LETTRES
DU
GRAND LIONNE, le ministre, A son oncle, Monsieur de Lionne,
conseiller d'Etat ^ doyen des Comptes de TDauphiné,
nommé ambassadeur à Venise et en Savoie ^
quil refusa^ père du comte de Lionne,
premier écuyer de la grande écurie
du Roi ^'\
(i) Il y a un sous-titre un peu trop familier, qui est ainsi conçu : Lettres du ministre Léonidor au vieux Léonidor, son oncle, depuis i655 jusqu'en
Léonidor, amplification de Lionne, était probablement une sorte de sobriquet qui se donnait dans l'intimité de la famille.
A Rome, ce 8 février i635.
Quoique toutes choses ne s^avançassent pas beaucoup dans le conclave pour nous faire espérer d'avoir bientôt un pape, elles étaient au moins en telle disposition qu'on pouvait espérer d'en avoir un bon jusqu'à hier, que l'ambassadeur d'Espagne, accompagnant le cardinal d'Arac * à son entrée dans le conclave, prit cette occasion pour rendre publique Texclusion qu'il faisait à Sachetti ^ de la part du roi d'Espagne^, son maître, au nom duquel il défendait à tous les cardinaux sujets dépendants ou amis de la couronne d'Espagne de ne plus concourir à l'élection de ce sujet, et il passa outre à l'égard du cardinal Aquaviva ^^, Napolitain • car il le menaça que le roi, son maître, se ressentirait contre lui et contre ses parents, qui sont ses sujets, de ce que ce cardinal , à l'exemple de la plus grande partie presque du sacré collège, avait cru être obligé en conscience de donner
(i) Ernest- Albert, comte de Harrach, né à Vienne en Autriche, le 25 octobre i5g8, archevêque de Prague et évêque de Trente, cardinal le q janvier 1626, mort le i5 octobre 1667.
(2) Jules Sachetti, Florentin, évêque de Gravina, cardinal de la promotion de 1626, ensuite évêque de Frascati, mort en i663.
(3) Philippe IV, Dominique-Victor, monté sur le trône d'Espagne en i52i, décédé le 14 septembre i665, âgé de 60 ans.
(4) Octave Aquaviva, né le 23 septembre 1609, cardinal le 9 mars i652, décédé à Rome le 20 septembre 1674.
son vœu à Sachctti, comme au plus digne. Cette exclusion si ouverte et si formelle pourrait peut-être changer de face les affaires, car il y en a beaucoup qui n'attendaient que la ruine de Sachctti, sans laquelle personne n'osait rien prétendre pour paraître. Entre ceux-là j'avoue qu'il y a beaucoup de bons sujets et que nous pouvons encore espérer à avoir un bon pape. Mais si l'exclusion de Sachetti rebute ses amis et a lieu, on peut dire que les Espagnols, qui la lui ont procurée par des raisons, je crois, fort peu chrétiennes, font un insigne tort à l'Église, et je craindrais pour quelque couronne que ce fût, si dans le besoin que l'Église a maintenant, plus que jamais, d'un excellent pape, elle était cause que celui qui est jugé tel, et désiré par cette considération de tous les chrétiens, ne le fût pas. Mais j'apprends avec grande consolation, par des nouvelles que je viens de recevoir tout présentement du dedans du conclave, que l'action de l'ambassadeur n'a fait qu'échauffer ses amis ' et addere calcaria sponte ciirrentibus, et que les sujets même napolitains et milanais ont déclaré que semblables violences ne pouvaient servir qu'à faire mettre sur leurs palais les armes de France ^.
On écrit de Florence du 1 1^ que le 9^ précédent le général Blake ^ s'était retiré de devant le port de Ligourne "^ et qu'il avait fait voile du côté de Sardaigne.
(i) Fabio Chigi, né à Sienne, le i3 février l'^gg, cardinal le 29 février i652, fut élu pape le 7 avril i655 et prit le nom d'Alexandre VII.
(2) Les ecclésiastiques qui se plaçaient sous le drapeau de la France participaient aux franchises dont, à Rome, jouissaient l'ambassadeur de cette puissance et les personnes de sa suite.
(3) Robert Blake, célèbre amiral anglais au service de Cromwel, né en 1699, mort en 1657.
(4) Livourne, port de Toscane; en anglais Leghom.
DE HrGUES DE LIONNE. 65
Le duc de Parme ' fait des levées par jalousie qu'il a du duc de Modène ^, qui en fait aussi.
Les Génois commencent à désespérer de leur accommodement avec l'Espagne, le marquis de Caracenne ^ y apportant tous les jours de nouvelles difficultés. Cependant la république se préparc à une bonne guerre et fait faire plusieurs vaisseaux , dont il en est déjà arrivé trois au port de Gênes.
A Rome, le g* août i6bb.
J'ai appris avec joie, par votre lettre du 18 juillet, l'heureuse arrivée de mon cousin de Lesseins ^ et de nos autres MM. Dauphinois. J'ai peine à croire que ceux-ci aient regret de quitter Rome, car rien ne les y a obligés que leur propre volonté. M. de Ponnat ^ eût volontiers attendu le
(i) Ranuce II Farnèse, duc de Parme, mort en 1694, à 62 ans.
(2) François d'Est, duc de Modène, né en 161 o, mort en i658.
(3) François-Gaspard Tellez Giron . duc d'Ossuna, marquis de Caracène, grand écuyer de la reine d'Espagne, décédé en 1694.
(4) Charles de Lionne, abbé de Lesseins, son cousin.
(5) François de Ponnat, baron de Gresse, d'une famille venue de Gap, docteur en droit, conseiller au parlement de Grenoble par lettres du 28 août 1628, en remplacement de son père, décédé le 3 décembre 1669, étant doyen du parlement et laissant quatre enfants de Louise Jomaron.
« Sa belle et nombreuse bibliothèque étoit un témoignage certain de » l'amour qu'il avoit pour les livres et savoit les mettre en bons usages, » Guy Al lard. Dict. histor. du Daufhiné, éd. Gariel.
mois de septembre, mais M. de Quinsonnas * Fa entraîné. Je suis encore pour longtemps vraisemblablement. Je ne laisse pas de disposer les choses en sorte que je puisse éviter la mer à mon retour et fliire le voyage par terre, pour passer à Gap et à Grenoble. Je vous prie de vous enquérir, sans faire semblant de rien, si, quand M. Servien ^ y a passé, en qualité d'ambassadeur extraordinaire, le canon de Tarsenal ne tira pas, comme on me le tire dans toutes les villes d'Italie^ et à Gênes même, où réside le corps de la république , toute Tartillerie fut déchargée quand j'entrai dans le
(i) Aimar Pourroy de Quinsonnas, d'une famille originaire du Royans, seigneur de Vaulserre, d'abord juge royal de Crest, puis président à mortier au parlement de Grenoble, du 19 novembre i655, sur la résignation de Sébastien Pourroy, son père, fils de Paul, tige de la branche de Quinsonnas, et d'Elisabeth du Faure. Il décéda en i683. Il avait épousé Françoise Vidaud de Latour. Guy AUard dit qu'il aimait les livres et la jurisprudence et qu'il avait fait un recueil des arrêts du parlement.
(2) Ennemond Servien, seigneur de Cossey et de La Balme, né en iSgô, • trésorier en Dauphiné en 1623, président de la Chambre des comptes en 1642, commissaire général des guerres en i633, conseiller d'Etat en i635, garde des sceaux, président du conseil souverain de Pignerol en 1645, gratifié en 1654 d'une pension de 6,000 livres, enfin ambassadeur en Savoie de 1648 à 1676, décédé à Grenoble le 3 juin 167g. Il s'était marié à Justine de Bressac, fille de Henri, vibailli de Valence, et de Justine de Costaing, dont il eut sept enfants :
1° Abel , qui fut président à la Chambre des comptes et mourut avant son père ;
2° Maurice-Amédée , seigneur de Cossey, capitaine de chevau-légers;
3° Hugues-Humbert, abbé de Cruas, premier abbé commendataire de Léoncel, camérier des papes Clément IX et Innocent XI;
4° Ennemonde, mariée à François Charron, marquis de Saint- Ange, premier maître d'hôtel de la reine;
5" Justine, supérieure de la Visitation de Valence;
6" Françoise-Innocente, supérieure de la Visitation de Montélimar, puis de Valence, où elle succéda à sa sœur;
7° Charlotte-Christine, femme de Joseph de La Porte, président à la Chambre des comptes de Dauphiné.
m- HUGUES DE LIONNE. 67
port et quand j'en sortis. J'ai déjà obtenu un passeport des ministres d'Espagne pour passer par l'Etat de Milan, en cas qu'alors les alTaires y soient au même état pour eux qu'elles sont aujourd'hui.
