DISCOURS SUR L'INÉGALITÉ
.Le titre de l'ouvrage dans l'édition originale est ainsi conçu : "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes: Par J. Jacques Rousseau, Citoyen de Genève. Non in depravatis y sed in his quae secundum naturam se habentj considerandum est quid sit naturale. Aristot. Politic. L. 2. A Amsterdam, chez Marc Michel Rey. M.DCC.LV." - La question que l'auteur traite dans ce Discours fut proposée en 1753 par l'Académie de Dijon en ces termes: "Quelle est l'origine de l'inégalité parmi "les hommes et si elle est autorisée par la loi "naturelle?" Rousseau qui n'avait publié alors que son Discours sur T'influence des Lettres et le Devin du Village, ne pouvant méditer à son aise que sub dio et en marchant, passa huit jours à Saint-Germain, s'enfonçant dans la foret pour approfondir le sujet. Le Discours qui en fut le résultat, et où il attaque l'inégalité des condi-
tions sociales, ne fut point couronné comme l'avait été trois ans auparavant celui où il attaque les Sciences et les Arts. L'ouvrage couronné de l'abbé Talbert a été publié en 1754. Le 1er Juin de la même année, Rousseau entreprit un voyage à Genève, dont il a donné les détails dans ses Confessions, mais qui, comme il Fa avoué ailleurs, fut fait en partie pour solliciter du Conseil de Genève la permission de dédier son Discours à la République. Avant son départ de Paris, il avait déjà esquissé une Epître Dédicatoire qu'il acbeva à Cbambéry, où il l'a datée du 12 Juin 1754. Après avoir reconnu, pendant son séjour à Genève, l'impossibilité d'obtenir ce qu'il désirait, il résolut de publier et la Dédicace et le Discours sans en avoir fait aucune communication aux Magistrats. Il rend compte de ses motifs clans une lettre à M. Perdriau (28Nov. 1754), qui se trouve parmi la Correspondance publiée dans les recueils de ses Œuvres. Ce fut à cette occasion que Rey, qui pour ses affaires se trouvait à Genève, sa patrie, y lit la
connaissance de Rousseau et obtint un eng'affe-
ment préalable pour l'impression du Discours. Pour presser cette affaire ^ Rey se rendit au mois d'Octobre à Paris et reçut le manuscrit, pour l'imprimer aussitôt après son retour à Amsterdam. Alors commença la correspondance dont les lettres de Rousseau forment ce recueil.
A Paris, le 8 Novembre 1754.
J'espère, Monsieur, que cette Lettre vous trouvera arrivé en bonne santé et notre affaire en train.
On m'a écrit que M. Soubeiran (*) n'avoit point voulu faire le cartouche dont vous l'aviez fait prier par M. Maistre jusqu'à ce qu'il sût quels attributs on y vouloir ajouter. De sorte que pour avoir voulu faire mieux que bien il est à craindre qu'il ne fasse rien du tout: car le tems se passe et si vous attendez après ce dessein , les allées et venues de Lettres prolongent si fort le tems que je vous conseille de faire faire un dessein tel quel sur les lieux qui sera toujours bien, pourvu que le dessein soit simple et le blason exact. J'ai cependant écrit à M. Soubeiran afin de gagner du tems et je lui ai marqué que je ne voulois point d'attributs &c.
Je joins ici une correction qui est essentielle quoiqu'elle ne soit que de peu de mots , et comme le lieu où elle va est déjà barbouillé par des renvois, j'ai jugé à propos de joindre ici l'alinéa entier afin que vous ayez la bonté de le substituer à celui du manuscrit.
Je prens part à la joye que ressentira Madame Rey de votre heureux retour dont j'attens la nouvelle avec impatience. Faites agréer mes respects à cette chère épouse et ne m'oubliez pas non plus auprès de M. l'Abbé Y von. (') Je vous embrasse de tout mon cœur et suis
(i) Pierre Soubeyranj Directeur de l'académie de dessin à Genève, sa patrie. Il a gravé, étant à Paris, plusieurs pièces d'après différents maîtres et la plupart des pierres gravées antiques du cabinet du Roi, dans l'ouvrage de P. .1. Mariette, Traité des pierres gravées (Paris L750, 2 vol. in fol.).
