XIII. HUMBERT II
Virginie Rabot.
1 Joseph, mort jeune.
2 Virginie, mariée à Oronce
Le Bout de Saint-Didier.
3 Joachim, sans alliance.
Biographie,
I. HuMBERT, gardien de la chambre du dauphin Humbert II. Il reçut de ce prince, en i339, quelques terres à Saint-Nazaire , donation qui fut confirmée par le roi Jean et le dauphin Charles, en i352.
II. Pierre, fils du précédent, fut un vaillant guerrier qui combattit les Anglais sous Charles V et Charles VI, et se distingua à la bataille de Rosbec, où les Flamands furent défaits, en Tan 1 382. Enfin, brisé par le poids des ans et les fatigues de la guerre, il rentra dans ses foyers et fit son testament le 28 juin 1398. Il mourut à Saint-Quentin, où il possédait des terres assez considérables, et fut enterré dans réglise de la paroisse, au-devant de la chapelle de la Vierge. De Jacquemette Robert de Pollenc, du lieu de Tullins, dotée de 5oo florins, qu'il avait épousée en i366 et à laquelle il légua Tusufruit de ses biens, il laissa :
i'' Claude, qui suit.
2° Albert I, possessionné sur les paroisses de UAlbenc, de Vina}^ de Chevrières, de Chaste et de La Sône. Il avait une habitation à Romans, « dans la carrière de Paillerey ». Il mourut en 141 3. Il s'était marié avec Madeleine Gautier, qui lui avait donné : a Albert II, tué à la bataille de Patay, où Jeanne d'Arc défit les Anglais, en 1429. II ne laissa point de postérité, b Aimarde, qui épousa Guignes d'Arces. c Agathe , qui s'allia à Humbert de Manissy, bourgeois de Romans.
y Jeanne, dotée de 460 florins et mariée à noble Muzet de Champier, d'une famille savoisienne, qui portait âCaïur à une étoile d'or,
4^ Françoise, dotée de 35o florins.
III. Claude, ayant soutenu avec une fidélité inébranlable Tautorité de Charles VII en Dauphiné et Tayant suivi à Lyon en 145G, Louis XI, devenu roi, irrité de sa conduite, le fit enfermer dans le château de Cornillon, près de Grenoble, où il mourut en 1465. 11 avait épousé en 1448 Jeanne Allemand, fille de Jean, coseigneur de Rochechinard, et de Falconne de Brie. Il eut pour fils :
IV. Pierre II , qui fut mis au rang des nobles dans deux révisions des feux des années 1467 et 1458. Il quitta Saint- Quentin pour venir se fixer dans le Royans, afin de se rapprocher de la famille de sa mère, établie à Beauvoir. Sa femme fut Henriette de Girondes, dont il eut plusieurs enfants , parmi lesquels :
i^ Jean, ci -après.
2° Nicolas , qui fit souche.
3° Antoinette , qui épousa Antoine Bertrand et testa le 8 octobre 1473.
V. Jean, notaire. Guy Allard le fait mourir à la bataille de Marignan , en i5i5. Il se maria en 1474 à Catherine Brun, fille de Claude, sieur de Flandènes % et de Marguerite Galbert ^. Il parut comme noble dans la révision des feux de cette même année 1474. Son fils :
(i) Le château de Flandènes était bâti comme une aire de vautour sur la cime d'un rocher à pic, et, suivant un vieux dicton, « toutes les pailles du Dauphiné n'auraient pas pu combler ses fossés,» lesquels, il est vrai, n'étaient autres que les immenses et profonds ravins creusés par les eaux torrentueuses de la Lionne et du Chaillar. Cependant, malgré cette formidable position, il fut pris et repris pendant les guerres de religion et entièrement démoli en iSgo. Ses ruines sont sur la commune de Saint-Martinle-Colonel.
(2) D'après une note qu'a bien voulu nous communiquer M. le comte Henri de Lyonne, Jean, devenu trésorier de l'écurie du roi, contracta un
SUR LA FAMILLE DE LIONNE. l3
VI. Berton, seigneur de Flandènes. Il épousa, le 17 juillet 1542, Polie ou Paule Ferrand, fille d^ Arnaud Ferrand , dit Teste, seigneur de Guimetières, et de Françoise Baile. Il eut entre autres enfants :
1° Sebastien, qui viendra plus loin.
2° Florence, qui fut mariée à Guillaume Pourroy, de Pont-en-Royans , dont la descendance a fourni deux présidents au parlement de Grenoble.
Au moment où la maison de Lionne va s^établir loin de son pays d^origine et commencer à acquérir une illustration historique, nous croyons devoir mentionner séparément plusieurs membres d'une branche collatérale de cette famille, qui, restée dans le Royans, s'éteignit vers le milieu du XVI P siècle. Le silence des biographes et Textrême rareté des titres ne permettent pas d'en dresser une filiation.
i'' Nicolas, fils de Pierre II et d'Henriette de Girondes, paraît être l'auteur de cette branche cadette.
2'' Antoine fut notaire à Pont-en-Royans et épousa en i5i5 Félice Déagent, sœur d'Etienne Déagent, vibailli de Saint-Marcellin. Sa fille Anne s'allia, par contrat du 3 février 1646, à Charles de Girondes, juge de la ville de Die, qui avait pour armoiries d'azur à une lionne rampante d'or ^
second mariage avec Marguerite Godefroy (selon Guy Allard, avec Félice Déagent), dont il eut un fils, nommé Claude. Ce dernier épousa en 1564 Marie de Bragelonne et devint la tige de la famille actuelle de Lyonne de V Ile-de-France y dont les armes sont d'a^iir à lafasce d'argent accompagnée de trois têtes de lionne léopardées d'or.
(i) Cet article généalogique est puisé dans une petite notice sur la famille de Gironde^j^aux archives de la préfecture de la Drôme.
3° Aj^iiard épousa Madeleine Rcynaud, qui le rendit pcre de :
4** Sébastien. Il n'est mentionné par aucun biographe; cependant les archives de la préfecture de la Drôme et celles de rhôpital de Romans possèdent, le concernant, des documents authentiques, parmi lesquels plusieurs en parchemin.
Il naquit vers 1675, sur la paroisse de Saint-André-en- Royans. Il fut admis comme enfant de chœur de Téglise de Saint-Barnard de Romans le 4 octobre 1690, clerc tonsuré par révêque de Grenoble le 9 mars 1596 et enfin chanoine de Saint-Barnard le 18 avril suivant. Le chapitre le dispensa de la résidence par délibération du 11 mai 1600, afin de lui permettre de desservir la cure de Saint-André. Après avoir fait des réparations considérables aux édifices religieux endommagés pendant les guerres civiles et retiré des mains des calvinistes la chapelle de Sainte-Anne, le pape, pour le dédommager des grandes dépenses qu'il avait faites , Pautorisa à posséder en même temps que sa cure et le prieuré du Pont le prieuré de N. D. de Lachamp et Saint- Pierre de Balons, au diocèse de' Gap \ Le 14 juin 1626, devant M.® François Froment, notaire de Grenoble, il résigna ce dernier bénéfice en faveur d'Artus de Lionne, cidevant conseiller au parlement et alors chanoine de Féglise cathédrale de N. D. de Grenoble. Par son testament, en date du 20 juin 1646, il fit les Chartreux de Bouvantes ses héritiers universels ^, à la charge d'une aumône d'un liard à
(i) Aujourd'hui canton de Marsanne, arrondissement de Montélimar (Drôme).
(2) Par suite de ce testament, la partie la plus ancienne des archives de la famille de Lionne passa dans celles de ces religieux, où elle figurait encore dans l'inventaire « -rédigé avec ordre et méthode » en lySy. Dispersées à l'époque de la Révolution , il n'en reste plus que quelques pièces aux archives de la'préfecture.
trente pauvres , qui devait être payée chaque jour à Tissue de la messe célébrée dans la chapelle de Saint-Michel attenante à réglise de Saint-Barnard \ Il décéda le 14 septembre 1647.