J'ai été obligé de renvoyer en France un de mes pages, qui se débauchait. Je vous prie de voir si vous ne pourriez point m'envoyer quelque jeune gentilhomme ou de bonne famille, qui eût bonne façon et ne fut ni trop petit ni trop grand, c'est-à-dire depuis quinze ans jusqu'à dix-neuf. Sans doute que beaucoup de personnes voudraient avoir cette commodité de se décharger de la dépense d'un de leurs enfants et lui faire voir l'Italie sans qu'il leur en coûtât rien. En ce cas il suffira qu'ils l'envoient à Marseille et l'adressent à M. d'Arène \ lequel lui donnera de l'argent pour passer jusquMci et lui en trouvera les moyens sûrs et prompts. Si, après quelques recherches, vous ne trouviez personne à propos ni à la ville, ni à la campagne, je vous prie d'en donner avis à M. de Rue ^, afin qu'il m'en envoie un de Paris même.
Quand mon père pourra me faire tenir ici les cinq cents pistoles qu'il a, prêtées à la ville de Gap, elles viendront fort à propos , car je suis obligé à de grandes dépenses , qui augmenteront encore par l'arrivée de M. de Brienne ^, que je fais état de loger et tout son train.
Je vous renvoie une lettre qui a pris le chemin de Rome, au lieu de celui de Grenoble.
(i) Paul-Emile d'Arènes, conseiller, avocat du roi en la sénéchaussée de Marseille, premier consul de cette ville, marié à sa cousine, Madeleine d'Arènes.
(2) Joachim de Rue, conseiller en la Chambre des comptes, dont la fille Jeanne épousa Jean Jomaron , conseiller au parlement.
(3) Loménie de Brienne, fils du ministre des affaires étrangères.
Je n'ai point eu des nouvelles de M. le président de Chevrières ^ depuis son arrivée dans la province. Je vous prie de lui baiser les mains de ma part et à mes cousins de Lesseins *.
A Berni, ce 27^ novembre i655.
Je VOUS adresse trois lettres : Tune de remercîment à M. le duc ^, l'autre de compliment à votre nouveau pre-
(i) Jean IV de La Croix-Chevrières, comte de Saint-Vallier, marquis d'Ornacieu, etc., d'une famille originaire de Romans, docteur en droit, conseiller au parlement de Grenoble du 20 juillet i633, présidente mortier au parlement de Dijon du 6 octobre 1642, ambassadeur à Rome en 1644, conseiller d'Etat du i" février 1645 , président au parlement de Grenoble du 25 juin i65o, en remplacement de Pierre Gratet du Bouchage, mort en 1680. Il s'était marié, par contrat du 29 avril 164.2, à Marie de Sayve, fille unique de Jacques de Sayve, seigneur d'Echigey et de Chamblant, président au parlement de Dijon, laquelle lui donna dix enfants et mourut en 1702.
Jean de La Croix était un homme inquiet, tracassier, avare, qui, quoique possesseur de dix-neuf grandes seigneuries, avait toujours peur de n'avoir pas de quoi vivre.
(2) Ses cousins de Lesseins étaient les trois fils de Hugues de Lionne et de Clémence de Claveyson, savoir : Sébastien, marquis de Claveyson, Humbert, seigneur de Flandènes , et Charles, abbé de Lesseins.
(3) François-Paule de Créqui , comte de Sault, duc de Lesdiguières, pair de France, gouverneur du Dauphiné en i65i, maréchal de France en 1668, mort le 4 février 1687, âgé de 63 ans. Il avait épousé en premières noces Catherine de Bonne, sa tante, et en secondes noces Madeleine de Ragny.
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mier président ' et la troisième en réponse à M. de Ghapolay, le père ^, sur un rcmcrcîment qu'il m'avait fait pour son fils ^. Cependant pour la seconde du maître des requêtes, comme je connais le personnage mieux que personne et qu'il pourrait bien avoir vécu incivilement avec vous, je vous prie, si cela était, de la supprimer comme non écrite.
Avant que passer outre, je vous dirai, de peur d'oubli, que le Père Merle ', Jacobin, se trouve mon aumônier, qui vient dire la messe toutes les fêtes et dimanches à Berni^, moyennant cent francs, que j'ai été bien aise de lui payer, parce que c'est la même pension qu'il est obligé de bailler au couvent où il est pour étudier et y pouvoir demeurer.
Ne pensez pas que je vous remercie des soins que vous avez pris d'éclaircir avec mon père l'emploi des deniers que vous aviez touchés pour l'affaire que j'avais avec les rece-
(i) Denis Legoux de La Berchère, maître des requêtes, premier président au parlement de Grenoble, de i655 à 1679, '^^ remplacement de son frère, Pierre Legoux, marquis d'Interville, comte de Rochepot, d'abord premier président au parlement de Dijon et ensuite de Grenoble en 1644, et décédé le 29 novembre i653. Il fut père d'Urbain Legoux, maître des requêtes, intendant des finances, et de Charles Legoux de La Berchère, qui fut évêque de Lavaur, ensuite archevêque d'Aix, après de Toulouse et enfin de Narbonne, et décéda le 2 juin 1710.
(2) Aimar Guigou de Ghapolay, président au conseil des finances de Dauphiné, fils de Henri, procureur général en la Chambre des comptes, marié à Gasparde de Ruins, décédé à Romans, le 21 juin i656.
(3) Gaspard Guigou de Ghapolay, fils du précédent et comme lui président du bureau des finances, mort le 24 juin 1681 et enterré dans l'église de Sainte-Claire de Grenoble. De Renée Brenier il n'eut qu'une fille, qui fut religieuse à Saint-Just.
(4) La famille de Merle^ originaire de Bresse, vint s'établir en Dauphiné. Elle est aujourd'hui fixée à Romans et à Malaucène (Vaucluse).
(5) Berni, seigneurie dans les environs d'Orléans, dont Hugues de Lionne et son fils aîné portèrent le titre.
yo LETTRES INEOfTF.S
veurs. Je m'en suis tenu son obligé et ai brûlé à Tinstant mcmc, sans le voir, tout le grand compte que vous aviez bien pris de la peine à dresser. In quantum possum et tu indiges, je vous donne de nouveau pleine absolution et décharge de tout ce maniement-là. Mais j'avoue en même temps que je suis hors de moyens de vous remercier jamais assez dignement, ni en paroles, ni en effets, de ce que vous avez contribué pour me faire payer de cette somme très-considérable , dont je vois bien que sans vous j'aurais perdu la meilleure partie et possible le tout.
Vous ne vous arrêtez pas là, car votre bonté pour moi n'a point de bornes. J'en ai ressenti les effets encore à votre dernier voyage de Gap, quoiqu'à dire vrai vous m'aviez, par une apostille de lettre, fait entrer tellement en goût que vous pourriez peut-être disposer mon père de venir voir Berni (dont vous ne m'avez plus parlé après l'avoir entretenu), que toutes les grâces qu'il m'a accordées par votre moyen, et qui sont grandes selon ses forces, ne m'ont touché que par l'endroit de Taffection et de la tendresse que je vois bien qu'il a pour moi.
J'ai envoyé parler à M. Amat * sur ce que vous m'avez mandé que mon père voulait me faire toucher à la fin de l'année 8,856 livres, et je l'ai fait hardiment sur votre lettre, car mon père ne m'en marque rien par la sienne. Ledit sieur Amat a répondu qu'en cinquante ans il ne saurait que faire de cette somme-là à Gap-, mais que si on la faisait porter à Grenoble, son commis avait ordre de lui de recevoir tout et de tirer lettre de change sur lui, qu'il acquitterait ponctuellement. Je vous prie d'y tenir la main et de donner les ordres nécessaires pour l'exécution de la chose.
(i) Mathieu Amat, notaire à Gap. Guy, fils d'Etienne, fut secrétaire en la Chambre des comptes de Grenoble.
J'ai impatience de voir M. Ébrart ', pour lui témoigner mon ressentiment de la pensée qu'il a eue de vous iaire payer vos gages du conseil et pour Ten solliciter vivement.