(") L'abbé Yvon est l'auteur des articles de l'Encyclopédie Dieu ei âme. Ces articles lui attirèrent la disgrâce de Voltaire et des Encyclopédistes. Voyez la lettre de Voltaire à d'Alembert d. 9 Oct. 1755.
très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
J. J. Rousseau. ( ' )
Page première du Discours, premier alinéa: ôtez l'alinéa en entier et substituez-le de cette manière. (2)
(i) Je reproduirai le nom chaque fois que la lettre est sic-née: il y eu a qui ne le sont pas.
(2) Je donne un fac-similé du reste de la lettre. Il est curieux de voir combien de fois l'auteur a refait la phrase pour trouver, à défaut de simplicité dans la pensée , l'expression qui produirait le plus de clarté. Dans le manuscrit que Rey avait emporté de Taris le passage était déjà barbouillé pur des renvois. A ce qui s'y troiivait en dernier lieu, l'auteur veut d'abord substituer la correction que présente le fac-similé. Mais là encore xine partie est substituée à une première ébauche, devenue presque illisible. Au dessous de la rature, je crois .apercevoir ce qui suit: que j'aurai à parler devant l'homme et que c'est à des hommes que je vais -parler: car il n'y a i u pas moins de courage à la proposer qu'à la résoudre et ceux qui font connoitre la vérité sur de pareilles matières, ne s'honorent pas moins que ceux qui l'osent soutenir." Cette rédaction ne le satisfaisait pas encore: on voit qu'il l'a rayée. Je n'ai pas trouvé Le manuscrit de la correction à laquelle il s'est définitivement arrêté; mais un morceau de la feuille, sur laquelle la lettre e>t écrite, a été détaché et je ne doute pas que ce morceau n'ait servi au compositeur. Il y aura lu le passade tel qu'il se trouve dans l'édition de 1755; "C'est de l'homme que j'ai à parler, et la question que j'examine m'apprend "que je vais parler à des hommes, car on n'en propose point de semblables "quand on craint d'honorer la vérité. Je détendrai donc avec confiance la "cause de l'humanité devant les sages qui m'y invitent, et je ne serai pas "mécontent de moi même si je me rends digne «le mon sujet et de mesjuges."
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A Paris, le 16e Novembre 1754.
Je ne puis vous cacher Monsieur, l'étonnement où je suis de ne recevoir aucune de vos nouvelles. Il pourroit arriver que vous m'eussiez écrit et que votre Lettre eut été perdue ; vous me ferez plaisir de me faire dire par quelqu'une de vos correspondances ce qu'il en est à cet égard. Si vous avez quelques feuilles à m'envoyer, servez vous aussi de quelqu'un pour me les faire tenir et je leur rembourserai le port. Vous devez comprendre que j'ai des raisons pour cela. Bonjour, Monsieur, je sais que vous êtes arrivé en bonne santé, et je suppose que vous avez receu ma précédente Lettre.
J. J. Rousseau.
A Paris, le 17e Novembre 1754.
Enfin, Monsieur, j'ai receu votre lettre et M. Pissot (') m'a aussi montré la sienne par laquelle je vois avec chagrin que des vétilles vous retardent tandis que par votre faute il nous importe d'user de la plus grande diligence. J'apprends de Genève que votre lettre à M. Maistre y a mis tout le inonde aux champs, de sorte que je ne serois pas surpris qu'on employât toutes les voyes possibles pour arrêter votre Edition, ce qui me fâcheroit d'autant plus qu'il y a en Angleterre deux copies du manuscrit dont je puis bien répondre pourvu
(') Libraire à Paris dont Jean Jacques se plaint amèrement dans ses ('mifvxstons et surtout dans sa lettre ù M. Xieps (•"> Avril 1759). Dans une lettre au libraire Guérin il qualifie de bêtise son imprudence d'avoir laissé imprimer quelques uns de ses écrits à Pissot.