5° Barthélemiane fut mariée à Jeffrey Janon, sieur du Perron, qui était en 1604 secrétaire de la chambre des comptes de Grenoble. Elle testa en 161 3 en faveur de son fils, Paul Janon du Perron, avocat au parlement , à qui elle laissa des biens assez considérables à Saint-Etienne-de- Crossey et dans les environs. Ce Paul Janon se maria en 1623 avec Marguerite de Revel, fille unique de Laurent de Revel , seigneur de Chasselay, et dans le contrat de mariage il fut substitué au nom de Revel, que portent encore ses descendants ^. Enfin , en souvenir de la famille de sa mère et de celle de sa femme , il adopta les armes suivantes : de gueules à la colonne d'argent , qui est de Lionne, au chef d'azur chargé d'une aigle d'argent, qui est de Revel.
G*" Catherine, née en i633, morte le 10 août 1660. Elle avait été mariée deux fois : i^ à François Pomponne de Bellièvre, marquis de Nouant^, et 2" à François de Rohan, prince de Soubise , lieutenant général au gouvernement de
(i) Les Chartreux se libérèrent de cette distribution le 22 mars 1722 moyennant la cession à l'Aumône générale de Romans d'une vigne, estimée 3,100 livres, plus une somme de Sy livres 10 sous.
Voir notre brochure sur La chapelle de Saint-Michel, 1869.
(2) Il est le septième aïeul de M. Armand de Revel du Perron, né en 1820 à Saint-Geoire (Isère), officier de la Légion d'honneur et d'académie,, préfet de la Haute-Loire de iSyS à 1876, auteur d'un travail sur Les prétendus rois d'Arles.
(3) Moréri {Dict., t. v, p. 565) cite cette alliance; mais M. Maurice de Valeine et M. A. Vachez, dans leurs généalogies des Bellièvre, n'en font point mention. Pomponne de Bellièvre, 11° du nom, fut premier président au parlement de Paris et mourut en 1657.
iG NOTICE historiquf:
la Champagne, dont clic n'eut pas d'enfant et qu'elle fit son héritier. Ce dernier se remaria avec la belle Anne de Rohan- Chabot, qui devint , comme on le sait, la plus secrète et la plus intéressée des maîtresses de Louis XIV.
VII. Sébastien I, seigneur de Flandènes, de Bernin, de Lesseins, d'Aoust * et de Triors, a homme extrêmement doux et prudent, » dit Guy Allard. Son père et sa mère lui firent une donation universelle de leurs biens par acte du 28 octobre i563. Il se maria le 6 novembre 1674 à Bonne de Portes, fille de Guillaume, président au parlement de Grenoble, et de Jeanne d'Aragon , et qui testa le i" mai 161 5. Il était prisonnier des protestants en i58o et détenu à Pont-en-Royans, où commandait Gabriel Odde de Triors, qu'il gagna au roi. Il lui fit rendre les places qu'il occupait et fut ensuite avec sa femme son héritier, en vertu d'un testament du 26 mai i585 et d'un codicille du 18 mars i586. Il fit reconnaître en 1612 le terrier de la seigneurie de Triors et paya, le 26 juillet 1626, à Gabrielle Odde, établie à Crest, 8,2 5o livres en capital et 3oo livres d'intérêts. En récompense de ses services dans le Royans, Henri III, par lettres du 10 décembre i58o, accorda à Sébastien de Lionne 5oo écus d'or de pension sur l'épargne royale. Il devint le 3 janvier suivant secrétaire de la chambre du roi et de la reine-mère Catherine de Médicis. Il occupa ensuite les emplois de receveur des finances dans le Briançonnais et de trésorier des États en 1 672 ^, de premier consul
(i) Lesseins, commune d'Aoust- Saint-Didier, canton du Pont-de-Beauvoisin (Isère).
(2) Il se démit de cette fonction parce que Laurent de Maugiron , lieutenant général de la province, avait enlevé de force 4,000 écus des coffres de sa recelte et qu'il n'avait pas pu obtenir justice de cette violence. Il avait
SUR I.A FAMILLE DE LIONNE. ly
de Grenoble en i583, de contrôleur des greniers à sel du Dauphiné le 2 mars 1684, d'intendant de Tarmce du roi le 19 décembre i58o. Il contribua à maintenir les châteaux et forteresses du Royans sous Tobéissance du roi ; aussi les ligueurs menacèrent sa vie et saccagèrent sa maison de Grenoble, « et de tous ses biens il ne sauva que sa vie et sa vertu ». Sur la recommandation de Lesdiguières, il fut nommé, par brevet du 3i décembre lôgo, premier président de la chambre des comptes de Savoie et Piémont. Il avait été anobli par lettres données à Blois en décembre i58o et enregistrées le 18 juillet suivant ^ Il fit son testament le 18 août 1626, où il nomme pour ses enfants :
1° Hugues, dont l'article est plus loin.
2'' Artîis , qui a fait la branche de Paris.
3° Hlunbert , qui a fait la branche de Grenoble.
4° Catherine, mariée à Humbert Odde, seigneur de Triors, et morte sans enfant.
5° Isabeair, femme de Jean-Baptiste de Franc, trésorier de France en Dauphiné, d'une famille originaire d'Abbeville en Picardie.
6** Louise, qui épousa, le 24 avril 1604, Jean de Valernod, seigneur de Champfagot en Vivarais, fils d'Alexandre, maître en la chambre des comptes, et de Sébastienne de Garagnol, et neveu de Pierre de Valernod, évêque de Nîmes. Louise eut deux fils : Hugues, lieutenant-colonel au régi-
siégé en cette qualité de trésorier aux États du Dauphiné réunis à Romans le 16 janvier iSyS sous la présidence de Henri III.
(i) Chargé de rassembler et de faire valoir les preuves de noblesse de la famille de Lionne, Guy Allard se garda bien de produire ce titre authentique d'anoblissement, comme trop récent. Il préféra, suivant son habitude, citer d'anciennes révisions de feux, que lui seul avait vues et qui en somme ne prouvaient pas grand chose.
l8 NOTICE HISTORIQUE
ment de Ragny, et Humbert, abbé général de Saint-Ruf. Etant veuve, elle devint en 1637 la première supérieure de kl confrérie de la Charité de Saint-Vallicr.
/'"^ Branche , de Romans.
VIII. Hugues I, seigneur de Lesseins, d^Aoust, de Triors et de Flandènes, docteur en droit, conseiller au parlement de Grenoble par lettres du 3 janvier 161 3, en remplacement et sur la résignation de son frère Art us, charge qu'il occupa jusqu'à sa mort et dans laquelle il eut pour successeur Pierre Béatrix de Saint-Germain. Il contracta mariage, le i5 juillet 161 5, avec Laurence de Claveyson, dame de Lesseins, fille de Charles de Clavejison, gouverneur de Romans % et de Renée du Peloux ^, laquelle, héritière testamentaire de son frère Charles, apporta à son mari les terres de Claveyson, Mureils, Mercurol et Hostun. Le 27 juin i63i sa mère acheta les biens d'Abraham Odde, sieur de La Bastide , et elle-même acquit le 20 avril suivant la terre de Parnans. Hugues avait testé en faveur de sa femme le 14 octobre i63o et était mort le 17 de la peste, qui faisait alors de grands ravages dans Romans. Il fut inhumé dans l'église des Cordeliers, à laquelle son habitation
(i) Le gouvernement de Romans avait été acheté en 1624 par M. de Claveyson de M. de Saint-Ferréol, au prix de 24,000 livres. Il rapportait 400 écus « très-bien payés », moitié par la ville, moitié par le roi.
(2) Charles de Claveyson testa le 16 septembre 1621 et Renée du Peloux le 5 novembre 164c.