Je ne comprends pas pourquoi M. Troilleur ^ ni aucun autre se peuvent refroidir pour la prétention de M. Gensac^, puisque je vendrai en Tétat que les choses sont et garantirai contre cette prétention. Je vous prie, autant que vous m'aimez, d'y faire tout ce que vous pourrez. Je prétends au lieu de cela, quand la vente sera faite, donner à mon père 2,000 livres par an, ou pour mieux dire, comme il a la bonté de vouloir me gratifier des revenus de Solignac ^, des 2,000 écus qu'il est affermé , je n'en prendrai que 4,000 livres et lui ferai tenir le reste fort ponctuellement et, s'il veut, par avance. Je vous prie d'y engager ma parole, quoiqu'il ne soit pas fort nécessaire , car d'autorité il pourrait toujours prendre tout le revenu de Solignac. Mais j'ai grand besoin d'assembler des sommes considérables, car, entre vous et moi, je dois entre - ci et deux ans payer à M. le premier président 240,000 francs, en six paiements de 40,000 francs chacun^. Ainsi, le secours que mon père m'envoie est grand
(i) Jean Hébrard , sieur de Villeneuve, conseiller du roi, originaire du Champsaur. Son testament est du 28 juillet 1690.
(2) Jacques Troilleur, conseiller à la Chambre des comptes en i65o. Il laissa une fille, nommée Françoise, qui fut mariée à Claude Thibault, sieur de Pierreux.
(3) Etienne Gilbat de Gensac , de Die, député du tiers état aux Etats généraux du royaume, décédé en 1672.
(4) L'abbaye de Saint-Pierre de Solignac, ordre de Saint- Benoît, à deux lieues de Limoges. Sa fondation remontait à l'an 63 1. Artus de Lionne, évêque de Gap, en fut le lx* abbé. M. Chassaing, juge au Puy, a fait connaître l'obituaire de cette abbaye, en 1872.
(5) C'était la somme qui restait due par Hugues de Lionne sur le prix d'achat de la charge de grand-maître des cérémonies de l'ordre du Saint-
'J'2. LETTRES INEDITES
pour lui , mais ne m'accommode pas tant comme ferait la vente de La Terrasse ' et, si Ton pouvait , même des rentes qu'il a sur le chapitre de Grenoble et sur M.'"'' de Gordes '', en les garantissant, afin de me faire une somme de 3o,ooo francs ou plus. Je ne comprends pas comme quoi il ne se trouve pas cent marchands d'une chose qu'on veut bailler à i,ooo écus de bon marché et dans un temps que chacun doit appréhender de perdre sur son argent. Il faut que tout l'argent de vous autres Messieurs soit dans les banques de Lyon, et je ne l'y tiens pas mieux. Je vous conjure de nouveau de vous appliquer à cet article.
J'ai une pensée en tête, que je ne sais si vous n'estimerez point folle, mais je ne laisserai pas de vous la dire : c'est que je voudrais bien voir ma tante de Lesseins ^ à Berni et l'y tenir ce printemps ou cet été. Il me semble qu'ayant la santé qu'elle a, elle pourrait faire ce voyage avec plaisir et sans incommodité, venant en litière jusqu'à Roanne, en bateau jusqu'à Orléans, et dans mon carrosse de là à Berni. Vous voyez bien que je voudrais que ce fut à condition que vous seriez de la partie. Peut-être serait-ce un moyen d'en faire prendre envie à mon père.
Esprit, acquise en février i653 de Louis Phélipeaux , seigneur de La Vrillière. Cette gêne ne s'explique guère, si, comme on le lit dans un inventaire, sa femme avait eu une dot de 5oo,ooo livres, dont 25o,ooo argent comptant.
(i) La Terrasse, paroisse dans le Graisivaudan , près de Voreppe. François de Simiane de La Coste en était à cette date le seigneur.
(2) Anne Escoubleau, fille de François, marquis d'Alluye et de Sourdis, et femme de François de Simiane, marquis de Gordes, lieutenant général en Provence, décédée le 8 février 1681.
(3) Catherine-Béatrix Robert de Saint-Germain , femme de Sébastien de Lionne.
hi: HUGUES DE LIONNE. 7S
Je suis dans une sensible affliction d'un accident apoplectique qui arriva il y a quelques jours à mon second tils \ dont j'appréhende bien les suites , lui ayant pris en si bas âge. On y apportera tous les remèdes et toutes les précautions possibles; mais je n'oserais hasarder des bénéfices sur sa tête. C'est un des plus beaux enfants qui se puissent voir, et le plus doux et le meilleur.
A Rome, ce 6* décembre i655.
J'ai reçu la lettre dont vous m'avez favorisé du i5*^ du mois passé et vu avec déplaisir la perte du paquet dans lequel étaient les grâces et facultés accordées par le pape à mon père. Je m'en vais travailler à en tirer un duplicata, et, si j'ai le temps, je le joindrai à cette lettre.
Le fils de M. Robert est arrivé en bonne santé avec le ministre de Portugal. Je vous prie d'assurer tous Messieurs ses parents que j'en aurai grand soin. Il fut vêtu comme les autres deux jours après son arrivée.
Monsieur le président de Saint-André - fera toujours des
(i) Jules-Paul de Lionne, qui fut ecclésiastique et qui mourut prieur de Saint-Martin-des-Champs, à Tàge de 66 ans.
(2) Nicolas Prunier, seigneur de Saint- André, marquis de Virieu, né en i62q, fils de Laurent et de Marie de Bellièvre de Pomponne, « dont la » sagesse est consommée et qui s'est fait une habitude de protéger les gens
merveilles dans toutes les occasions qu'il aura de faire éclater sa suilisancc. Nous n'avons certainement guère ou point de compatriotes de son poids, et je souhaite fort d'avoir quelque part en l'honneur de ses bonnes grâces et vous prie de m'aidcr à acquérir ou conserver ce bien.
Le bruit de la défaite du marquis de Ville' est faux. J'ai été ravi d'apprendre que mon cousin Tabbé de Lesseins fut entré en possession de son emploi ^. Notre prince ^ sera bien mortifié de son exclusion, mais il s'en pourra consoler s'il est nommé au cardinalat, auquel il avait tant de part à l'entrée de la Régence. Il est vrai que pour la perfection de la chose, tant que je serai ici, il devait me rendre plus favorable à ses intérêts en concourant, ce qu'il n'a pas fait, à la réputation de mon cousin.
» de lettres (Guy Allard), » conseiller au parlement de Grenoble du 9 septembre 1645, président du 17 novembre i65o, en remplacement de son père, conseiller d'État en i655, ambassadeur à Venise en 1669, où il soutint vigoureusement la préséance de la France sur l'Espagne, commandant de la province en l'absence du lieutenant général , enfin premier président du parlement par lettres du 9 août 1679, décédé le 22 juillet 1692. Il avait épousé, le 16 février i658, Marie du Faure, dont il n'eut que deux filles : Justine, qui s'allia au marquis de Sassenage, et Marie-Claudine, qui épousa Joseph Forbin, marquis de Janson.
(i) Jérôme, marquis de Ville, lieutenant général, commandant l'armée d'Iialie. Il a publié le récit de son voyage en Dalmatie et à Candie.
(2) Celui d'agent général du clergé de France.
(3) Armand de Bourbon, prince de Conti, né à Paris en 1629. Il était extrêmement contrefait. Après la mort de son père, il quitta l'état ecclésiastique et fut fait gouverneur de Guyenne et de Languedoc et grandmaître de la maison du roi. Il mourut dans son château de Pézénas, le 22 février 1666. Il avait épousé Anne Martinozzi, nièce du cardinal Mazarin.
M. le président de Portes ^ doit bien se garder de faire aucune dépense sous prétexte de mettre en équipage mon cousin d'Amblérieux ^, pour la charge de la compagnie de M. le prince de Salm ^, car S. M. veut absolument soutenir l'ancien lieutenant, que ledit prince avait cassé, et même Ta déjà fait rétablir, prétendant qu'autre qu"Elle, même dans les régiments étrangers, n*a pouvoir de destituer des officiers.
Ledit prince m'avait écrit de Bruxelles pour en parler à S. M., et je Fai fait d'autant plus volontiers qu'il s'agissait de l'avantage dudit sieur d'Amblérieux, lui ayant même
(i) Cette lettre ne porte point de nom de lieu, ni d'autre date que celle de l'année.
(2) François de Portes, seigneur de La Balme, le Châtelet et autres lieux, fils de Claude et de Louise Coste, conseiller en la Chambre des comptes de Dauphiné en 1620, président en i63~, marié en i632 à Marguerite Murât de Lesiang, dame d'Amblérieux. Son frère, Pierre d'Amblérieux, trésorier-receveur général de la province, épousa la célèbre Françoise Mignot, qui se remaria avec le maréchal de Lhôpiîal et ensuite avec Jean-Casimir, roi de Pologne.
