous méritez, et les règles de la bienséance me le defîendent, mais ne peuvent m'empeclier de vous témoigner que si néanmoins il vous plaît de le faire l'en seray trez aise et vous en auray obligation. Ce que ie vous eusse écrit dez hier sinon que i'ay voulu prendre ce jour pour voir le livre qu'il vous a pieu m'envoyer. Je m'asseure que vous attendez que
ie vous en mande mon opinion, mais ie m'en dispenseray s'il vous plaist jusques à ce que i'aye l'honneur de vous voir; car ie n'en sçaurois rien dire de vray qui ne soit trop au desavantage de l'autheur, et si c'est un homme que vous aimiez ie seray trez marry de luy déplaire. J'ay fort plaint la mort de W Renery, i'allay pour le voir si tost que i'eu apris que son mal avoit passé les bornes d'une simple fièvre, mais l'en avois été averti si tard que ie ne le trouvay plus en estât de recevoir aucune assistance de ses amis, et mon voyage fut en tout si peu heureux que même ie ne vous trouvay point à Utrecht où ie pensois que vous fissiés votre demeure. Je croirois vous faire un mauvais compliment si ie plaignois icy l'incomodité que vous eûtes l'année passée car tout philosophe que ie suis, i'aimerois mieux avoir été pris avec vous si ie m'étois trouvé en même occasion que de m'ètre retiré avec les autres mais ie me réiouis de ce que vous estes en bonne disposition et suis
Vostre, etc.
Descartes.
De Hantporle à une lieue de Harlem vers Alkmaer le 6™« mav 1639.
in
Monsieur,
Ce n'est icy que de mauvais papier que ie vous envoyé et c'est plutost une importunité qu'un présent, mais pour ce que lorsque i'eu dernièrement l'honneur de vous voir vous témoignâtes vouloir prendre la peine d'envoyer un de ces mauvais liures à la Haye j'ay pensé que ie ne devois pas oublier de vous en faire présenter deux par Waessenaer et ie luy mande aussi qu'il y ioigne un certain Pasquil que Stampion a fait cy-devant contre luy saris avoir jamais été offensé par luy en la moindre chose; car c'est une pièce qu'il me semble mériter d'être veue par ceux qui ont quelque interest à connoitre les mœurs de cet homme, principallement s'ils sont avertis que la solution qu'il promet là n'est pas plus possible que de blanchir un More, et qu'en gourmandant Waessenaer comm'il fait pour ce qu'il avoit
Escrit qu'il n'y a point de règle pour de telles impossibilités que luy se vante de sçavoir, ses injures et ses calomnies sont d'autant plus grandes que tout ce qu'il dit est plus extra vagamment et plus ridiculement faux. Mais c'est trop vous entretenir d'un si sale sujet et ie n'ajouteray autre chose, sinon que ie suis, etc.
Descartes.
De Leyde ce 7n« may 1640.