était attenante. Laurence de Claveyson survécut longtemps à son mari et fit son testament le 2 avril i656. De cette union naquirent sept enfants , savoir :
IX. SEBASTIEN II, seigneur de Triors, de Lesseins, d'Aoust, d'Hostun et de Mercurol, reçu docteur in utroqiic jure à Rome le 27 octobre 1637, avocat en la cour de Grenoble le i"mars 1638, conseiller au parlement du 20 juin 1641, charge qu'il exerça avec distinction jusqu'en 1666, époque où il devint gouverneur de Romans, par suite de la mort de son frère Humbert ^ Il fut fait conseiller d'Etat par lettres patentes du 20 avril 1648 et intendant de Casai la même année. De concert avec sa mère, il céda, le 24 avril i652 , le château de La Bâtie à son frère Charles et transmit la seigneurie de Triors à Humbert, son autre frère, par une vente secrète, passée à Grenoble chez M.*^ Mallet, notaire, le 22 janvier i658. Enfin, grâce aux bons offices de son cousin le ministre, il fut créé marquis de Claveyson par lettres patentes de décembre i658 ^. Par délibération du 20 octobre 1673, le conseil communal de Romans l'exempta des droits de pontonnage pour les denrées de ses domaines, « en considération de ce que son habitation était dans la ville et de ses bons offices de charité à l'endroit des pauvres d'icelle ». Il mourut le 18 mars 1675, âgé de 61 ans. Il avait épousé, le 23 décembre 1642, Catherine Béatrix-Robert de Saint-Germain, fille de Pierre, conseiller au parlement, et de Catherine de Bouqueron, de laquelle il eut deux filles.
(i) Il prêta le serment de cette charge en août 1666, entre les mains du duc de Lesdiguières, avec l'autorisation du chancelier Se'guier.
(2) Ce marquisat était composé de quatre paroisses : Claveyson, Saint- Andéol, Saint- Véran-de-Rives et Saint-Jean-de-Murèils.
a. Jeawie-Rcnce, marquise de Claveyson, mariée le 27 avril 1675 à son cousin issu de germain, Louis-Hugues de Lionne. Guy Allard a fait d'elle cet éloge alambiqué : « Chez clic Tesprit est aussi beau que le jugement est solide. Elle est née sans doute pour toutes les belles choses, qu'elle connaît et dont elle se sert adroitement, même sans le secours de son âge. »
Elle fit, à la date du 21 octobre 1680, un testament olographe, dans lequel elle institua pour son héritier universel Charles-Hugues de Lionne, son fils, avec substitution de M.'"'' de Saint-Germain, sa mère, et Charles de Lionne, son oncle, abbé de Saint-Calais. Elle mourut le 18 décembre suivant, âgée seulement de 24 ans.
b. Clémence, qui fut religieuse à Montfleury.
2** Hiimbert II , seigneur de Flandènes, « homme fort savant, » gentilhomme de la manche du roi, gouverneur de Romans après son père. Le pont sur l'Isère s'étant écroulé dans la nuit du i*''" décembre i65i, il obtint de le faire reconstruire à ses frais, à condition de percevoir pendant trente années, de 1664 à 1694, les droits de passage ^ Il fut ambassadeur auprès de l'électeur de Brandebourg, mais ne voulut pas aller en Suède, où son cousin Hugues de Lionne désirait l'envoyer. Il mourut le 12 avril 1666, à la suite d'un accident qu'on ne fait pas connaître.
3° Charles, dit l'abbé de Lesseins, né à Romans en 1626. Ce fut un personnage important par sa naissance, ses dignités, son faste et le double pouvoir ecclésiastique et civil qu'il exerça pendant cinquante ans dans une ville où son nom est resté dans le souvenir de la population. Il était chanoine sacristain de la collégiale de Saint- Barnard, con-
(i) Voyez notre Notice historique sur le pont de Romans, p. 18.
SUR LA FAMir.LE DE LIONNE. 2 ï
seiller du roi, seigneur de Triors ^ et de GénissLeu, qu'il acheta avec la coseigneuric de Saint- Paul, le i(') janvier i658, de Guigou de Chapolay, au prix de 9,000 livres. Il était en outre abbé de Tabbaye royale de Saint-Calais ^, prieur de Saint-Marcel-du-Sauzet, d'Antonave, de Balons et Lachamp et de Beaumont, agent général du clergé de France et même, malgré son caractère religieux, gouverneur de Romans en 1675. Il fit le voyage de Rome et se trouva dans cette ville pendant le conclave, au commencement de i655 ^. Son cousin le ministre des affaires étrangères, n'a3^ant pas pu lui faire obtenir Téveché de Gap, non plus que celui de-Grenoble, le dédommagea en lui procurant plusieurs bénéfices.
Il fit reconstruire en 1667 le château de Triors ^ et Thôtel des Allées à Romans, dont il fit une résidence princière et où il eut rhonneur de recevoir, au commencement de mars 1701,
(i) Il hommagea bien tardivement et conîme par remords de conscience, le 7 juillet 1701, la seigneurie de Triors au chapitre de Saint-Barnard, par procuration donnée à M. de Lacour, chanoine, et se soumit à tous les droits féodaux, qui très-probablement ne furent jamais payés.
(2) Saint-Calais-le-Désert, dans le diocèse du Mans, de Tordre de Saint- Benoît, fondé Tan 52g. Cette abbaye rapportait 8,000 livres annuellement; mais en 1701 le prix de ferme fut abaissé à 6,000.
(3) Pendant son séjour à Rome, l'abbé de Lesseins s'occupa beaucoup de beaux-arts et surtout de peinture. Il y fit l'acquisition de plusieurs tableaux, originaux ou copies de grands maîtres, dont il orna plus tard la belle galerie de son château de Triors. C'est peut-être en souvenir de ce séjour dans la capitale du monde chrétien que Barbier, de Mercurol , lui dédia son Voyage à Rome, fait en 16C7, mns. jib de la bibliothèque de Lyon, imprimé en 1671 sous ce titre : Voyage d'Italie tant par mer que par terre, Paris, Jean de Bray, in-8°, 160 p. — Voir sur Barbier, de Mercurol, la notice intéressante de M. A. de Gallier {Bulletin de la Société archéolog. de la Drame, t. viii, p. 410).
(4) Voyez notre brochure sur La Seigneurie de Triors, p. 3j.
les ducs de Bourgogne et de Berri, petits-fils de Louis XIV. A cette occasion il fit ériger, à Tentréc de ses jardins, un arc de triomphe assez élégant, qui n'a été démoli qu^en 1862 \ Suivant une tradition trcs-accréditée , mais peu vraisemblable, Tabbé de Lesseins serait mort de chagrin parce que les deux princes auraient fait enlever de la table à laquelle ils devaient s'asseoir un troisième couvert destiné au maître de la maison. Il suffira de faire remarquer que ce dernier, âgé de 81 ans, ne mourut que cinq mois après révénement. Il était de trop bonne maison et trop instruit des usages de la cour pour avoir, dans une circonstance aussi importante, méconnu Tétiquette et les convenances, qu'au reste aurait rappelées le maître d'hôtel des princes.
Quoi qu'il en soit, par son testament olographe du 8 juillet 1701 et un codicille du même jour, reçu par M.*' Pierre Legentil, notaire, en présence de huit témoins, il donne au chapitre de Saint-Barnard 2,000 livres pour les réparations des voûtes de l'église, une rente de 20 livres pour une messe anniversaire et huit pièces de tapisserie représentant les mystères de la Passion ^, 5o livres à l'hôpital de Sainte-Foy, pareille jsomme à chacun des couvents des Cordeliers, des Capucins et des Récollets, 27 sétiers de grains aux pauvres de la paroisse de Triors et 10 à ceux de la paroisse de Génissieu , 4,000 livres à Catherine Bodon, sa filleule, 400
(i) Monument d'ordre dorique, composé d'un arc dressé entre huit colonnes formant deux groupes et supportant un entablement. Son ouverture laissait un passage de trois mètres et sa hauteur était de six mètres environ.