(3} Jean-Pierre de Portes d'Amblérieux servit longtemps dans le régiment des gardes françaises. 11 vendit sa charge et ne put rentrer dans le service. Il succéda en i663 à François de Portes, son père, en qualité de président en la Chambre des comptes. Il épousa, le i3 août 1672, Virginie Peloux de Clérivaux.
(4) François-Léopold , comte de Salm, né en i638, mort en 1697.
dit qu'il était mon parent. Mais j'ai eu le déplaisir de me voir répartir par Sadite Majesté ces propres termes : que j'avais un parent fort déréglé et qu'il avait eu occasion de le connaître fort particulièrement. Je répliquai que lorsqu'il vendit sa charge aux gardes, ce fut un eflét de jeunesse, dont son père, qui n'en savait rien, eut un très-grand déplaisir. La chose en demeura là. Mais, tant du côté dudit prince de Salm que de celui de M. d'Amblérieux, l'affaire ne réussira pas.
A Rome, ce 14* février i656.
Je n'ai pu répondre plus tôt à la lettre dont vous m'avez favorisé du 9^ janvier. Je vous remercie de toutes vos nouvelles et vous prie de faire un compliment de ma part à M. le président du Faure ^ sur la mort de Madame de Claveyson ^. Je vous laisse à juger s'il devait être de conjouissance ou de condoléance. Je suis très-fâché de l'embarras où se trouve M. de La Tivollière ^. Il croit facilement, ce que je vous prie de lui dire, que si j'étais en place pour le
(i) Antoine du Faure, sieur de La Rivière, conseiller au parlement du 23 juillet 1628, président du 21 août 1649, décédé le 28 novembre lôSy. Sa fille unique, Marie, s'allia à Nicolas Prunier de Saint-André. M. Marc de La Rivière fut abbé de Léoncel de i652 à 1680, et M. de La Rivière, son neveu, était capitaine des gardes du. maréchal de Villeroy.
(2) Laurence de Claveyson, veuve de Hugues de Lionne.
(3) Dorgeoise de La Tivollière, branche de la famille de Maugiron , qui s'est éteinte en la personne de Jean de Dorgeoise , maréchal de camp à
Dr Hi'orns m: i.fONNn. 77
servir je ne m'épargnerais pas pour le faire aussi solidement et avec la mcme chaleur que j'ai fait autrefois-, peut-être aussi qu'il ne se trouverait pas aujourd'hui attaqué si on m'avait vu dans la même place. Je ne pensais pas si bien dire quand je vous mandais cet apophthegme dont vous me faites souvenir : qu'il ne fluit avoir qu'une fois en sa vie de pareils démêlés à celui qu'il eut alors avec le feu premier président \
J'espère de vous revoir bientôt, ne croyant pas que mon congé, sur lequel j'insiste il y a longtemps, me soit plus guère différé. Vous en serez averti aussitôt que je l'aurai reçu. Je prendrai le même chemin par lequel je suis venu et laisserai ici mon dernier fils ^ jusqu'à ce qu'il soit sevré, ce que nous autres Italiens disons disvenato; mais vous ne l'auriez pas entendu.
Je ne sais si je vous quitterai, à moins de venir jusqu'à Marseille, mais tout au moins en Avignon. Vous ne vous en sauriez défendre, et M. de Franc ^ encore moins, ayant toujours sur le cœur de ne l'y avoir pas mené de Valence. Pour mon cousin de Lesseins, je ne crois pas, à présent qu'il se porte bien , qu'il me voulût donner la mortification de n'être pas de la partie.
Tarmée d'Allemagne en 1674, ne laissant qu'une fille, Catherine, qui se maria deux fois : 1° à Jacques Pourroy, 2° à Claude de Grole'e.
(^i) Pierre Legoux.
(2) Artus de Lionne, né à Rome l'année précédente.
(3) Antoine de Franc fut, comme son père et son grand-père, trésorier général en Dauphiné. Il mourut sans enfant en 1690. Sa famille finit en Madeleine de Franc, qui fut la femme de Louis Briançon, seigneur de Varces.
7'^ I.KirRKS INÉDnTîS
A Rome, ce 13" mars i656.
J'ai reçu la lettre dont vous m'avez honoré du 20" du mois passé. Il y a quatre mois que je presse à Paris mon congé, après avoir vu qu'il n^ avait rien à faire ici de bon ni de grand pour le service du roi ni pour le repos de la chrétienté % et on me le fait espérer au printemps en tels termes que je n'en puis quasi pas douter, dont je vous avoue que j'ai une joie inexprimable et particulièrement quand je me propose les satisfactions que je goûterai en vous voyant et tous mes parents et amis sur la lisière du Dauphiné, que je ne me presserai pas si fort de quitter que quand je vins, et j'aurai le loisir d'y faire diverses stations. Je vous prie de commencer à ajuster avec mon père en quel lieu nous pourrons nous rencontrer. Je crois que Valence serait le plus propre, où il pourra descendre de Grenoble dans une journée. Mais pour vous, M. de Lesseins et M. de Franc, je ne sais si je vous pourrai quitter à moins d'Avignon. Néanmoins, votre commodité sur toutes choses.
Je vous prie de conclure avec M. Le Bergier ^ le marché de La Terrasse, au prix que vous aviserez. Je me contenterai de 2 5,000 francs comptant. S'il ne les a pas comptant.
(i) C'est-à-dire que la mission pour laquelle il était venu à Rome n'avait pas réussi. Il avait été chargé par Mazarin de demander au pape qu'il fît traduire le cardinal de Retz devant une commission ecclésiastique comme criminel de lèse-majesté.
(2) Le Bergier de Moidieu, qui fut vibailli de Vienne de 1670 à 1692.
DK HUGUES lii: LIONNE. 7O
il faudra essayer d'en avoir 27,000 ou au moins 26. Il me semble, si on vend en Dauphiné comme on fait en France, qu'il n'importe pas beaucoup qu'il ait son argent comptant, pourvu que d'abord il en fournisse une partie considérable, car le bien vendu demeure toujours hypothéqué pour le surplus. On n'y saurait jamais rien perdre.
J'ai bien du déplaisir de la dureté de MM. des finances pour vos gages du conseil. Peut-être qu'à mon arrivée je la surmonterai.
Si j'avais été à Paris, je suis assuré que M. de Beauchéne ^ en serait revenu procureur général. Le mal vient de ce que je juge qu'il ne s'est trouvé personne (hors peut-être M. le premier président, qui paraissait intéressé pour son parent) qui ait informé Mgr le cardinal ^ de la différence qu'il y a pour la naissance et la qualité dudit sieur de Beauchéne avec les autres prétendants à la charge ^. J'ai rendu moi-même, allant chez M. le cardinal Bichi •+, la lettre que vous m'avez
(i) Gabriel Prunier de Saint-André, baron de Laval et de Beauchéne, conseiller au parlement du i5 mai i65i, en remplacement de Nicolas, son frère, nommé président à mortier le i*' août i658, sur la résignation d'Antoine du Faure, décédé le i5 mars 1696. Il s'était marié, le 6 août i655, avec Anne de La Croix-Chevrières, laquelle vendit , au nom de Nicolas, son fils, le 24 juillet 1696, à Antoine Murât, seigneur de Sablon, l'office de président à mortier au parlement de Grenoble, au prix de 1 10,000 livres.
(2) Jules Mazarin, né le 14 juillet 1602, cardinal en 1641, premier ministre pendant la minorité de Louis XIV, mort à Vincennes, Je 9 mars 1661. Il avait un évêché, sept abbayes et une fortune exagérée, scandaleuse et mal acquise.
(3j Cette charge de procureur général au parlement de Grenoble fut donnée à Jean-Baptiste Gallien de Chambons, par lettres du 11 avril i656.
(4) Alexandre Bichi, né à Braûn, évéque de Carpentras, nonce apostolique en France, cardinal en 1634, abbé de Montmajour près d'Arles, protecteur des églises de France, mort à Rome, le 25 mai 1657.
<So l.r,TTRF.S INÉDITES
adressée. J'ai ici un petit Romain qui sera un Samson. Il na que quatre mois et paraît avoir plus d'un an à sa grosseur et à sa force. Il épuise ses nourrices et ne veut jamais quitter le téton.
A Paris, ce i8' décembre i656.
Je ne prends pas souvent la plume pour vous entretenir, quoique j'y prenne un plaisir indicible, parce que les affaires ou les divertissements occupent tout mon temps et que )e sais que vous avez assez de bonté pour tout excuser. Aujourd'hui que Ton m'a ordonné de garder la chambre pour m'être fait arracher une dent ce matin, de crainte de quelque fluxion en cette partie-là, si je prenais l'air, j'anticipe l'ordinaire * d'un jour afin d'employer au moins celui-ci en l'occupation la plus agréable qu'il m'est possible, en vous rendant compte de ce qui m'arrive, à quoi je sais que vous prenez autant de part que moi-même.
