REGISTRE
Lettres du grand Lionne, le ministre, à son oncle, M. de Lionne, doyen des comptes en Dauphiné. 94 lettres.
Du mariage de Hugues de Lionne et de Paule Payen naquirent six enfants :
XIL Louis- Hugues, né en 1646, marquis de Berni. Le 14 février 1667, son père obtint pour lui la survivance de la charge de secrétaire d'État et, le 5 janvier 1668, qu'il le remplacerait pour Texpédition des affaires des départements de la marine et de cinq provinces. Mais, peu apte au travail , quoique Guy Allard vît briller en lui le grand génie de son père, il acquit la charge de maître de la garde-robe du roi, qu'il ne remplit pas mieux et qu'il vendit au marquis de Souvré, moyennant 55o,ooo livres, qui furent attribuées à Charles- Hugues, son fils, par brevet du 6 mai 1689.
Par son mariage, contracté le 27 avril 1676, avec sa petite-cousine, Jeanne-Renée de Lionne % il acquit le mar-
(i) Nous transcrivons, comme très-intéressante et même utile à l'histoire, la liste un peu longue des « hauts et puissants seigneurs » qui signèrent au contrat de ce mariage, donnant leur consentement ou seulement leur avis, selon le degré de parenté.
«Du consentement de M'*' Paul-Jules de Lionne, conseiller, aumônier du roi, abbé commendataire des abbayes royales de Marmoutier, Châlis, Gercamp et prieur commendataire de Saint-Martin-des-Champs, à Paris; de M" Arthus de Lionne, chevalier de Saint-Jean-de-Jérusalem; de François-Annibal d'Estrées , marquis de Cœuvres , gouverneur de l'Ile-de- France, colonel du régiment d'Auvergne; de M''^ Ennemond de Servien, marquis de Lunel , ambassadeur de S. M. à la cour de Savoye; de M" de Lacroix, comte de Pisançon, président au parlement de Dauphiné;
«De l'avis de M'* Charles d'Albert, duc de Chaulnes, pair de France,
quisat de Claveyson et les biens de la branche aînée, dont il fit le dénombrement, le 3o mars 1688, par - devant la chambre des comptes de Dauphiné, comme relevant directement du roi.
Il devint gouverneur de Romans en 1 70 1 , en remplacement de son cousin Tabbé de Lesseins, et mourut le 22 août 1708, laissant un fils unique.
(( C'était, dit Saint-Simon \ un homme qui avait mal fait ses affaires, qui vivait très-singulièrement et obscurément et qui passait sa vie à présider aux nouvellistes des Tuileries. »
commandeur des ordres de S. M., gouverneur de Bretagne ; François de Beauvillers, duc de Saint-Aignan , pair de France, premier gentilhomme de la chambre du roi; François de Servien, marquis de Sablé, grand-sénéchal d'Anjou, tous parents dudit Louis de Lionne, d'une part;
» Et de l'avis de M'^ Charles de Lionne de Lesseins, seigneur de Triors, abbé commendataire de l'abbaye royale de Saint-Calais; Pierre Moret, seigneur deBrochenu, Tréminis, Pierre et Sigotier, sous-doyen du parlement de Dauphiné; Humbert de Lionne, seigneur de Pommier, doyen de la chambre des comptes de Dauphiné, grand-oncle des parties; Humbert de Valernod , abbé général de l'ordre de Saint-Ruf; François de Montgontier» chevalier de Saint-Jean-de-Jérusalem, commandeur de Saint-Paul; François de Simiane, seigneur de Bayard, Montbivos, Bernin et La Terrasse, président au parlement de Dauphiné; Jacques Coste, comte de Charmes, président au même parlement ; Eynard Pourroy, seigneur de Vossier et Cras, président au parlement; Roger d'Hostun , marquis de La Baume, comte de Tallard , gouverneur de Verdun; Alexandre Falcoz, comte d'Anjou, seigneur de Nerpol et de LaBlache; N , de Clermont-Tonnerre,
premier baron de Dauphiné; N , de Sassenage, marquis du Pont et
Sassenage, comte de Montélier, second baron de Dauphiné; N , Cler-
mont-Chaste, marquis de Chaste, comte de Rossillon ; N , de GroUée,
marquis de Viriville, seigneur de Torignan , gouverneur de la ville et citadelle de Montélimar; N , de Simiane, marquis de Truchenu , seigneur
de Chalençon , tous parents de ladite demoiselle Jeanne-Renée de Lionne. (Communiqué par M. de Gallier.)