(2) Cette tapisserie appartient encore à l'église de Saint-Barnard, où elle fait l'admiration des connaisseurs. Elle porte un écusson brodé aux armes de la famille de Loulle; ce qui indique que c'est le meuble laissé par Hélène Tardy, veuve de Pierre de LouUe, dans son testament du i6 juin
livres à M. Jassoud, son médecin, diverses sommes et des logements à onze de ses serviteurs. Enfin , il lègue aux enfants nés ou à naître de Joseph de Lacour, avocat au parlement, et de Charlotte de Paris son domaine de Parnans, avec le cheptel et les meubles y étant, plus une vigne située hors la porte de Saint-Nicolas et la maison où habitent lesdits sieur et demoiselle de Lacour, avec le petit jardin en dépendant. Quant au résidu de ses biens, le testateur institue pour son légataire universel M.''' Joachim de Lionne, son cousin, premier écuyer du roi, commandant la grande écurie du Louvre, à la charge de rendre Théritage, après son décès, à M.'"'' Charles de Lionne, son petit-neveu, et, en cas de mort de ce dernier sans enfant, il substitue M.'"" Camille d'Hostun, comte de Tallard, et M.'"'' François d'Hostun, marquis de La Baume, son fils aîné, et il nomme pour son exécuteur testamentaire M.'''' Louis de Baisse, sieur de Saint-Chalier, chevalier de Tordre du Mont-Carmel et de Saint-Lazare, en le priant d'accepter un don de i,5oo livres pour ses peines.
L'abbé de Lesseins décéda le i6 août 170 1 et fut inhumé dans réglise de Saint-Barnard \ Les scellés furent apposés par les soins de MM. Gondoin et Trollier, chanoines, qui inventorièrent tous les papiers du défunt et les remirent à M. Pourroy de L'Auberivière, nouveau sacristain du chapitre. Joachim donna sa procuration à son neveu Le Bout de Saint- Didier, conseiller au parlement de Grenoble, et n'accepta l'héritage que sous bénéfice d'inventaire ; car, malgré les revenus de plusieurs seigneuries et bénéfices ,
(i) Les consuls de Romans, qui avaient toujours eu de bons rapports avec l'abbé de Lesseins, soit en sa qualité de sacristain de l'église, soit comme gouverneur de la ville, firent célébrer en son honneur un service solennel, auqud assistèrent le chapitre €t tout le clergé.
Fabbé de Lesseins avait fait de si grandes dépenses dans des constructions et pour le train de sa maison , et surtout apporté si peu d'ordre dans l'administration de sa fortune, qu^il mourut à peu près insolvable ^
L'inventaire du mobilier comprenait plus de i,65o articles, parmi lesquels une bibliothèque de 198 volumes in-folio et 893 in-4° et autres formats; une argenterie de 5 grandes cuillers, 32 couverts, 4 salières et 10 chandeliers; un arsenal de 42 mousquetons, 18 boîtes à tirer et 4 fauconneaux ou petites pièces de canon ; une galerie de 247 tableaux, comprenant des portraits de famille, du roi et de la reine, les amours de Vénus et d'Adonis, d'après L'Albane, une bacchante, de Chaperon, les forges de Vidcain, copie faite à Rome, le portrait de Marion Delorme, original de Juste, les quatre saisons , d'après des originaux de Rome, une Madeleine en cheveux blonds, une Musique, de Paul Véronèse, etc. Tout le mobilier fut vendu à l'encan, et ce n'est qu'après la vente des seigneuries, faite le 7 septembre 1709 à M. Charles Chabot de Lasserre, au prix de 60,000 livres ^, qu'une parcelle de 6,730 livres fut allouée à l'héritier.
Les armes de l'abbé de Lesseins étaient parti de Lionne et de Claveyson, l'écu sommé d'une mitre et d'une crosse.
4° Charlotte se fît religieuse dans le monastère de Sainte- Ursule de Grenoble.
(i> Un fait donnera une idée de ses procédés financiers. Il avait emprunté, le 24 septembre 1688, à l'Aumône générale une somme de 1,548 livres. Le capital et les intérêts pendant onze ans n'ayant pas été payés , la succession pour s'acquitter de cette dette dut remettre 2,898 livres.
(2) Dans le dénombrement de cette acquisition, comprenant les seigneuries de Triors, Génissieu et Saint-Paul, il est fait mention du château de La Bâtie, « dont la beauté est d'un grand prix dans ladite acquisition, puisque ce n'est qu'en faveur du bâtiment que ladite terre a été achetée si cher ».
5° Bonne entra dans le même couvent. Elle fut appelée par les Ursulines de Chambéry pour être leur supérieure , fonctions qu'elle remplit à la grande satisfaction de ses compagnes.
6° Laurence prit Thabit dans Fabbaye de Montfleury, où Ton ne recevait que des filles nobles. Étant prieure générale, elle dota sa communauté de la belle seigneurie de Sappey, acquise le i" septembre 1695 de M. Jouffrey.
IP Branche , de Paris,
X. Artus, né le i^** septembre 1583, seigneur d'Aoust, docteur en droit , conseiller au parlement de Grenoble le 29 janvier i6o5. Il épousa, le 17 mars de la même année, Isabeau Servien, fille d'Antoine, seigneur de Biviers, et de Diane Bally, et sœur d'Abel Servien , surintendant des finances, qu'Artus avait remplacé dans la charge de conseiller ^
Ayant eu la douleur, en 161 2, de perdre sa femme, âgée de 21 ans ^, il s'engagea dans les ordres sacrés et fut nommé
(i) L'alliance d'Artus de Lionne avec Isabeau Servien fit naître de nombreuses relations d'intérêts et d'amitié entre ces deux maisons, à ce point que leurs histoires sont en plusieurs points inséparables et que, par un singulier hasard, elles ont eu assez exactement les mêmes destinées. En effet, elles apparaissent dans le même pays au milieu du XIV* siècle, produisent également des diplomates distingués, des honorables magistrats et des vertueux prélats, pour finir par des militaires dissipateurs et des femmes légères, et enfin s'éteindre l'une et l'autre au commencement du XVIII" siècle.
(2) Noble Jean de Buffévent de Murinès a publié sur la mort de cette dame un Discours consolatoire, Paris, in-4°, 1612, et Jérôme de Bénévent, un autre discours sur le même sujet.
chanoine de Tcglisc de N. D. de Grenoble, dans laquelle, le 9 janvier i(32'3, il prononça une oraison funèbre sur le irespas de messire François de Salles. Il devint, le i3 août 1684, coadjuteur de Salomon du Serre, évêque de Gap, qu'il remplaça en mai iGSy. Il fit son entrée solennelle^dans sa ville épiscopale le 19 avril 1640. Il en reconstruisit réglise , ruinée par les protestants en lôyy, et rédigea rhistoire des évêques de son diocèse \ Il s'occupa aussi beaucoup de mathématiques et publia des mémoires sur divers problèmes ^. Après avoir refusé Tarchevêché d'Embrun, auquel il avait été nommé le 8 août i658, et le riche évêché de Bayeux en 1659, il donna sa démission en 1661 et se retira auprès de son illustre fils, à Paris, où il testa le 16 avril de cette dernière année et mourut le 18 mai i663, et non dans son abbaye de Solignac, comme on Ta écrit ^.
XI. Hugues, fils du précédent, né à Grenoble, le 11 octobre 161 1, marquis de Fresnes et de Berni ^^, ministre et secrétaire d'État des affaires étrangères, prévôt et grandmaître des cérémonies de l'ordre du Saint-Esprit ^, etc.
(i) Cette histoire a pour titre : Rolle des évéques de Gap sur lesquels nous avons pu avoir quelque mémoire.
(2) On a de lui un petit ouvrage de jeunesse intitulé : Amœnior curvilineorum contemplatio. Lyon, in-4°, 1654.
(3) Son oraison funèbre a été prononcée dans la cathédrale de Gap par le prieur de Charmes. Grenoble, Gallet, 1664, in-4''.
(4) Fresnes, près de Claye; Berni, près d'Orléans.