Je vous dirai donc que je ne pense pas avoir en toute ma vie employé deux mois de temps plus heureusement et plus utilement que j'ai fait depuis mon retour d'Espagne.
Premièrement, je crois et avec raison être aussi avant
(i) Le courrier de la poste aux lettres pour le midi de la France ne partait alors ordinairement de Paris que deux fois la semaine. Une lettre simple coûtait 5 sols de Paris à Grenoble.
1)1 HUGUES DE-: I.IONNF. 8l
dans les bonnes grâces et Testime de xMgr le cardinal que j'ai jamais été et ensuite celles de Leurs Majestés.
En second lieu , j'ai eu le plaisir de gagner au )eu cent mille francs \
En troisième lieu, j'ai assuré cent mille francs d'un prêt que j'avais fait au roi et dont le remboursement traînait depuis plusieurs années.
En quatrième lieu, j'ai fait passer mes preuves de noblesse au chapitre de l'ordre que nous avons tenu il y a aujourd'hui huit jours ^.
En cinquième lieu, nous avons fait exclure dudit chapitre la proposition qui avait été faite de créer de nouvelles charges dans l'ordre, qui eussent ruiné entièrement et la beauté et la valeur des nôtres, ayant fait voir que cette création n'était pas au pouvoir du roi, étant formellement et contre le statut et contre le vœu que Sa Majesté fit le jour de son sacre, renouvelé le lendemain.
En sixième lieu, cette exclusion m'a été si avantageuse que, comme il y a quantité de prétendants à cet honneur qui mettent le prix à la marchandise pour l'emporter les uns sur les autres, j'ai traité hier de ma charge avec un homme qui m'en donne comptant 36o,ooo livres, une chaîne de 5oo louis d'or pour ma femme et les droits de la première
(i) La joie d'avoir gagné au jeu une somme considérable le fait dénoncer lui-même une passion que lui reproche Tabbé de Choisy dans ses Afémoires.
(2) Ce sont les titres et mémoires dressés dans ce but, sur les noies du ministre, par Guy Allard, qui furent présentés et adoptés le 10 décembre i656 par les commissaires de Tordre du Saint-Esprit, duc de La Rochefoucauld et marquis de Saint-Simon.
Joachim de Lionne a mis en marge ces mots : Oublié que le roy lui donna un brevet de porter l'habit et le collier, comme les chevaliers.
promotion des chevaliers, qui montent à i(),ooo francs. De sorte qu'en une aflaire qu'on croyait mau\aisc quand je Tachetai et que je payai trop cher, il se trouvera que j'aurai gagne 4'3,ooo ccus ' et le cordon pour le reste de ma vie, qui est un honneur d'un prix inestimable pour une personne de la condition dont je suis né ^. Il est vrai que celui avec qui j'ai traité peut-être n'aura pas la charge, parce que Mgr le cardinal a quelque engagement de faire tomber un cordon bleu à M. de Bourdeaux, l'ambassadeur d'Angleterre ". Mais cela me sert toujours pour mettre le pied du prix à cette vente, et il faudra que M. de Bourdeaux passe par les mêmes conditions ou qu'il laisse passer l'autre devant lui, ce qui m'est indifférent. Ce qui me fâche un peu, c'est qu'il faudra attendre la réponse d'Angleterre avant que pouvoir exécuter la chose de façon ou d'autre ^^
(i) Ce qui fait connaître qu'il avait acheté cette charge de prévôt et grandmaître des cérémonies au prix de 260,000 livres.
(2) Joachim de Lionne a eu soin de souligner ces mots afin de signaler au lecteur la modestie de ce grand ministre, qui, revêtu des plus hautes fonctions de l'Etat, ne se méconnaissait pas, comme on disait alors.
(3) M. de Bourdeaux, mort ambassadeur à Londres, dont la fille épousa M. de Fontaine Martel, qui fut écuyer de la duchesse de Chartres,
(4) Voici rindication des lettres patentes délivrées à l'occasion de cette charge :
1° Démission de Louis Phélippeaux , seigneur de La Vrillière, de la charge de grand-maître des cérémonies de l'ordre du Saint-Esprit, en faveur de Hugues de Lionne, du 8 février i653;
2" Provisions de la charge de commandeur, prévôt et maître des cérémonies de l'ordre du Saint-Esprit en faveur de Hugues de Lionne, du 28 février i653;
3° Brevet de retenue en faveur des héritiers de M, Hugues de Lionne de 200,000 livres de la charge de grand-maître des cérémonies de l'ordre du Saint-Esprit, du i5 juillet i653;
4° Permission de jouir des droits et honneurs de l'ordre du Saint-Esprit, en se défaisant de sa charge, du 26 mai i656;
I)i: HUGUES DE LIONNE. 83
En septième lieu, M. le duc d'Orléans^ me paie une dette de 20,000 francs, qu'il me devait il y a six ans. Et enfin je vois clair à pouvoir tirer une somme considérable de mon procès de l'extraordinaire des guerres, quoique je n'eusse jamais compte cette partie que comme assez incertaine dans le reste de mon bien. Cependant, par l'accommodement que mes parties me proposent, je vois déjà que j'en tirerai pour ma part 200,000 francs, sans le surplus pour lequel nous disputons.
Vous jugerez, je m'assure, qu'en voilà bien assez pour être content de ces deux mois-ci. Cependant j'ai encore une autre satisfaction très-sensible de ce que Dieu a préservé jusqu'ici ma petite famille de la petite vérole, qui a eu un si grand cours en ces quartiers, et de ce que mon fils l'abbé est entièrement guéri du mal que vous savez qu'il avait, qui était très-fàcheux et pour lequel un des plus habiles médecins d'Italie l'av^ait tourmenté deux ans durant par des remèdes inutiles : ca été une des plus belles cures qui se put faire, et à présent que je le vois en bon état, je me suis résolu de ne tarder pas davantage à faire expédier pour lui les bulles de l'abbaye de Solignac, et j'en écrivis vendredi dernier au pape pour avoir le gratis. Il est vrai que j'ai pris en même temps une résolution sur son sujet, qui est comme il manque d'application pour l'étude et qu'il a grande inclination pour les armes, paraissant même intrépide et rien ne lui ayant jamais pu faire peur, je le veux faire chevalier de
5° Permission de vendre ladite charge, du i8 mai i6bj. (Elle fut vendue à Eugène Rogier, comte de Villeneuve, marquis de Caveno.)
(i) Gaston de France, duc d'Orléans, 3* fils de Henri IV et de Marie de Médicis, frère de Louis XIII, né le 25 avril 1608, mort relégué à Blois, le 2 février 1660.
84 I.F.TTRFS INÉDITFS
Malte ' cl abbé. Cette dernière qualité lui donnera moyen de soutenir Pautre, sans incommodité. Cependant la première l'obligeant à renoncer à la succession de nos biens, ses frères et sœurs en seraient mieux partagés. Il lui manquera peut-être quelques quartiers pour les preuves du côté de sa mère, mais j'ai déjà fait écrire à Malte par le bailli de Souvré ^5 ambassadeur de la religion, qui s'est chargé de surmonter toutes les difficultés.
J'avais oublié, dans mon travail des deux mois, une acquisition que j'ai faite de 6,000 livres de rente sur les aides, dont j'ai déjà payé le principal, et pourvu que je me puisse sauver des taxes, je n'aurai pas fait une mauvaise affaire, et j'espère que, au moins tant que je vivrai, cela me sera assez facile.
J'oubliais encore de vous dire que Mgr le cardinal m'a promis positivement et bientôt une autre abbaye pour mon fils l'abbé.
Vous ne sauriez croire le progrès que l'aîné fait dans ses études. On m'a montré ce matin de lui trois longues compositions que je vous jure que j'ai prises pour être du latin de Cicéron. Il fait d'ailleurs des vers latins et est assez avancé au grec, sait mieux toute la métamorphose et les histoires que je n'ai jamais sues, même en rhétorique, et sait aussi fort bien la géographie et commence à étudier la sphère.
(i) Paul-Luc de Lionne, qui fut en effet chevalier de Malte, mais qui ^ mourut jeune.
(2) Jacques de Souvré, commandeur et ambassadeur de l'ordre de Malte à Paris. Après avoir commandé pendant quatorze ans un régiment de cavalerie et les galères de F'rance avec le grade de lieutenant général, il parvint, en 1667, au grand prieuré de France. Il lit bâtir le superbe hôtel du Temple, pour être la demeure des grands prieurs. Il mourut le 22 mai 1670, à l'âge de 70 ans.