(i) Mémoires, t. vi, p. 372, i" éd.
40 NOTICK HISTORIQUE
En effet, ses facultés intellectuelles s'étaient dérangées après une terrible chute qu'il avait faite sur la tête à Versailles, en 1672, en tombant d'un premier étage dans la rue. Il fut interdit par sentence du Ghâtelct du 7 juillet 1703, confirmée par arrêt du parlement du 9 mars 1704, et même sa femme avait déclaré par son testament qu'elle le privait, après son décès, de l'usufruit de ses biens, étant d'ailleurs assez riche pour soutenir dignement son rang.
i" Charles-Hugues, fils du précédent, petit-neveu et héritier substitué de Tabbé de Lesseins, marquis de Claveyson, comte d'Hostun, baron de Mercurol, seigneur de Blanchelaine % Pommier et Mureils ^, « homme bien fait et distingué à la guerre ». Il acheta, le 3o juin 1704, du vicomte de Polignac, au prix de 55, 000 livres, la charge de colonel du régiment d'Aunis. Il fut fait prisonnier la même année à la bataille d'Hochstett. Par lettres du 3 1 mars 1 706, le roi le nomma capitaine-gouverneur de la ville de Romans et du Bourg du Péage de Pisançon , aux lieu et place de son père, interdit, et le 1 5 mai suivant S. M. ordonna que pendant sa captivité il serait à l'abri de toutes assignations, poursuites et condamnations. Il devint, en 1710, brigadier des armées.
Étant en garnison en Alsace, il se maria inconsidérément, par contrat du 18 décembre ^ 1709, avec Marie-Sophie Jager, qui n'était pas une servante d'auberge de Phalsbourg,
(i) Cette seigneurie avait été acquise de Just-Henri de Blanchelaine, le 2 mars 1673, par Sébastien de Lionne, au prix de 24,000 livres et 24 pistoles d'étrennes.
(2) Malgré tous ces titres, il se fit appeler comte de Lionne, quoiqu'il n'y ait jamais eu de comté ni même de terre de ce nom.
(3) L'acte déposé aux archives hospitalières de Paris porte le 16 novembre.
SUR LA FAMILLK DIC LIONN'H. 47
comme Ta dit Saint-Simon, mais la fiUc, « vertueuse vierge, « de Jean- Henri Jager, conseiller au grand sénat du mundat de Wissembourg '. Croyant être tombe dans un guet-apens conjugal, Marie-Sophie ne fut sa femme que de nom. Il la fit enfermer dans un couvent, d'où elle ne sortit qu'après la mort de son mari. Charles- Hugues de Lionne testa le dimanche 25 février ij'ii et mourut peu de temps après. Sa veuve, rendue à la liber»té ipso facto, acquitta les legs charitables ordonnés par le défunt, comme le témoignent les reçus signés par les curés et les officiers de la baronnie de Mercurol et du marquisat de Claveyson, les 14 et 25 janvier 1732, 3o mars et 22 septembre 1733, pour une somme totale de 1,940 livres, à distribuer aux pauvres.
Par suite de la clause de son contrat de mariage portant donation mutuelle des biens en faveur du dernier survivant. Madame veuve de Lionne entra en jouissance de Théritage de son mari, sans aucune contradiction, la famille de Lionne étant alors entièrement éteinte.
Tracassée par le seigneur de Clérieu , au sujet de certains devoirs féodaux tombés en désuétude depuis plus de cent ans et contre lesquels, malgré son humble origine, sa vanité se révoltait, elle vendit, le 11 juillet 1753, Claveyson et Mureils, au prix de 148,352 livres, à M. Marc, comte de Tournon, et Mercurol à M. Pierre- Henri d'Urre, pour la somme de 114,648 livres ^. Ces seigneuries avaient été affermées, le 7 octobre 171 3, à Etienne Popon, sieur de
(i) M. de Gallier {Baronnie de Clérieu^ p. igS) a le premier signalé cette erreur, que tous les écrivains ont répétée jusqu'à nos jours,
(2) La seigneurie d'Hostun avait été aliénée à Charles d'Hostun , comte de Tallard, le 6 mars 171 3, moyennant io3,5oo livres.