(5) Le musée de Grenoble possède un grand et beau tableau, peint par Philippe de Champagne, dont le sujet est la réception de Philippe de France, duc d'Anjou, depuis duc d'Orléans, comme chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, le lendemain du sacre de Louis XIV, 8 juin i658. Aux côtés du récipiendaire, qui est à genoux, se tiennent debout, avec deux autres personnages, Abel Servien et Hugues de Lionne : le premier remplissant
Dans le travail gcncalogiquc de Guy Allard sur la famille de Lionne on trouve deux panégyriques de ce ministre. Dans le second, le plus complet, la précision et la disposition des faits et l'exactitude des dates dénotent évidemment une communication officieuse des services de l'intéressé, où la modération de la louange n'est que la juste appréciation de l'éminence des talents et des services rendus. En effet, il suffisait de raconter les actes mémorables et avantageux pour la France auxquels cet illustre homme d'État avait pris part. Louis XIV n'a pas eu de ministre plus habile, plus heureux , plus sage et plus loyal , en un mot plus grand, au dire de Saint-Simon ^ Ses successeurs, pour conserver leurs places, furent plus préoccupés de plaire au maître que de servir le pays. Par leur politique outrée, le manque de mesure et de bonne foi, ils provoquèrent ces guerres interminables qui conduisirent la France à deux doigts de sa perte ^.
les fonctions de garde des sceaux de l'ordre et le second, celles de grandmaître des cérémonies. Cette magnifique toile a été donnée à la ville de Grenoble par le gouvernement de l'empereur. On peut conjecturer qu'elle a été commandée par Hugues de Lionne, afin de conserver le souvenir de la seule cérémonie où il avait eu l'occasion d'exercer les fonctions d'une charge qu'il n'a occupée que peu de temps. Ce tableau ne figure pas dans le catalogue dressé après le décès du ministre. Il avait été probablement exécuté pour être donné à son oncle Humbert de Lionne, à qui il faisait hommage de tout ce qui lui arrivait d'heureux. Il ne faut pas confondre ce tableau avec celui du même artiste représentant la tenue du chapitre de l'ordre du Saint - Esprit à Fontainebleau, en i633, qui fut placé dans l'église des Augustins.
(i) Cependant, par un oubli au moins étonnant, le nom de ce grand ministre n'est même pas cité dans le vaste et savant ouvrage intitulé L'art de vérifier les dates, quoique bien des personnages secondaires y soient mentionnés.
(2) Toutefois, il faut remarquer que la France, étant continentale et maritime, agricole et manufacturière, est fatalement en rivalité avec chacun
Les historiens et les biographes ont accusé Hugues de Lionne d'avoir été inconstant, paresseux, joueur, ami des plaisirs. Dans sa correspondance intime avec son oncle on le voit, au contraire, extrêmement occupé, très-entendu en affaires et fort intéressé. Il parle souvent de placements d'argent, d'achats et de ventes de propriétés et de charges. Il va jusqu'à gémir sur les dépenses qu'il fait dans les ambassades et même pour la réception du roi et de la reine à son château de Berni. Le désordre de ses affaires vint de ce que, malgré les dons du roi, qui s'élevèrent à 1,100,000 livres et à 20,000 écus de rentes en bénéfices % il se mit deux lourds fardeaux sur les bras en construisant un immense hôtel à Paris et en achetant la charge de secrétaire d'État des affaires étrangères au prix énorme de 3oo,ooo écus et 100,000 francs d'étrennes , soit plus d'un million de livres^. De ses revenus, qui montaient à 200,000 francs, il fit deux parts : 70 à 75,000 furent réservés pour la dépense de sa maison et le reste fut consacré à l'amortissement de ses dettes. A quoi on peut ajouter que sa femme n'était pas riche et qu'il fut même obligé de payer une pension alimentaire à sa belle-mère. Enfin , il mourut suivant les uns par suite d'excès de toute sorte , de chagrin selon d'autres ou d'un régime trop sévère, au dire de Saint-Simon,
de ses voisins sur un point quelconque et par conséquent sans alliés naturels : ce qui rend le rôle de ses diplomates fort difficile et ingrat ; car on a beau être habile, sans la force, les intérêts ne se laissent guère persuader.
(i) A ces gratifications royales on pourrait encore ajouter des cadeaux diplomatiques, consistant en des sommes importantes, des boîtes d'or enrichies de pierreries, des chevaux de prix, etc.'
(2) Le marc d'argent étant alors à 3o livres, un million valait intrinsèquement un million six cent soixante-six mille francs, représentant au moins quatre millions de nos jours.
SI R LA KAMILLI-: DK LIONNI-. 2Ç)
en suivant la méthode du célèbre Cornaro ', supposition dillicilc à concilier; et, pour achever l'incertitude à ce sujet, on lit dans VAîdîcc sainte de la Visitation que « son décès ne fut pas naturel ».
Voici, par ordre des temps, les nombreuses et hautes fonctions qu'il remplit et les principaux actes auxquels il participa. Nous en empruntons d'autant plus volontiers le tableau au manuscrit de Guy Allard que, comme tout porte à le croire, il a été dressé par le ministre lui-même.
« Étant jeune encore , son père le confia à la direction de son oncle Servien , qui en ce temps - là venait d'être fait secrétaire d'État à la place de Monsieur de Beauclère, et qui, se trouvant dans une grande considération à la cour, pouvait lui donner lieu à ne pas laisser inutiles les talents naturels qu'il avait et lui faciliter son élévation aux grandes charges.
» Monsieur de Servien, son oncle, pour lui donner une teinture des affaires, commença par le mener avec lui, en i63o, à Quérasque, où il assista au traité de paix qui y fut conclu, et à son retour, le voyant d'un esprit plus mûr que son âge ne le portait , il lui donna la première commission de sa charge, quoiqu'il n'eut alors que dix-huit ans.
» Dans un âge si peu avancé , le cardinal de Richelieu , qui avait un merveilleux discernement pour le choix des sujets propres aux grands emplois, pénétrant son génie, conçut une estime si particulière pour lui que, quoique son oncle fût disgracié quelques années après et privé de sa charge, il le voulut retenir au maniement des affaires. Mais il refusa et s'en alla faire un voyage à Rome. Ce fut en i636.
(i) C'est l'auteur d'un ouvrage qui a pour titre : La sobriété et sea avantages, ou le vrai moyen 'de se conserver dans une santé parfaite jusqu^à rdge le plus avancé.
3o NOTICE HISTORIQUE
Il y acquit Famitic cl la confiance du cardinal Mazarin, et Ton peut dire que depuis ce temps-là il a presque toujours été pour ainsi dire son principal confident. Quand ce cardinal fut nommé par le feu roi, en 1641, pour aller seul plénipotentiaire à Munster, Monsieur de Lionne fut aussi nommé seul secrétaire d^ambassade pour en avoir le secret et en tenir la plume. Mais comme la mort du roi changea la face des choses, la reine régente, qui connut que les conseils du cardinal étaient trop nécessaires au roi, son fils, et à elle dans l'embarras des affaires pour songer à Péloigner, envoya d'autres ambassadeurs à Munster et ordonna à Monsieur de Lionne de travailler sous Son Éminence, de manière que s'il n'alla pas traiter la paix sur les lieux, il n'y eut pas moins de part, puisque durant tout le temps qu'elle se traita il en donna les instructions. Il en écrivit les dépêches et en fit tous les ordres, et il eut le crédit de faire nommer, en 1643, son oncle de Servien ambassadeur et plénipotentiaire pour la même paix de Munster.
)) En 1642 il fut envoyé en Italie pour pacifier les différends du pape Urbain VIII et du duc de Parme, et il en vint fort heureusement à bout par un accommodement qu'il fit avec le cardinal Bichi, ensuite d'un discours fort vigoureux qu'il prononça devant le sénat de Venise, ce qui fit dire à toute l'Italie que la sagesse consommée de ce sénat avait cédé aux persuasions d'un jeune homme.
)) Au retour de cette négociation, il fut fait conseiller d'État en 1643 (le i5 août) et il en prêta le serment.
» En l'année 1646 (le i3 août) la reine le fit secrétaire de tous ses commandements , et comme elle était régente , il devint par ce moyen dépositaire de son secret et de toute la confiance de la cour.