Mon dessein, si je puis, est de faire le seigneur Piipo auditeur de Rote et lui faire pousser sa fortune à Rome, et pour le quatrième lui faire prendre la profession ecclésiastique et lui faire tomber les collations et les bénéfices du chevalier : ce sont mes projets, dont Dieu disposera peutêtre tout autrement.
Ma pensée est aussi, dès que j'aurai tiré Tabbaye que me promet Mgr le cardinal, de supplier mon père de résigner son évêché à mon cousin l'abbé de Lesseins, me contentant des bénéfices qu'il a présentement et de quelque autre que S. E. lui fait aussi espérer. Mais quand il ne pourrait pas avoir ce dernier, je suis tout résolu à la chose, espérant qu'il aura assez de gratitude pour traiter un jour mon quatrième fils comme je Faurai traité.
En même temps, afin que mon père ait moyen de soutenir sa condition, se défaisant de son évêché, il aura les trois mille livres qu'il s'est réservées sur Tabbaye de Solignac, trois mille autres que lui cédera mon cousin l'abbé de Lesseins , et ce qu'il me dira qu'il lui faut de plus, je lui en ferai une donation irrévocable entre vifs sur tout mon bien \ ainsi il gagnera plutôt qu'il ne perdra au change.
Comme il témoigna de fort bonne grâce et, à mon avis, de bon cœur à ma femme qu'il viendrait avec plaisir passer le reste de ses jours avec nous, pourvu que ce fût en résignant son évêché, en sorte qu'il ne fût plus obligé à y retourner, je fais état de le loger dans une des quatre maisons que j'ai devant mon logis et de lui donner mes deux aînés chez lui pour le divertir. Ainsi il ne se contraindra pas pour s'accommoder à nos heures, et nous ne laisserons pas de nous voir tout aussi souvent que s'il était logé chez moi. Je pourrais même l'y loger dans dix-huit mois; car, avant acheté une place à côté de ma maison , je m'en vais v faire bâtir l'année qui vient et des deux n'en faire qu'une, sui-
86 LETTRI-S JNÉDFTKS
vant un plan qu'un architecte m'a donné et qui est tel qu'il n'y aura guère d'homme dans Paris qui soit mieux logé ni plus spacieusement que moi. J'y dépenserai 3o,ooo écus ou 100,000 francs, mais ce sera un logis que je vendrai après, du soir au lendemain, 200,000 francs. Dans ce projet, j'abattrai le corps de logis de derrière et aurai un grand air et la vue par une terrasse sur le jardin des Petits Pères, qui est de la grandeur que vous savez ^
Je vous prie d'envoyer cette lettre même à mon père, afin qu'il la voie et que hors lui âme qui vive, sans exception, ne pénètre aucune des particularités que je vous mande, car il est très-important que toutes demeurent dans le dernier secret, et principalement celle de la vente de ma charge, jusqu'à ce qu'elle soit exécutée, et celle de l'accommodement de mon procès.
Je renverrai à mon cousin de Lesseins les originaux qu'il m'a prêtés de nos titres. Mais comme j'en aurai encore besoin pour les preuves qui seront à faire envers la religion de Malte, peut-être les pourrai-je garder jusqu'après l'affaire faite, qui sera un nouveau titre pour toute la famille. Je souhaiterais seulement que vous trouvassiez le moyen d'envoyer, s'il est possible, un autre acte authentique par-devant notaires où cette qualité de Sébastien de Lionne, le contrôleur des greniers à sel ne fût point. Vous voyez combien elle peut et doit choquer, et je crois qu'ayant quelque notaire affectionné et secret, il ne fera pas difficulté de l'omettre, puisque ce n'est pas pour faire tort à aucun tiers ^.
(i) Cet hôtel était par conséquent situé entre la rue Montmartre et la rue Notre-Dame-des-Victoires.
(i) Cette qualité de contrôleur des greniers à sel, qui choquait tant Hugues de Lionne, a été en effet omise dans l'expédition des actes par les notaires, de même que dans le mémoire de Guy Allard.
m: HUGUES DE LIONNE. ^7
J^ai dit à Sibut que je ne laisserais point ma maison de La Terrasse à moins de 28,000 francs, dont il ne m'a ofîcrt que 2 3. Il m'a promis d'en écrire et de me rendre réponse. Vous ne m'avez rien mandé de ce qu'on a dit dans vos quartiers de mon voyage d'Espagne \ Je ne sais pas si on y a bien considéré que jamais personne de ma portée n'a eu un si grand honneur que d'être seul plénipotentiaire de son roi pour des intérêts si considérables, qui font la fortune de deux monarchies, après vingt-deux ans de guerre, et je vous réponds que quand j'en pourrai divulguer les particularités, j'en tirerai encore plus de gloire que de la qualité de plénipotentiaire.
Je vous prie de me mander, en cas que le sieur Renaud, le Suisse, soit en vos quartiers, s'il irait jusqu'à 5o,ooo fr.en assignations pour La Terrasse et quelles assignations il me pourrait céder ^. Il me faudrait envoyer un mémoire de toutes celles qu'il a.
Entre vous et moi, je ne trouve pas que mon cousin de Lesseins, qui est arrivé depuis deux jours, soit si satisfait que vous me l'aviez mandé de ce qui s'est passé de là entre Madame sa mère , son frère et lui ^.
L'illustre famille de Villars avait eu aussi un membre qui était, en ibSg, garde du grenier à sel de Condrieu. Cependant le maréchal de Villars, au comble des honneurs et de la fortune, loin de cacher ce fait, ajoutait volontiers qu'il descendait d'un modeste greffier de la judicature de Condrieu.
(i) Hugues de Lionne revenait de Madrid, où il avait traité seul de la paix.
(2) C'étaient des mandats assignés sur certains revenus que TEtat donnait pour le paiement de ses dettes. On voit que ces sortes d'assignats devaient alors perdre environ 5o pour loo de leur valeur. Mais il est probable que, grâce à sa position, Hugues de Lionne espérait en tirer un meilleur parti,
(3) Clémence de Claveyson, Humbert et Charles de Lionne.
S8 [.iriTRES INKDITES
Du 22'".
Il y a cinq jours que cette lettre était prête; mais m'étant retiré à minuit le jour suivant qu'elle devait partir par Tordinaire de mardi dernier, elle fut oubliée dans mon cabinet.
A Paris, ce i2* janvier lôSy.
J'ai reçu la lettre dont vous m'avez favorisé du 3^ jour de Pan, en réponse des longs verbaux que je vous avais envoyés le 18^ de Tautre mois, et j'attendrai maintenant les sentiments de mon père, après qu'il en aura eu la lecture et considéré le contenu.
Le mot que vous avez lâché dans votre lettre du souhait que vous faites de pouvoir être déchargé du prêt de la Paulette ^5 n'est pas tombé à terre, et je vous assure que, aussitôt que je verrai quel train prendra cette affaire et quelle résolution on y doit prendre pour ce qui regarde les compagnies souveraines des provinces, je ferai tous les efforts possibles pour trouver les moyens de vous procurer par quelque voie cette satisfaction.
fi) La Paulette était un droit fiscal équivalant à un soixantième annuel du prix des charges, ainsi nommé de Paulet, traitant, qui l'inspira à Henri IV, en 1604, ce qui amena la vénalité des offices, après les avoir rendus héréditaires.
1)1-: JiLGLLs ui; Il ON m:. 8g
Il y aura du temps à pourvoir à Tacte où Sébastien de Lionne est qualifié de contrôleur : je crois que c'est son mariage ou son testament ou le mariage de mon père. Je n'ai pas le temps d'en faire à présent la perquisition. Je joins ici un mémoire qu'on m'avait donné il y a quelque temps qui regarde M. de Saint-Didier *. J'en avais été prié par M. de Rambouillet le fils ^, qui est fort mon ami. Si vous pouvez accommoder la chose, je vous en aurai obligation. Nous verrons ce que diront Sibut, Derion et Renaud, en cas qu'ils viennent sur le sujet de La Terrasse. Je vous adresse la réponse de ^L Marchier ^.
A Paris, ce 26* janvier 1637.
Je vous adresse l'acte que m*a donné AL de Bonnelles •*, secrétaire de Tordre, de l'admission de mes preuves de
(i) Oronce Le Bout de Saint-Didier, conseiller au parlement du i" avril 1642, en remplacement d'Antoine, son frère, mort le 6 octobre i68g. Il avait épousé Mrginie, fille de Humbert de Lionne, de la branche de Grenoble.