48 NOTICr-: HISTORIQUE
L'Estang, la première 4,260 livres et la seconde 3,670, plus les rentes, lods et droits féodaux \ Dans l'acte il est dit que Charles-Hugues de Lionne demeurait à Paris, rue et paroisse de Saint-Roch. Cependant dans un factum de l'époque on Faccuse de « n'avoir aucun domicile fixe quand il est à Paris que chez les baigneurs ^ ».
De l'aveu de Saint-Simon, Madame de Lionne vécut à Paris dans la piété et la retraite et mena une vie très-sage, qui la fit estimer'^. Enfin, vieillie par de longues souffrances, isolée et malade, n'ayant que des parents éloignés, qui l'avaient délaissée durant sa longue disgrâce, elle voulut mettre littéralement en pratique le vers de Virgile :
Non igiiara mali , miseris succurrere disco.
En conséquence, par acte de dernière volonté du 21 mai 1754, reçu par M.'^Vavin, elle institua pour ses héritiers universels l'Hôtel-Dieu et l'Hôpital général de Paris ^, qui recueillirent ainsi ce qui restait des titres et des biens de l'illustre maison de Lionne, à l'exception de 40,000 livres aux pauvres de la paroisse de Saint-Sulpice et 80,000 aux pauvres de la paroisse de Saint-Germain-des-Prés. L'inven-
(i) A. DE Gallier, loc. cit., p. 240.
(2) Les barbiers étuvistes tenaient à la fois des bains, des maisons garnies et de santé, des restaurants et même des lieux de rendez-vous. Après un voyage, on venait s'y retremper dans la vie parisienne. Ces sortes d'établissements étaient sous la surveillance de la police, sans l'autorisation de laq\ielle on ne pouvait les tenir, (V. Bussi-Rabutin, Histoire amour, des Gaules, t. i, p. 425. — Walckenaer, Mémoires sur Madame de Sévigné , t. II, p. 37.
(3) Elle s'était retirée à la communauté des Dames de Saint- Joseph, rue Saint-Dominique, où elle finit ses jours.
(^) Aujourd'hui représentés par l'administration de l'assistance publique.
taire après le dkès eut lieu le 14 novembre 1759. Il n'offre à noter qu'un portrait de la duchesse de Bourbon, habillée eu Roiirbou ; un jeu de cavagnolle^ dans sa boîte de bois de noyer-, une vaisselle d'argent, prisée 2,326 livres. Le partage des biens entre THôtcl-Dieu et l'Hôpital général ne se fit qu'en 1767.
2"^ Jules-Paul, conseiller, aumônier du roi, abbé de Marmoutiers, de Chillis et de Cercamp, abbé commendataire du prieuré de Saint-Martin-des-Champs de Paris. « Ses mœurs, son jeu, sa conduite l'avaient éloigné de Fépiscopat et de la compagnie des honnêtes gens. 11 était extrêmement riche en bénéfices qui donnaient de grandes collations. L'abus qu'il en faisait engagea sa famille à lui donner quelqu'un qui y veillât avec autorité. Il fallut avoir recours à celle du roi.... Cet abbé logeait à Paris, dans son beau prieuré de Saint-Martin, où il mourut le 5 juin 1721, aussi obscurément qu'il avait vécu. Tous les matins il buvait vingt à vingt-deux pintes d'eau de la Seine. Il n'était pas fort vieux (66 ans) et ne laissait pas d^avoir de Tesprit et des lettres ^ » En eifet, il assura à Lesage une pension de 600 livres et lui apprit à connaître les beautés de la littérature espagnole. Il fut remplacé dans son prieuré de Saint-Martin par l'abbé de Saint-Albin , fils naturel du Régent.
y Paul-Luc. Il avait été dès son enfance destiné à Pétat religieux. Mais comme à une grande force corporelle il joignait des goûts belliqueux, son père, pour tout concilier, le fit nommer chevalier de Malte par le crédit de l'ambassadeur de l'ordre à Paris. Paul-Luc, étant mort jeune, a laissé peu de traces dans les archives de sa famille. On n'y trouve qu'une quittance, à la date du 5 décembre 1664, de la
(i) Saint-Simon, Mémoires, t, xii, p. 76, V* éd.
somme de 3,()9o livres pour sa réception en qualité de chevalier de Malte.