)) En i65i elle lui donna place dans le conseil de conscience et il en expédiait tous les ordres et les résolutions.
SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 3l
» En i653 (le 28 février) la reine l'honora de la charge de prévôt et grand-maître des cérémonies des ordres du
roi V
» Il fut envoyé ambassadeur en 1664 vers les princes d'Italie et assista en cette qualité au conclave où fut élu le pape Alexandre septième.
» En i655, après l'élection du pape, il fut rappelé en diligence pour aller traiter la paix à Madrid. Son pouvoir fut tout entier écrit de la propre main du roi, en présence d'un seigneur espagnol, qui le vit signer et qui suivit Monsieur de Lionne à Madrid pour en porter témoignage au roi d'Espagne : marque extraordinaire de son maître, qui lui confia en quatre lignes tous les intérêts de sa couronne et sans réserve.
» Voici les propres termes de ce pouvoir :
« Je donne pouvoir au sieur de Lionne, conseiller en mon » conseil d'Etat, d'ajuster, conclure et signer les articles )) du traité de paix entre moi et mon frère et oncle le roi » d'Espagne, et promets, en foi et parole de roi, d'apw prouver, ratifier et exécuter tout ce que ledit sieur de » Lionne aura accordé en mon nom , en vertu du présent » pouvoir.
)) Fait à Compiégne, le premier jour du mois de juin
» Louis. »
» Il avança tant à Madrid une négociation si glorieuse et si importante que tous les articles de la paix y furent arrêtés, à la réserve d^un seul point, ce que marque assez le traité des Pyrénées , où il est dit que ce traité de paix est fondé sur la négociation de Madrid.
(i) Il en fit les fonctions au sacre de Louis XIV, le 7 juin 1654.
» En 1657 il fut envoyé à la diète de Francfort en qualité d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire dans l'empire et tous les royaumes du Nord ^, au sujet de l'élection de l'empereur et de la pacification à ajuster entre tous les princes chrétiens. C'est là qu'il rendit un service important à l'Etat en faisant cette ligue du Rhin, qui, partageant comme en deux parts tout l'empire entre le roi et l'empereur, opposait à la maison d'Autriche la moitié des princes d'Allemagne pour fermer le passage à toutes les troupes qu'elle voulait envoyer au secours de l'Espagne en Flandres, ce qui dans la suite obligea les Espagnols à donner les mains à une paix aussi désavantageuse pour eux que le fut alors celle des Pyrénées.
» La gloire de ces trois importants emplois est assez bien exprimée dans ces paroles que M. de Lionne écrivit luimême, sans aucune préparation, dans le livre des bourgmestres de Francfort, dans lequel ils ont coutume de prier les personnes de considération qui passent par leur ville de signer, pour en conserver la mémoire.
(i) Le roi accrédita ses plénipotentiaires, le maréchal de Grammont et Hugues de Lionne , par la lettre suivante :
« Mon frère, envoyant en Allemagne, en qualité de mes ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires de toute l'étendue de l'empire et les trois royaumes du Nord , mon cousin le duc de Grammont , pair et maréchal de France, ministre d'État , etc., et le sieur de Lionne , marquis de Fresnes, conseiller ordinaire, je leur ai ordonné de commencer leur ambassade par chez vous. Je vous prie de leur donner entière créance sur tout ce qu'ils vous diront de ma part touchant les affaires publiques et lorsqu'ils vous assureront de la singulière affection que j'ai pour votre personne et l'estime que j'en fais. Priant Dieu qu'il vous ait, mon frère, en sa sainte garde.
» Escrit à Sedan, le 27* jour de juillet 1657.
» Votre bon frère,
» Louis. »
» Voici les termes :
Quod nulli forsan mortalium contigii ,
(Vana absit gloria) ob tidcm cnim non sapicniiam ,
Intra triennii terminum,
A Domino mco clcmentissimo,
Christianissimo rege praefectus
Romœ, Madriti, Francofurti, Creationi Summi Pontificis, unicus pacis arbiter,
Electioni Imperatoris, Primo in bonum orbis christiani féliciter perfecio , Secundo in ejus perniciem ab Hispanis dilato, Tertium , quod Deus bene vertat , expecto.
Francofurti , junii i658^
(i) Dans une ancienne copie provenant des archives de la famille de Lionne, dont nous devons la communication à M. A. de Gallier, on trouve sur le même sujet le texte suivant, qui offre d'importantes variantes :
« Mons/ l'ambassadeur de Lionne fit sur-le-champ ce que les plus doctes auroient eu de la peine à faire avec de longues études : c'est justement un éloquent abrégé de ses beaux employs.
» Quod nulli forsan mortalium contigit,
Vana absit gloria, Ob fidem enim, non sapientiam, A sacra christianiss.* regiâ majestate Dno meo clementissimo Electus.
Qui intra biennii terminum,
Italo — Hispano — Germanicus,
Tribus summis negociis
Romae — Madriti — Francofurti :
Electioni summi Pont, unicus pacis arbiter, creationi imperatoris Cum omnimoda potestate nomine Régis adessem : Primo, in bonum orbis christiani confecto; Secundo, in ejus malum ab Hispanis dilato; Tertio, quod ad felicitatem et tranquillitatem
Imperii benevertat expecto.
» Hugo de Lionne, marchio de Fresne, etc. Régis Christiassi in Germania legatus extraordinarius, plenipotentiarius.
» Lorsque Pimentcl, seigneur espagnol, vint incognito à Lyon, où la cour était, sur la fin de Tannée i658, pour y proposer le mariage du roi avec Tinfante d'Espagne, dans la vue de mettre obstacle à celui de la princesse Marguerite de Savoye, qui était sur le tapis, ce fut Monsieur de Lionne qui fut employé pour faire connaître au duc de Savoye et à Madame royale l'importance de l'alliance espagnole et pour leur faire goûter la nécessité où la cour était de rompre les engagements que Ton avait déjà pris avec eux. Il sut si adroitement conduire cette délicate négociation, qu'il les y fit consentir de bonne grâce.
» Pour récompense de tous ces services, le roi, en 1659 (le 23 juin), lui accorda des lettres patentes par lesquelles Sa Majesté le gratifiait de la dignité, état et charge de ministre d'État, avec vingt mille livres d'appointements. Ce fut en cette qualité que, pendant que le cardinal Mazarin négociait avec Don Luis de Haro, premier ministre d'Etat d'Espagne, ce qui restait à ajuster pour la paix des Pyrénées et le mariage du roi avec l'infante d'Espagne, Monsieur de Lionne y travaillait aussi avec beaucoup d'application pour vaincre toutes les difficultés que l'obstination et la lenteur espagnoles y faisaient naître*, et tous les Espagnols étaient tellement persuadés de son mérite et de sa capacité
» Mons.'' le maréchal avoit signé, avec le verset ci-dessous du 26 psalme, propre à sa condition martiale :
» Si consistant adversum me castra, Non timebit cor meum.
» Antonius de Grammont , dux , par et mareschallus Franciae, princeps de Bidache, Navarrae prorex, etc. Régis Chrissi in Germania legatus extraordinarius, plenipotentiarius.
» Francofurti, die i3» feb. i658. »
que Don Luis de Haro même le traitait avec la dernière distinction. Voici ce qu'en dit le comte de Gualdo Priorati dans son Histoire de la paix : « Le jour même que le car- » dinal arriva à Bayonne, Pimentel s'y rendit pour le bien )) complimenter de la part de Don Luis et le prier de prendre » soin d'une santé si précieuse à tout le monde, puisque » le repos de toute la chrétienté en dépendait. »
» Le 27, le cardinal dépécha le marquis de Lionne à Don Luis pour lui rendre sa civilité \ il y fut reçu des Espagnols avec toute sorte d'honneurs et de magnificence, bien qu'il n^eùt alors aucun caractère par lequel il aurait pu représenter son maître. Plusieurs des plus qualifiés de la suite de Don Luis allèrent au-devant de lui deux lieues hors de la ville. On le logea dans une maison qui lui fut exprès préparée, et quoique le marquis de Lionne témoignât qu'il ne venait là que comme envoyé du cardinal, tous les grands et Don Luis lui-même le traitèrent d'Excellence et lui donnèrent la main droite.