que vous fassiez usage de la vôtre, mais dont je ne répondrais pas qu'on n'abusât un jour à son défaut. Voici donc ce qu'il me semble que vous avez à faire. C'est de garder sur cet écrit le plus profond secret qu'il vous sera possible, ou du moins de n'en parler que comme d'une Edition que vous voulez préparer à loisir, et cependant d'user en secret de la plus grande diligence pour l'imprimer et le répandre avant toute tracasserie. Vous avez vu vous même si j'ai d'autre motif en cela que l'amour de la vérité et de la vertu: mais j'avoue qu'autant j'abhorre la publication des livres dangereux, autant je liais la maligne discrétion des médians ou la pusillanimité des petits esprits. Vous voilà bien averti : C'est à vous maintenant à vous conduire comme vous jugerez le plus convenable pour votre intérest et pour l'honnêteté. Bonjour, Monsieur, mille respects à Made. votre Epouse. Je vous embrasse de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
A Paris, le 22e Novembre 1754.
Je viens de recevoir, Monsieur, avec les essais de caractères votre lettre du 16 par laquelle vous me marquez que vous ne commencerez le travail que je croyois fort avancé qu'après avoir receu ma réponse; désormais je ne m'en mettrai plus en peine et vous irez aussi posément que vous le jugerez à propos.
Gardez vous bien, je voua prie, do mettre les notes sous le texte; ce seroil le moyen de tout gâter. (')
(') L'auteur explique pourquoi il a çejeté Les notes à ta fin du Discoure dans un Avertissement sur les notes, qui dans L'édition de L755 se trouve après La Préface.
J'aurois fort voulu que la Dédicace ne fut pas en Italique. (•') Je trouve les lignes trop écartées dans le texte du Discours. Mais vous avez vos raisons pour mettre beaucoup de blanc et je ne veux pas vous gêner. Je ne vous parle point des énormes et nombreuses fautes puisque vous n'aviez pas fait corriger; je dois pourtant vous prévenir qu'il y en a une dans l'épigraphe du titre, sic pour sit, et que dans la Préface, ligne 13 (2) il se trouve je ne sais comment un mot pour un autre , démêler la source pour connoître (3) la source; je vous prie de regarder si la faute est dans le manuscrit et en ce cas de la corriger.
Faites je vous prie mes complimcns et remercîmens à M. l'Abbé Yvon ; assurez Madame Iîev de mes respects , et croyez que je suis de tout mon cœur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
J. J. Rousseau.
Je remarque qu'il y a (comme dans la Préface ligne 7 en remontant où il manque un et) des fautes qu'on ne peut corriger qu'en faisant attention au manuscrit parcequ'elles mutilent la période sans ôter le sens; vous aurez la bonté d'engager M. l'Abbé Yvon de ne poinl corriger sans consulter le manuscrit.
A Paris, le 12e Décembre 1754.
Quoique, n'ayant pas de vos nouvelles. Monsieur, "expérience lirait appris à ne pas croire étourdiinent
(M Roy s'est conformé au désir de l'auteur par une nouvelle composition. <a Dédicace dans L'édition de L755 n'est pas en Italique. f-'i La ligne 18 est devenuo la 2] ""'. l 'i 11 a rayé le mol découvrir nn'il avail écril en premier lieu.
que vous travaillez à notre affaire comme vous me l'avez promis , je vous envoyé pourtant par précaution une addition essentielle que je vous prie d'avoir l'œil à faire placer exactement. J'en aurai encore une ou deux pour la suite du Discours, mais vous vous pressez si peu que ce n'est pas la peine de rjie presser. Quoique je n'aye pas l'honneur d'être connu de M. l'Abbé Y von, je vous prie de vouloir lui dire combien je suis sensible à ses bontés et le remercier derechef des soins qu'il veut bien se donner pour notre besogne. 11 y a dans cet ouvrage plusieurs phrases incorrectes que j'ai laissées à dessein, ainsi il ne faut que suivre fidèlement le manuscrit. Donnez-moi des nouvelles de votre santé, de celle de Madame Rey, recevez mes embrassemens et présentez lui mes respects.
J. J. Rousseau.
Quand vous aurez quelque chose à m'envoyer vous me ferez plaisir de profiter de toutes les occasions qui pourront éviter les frais de la poste sans incommoder personne.
A Pakis, le 3'' Janvier 17' 55.