4** Elisabeth-Mélmiie. Elle prit Phabit religieux dans le couvent de la Visitation de la rue Saint-Jacques, où elle avait été élevée et où elle mourut le 25 mai 1725, âgée de 76 ans , dont 60 de profession.
« Hugues de Lionne avait pour sa fille une affection mêlée d'estime et se dérobait à ses occupations importantes pour venir goûter auprès d'elle un instant de bonheur. La mort de ce bon père fit au cœur affectionné de sa fille une plaie d'autant plus douloureuse que le public soupçonna le décès de n'être pas naturel ^ »
Cette religieuse fut détachée pendant cinq ans de sa communauté pour aller à Strasbourg fonder, sur les désirs de LquIs XIV, une maison d'éducation comme celle de Saint- Cyr. Quelque temps après son retour, elle éprouva une contrariété des plus désagréables. Une misérable créature arrêtée par la justice imagina, pour sortir de prison, de dire au juge qui l'interrogeait qu'elle était la fille du feu ministre de Lionne et religieuse de Sainte-Marie, et que les mauvais traitements qu'elle avait reçus dans son couvent l'avaient obligée d'en sortir. Le magistrat, après cette déclaration, suspendit les poursuites et la fit traiter avec le plus grand respect. Mais un officier, que le roi avait envoyé pour s'informer de la vérité, découvjrit d'autant plus facilement l'imposture de cette malheureuse que Mademoiselle de Lionne faisait en ce moment les fonctions de portière dans son monastère ^.
(i) Année sainte des religieuses de la Visitation de Sainte- Marie, t. v, p. 588.
(2) Par une remarquable coïncidence, les Annales de la Visitation constatent vers la même époque l'existence dans la congrégation de plusieurs
SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 5l
b° Madeleine, née en juillet 1(0 1. Elle fut mariée, le 10 février 1670, à François-Annibal de Cœuvres, comte de Nantcuil, plus tard duc d'Estrées, gouverneur de Flic- Adam et mestre de camp de cavalerie, fils du duc d'Estrées, ambassadeur à Rome et neveu deCésardeCœuvres, évêque de Laon \ Elle mourut le 18 septembre 1684^, ayant eu huit enfants, parmi lesquels son fils et héritier Louis- Armand, duc d'Estrées, gouverneur de File-Adam, qui décéda sans postérité le 16 juillet 1723, à 41 ans.
Elle mena , dit-on , une vie très-galante et même prit part aux débauches de sa mère. Ainsi Bussi-Rabutin ^ ra-
religieuses du nom de Lyonnc. Catherine-Agnès et Marguerite avaient fait profession précisément dans le monastère de la rue Saint-Jacques, où elles moururent : la première, après avoir été supérieure à Mons et à Bruxelles» le 20 septembre 1676, à l'âge de 61 ans, et la seconde, le 12 février 1684, âgée de 76 ans. « Elles étaient sœurs et appartenaient à une très-noble famille de Paris, alliée aux meilleures maisons du parlement et de la cour. » C'est-à-dire, croyons-nous, à la famille de Lyonne de l'Ile-de-France. En outre, décéda, le 16 août 1726, à 81 ans, Marie-Rosalie de Lyonne, dans le couvent de Paray-le-Monial, où elle avait fait profession après un événement romanesque « qui lui donna à réfléchir ». Elle était fille d'un gentilhomme établi dans le Charolais, par suite de son mariage avec une demoiselle de Seterre, sœur d'un président au parlement de Dijon. Extrêmement belle et non moins spirituelle, Marie-Rosalie, avant son entrée en religion, faisait de fréquents voyages à Lyon, où elle était accueillie avec enthousiasme. Chacun de ses séjours dans cette ville donnait lieu à des réjouissances publiques, à des bals à l'hôtel de ville, à des concerts sur la Saône, dans des bateaux ornés de fleurs et de verdure, etc. Heureux temps, où c'étaient l'esprit et la beauté qui passionnaient les populations.