» Ce premier ministre vint au-devant de lui jusqu'à la moitié de la salle de ses gardes, lui donnant la première place à sa table. Il reçut visite en particulier de tous les grands qui étaient alors à Fontarabie, et les Espagnols publièrent que le marquis de Lionne, par le seul mérite de sa personne, sans aucun titre et qualité, devait être traité avec tous ces honneurs.
» Comme Monsieur de Lionne avait soutenu tant d'em- "plois importants et de confiance avec toutes les grandes qualités qu'ils demandaient et surtout avec une fermeté, un zèle et une fidélité sans exemple, le cardinal Mazarin, qui en avait une connaissance parfaite, crut en mourant ne pouvoir mieux marquer la passion qu'il avait toujours eue pour le service du roi qu'en lui recommandant Monsieur de Lionne , et lui faisant connaître que les affaires étrangères
étant les plus importantes de son État, elles ne se pouvaient passer d^une capacité et d'une grande expérience moindre que la sienne.
)) Il mourut au mois de mars (le 9) 1661 , et le roi, déférant à ses conseils , après avoir pris la forte et noble résolution de se conduire par ses propres lumières dans toutes les affaires de son royaume, retint Monsieur de Lionne pour être une des trois premières têtes ^ par lesquelles il faisait exécuter ses principales volontés dans le gouvernement de rÉtat. C'est dans ce ministère que Monsieur de Lionne a rendu à la France pendant dix années et jusqu'au jour de sa mort les services les plus considérables.
» Parmi ceux qui ont le plus éclaté son mérite et sa capacité parurent surtout en deux rencontres de réputation et de la dernière conséquence : l'un fut la supercherie que le baron de Batteville, ambassadeur d'Espagne, fit à Londres au comte d'Estrades, au mois d'octobre 166 1, et l'autre l'insulte que les soldats corses de la garde du pape Alexandre VII firent à Rome , l'année suivante, à M. le duc de Créqui, ambassadeur de France. Il poussa les choses avec tant de vigueur et en porta si haut la réparation que plusieurs victoires n'auraient pas acquis au roi tant de gloire et un avantage si solide que les satisfactions publiques qu'on lui en fit, puisqu'au sujet de la première il obligea le roi d'Espagne lui-même à désavouer hautement le procédé de son ambassadeur à Londres et faire protester de sa part au roi dans le Louvre , par son ambassadeur à la cour de France, en présence de vingt-sept ambassadeurs ou envoyés de couronnes et de princes souverains, que son maître ne disputerait jamais le pas à la France, et que, à l'égard de la seconde, il obligerait Sa
(i) Le Tellier, ministre de la guerre; de Lionne, qui dirigeait les affaires étrangères , et Fouquet, surintendant des finances.
SUR LA FAMlI.î.n ni- LIONNE. Sy
Sainteté et la cour de Rome à souscrire, signer et exécuter les articles portés au traité de Pise, dont les principaux sont que le cardinal Chigi, cardinal, patron et neveu du pape, viendrait en qualité de légat en France pour faire des excuses à Sa Majesté, etc. ^
» Cette année 1662 fut remarquable par deux autres importantes affaires, qu'il sut conduire et consommer trèsheureusement avec tout le secret, toute la circonspection et l'adresse imaginables. L'une est la cession et donation que le feu duc de Lorraine, Charles, a faites au roi de tous ses états, ses droits, prétentions et intérêts après sa mort, et Fautre l'union, l'achat de la fameuse place de Dunkerque ^, dont la guerre présente avec l'Angleterre, la Hollande et l'Espagne ont fait si fort connaître l'importance.
)) Il fit la même année une ligue défensive avec la Hollande.
» Après de si grands services, le roi, voulant lui donner une autorité plus spéciale sur les affaires étrangères , qu'il dirigeait seul comme ministre d'État depuis la mort du cardinal, lui ordonna de traiter avec MM. les comtes de Brienne, père et fils, pour la charge de secrétaire d'Etat du département des étrangers, de laquelle ils étaient revêtus, et il en fut pourvu par lettres de février i6^63.
» Sur la fin de la même année, il renouvela Talliance
(i) Voyez Régnier-Desmarais, Histoire des démêlés de la cour de France avec la cour de Rome, au sujet de l'affaire des Corses, 1706; — Mémoires du cardinal Renaud; — Charles Gerin, L'affaire des Corses en 1662- 1664; — Revue des questions historiques, 1871, p. 68.
(2) Elle eut lieu moyennant la somme de cinq millions, pour payer les dettes du roi Charles II.
Voyez Remarques sur la reddition de Dunkerque entre les maim des Anglais. Paris, Cramoisy.
avec les Suisses dans son hôtel et reçut à Suresne en audience Musta-Féraga, ambassadeur de Turquie *.
» Sous son ministère et sa direction furent faits plusieurs ligues, traités de confédération et traités de paix.
» Il fait le traité de Bréda en 1667 (le 27 janvier) entre l'Angleterre et la Hollande, la France et le Danemark; importante paix qui facilita au roi l'invasion qu'il fit la même année dans les Pays-Bas espagnols, où il prit plusieurs provinces.
)) Il fait en 1668 (2 mai) le traité d'Aix-la-Chapelle, par lequel le roi retient et assure ses conquêtes de Flandres ^.
(i) «t La manière dont il seut mespriser la hauteur que Sa Hautesse pra- » tiquoit contre nos ambassadeurs à Constantinople, en quadruplant le » temps des audiences, mesme la sienne*, ayant fait déclarer à l'ambassa- » deur Musta-Féraga qu'il estoit le plus petit commis de l'empereur de » France, il demeura huit mois de l'obtenir, A la fin il la lui donna à la » campagne, à Suresnes, couché sur un canapé; à peine se leva-t-il et se » rassit. Il lui fit donner un tabouret haut de deux pieds, pas large comme » la main '^*, et le traita avec une hauteur infinie. Il fut autant de temps » pour celle du congé.
» Le roi fut si touché de la manière dont M. de Lionne conduisit la » mortification qu'il donna à Musta - Féraga et à toute cette prétendue » gloire ottomane, qu'il défendit qu'aucun ministre (étranger) n'allât chez » les ministres Colbert et Le Tellier, chez qui ils alloient communiquer » les affaires les plus secrettes. »
(Note de la main de Joachim de Lionne.)
* Allusion aux avanies infligées aux envoyés Delahaye et Nointel. ** Par représailles de la fameuse question du sofa.
Il existe une Relation de l'audience donnée par le sieur de Lionne à Soliman Musta-Féraga, envoyé au roi par l'empereur des Turcs, le mardy 19 novembre 1669. Suresnes, in-4°, 4 p.
(2) Voyez Remarques sur le procédé de la France touchant la négociation de la paix. 1668, in-12, 54 p.
Lettre touchant l'état présent de la négociation de la paix entre les couronnes de France et d'Espagne, avec les articles de ladite paix, conclue le 2. juin à Aix-la-Chapelle. S. n. d. 1., 1668, in-12, 48 p.
» En 1669 (le 3o octobre), aidé du cardinal, lors évèque et duc de Laon , il fait la paix des Jansénistes, si considérable pour rÉglise ^
)) En 1670 il accommode la Savoye avec Gênes et fait une alliance illustre en mariant sa fille avec le duc d'Estrées ^.
» Il conclut (1671) le mariage de Son Altesse royale Monsieur avec la princesse Palatine, qui lui donna des droits sur la succession considérable du feu Électeur palatin.