•l'ai enfin receu, Monsieur, les trois premières feuilles <|iii m'ont été apportées de l'hôtel de Soubise sans que j'en sache davantage; je suppose que les pacquets en sont contresignés et ne content rien de port; car si le port se paye, je ne souffrirai pas que personne le paye pour moi. Ed pareil cas, vous pourrez m'adresse!les feuilles suivantes en droiture, on bien attendre quelque occasion de voyageur; ou bierj vous servir ^\v l'adresse suivante: .1 Monsieur /.<■ Blanc pour remettre
à M. François Mussard ('). A Paris. Il n'est pas nécessaire que mon nom y soit. Mais il suffira de porter le pacquet cacheté à M. Paul Renoird et le prier de le joindre aux envois qu'il fait à M. Le Blanc. Tout Lien compté, j'aime autant que vous me fassiez directement la pluspart de ces envois ; mais il faut envelopper vos feuilles avec un peu plus de soin: car celles-ci me sont arrivées toutes rongées et percées. Voici maintenant mes observations sur votre travail.
Le caractère est très beau, et le papier me paroîtroit beau aussi, si la première feuille n'enlaidissoit les autres. 11 ne faut pas que rien venant de moi présente une apparence trompeuse. Ainsi, Monsieur, faites s'il vous plait que la première feuille soit semblable aux autres ou les autres à la première; au moins pour celles qu'on tirera désormais. Le mot Dédicace au haut des pages est ridicule ; il ne falloit rien que le chiffre , ou les mots Epitre dédicatoire (2). Les mots Magnifiques , très honores Sçc. sont tantôt en lettres capitales et tantôt en petites lettres, ce qui ne fait pas un bon effet. L'astérisque page 10 qui doit indiquer une note, n'est point répété à la marge avec un chiffre, de sorte qu'on ne sait à quelle note il renvoyé (3). Je n'ai trouvé que deux fautes dans les lettres; l'une page 32 serez pour seriez (4) et l'autre pag. 41 ligne 3 en remontant sont le plus pour sont les plus (5). Quant à celle-ci , comme
(i) Voyez les Confessions P. II. L. VIII.
{2j Le mot Dédicace est resté au haut des pages.
(3) Ce n'est pas page x mais ix de l'édition que la note est indiquée par un chiiïe répété à la marge.
(4) Les pages dans l'édition no sont pas cotées comme l'autour les cite dans ces lettres. Quand il cite la page 34 c'est p. 37 de L'édition. Mais il semble que la phrase où se trouvait le mot seriez a entièrement disparu.
' Il insiste dans la suite de la lettre pour que cette correction se fasse. Le passage se trouve p. 4"> de l'édition et on y lit encort : préférences qui sont le plus de notre goût.
il n'est question que d'une 6- à ajouter et que eela se peut faire aisément en pliant la feuille, vous m'obligerez beaucoup d'y faire faire cette petite correction. Les fautes de ponctuation sont innombrables. Quand j'ai désiré qu'on suivît exactement le manuscrit je n'entendois pas parler de la ponctuation qui y est fort vicieuse. Priez M. l'Abbé Yvon de vouloir bien la rétablir dans les épreuves suivantes. Je vois que vous n'avez point encore vos vignettes ; je vous prie de m'envoyer des épreuves sitôt que vous les aurez. En relisant les feuilles j'y retrouve d'autres fautes que je n'avois point apperçues comme état pour Etat à chaque moment, p. 14 seulement pour seulement ('). p. 23 Jmircux pour heureuse. p. 33 modeste Sfc. (2). Je me confirme par ces observations dans l'opinion où j'étois déjà que les gens de génie et d'esprit , ceux qui font eux mêmes les meilleurs livres, sont les moins propres à corriger les épreuves des autres, et je vous avoue que eela m'épouvante un peu pour la suite de notre besogne; en voyant trop promptement ce qui doit être sur le papier, on regarde moins attentivement sans le vouloir ce qui s'y trouve réellement.