(2) Fils de Charles, marquis de Rambouillet de la maison d'Angennes, et de Catherine de Vivonne, et frère de la duchesse de Montausier et de la comtesse de Grignan. Rambouillet fut vendu en ijob par Armenonville au comte de Toulouse , en faveur de qui cette terre fut érigée en duchépairie.
(3) Antoine Marchier, fils d'Ennemond , avocat distingué de Grenoble, et de Marie de Villeneuve, capitaine au régiment de Sault et dont la fille Marie épousa Pierre Ponnat du Merlet.
(4) Noël de BuUion, seigneur de Bonnelles, marquis de Gaillardon, président au parlement de Paris, pourvu de la charge de greffier ou secrétaire
^o Li:TTRr:s ineditks
noblesse au chapitre qui fut tenu il y a quelque temps \ m'ctant souvenu que vous me Favez autrefois demandé pour le faire, ce me semble , enregistrer dans votre Chambre des comptes, avec dessein même, si ma mémoire ne me trompe, de tirer (c'est-à-dire ôter) des registres de la Chambre certaines choses qui ne vous plaisaient pas. Je vous prie de me le renvoyer quand vous vous en serez servi selon votre projet. Mon cousin de Lesseins, de la manche^, a trouvé que nous avons failli en une chose (et il me semble qu'il a raison), de n'avoir point fourni d'acte (comme il eut été facile avec un peu plus de recherches) qui prouve la descendance de Berton de ces autres dont il est fait mention dans les registres de la Chambre. La qualité de contrôleur, etc., de Sébastien de Lionne n'est, ce me semble, que dans le contrat de mariage de mon père*, pour le moins elle est bien certainement dans cet acte-là.
J'ai hésité quelque temps à vous mander ou non une chose qui se passe de deçà de quelque importance pour moi et pour toute la famille. Ma raison de douter était de ne vous pas donner une espérance dont vous eussiez après le déplaisir de vous voir frustré, l'affaire ne réussissant pas, comme il est plus vraisemblable qu'elle manquera qu'on
des ordres du roi le 24 juin 1643 , intendant de ces ordres en 1654, mort le 3 août 1670. Son père, surintendant des finances, président au même parlement, avait été garde des sceaux de Tordre et avait vendu cette charge en i632 à M. de Ressey. Il eut deux fils de Charlotte de Prie, qui mourut le 14 novembre 1700, à l'âge de 78 ans.
(i) Ce qui eut lieu sur le rapport du duc de Mortemart au chapitre de l'ordre tenu parle roi, au château du Louvre, le 11 décembre i636.
(2) Humbert de Lionne, de Romans, avait la charge de gentilhomme de la manche du roi, qu'il ne paraît pas avoir exercée. Louis XIV en avait deux, qui jouissaient de 6,000 livres de gages. Ce nombre fut plus tard porté à six.
i)i: iirGUF.s Dr: fjonnk. «ji
ne doit s'en promettre le succès que je pourrais désirer. Néanmoins, en vous disant de ne vous y attendre point, je crois avoir remédié au premier inconvénient et satisfaire aussi à ce que je vous dois, qui est de ne vous laisser pas dans rignorance de pareilles choses.
Je suis en traité avec M. de Brienne ^ de sa charge de secrétaire d'État des étrangers. Il a envie et besoin de s'en défaire, étant chargé de dettes qui le consomment; mais il en veut un grand argent et je suis résolu de le lui donner; ainsi la difficulté ne consistera pas là, en ce que son fils '^, qui a sa survivance et en a déjà prêté le serment, dit qu'il se fera plutôt déchirer par morceaux que de donner sa démission, et que ce tils-là ayant épousé unç fille de M. Cha-
(i) Henri-Auguste deLoménie, comte de Brienne et deMontberon, né en 1595 à Paris, où il est mort en 1666. Il remplaça en i6i5 son père dans la charge de secrétaire d'État et en i638 il lui succéda en titre. Après avoir cédé momentanément ses fonctions à Chavigny, il les reprit , pour les garder jusqu'en i663 , époque à laquelle il les résigna en faveur de Hugues de Lionne. Il avait épousé, en 1623, Louise de Béon de Masses, qui décéda à 63 ans, le 2 septembre i665. On a de lui des Mémoires contenant les événements les plus remarquables du règne de Louis Xlll et ceux du règne de Louis XIV , jusqu à la mort du cardinal Ma^arin. Amsterdam, 1717-1723. 3 vol. in-i2.
(2) Henri-Louis de Loménie, comte de Brienne, fils du précédent, né en 1625. Il fut pourvu en i65i de la survivance de la charge de son père. Il épousa Henriette Le Boutillier, fille du comte de Chavigny et sœur de la maréchale de Clairembault et de l'évéque de Troyes, et qui décéda en 1664, à rage de 27 ans. Le roi ayant refusé son agrément à la survivance, il revêtit l'habit d'Oratorien. A la suite de quelques marques d'extravagance, il fut enfermé dans Tabbaye de Saint-Germain-des-Prés, puis à Saint-Lazare et enfin mourut, le 27 avril i6g8, dans l'abbaye de Saint- Severin. Dans les loisirs d'une longue réclusion il a produit des travaux littéraires, prose et vers, aussi nombreux que bizarres. Cependant il a laissé de curieux Mémoires inédits, qui n'ont été publiés qu'en 1828, par Fr. Barrière. Paris. 2 vol. in-8°.
g2 Lr-TTRES INEDITES
vigny % toute cette parenté se remue étrangement pour le faire tenir bon dans ce dessein et empêcher que cette charge ne sorte de leur maison. J'ai promis 100,000 livres comptant à Madame de Brienne la mère, et de les lui faire toucher hors du prix de la charge et sans que personne en sache rien. Le père et la mère sont d'accord et ont désir de vendre, mais le fils tient ferme pour le prix. Ils disent qu'ils ont eu des offres jusqu'à 1,600,000 francs-, à quoi je réponds que, si elles sont vraies, elles ont été faites par des personnes qui ne seraient pas agréées, et qu'ainsi elles doivent être comptées pour rien ou au moins comme non faites. La charge, compris divers droits de consulats étrangers, rend 25, 000 écus par an. Ma résolution est de ne passer pas 3oo,ooo écus de mon bien. Mgr le cardinal m'a fait la grâce de me promettre que le roi m'assistera de 100,000 écus, c'est-à-dire que je toucherai de l'épargne en trois ou quatre ans, et si les difficultés se réduisent là, je pourrai bien faire encore l'avance de ces 100,000 écus-ci, c'est-à-dire convenir du prix de 400,000 écus. On me demande aussi une abbaye pour le second fils, et en cas que je ne la leur puisse procurer du roi, je suis résolu de lâcher Solignac, pourvu qu'il se trouve des moyens qui n'intéressent point la conscience des uns et des autres ^. M. le procureur général^ est d'avis que, quoi qu'il en coûte,
(i) Léon Le Boutillier, comte de Chavigny, secrétaire d'État des affaires étrangères et ministre en 1643, commandeur et grand-trésorier des ordres du roi, mort le 11 octobre i652, à 44 ans.
(2) Nous ferons remarquer à quel point était alors arrivé le trafic des choses de la religion , que le don d'une abbaye figurait dans un marché à titre de pot de vin.
(3) Nicolas Fouquet, marquis de Belisle, né en i6i5, intendant à Grenoble en 1644, procureur général au parlement de Paris en i65o, surintendant
nr Hrc.ri:s ni: i.ionnk. 93
il n'est que d'y entrer. Je ne vais et n'irai pas tout à fait si vite; car encore que ce soit la plus belle charge du royaume et la plus importante, comme la plus confidente, je ne veux pas me mettre en état que ma mort ou une disgrâce de cour envoyât mes enfants à Ihôpital. Ainsi ne conclurai-je rien que je n'assure la survivance à mon fils aîné et de ne pouvoir être dépossédé pour quelque prétexte ou raison que ce soit , sans être remboursé du prix que j'en aurai payé.
Je voulais vous entretenir plus longtemps, mais M. le maréchal de Grammont ^ entre céans et il faut que je quitte la plume. Je vous prie d'envoyer cette lettre à mon père et de n'en parler de delà à âme qui vive, sans exception.
A Paris, ce 27* mars lôbj.
J'ai reçu la lettre dont il vous a plu de me favoriser du 14 du courant, avec les pièces touchant mes preuves de noblesse que vous m'avez envoyées.