(i) On l'accusa d'avoir fait ce mariage en vue du chapeau de cardinal, qu'il reçut l'année suivante; sur quoi coururent d'assez plaisantes chansons.
(2) M. Villette, chanoine de Laon, prononça, le 10 décembre 1624, VOraison funèbre de la marquise de Cœuvres en V église des PP. Feuillants de Soissons. Laon, i685, in-4°.
(3) Histoire amoureuse des Gaules, t. i, p. 424.
conte qu'une nuit le ministre de Lionne et l'abbé de Cœuvres surprirent dans la même chambre ^ Madame de Lionne et sa fille en compagnie du comte de Sault ^, « lequel publia lui-même son aventure^ ». Sur cette aventure Tauteur de la France galante édifia un vrai drame de cape et d'épée selon les règles classiques du théâtre espagnol , alors fort à la mode. Mais, comme réponse à cette médisance et à quelques autres, Madame de Cœuvres se fit peindre en sainte Agnes par le célèbre Mignard ^^
6^ Artiis II , né à Rome en i655, pendant l'ambassade de son père. « Quelque intrigue, qui lui réussit mal, le dégoûta du monde si subitement qu'il demeura dans une église, y versa beaucoup de larmes, y resta longtemps et en sortit pour aller se cacher dans une retraite dont il fit un mystère à sa propre famille pendant quelque temps. Quand il eut été formé à la piété, il entra dans l'état ecclésiastique ^. » Il devint abbé de l'abbaye de Cercamp, qu'il résigna en faveur de son frère Jules, en 1671, évêque de Rosalie in partibus, premier vicaire apostolique de Suachen en Chine, sacré à Canton le 3o novembre 1699. Après avoir fait un établissement à Nien-Tchéou, il revint en France en 1686
(i) Hugues de Lionne avait donné à M. et M."* de Cœuvres un logement dans son vaste hôtel, situé entre la rue Montmartre et la rue N. D. des Victoires,
(2) François-Emmanuel de Bonne de Gréqui d'Agoult, né en 1645, pair de France, gouverneur du Dauphiné, mort le 3 mai 1681. Il fut appelé comte de Sault jusqu'à la mort de son père, en 1667.
(3) Suivant Madame de Sévigné, le ministre de Lionne aurait été beaucoup plus sensible aux griefs de son gendre qu'à sa propre disgrâce.
(4) Ce portrait est inscrit dans l'inventaire de la galerie de l'abbé de Lesseins sous cette désignation : Madame de Cœuvres en sainte Agnès, par Mignard.
(5) MoRÉRi, Dictionnaire supplément., t. i, p. 2o5.
SIR LA KAMILT.F Dr- IJONNE. 53
avec les ambassadeurs de Siam, qu'il ramena dans leur pays. Il se rendit à Rome en 170*3, pour y soutenir la cause des Jésuites. De retour à Paris, il y mourut le 2 août 170*3, au séminaire des missions étrangères, où il fut inhumé. « Il avait le dessein de retourner aux Jésuites, ce qui lui avait toujours fait conserver sa grande barbe. »
IIP Branche ^ de Grenoble,
XIII. HuMBERT, né vers 1697, « homme fort sage, de grand mérite et d'un savoir tout singulier, qui avait de belles et profondes connaissances touchant Thistoire et savait accommoder la bonté de ses mœurs avec celles de tous ceux qui le pratiquaient * ». Seigneur des maisons fortes de Bussieu, Veyssilieu et Plaisance de Grave. Conseiller en 'la chambre des comptes de Dauphiné en 1620, intendant en Bretagne pendant la Régence. Il refusa l'ambassade en Savoie et à Venise. Il fut reconnu ancien noble par jugement de l'intendant Chazey du 19 janvier 1629 et par un autre jugement du 10 juin 1641. C'est à lui que sont adressées les lettres intimes de Hugues de Lionne, son neveu, de i655 à 1(371. Il eut pour femme Virginie Rabot d'Avrillac, fille de Laurent, seigneur de Veyssilieu et de Fontaine, conseiller au parlement, et de Marguerite de Lacroix-Chevrières. Elle mourut en mars i665, après avoir eu trois enfants :
(i) Guy Allard, Biblioth. histor. de Dauphiné^ t. i, p. 33, éd. Gariel,
i" Joseph, mort en i()4o.