» Mais, parmi tous ces traités qu'il a faits pendant le cours de son ministère, le plus extraordinaire et le plus avantageux sans doute à la France fut celui de la ligue offensive et défensive qu'il fit avec l'Angleterre en Tannée de sa mort, en 167 1 . Traité d'une telle importance qu'ayant les accords de la triple Alliance deux fois bien renouvelés contre la France et rengagés tout de nouveau à La Haye à la conservation des Pays-Bas. Sa Majesté doit à ce traité toute la gloire et l'avantage des glorieuses, rapides et prodigieuses conquêtes qu'elle fit l'année suivante dans les Provinces- Unies. »
Hugues de Lionne avait épousé, le 10 septembre 1646, Paule Payen, fille de Paul Payen-Deslandes, conseiller au parlement ^, et de Marguerite de Rives ^. Cette Paule
(i) « Ce fut Madame de Longueville qui, en 1668, moyenna celte transaction théologique, qui suspendit les débats du Formulaire et qu'on appela la paix de Clément IX. » (M."^ de Sévigné, notes de la lettre 617.)
(2) Il ne porta ce titre qu'après la mort de son père, en 1687. On l'appelait comte de Nanteuil.
(3) Famille- originaire de Normandie, qui avait pour armoiries : d'or à ti'ois tourteaux de sable.
(4) Son contrat de mariage fut honoré d'une nombreuse et illustre assistance, savoir : François Servien, conseiller, aumônier du roi, abbé de
Paycn eut, dit la chronique, une conduite des plus déréglées, à ce point que le roi la fit enfermer dans un couvent à Angers, d'où elle ne sortit qu'après la mort de son mari. Elle décéda le 20 mars 1704, âgée de 74 ans ^ Bussi- Rabutin ^ dit que Madame de Lionne, « qui avait aspiré au cœur du roi, était une vieille femme, qui depuis longtemps secourait dans sa pauvreté le comte de Fiesque ^, son amant ». A cette double accusation on pourrait objecter : 1 " Madame de Lionne avait huit ans de plus que Louis XIV, et sa première jeunesse s'était passée à l'étranger, où elle avait accompagné son mari pendant ses voyages et ses séjours à Rome, à Francfort, en Espagne, où elle était devenue mère de six enfants ^ 2° on ne peut pas dire d'une dame à peine âgée de quarante ans qu'elle est depuis longtemps une vieille femme.
Suivant Saint-Simon, « Madame de Lionne était une femme de beaucoup d'esprit , de hauteur, de magnificence
More, évêque de Carcassonne, son oncle, au nom et comme procureur de l'évêque de Gap; la reine, mère du roi, régente de France; le duc d'Orléans, oncle de Sa Majesté; les cardinaux de Lyon, Bichi et Mazarin, le chancelier, le duc de Lesdiguières, le maréchal de Bassompierre et le marquis de Villeroy, chevaliers des ordres du roi ; Humbert de Lionne, sieur de Flandènes, cousin Pierre de Gruel, seigneur de la Frelte, cousin à cause de Bonne Servien son épouse; François de Beauvilliers, comte de Saint-Aignan , cousin à cause d'Antomette Servien , son épouse ; Charles de Bauguemare, conseiller au parlement et président des requêtes du palais à Paris, cousin à cause d'ÉHsabeth Servien, son épouse.
(i) Étant morte dans l'obscurité et l'indigence, cette femme, qui avait occupé un si haut rang, n'a pas été, suivant l'usage, l'objet d'une oraison funèbre. Il existe une lettre de Madame de Lionne aux Jésuites, signée Paule Payen, à Paris, le 23 avril 1701, in-12, 36 pp.
(2) La France galante, t. r, p. 425, éd. de i858.
(3) Jean-Louis-Marie, comte de Fiesque, né en 1647, de Charles-Léon et de Gilonne d'Harcourt, mort le 18 septembre 1708, sans avoir été marié.
et de dépenses. Elle avait tout mange et vivait dans la dernière indigence et la même hauteur * ».
Hugues de Lionne mourut à Paris le i''"' septembre 1671, à rage de 60 ans moins un mois et dix jours. Il fut inhumé dans le couvent des Filles de Saint-Thomas, Rue- Neuve-Saint-Augustin *.
^inventaire après le décès fut dressé le 12 octobre 1G71 , à la requête de Luc de Rives, oncle et procureur de Paule Payen, veuve du défunt, par M.'' Mosnier, notaire. Ce document, qui est fort long, n'a pas tout l'intérêt qu'on pouvait attendre d'une pareille succession. Nous nous bornons donc à mentionner les articles suivants :
1 12 tableaux, dont l'estimation, faite par Pierre Mignard, arrivait à la somme totale de 1 1,1 33 livres. Ils étaient en général de peu de valeur, sauf deux, l'un de Lebrun et l'autre
(i) Voir aussi Madame de Sévigné, Lettres 120 et 436.
L'hôtel de ville de Romans possède depuis la Révolution un certain nombre de portraits historiques. Ce sont en général des copies médiocres, mais bien conservées, datant du siècle dernier. Un seul tableau fait exception par ses dimensions, son ancienneté, l'excellence de la peinture, malheureusement endommagée, et le nombre des personnes qui y figurent. En voici la description d'après nos conjectures :
Paule' Payen est représentée debout, en grandeur naturelle; c'est une belle et aristocratique personne, coiffée à la Sévigné; sa main gauche retient un médaillon ovale offrant le portrait de Hugues de Lionne , costumé à la mode du commencement du règne de Louis XIV : cheveux longs et plats, moustache en croc et petite impériale, large rabat blanc, cordon bleu du Saint-Esprit ; les traits sont un peu bourgeois, mais intelligents et résolus. Au bas et à gauche du tableau sont deux petits garçons vus à micorps; le plus jeune montre du doigt le portrait de son père. Cette toile remarquable a probablement fait partie de la galerie de l'abbé de Lesseins et a été peinte vers 1660.
(2) Son éloge funèbre fut prononcé dans l'église Saint-Roch, le 8 octobre 167 1, par Jean-Louis Fromentières, chanoine théologal du Mans, prédicateur du roi, qui devint évêque d'Aire (Landes) en lôyS.
de Le Lorrain, estimes chacun 800 livres. 18 chevaux, estimes seulement 3,040 livres, et 3 carrosses, 85o livres. Une tapisserie à verdure de huit pièces, de la valeur de 1,000 livres. 33 bijoux ornés de pierreries, prisés ensemble 40,460 livres. La bibliothèque , inventoriée par Pierre Lepetit, libraire, contenait 798 numéros, etc. La vente des meubles de cette succession eut lieu du 28 novembre 1708 au 3i juillet 1709, à la requête du comte de Lionne, fils aîné du défunt.
Les armes de Hugues de Lionne étaient écartelées de Lionne et de Servien , avec la devise : Scandit fastigia virtiis.
Il n^existe pas de biographie complète de ce grand ministre \ Plusieurs auteurs en ont parlé et quelques-uns Font apprécié à sa valeur, mais seulement d'une manière générale et incidente.
On trouve dans l'inventaire de la galerie de Tabbé de Lesseins un tableau sous le N.° 28 et la désignation de portrait de M. de Lionne, ministre d'Etat. M. Félix Real a fait présent, en 1846, à V Académie delphinale d'un portrait de Hugues de Lionne : « Il a été peint à Phuile et sur toile par M. Célestin Blanc, de Clelles, d'après une bonne gravure que possédait M. le comte d'Hauterives, député des Hautes-Alpes. )) (Séance du 1 1 décembre.) Enfin, M. Rochas (Biographie du Dauphiné) cite quatre autres portraits du même par de La Roussière , de Montcornet , de Jode et Maurice Lang.
(i) Si, dans la notice qu'on vient de lire, nous nous sommes presque exclusivement occupé de Hugues de Lionne comme fonctionnaire et personnage politique, c'est pour éviter la répétition des mêmes faits; car dans les lettres que nous publions et les notes qui les accompagnent se trouvent une foule de renseignements sur l'homme privé.
Aux documents relatifs à Hugues de Lionne indiques dans les biographies et particulièrement dans celle de M. Rochas ' nous ajoutons ici les titres des manuscrits inédits que nous avons eus entre les mains et qui nous ont été gracieusement communiqués par M. le comte de Pina, capitaine de vaisseau.