J'ai parlé au sieur Sibut, qui m'a promis d'écrire au sieur de Saint-Nazaire ^ de vous parler et de conclure avec vous, ce que je vous prie de faire, quand enfin il ne vous donnerait que 23,000 francs.
des finances en i652, à la mort de La Vieuville, arrêté le 5 septembre 1661 à Nantes, mort prisonnier à Pignerol en mars 1680. « Après sa chute on vit des ministres aussi fastueux, plus insolents et qui n'avaient pas ses talents. >»
(i) Antoine de Grammont, nommé maréchal de France en 1641, pair en i663, ministre plénipotentiaire avec Hugues de Lionne pour l'élection de l'empereur, mort à Bayonne en 1678.
(2) André Basset, sieur de Saint-Nazaire, avocat, garde des sceaux au parlement de Grenoble. Il fut le dernier de sa branche.
1)4 i.i;i ii<i;s inl;diti:s
L'ailairc que \ous savez est toujours au même état, et mes amis travaillent plus que moi et avec plus d'ardeur à Favancer. Je vous avoue que j'y suis extrêmement froid et quasi plus. Aussi, à dire viai, le râtelier est bien haut et demeure toujours au dernier mot à 1,400,000 francs, qui est une somme immense pour un homme qui a six enfants, qui pourraient aller à Thôpital , si la mort me surprenait.
Je vous prie de faire tenir la lettre ci -jointe à M. du Passage ', où vous apprendrez qu'il sera.
M. Cot, qui m'est venu voir, m'a dit qu'étant venu en compagnie de M. Aubert ^, agent de M, de Chevrières, celui-là s'était expliqué en chemin qu'il avait charge de son maître de me remettre tous ses intérêts dans le différend qu'il a avec mon cousin de Claveyson ; mais je n'ai pourtant point encore vu ledit Aubert.
A Berni, ce 4* mai lôbj.
Je vous supplie de rendre la réponse que je fais à une lettre dont M. l'évêque d'Albi ^ m'avait favorisé, et de faire tenir aussi ma lettre ci-jointe à M. de La Tivolière.
J'ai vu enfin M. de Trilleport ^, qui m'a dit une chose de
(i) Aimar de Poisieu, marquis du Passage, maistre de camp, mort sans alliance, le dernier de sa race, à Lyon, le 8 juin 1688, faisant héritier le deuxième fils du maréchal de Créqui.
(2) Son fils, Pierre, devint seigneur de La Bâtie, trésorier de France en Dauphiné et contrôleur général des gabelles de 1696 à 1704.
(3) Gaspard de Daillon , évêque d'Agen en i63i, transféré à Albi en i635, commandeur des ordres du roi en 1662, mort le 24 juillet 1676. Le siège d'Albi fut érigé en métrppole après la mort de ce prélat, en faveur de* Hyacinthe de Cerrani, évêque de Mende.
(4) Louis Aubri , sieur de Trilleport, conseiller du roi en 1645.
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votre part qui m\i ravi, que mon père souhaitait de quitter Gap et de venir achever ses jours dans sa famille. Je suis assuré que, Texécutant, il en aura plus de satisfaction qu'il ne s'en promet et qu'il la trouvera tout autre qu'il ne la vit à Saint - ^^allier. Il n'est point nécessaire pour cela d'attendre qu'il ait résigné son évêché. Au contraire, il me semble que je pourrai mieux prendre ces mesures-là avec lui-même. Il suffira qu'en venant il soit tout résolu de ne plus retourner à Gap, car après nous aurons bientôt mis sa conscience à couvert. Je le prendrais au mot dès à cette heure et le supplierais de venir sans délai , n'était que je ne sais si je pourrai ou mieux dire si je dois refuser Thonneur qu'on me veut déférer du plus beau et du plus important emploi que le roi puisse jamais donner, qui est celui d'ambassadeur extraordinaire en Allemagne dans la conjoncture de l'élection d'un empereur. Le roi y veut envoyer une ambassade d'éclat, comme le fit le feu roi pendant les mouvements de la guerre de Bohême, qui y envoya MM. le duc d'Angoulême \ de Béthune ^ et de Châteauneuf ^. On me
(i) Charles de Valois, duc d'Angoulême, fils naturel de Charles IX, né le 20 avril iSyS, au château du Fayet, près Grenoble. Il entra d'abord dans l'ordre de Malte, puis épousa en iSgi Charlotte de Montmorency, combattit pour Henri IV, ensuite conspira contre lui, ce qui le fit arrêter et condamner à mort. Rendu à la liberté en 1616, il fut mis à la tête de l'ambassade envoyée en 1620 à l'empereur Ferdinand II. Il mourut à Paris, le 24 septembre i65o. Sa veuve, Henriette de La Guiche , qu'il avait épousée en secondes noces très-âgé, lui survécut longtemps et ne décéda que le 10 avril 171 3, à 92 ans.
(2) Philippe de Béthune , comte de Selles et de Charost, lieutenant général en Bretagne, chargé de plusieurs ambassades, mort en 1649, âgé de 88 ans.
(3) Charles de L'Aubépine, marquis de Châteauneuf, né en i58o, chancelier de Tordre du Saint-Esprit, conseiller au parlement de Paris, envoyé en Allemagne, ambassadeur à Venise et en Angleterre, garde des sceaux en i63o, arrêté et détenu prisonnier au château d'Angoulême de i633 à
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propose d'aller avec un prince, qui supportera la meilleure partie de la dépense, pendant que je serai principalement chargé des afliures, en quoi consiste le véritable honneur. J'ai répondu déjà que je l'accepterais selon la personne à laquelle on me voudra joindre ; car il y en a de cette humeur avec qui je n'irais pour rien au monde. Entre vous et moi, je crois que la chose tombera sur M. le maréchal de Grammont et sur moi, et, en ce cas, j'irai a\'ec plaisir. Mais il faut, s'il vous plaît, le tenir fort secret. Ce ne sera qu'un voyage de cinq ou six mois, l'élection devant se faire par la bulle d'or ' justement trois mois après la mort de l'empereur ^. Ainsi mon père pourrait préparer les choses pour venir en automne, quand même alors je ne serais pas de retour.
Pour la charge que vous savez, c'est moi qui ai rompu , contre le sentiment de mes amis, voyant qu'on n'en voulait rien rabattre au dernier mot de 1,400,000 francs, qui est une somme qui a ému mon indignation , quoiqu'on me donnât les moyens de n'en fournir du mien qu'un million. D'autres plus avides peut-être n'auraient pas usé de la sorte.
Je vous envoie une lettre que Sibut a reçue de Saint- Nazaire, avec lequel je vous prie de conclure. Vous verrez les conditions qu'il demande, dont la plupart sont bien
1643, rentré en grâce et décédé gouverneur de la Touraine, le 17 septembre iG53.
(i) La bulle d'or par excellence rendue en i366, résultat des travaux de deux diètes et qui a réglé le droit politique de l'Allemagne jusqu'en 1806. Elle fixait à sept le nombre des électeurs.
(2) L'empereur Ferdinand III, né le i3 juillet 1608, roi de Hongrie en 1623, de Bohême en 1627, des Romains en 1634, succéda à son père en 1637 et mourut en 1657. Il eut pour successeur Léopold II.
superflues. Je demeure pourtant d'accord de toutes et même de celle d'employer ses deniers à Tachât de quelque terre dans dix-huit mois. Il n'y a que celle de la garantie qu'on lui vend lesdits biens pour nobles, sur laquelle il le faut faire expliquer. Car je ne prétendrais pas, s'il y avait quelque nouveau règlement dans la province sur le fait des tailles, être lié à perpétuité. Il semble que cette obligation ne doive aller que jusqu'au jour du contrat de vente.
Je suis bien aise que mon cousin l'abbé de Lesseins vous ait envoyé une relation de notre petite fête. J'ai eu depuis une seconde visite de Mgr le duc d'Orléans, lorsqu'il s'en est retourné à Blois. Cependant j'ai curiosité de voir de quelle façon mon cousin vous avait écrit de la première, puisque vous me marquez qu'elle a été vue de tant de gens, efje vous prie de me l'envoyer.
A Paris, ce 23*^ mai 1657.
Le roi a nommé M. le maréchal de Grammont et moi ses ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires en Allemagne. On nous pressera fort de partir, la diète de Francfort pour l'élection de l'empereur étant intimée au 14*" d'août. Je crois que nous prendrons notre chemin par Lyon et de là à Brisac, si on nous refuse des passeports en Flandre; en ce cas, j'espère l'honneur de vous y embrasser. Selon le calcul que je fais et la splendeur avec laquelle je suis résolu de soutenir cet honneur, je trouve que je ne serai pas quitte des seuls préparatifs de mon équipage pour 40,000 écus, sur laquelle somme sera la dépense courante. Je mène douze