2" Viri^inie, qui fut* unie à Laurent Le Bout, sieur de Saint-Didier, de Fromentières, des Orres et autres lieux, conseiller au parlement de Grenoble. Elle acheta, le 23 janvier i665, de Sixte-Michel, sieur de Beauregard, la terre et seigneurie de Pellafol.
3° Joachim , comte de Lionne, reçu docteur en droit à Tuniversité de Valence le 24 octobre i658, nommé conseiller au parlement par lettres du i5 janvier 1669, avec dispense d'âge et de parenté. Il n'eut jamais beaucoup de goût pour la jurisprudence : il préférait la vie agitée d'un homme du monde. Il fit de fréquents voyages et de longs séjours à Paris, sous le prétexte d'y régler diverses créances. Mais, au milieu des plaisirs, il y contracta plus de dettes qu'il n'en recouvra. Son père et son cousin le ministre se plaignent dans leur correspondance de sa conduite, qu'ils qualifient de libertine. Désirant suivre la carrière des armes, il ne tarda pas à quitter le parlement et à vendre sa charge de conseiller, dans laquelle il fut remplacé, le 3 1 mars 1664, par Etienne Eyraud de Saint-Marcel. C'est ainsi que de médiocre magistrat il devint un brave capitaine de cavalerie et même un bon diplomate. Il se distingua à Gigeri (Djidjelly), où il fut blessé de deux coups d'arquebuse. Son courage fut loué de tout le monde, de Louis XIV lui-même, qui, en récompense, le nomma capitaine de chevau-légers par brevet du 7 décembre i665. Il fit ensuite plusieurs campagnes, en Flandres , en Franche - Comté , en Hollande , à la tête d'un escadron du régiment de mestre de camp. A son retour il reçut les provisions, signées à Versailles le 28 décembre 167 1, de premier écuyer du roi, commandant la grande écurie du Louvre. Après avoir déployé de la bravoure sur les champs de bataille, il montra des talents dans la carrière diplomatique, et même son parent le ministre dit qu'il fit
SLR LA FAMILLi: DK LIONNE. 55
« merveilles » à la cour de Berlin. Il fut successivement chargé d'aller en Pologne pour complimenter' le roi Michel sur son avènement à la couronne, à Vienne, à l'occasion du mariage de la sœur de Fempereur, Tarchiduchesse d'Inspruck, puis envoyé extraordinaire près de l'électeur de Brandebourg, enfin ambassadeur vers le czar de Moscovie.
Joachim de Lionne mourut sans alliance le 3 r mars 1 7 1 6. Dans l'inventaire après le décès il est fait mention d'une belle bibliothèque. Les livres qui la composaient , vendus aux enchères et dispersés, sont encore de nos jours bien connus et recherchés des amateurs. Le commandant de la grande écurie était trop peu instruit, trop ami des plaisirs et trop mal dans ses finances pour avoir jamais songé à former une pareille collection. Il en avait vraisemblablement hérité de son père, magistrat érudit, et de son cousin l'abbé de Lesseins , grand seigneur lettré.
DE
A correspondance diplomatique de Hugues de Lionne existe dans les dépôts publics. Une partie a été publiée et imprimée; l'autre partie est plus ou moins connue ^ Il n'en est pas de même de sa correspondance privée. On a vu l'homme d'Etat, le diplomate traitant des affaires publiques, des intérêts du prince et du pays, mais on ne connaissait pas l'homme d'intérieur , s'occupant de ses intérêts particuliers et de ses affaires de famille. Cette correspondance, tout à fait inconnue et qui n'était pas faite pour la publicité, comprend 94 lettres, toutes, sauf 5, adressées, du 8 février i655 au 18 miai 1671, par l'auteur à son oncle , Humbert de Lionne, doyen de la Chambre des
(i) M. L. Valfray, sous-directeur au Ministère des affaires étrangères, prépare en ce moment une histoire des ambassades et du ministère de Lionne, avec la correspondance conservée aux archives. Cette publication, dont Fauteur a bien voulu nous faire part, comblera une grande lacune dans l'histoire diplomatique du règne de Louis XIV.
