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Lettres inédites de Hector Berlioz à Thomas Gounet

»homas Gounet, à qui sont adressées les lettres qui font l'objet de la présente publication, n'est pas absolument un inconnu pour ceux qui se sont occupés de Berlioz. Il a fait partie de ce petit groupe d'amis de jeunesse que Berlioz laissait derrière lui avec tant de regrets au moment où il partait pour Rome, au commencement de 1831, et dont nous voyons les noms revenir constamment dans sa correspondance et ses mémoires. Bans ce groupe figurent, à côté de lui, d'abord des musiciens, tels que Girard ou Hiller, puis des jeunes gens appartenant pour la plupart à la région lyonnaise ou dauphinoise, tels que Humbert Ferrand, Albert du Boys, Auguste Berlioz. Parmi les nombreuses lettres déjà connues où le nom de Gounet se trouve mentionné à côté de ceux-là, il faut citer la longue lettre collective, datée de Nice, le 6 mai 1831 !, dans laquelle Berlioz, revenu au calme après la rage folle qui, de Rome, l'a ramené jusqu'à la frontière de France, raconte à ses amis les détails de son voyage et se félicite d'être enfin sauvé et de renaître à

Correspondance inédite, p. 75.

!;i vie avec délices. Cette lettre est adressée à MM. Gounet, Girard, Hiller, Desmarest, Richard, Sichel, et elle commence par ces mots : «. Allons, Gounet, lisez-nous cela. » Gounet, qui y est le premier nommé, fut aussi le premier à y répondre, comme il résulte de l'une des lettres publiées ci-dessous1. En écrivant à Hiller, à Ferrand, soit pendant son séjour à Home, soit dans les années qui suivent, Berlioz nomme souvent Gounet, et toujours sur le ton très affectueux que Ton retrouve dans les lettres adressées à lui-même. C'est le « bon Gounet » (lettres du 10 mars et du 13 mai 1832)2 ; Berlioz charge Hiller de lui transmettre des vœux de bonne année un peu ironiques, mais encore plus amicaux (lerjanvierl832)3; il écrit à Ferrand pour lui en demander des nouvelles au moment où le choléra sévit à Paris (25 mai 1832) * ; il annonce les nouvelles qu'il en a enfin reçues et qui l'ont tiré d'inquiétude (22juin 1832)5. Plus tard il mentionne encore les événements tristes qui ont troublé la vie de Gounet, et il engage Ferrand à lui écrire (11 avril 1837 et 3 octobre 1841) 6. Il y a dans tout cela évidemment la trace d'une très grande intimité. Nous savons d'autre part que, dans les embarras d'argent auxquels l'exposait, avant le prix de Rome et plus tard à l'époque de son mariage, l'hostilité de sa famille. Berlioz eut plus d'une fois recours à la bourse de Gounet. Il nous a raconté notamment qu'au moment où il épousait Henriette Smithson il avait pour tout bien trois cents francs que

1 Voir ci-dessous la lettre III.

- Correspondance inédite, pp. 95 et 97.

3 Ibid., p. 93.

4 Ib id., p. 116.

5 Ibid., p. 119.

'• Correspondance inédite, pp. 177 et 194.

son ami Gounet lui avait prêtés1, et clans plusieurs lettres à Ferrand nous trouvons la trace d'autres prêts analogues2.

Gounet ne fut pas seulement l'ami de Berlioz. Il fut aussi (dans une mesure modeste, il est vrai) son collaborateur. C'est lui qui traduisit les poésies de Thomas Moore, sur lesquelles Berlioz a composé les Mélodies Irlandaises, l'une des premières œuvres qu'il ait plus tard avouées. Les deux amis les publièrent ensemble, à frais communs, en février 1830. On verra, par les lettres ci-après, qu'il ne dépendit que de Gounet d'être plus étroitement associé à la gloire de son illustre ami, et que ce dernier, qui faisait cas de ses vers, ne s'est pas fait faute de le harceler plus d'une fois pour en obtenir de lui. Mais il ne semble pas qu'aucune des collaborations projetées ait jamais abouti à une œuvre définitive.