58 l.I-TTRES INÉDITES
comptes de Grenoble. On y trouve une foule de révélations, de confidences sous le sceau du secret, comme on peut en attendre de la part d'un niinistre des affaires étrangères, qui mena à bonne fin de si grandes choses et eut des relations avec de si grands personnages.
Nous ne savons rien de positif sur l'existence des lettres de Hugues de Lionne^ mais il est permis de conjecturer qu'elles étaient si flatteuses pour celui à qui elles étaient adressées, si honorables pour la famille et intéressantes pour la postérité, qu'elles durent être soigneusement conservées et ensuite transcrites sur un registre. Joachim de Lionne, fils et héritier de Humbert, y a placé des notes marginales plus nombreuses qu'intéressantes, ayant seulement pour but d'appeler l'attention sur certains passages, particulièrement sur ceux qui le concernent. L'écriture de cette transcription, nette, soignée et méthodique, est celle d'un scribe de profession, qui n'a épargné ni le temps ni le papier. Malheureusement peu instruit et peu habile à déchiffrer, il a défiguré la plupart des noms propres, fait usage d'une orthographe et d'une ponctuation arbitraires, variant d'une page à l'autre, et laissé en blanc un certain nombre de mots. Privé des lettres originales, que nous aurions peutêtre reproduites telles quelles , nous avons cru devoir, malgré un léger anachronisme, faire usage de l'orthographe moderne, tout en respectant scrupuleusement le texte.
Le registre qui contient cette correspondance a fait partie de la riche bibliothèque d'un amateur éclairé des lettres et des arts, M. de Pina \ Il nous a été communiqué par son fils, M. Humbert de Pina, capitaine de vaisseau, qui,
(i) Jean-François-Calixte de Pina, marquis de Saint-Didie", chevalier de Malte, de la Le'gion d'honnear et de Tordre de Fiançois !*•■ de Naples,
I)i: HUGUES DE LIONNE. Sq
grâce à Fobligeant intermédiaire de M. P. E. Giraud, a bien voulu nous en laisser prendre une copie.
Ces lettres sont, comme il a été dit, au nombre de 94, parmi lesquelles 40 sont datées de Paris, i3 de Saint- Germain, 9 de F'ontainebleau, 5 de Rome, 4 de Lyon, 4 d'Hendaye, 3 de Berni, 2 de Francfort, 2 de Saint-Jeande-Luz, I de Mayence, i de Candillac, 1 d'Aix, 1 de Montpellier, i de Versailles, i de Suresnes, i de Vincennes, 1 de Dunkerque et 4 sans indication de lieu. Le style en est un peu dur et négligé, mais simple, sobre et clair, conforme à Tesprit essentiellement positif de Hugues de Lionne*, car, malgré une instruction classique remarquable, il n'eut guère que des correspondances d'affaires, même avec d'éminents littérateurs, tels que Saint-Évremond.
Afin d'épargner au lecteur de fastidieuses recherches, nous avons mis tous nos soins à donner des notes biographiques sur les personnages plus ou moins connus qui, au nombre d'environ trois cents, figurent à un titre quelconque dans la correspondance privée de Hugues de Lionne. Ce travail était assez difficile, parce que beaucoup de noms de famille sont remplacés par des noms de terre ou de fantaisie. Nous avons cru devoir donner aussi sur certains faits et événements insuffisamment indiqués les appréciations et les renseignements les plus indispensables.
ancien capitaine de cavalerie , maire de Grenoble et député de l'Isère sous la Restauration, décédé dans cette ville le 20 juillet 1842. Il avait épousé à Romans, le 6 mai 1806, Françoise-Gabrielle-Olympe-Bruno du Vivier.