Gounet était né à Lyon, en 1801. Au moment où nous le trouvons mêlé à la vie de Berlioz, il était à Paris, employé au Ministère de l'Instruction publique, d'où il s'est retiré, comme chef de bureau, en 1850. Atteint dès lors d'une long-ue et douloureuse maladie, dont il ne devait jamais guérir, il revint passer les dernières années de sa vie à Lyon, dans sa famille, et y mourut, l'année même où mourut Berlioz, en 1869.

Les lettres que je publie aujourd'hui proviennent directement de ses papiers et se trouvent entre mes mains à raison de mes liens de parenté avec lui. Si elles n'ont pas été publiées plus tôt, c'est que le triage des papiers de Gounet n'a été opéré qu'il y a un petit nombre d'années. Les lettres de Berlioz qui y ont été trouvées sont au

1 Mémoires, ch. liv, in fine.

- Lettres des 6 novembre 1829 et 2 janvier 1830 (Lettres intimes, pp. 54 et 61).

nombre de vingt-deux. Plusieurs sont de simples billets et ne portent aucune date. M. Allix, qui a bien voulu les examiner et les annoter, a réussi cependant à les dater, d'une manière au moins approximative, en les rapprochant d'autres lettres ou de certains faits déjà connus. Nous pouvons affirmer ainsi, avec une quasi-certitude, que la première est du mois de mai 1830, la dernière du mois d'avril 1834. Cette période est assurément l'une des plus intéressantes de la vie de Berlioz; c'est celle du voyage en Italie et du mariage avec Henriette Smithson. De Rome où il séjourne bien à contre-cœur, du commencement de 1831 au milieu de 1832, et du Dauphiné, où il passe, à son retour, quelques mois, Berlioz envoie à Gounet de longues et affectueuses lettres, où il épanche librement toutes ses impressions. A partir de sa rentrée à Paris, au mois de novembre 1832, le ton d'affection ne change pas, mais la présence des deux amis dans la même ville modifie nécessairement le caractère de leur correspondance. Il ne s'agit plus que de billets assez courts, tous relatifs à un objet déterminé. Ils ne sont pas sans intérêt cependant, à raison des allusions qu'ils renferment, soit au mariage de Berlioz, soit à ses projets de collaboration avec Gounet.

Je ne possède aucune lettre postérieure à 1834. Il est certain cependant que les relations amicales ont continué après cette date, comme le prouvent plusieurs lettres de Berlioz à Ferrand. « Gounet vient nous voir souvent, lui écrit-il le 11 avril 1837 *. Il a éprouvé dernièrement un cruel chagrin : son jeune frère, âgé de vingt-un ans, est mort à l'école de Saint-Cyr, après des souffrances atroces, des suites d'une luxation à la cuisse. Écrivez-lui, si vous

1 Lettres intimes, p. 177.

pouvez, quelques mots de condoléance. » Un peu plus tard, Berlioz se plaint, toujours amicalement, que les visites de Gounet deviennent moins fréquentes : « Gounet est assez rare et en général fort mélancolique ; il devient réellement vieux, plus que vous ne pourriez croire (31 janvier 1840)1. » Et l'année suivante : « Notre ami Gounet est bien triste ; il a perdu, dans la faillite du notaire Lehon, presque tout l'avoir de sa mère et le sien ; il m'a appris ce malheur trois mois après la catastrophe (3 octobre 1841 -).y> Cette mention de Gounet est la dernière que j'aie pu relever dans les lettres de Berlioz. Il paraît probable qu'à partir de cette date Gounet, de santé de plus en plus délicate, restant d'ailleurs à Paris pendant les longs voyages de Berlioz à travers l'Europe, n'a point conservé avec lui les habitudes d'intime familiarité de jadis.

Les notes que M. Allix a ajoutées au texte des lettres à Gounet expliquent les allusions nombreuses qu'on y rencontre et précisent avec beaucoup de netteté le sens des passages qui pourraient paraître obscurs. Qu'il me soit permis de lui en adresser ici tous mes remerciements.

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