Il faut que je vous gronde pour la lettre qu'a receue de vous Mlle. le Vasseur. Si cette lettre avoit passé' par mes mains elle ne Fauroii jamais vue: mais puisqu'elle sait que vous lui destinez un présent, quoique fort mal à propos, je ne veux donner la mortification ni à vous ni à elle de vous le faire renvoyer: elle
(M Ce mol ne Be trouve nulle pari dans celte partie du Discours. Je snp pose que l'auteur avait écrit p. 16: "elle (la Naturel raid forts et robuste» seulement ceux i/»i sont bien constitués, et fait périr (mis les autres," ci qu'après il a Bupprimé le mut seulement,
(-) .le ue trouve pas les passages auxquels ces deux corrections ne rapportent.
me charge de vous en faire d'avance ses très-humbles remercîmens.
Je prépare mon Dictionnaire de Musique pour le mettre sous presse l'Eté prochain; mais il faut que je voye l'exécution de ce que vous avez entre les mains pour savoir à quoi m'en tenir à l'avenir. D'ailleurs , le principal débit de cet ouvrage sera probablement en France, et comme rien n'empêche qu'il n'y soit imprimé, pour peu que vous eussiez là dessus d'indifférence, je ne serois pas fâché de le donner ici sous mes yeux.
J'attends de vos nouvelles à votre loisir et à celui de votre imprimeur; n'oubliez pas je vous prie, quand on pliera la 3e feuille, de faire ajouter Vs page 41 et tâchez par votre exactitude à venir que nous n'ayons besoin de carton nulle part. Je vous enverrai mes additions quand vous approcherez des feuilles où elles doivent entrer.
Bonjour, Monsieur, bien des respects à Madame.
Je vous embrasse de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
A Taris le 24 Janvr. 1755.
J'ai receu, Monsieur, votre second pacquet à mon adresse contenant les trois feuilles suivantes. Comme les frais de la Poste sont énormes , peut être pourrez vous me les éviter désormais à l'aide du Billet cijoint.
Je suis fort content du caractère et même de la correction, à La ponctuation près. Il y a cependant une faute dans chaque feuille qui se peut facilement cor-
riger à la plume en pliant la feuille, et vous me ferez un sensible plaisir de les faire corriger exactement (').
La première est à la 4e. feuille p. xlvii. ligne 7e. c'est donc à tous effacez donc.
La 2e. mérite de l'attention et demande du soin: si vous aviez la patience de la corriger vous même, ce seroit le seul moyen qu'elle fut bien réparée.
Elle est à la 5e feuille p. lxviii, ligne 8: des uns, ou est porté mettez des uns; on est porté. Pour cela, après avoir légèrement effacé avec un canif la liaison de Vu il faut avec la plume transporter la liaison en haut pour changer Vu en n puis ajouter un point sur la virgule.
La troisième est à la 6e feuille B, page 11, ligne troisième en remontant.
Conforme lisez conformé; comme il n'est question que d'un accent, le garçon peut l'ajouter aisément en pliant la feuille.
Je laisse les autres fautes parcequ'elles ne sont pas importantes , et qu'un lecteur attentif ne sauroit s'y tromper.
Bonjour, Monsieur, je vous embrasse et vous recommande instamment l'exactitude afin de n'avoir pas besoin de carton.
J. J. Rousseau.
(') Ce n'est pas à la plume, mais par de* cartons, que Les corrections ont été laites. Page I.iv on lit dans la Dédicace: C'eut à VOUS; p. Lxxxiv dans la Préface: des uns; on est porté, et dan- le Discours p. L3, ligne troisième en remontant conformé. La Beule minute de* lettres de Rey que j'ai trouvée es! -si réponse à la lettre An S-'< Février (N°. Ll). On j lit: "Dans le commencement favois dessein de corriger à lu main les fautes que vous m'indiquiez ■ mois il y en a trop pour pouvoir y satisfaire."
Vous trouverez ci joint, Monsieur, le dessein du cartouche aux armoiries de la Répc. que M. Soubeiran m'a fait tenir pour vous l'envoyer; je vous prie qu'il soit gravé avec soin (').
Comme vous êtes encore loin des notes , je ne me presse pas de vous envoyer quelques additions que j'ai à y faire. Quant aux feuilles que vous m'enverrez désormais , je vous prie que ce soit sous le couvert de Monsieur Dupin de Chenonceaux Fermier Général, à V Hôtel des Fermes du Roy , à Paris (2).
Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur, je vous prie de saluer pour moi Madame votre Epouse et Monsieur l'Abbé Yvon.
J. J. Rousseau.
A Paris, le lr. Fevr. 1755.
Monsieur Rey est prié de veiller à ce que ces additions soient exactement rapportées en leur lieu; il vaudroit
(») Voyez No. 13.
(2) Le Fermier Général, dont Rousseau indique l'adresse est Claude Dupin mort en 1769, auteur de quelques ouvrages d'économie rurale. Il avait épousé en secondes noces une demoiselle Fontaine, qui, sous le nom de Madame Dupin , a publié quelques écrits de morale , et qui par son urbanité envers les gens de lettres est devenue une des femmes célèbres du dix-huitième siècle. Ello a employé Jean Jacques à transcrire ses manuscrits et lui a confié pendant quelque temps l'éducation de son fils. Près de Chenonceaux, sur la rive du Cher, Diane de Poitiers avait bâti un magnifique château sur un emplacement que Henri II avait acheté pour elle. Ce Béjour délicieux était devenu la propriété de M. Dupin, et ce fut là que Madame Dupin reçut les hommes de lettres de son temps, Rousseau, Fontenelle, Buffon, Montesquieu, Voltaire. Elle v mourut en 1800 à l'âge de près de 100 ans.
beaucoup mieux les omettre que de les mal placer, ei la moindre faute nous réduirait à l'embarras de cartons. Je ne me presse pas d'envoyer les additions pour les notes, voyant clairement depuis longtemps que Monsieur Rey a beaucoup d'affaires plus pressées que la mienne (*).
J'ai receu, Monsieur, vos trois derniers envois contenant les feuilles C, D, E, F et G, sur lesquelles vous avez ci-joint mes observations, quant à ce que vous me marquez du pacquet précédent , non seulement j'en ai payé le port taxé 5 livres 12 sous, mais je suis certain que le pacquet avoit été ouvert et recacheté d'une empreinte de votre chiffre qu'on avoit eu la patience de tirer; c'est pourquoi , quoique la feuille C me soit venue depuis en bon état et franche par la même voye, je vous prie de ne vous plus servir désormais que de la dernière adresse que je vous ai donnée et par laquelle vos envois me parviennent exactement et sûrement.
NB. (8) Feuille C, page 24, ligne trois. Plusieurs en trouvent qui êfc. il faut: plusieurs en trouvent-ils gui, quoique cette façon de parler soit un peu sauvage, comme elle fait un sens tout différent j'ai eu nus raisons pour L'employer, et je me souviens très-bien que le mot ils u'est pas omis dans le manuscrit. Ainsi je vous prie de ne pas manquer de le rétablir à l'aide d'un carton.
(') Ces lignes se trouvent écrites de la main de Rousseau sur an petit morceau de papier plié en tonne de lettre, cl portanl l'adresse ordinaire .1 Monsieur Monsieur Mure Michel Rey Libraire. A Amsterdam. Rej y a annoté liccciic le Xl'fcvr. 1?.'>">.
routes Les fautes marquées dans cette lettresonl corrigées dans l'Edition. La première correction plusieurs en trouvmt-ils se lit p. '.'<;.
Même feuille p. 34 , 1. 8 , de tans un mot de deux , et dans la ligne suivante la quelle deux mots pour un.
P. 38, 5e ligne en remontant: matin pour main, ligne suivante connoissances , nécessaires, lisez connoissances nécessaire sans virgule et sans s, parce que nécessaire ne se rapporte pas à connoissances mais à degré.
Feuille D , p. 46 , ligne 3 en remontant ces pour ses.
Feuille E, p. 61, ligne 7 conditions , je faites un point de la virgule.
P. 62, ligne 8, extience lisez existence.
P. 70, ligne 4, comme un être, lisez pour un EtreQ).
Feuille F, p. 76 , ligne 7, pourroient, lisez poavoicnt.
Le reste est assez correct à la ponctuation près qui est partout très négligée.
Vous me marquez que mes 60 exemplaires seront exactement corrigés: c'est ceux là où la correction est le moins nécessaire puisqu'elle y sera aisément suppléée par moi ou mes amis. Mais c'est pour le public qu'il faut corriger avec soin. Du reste, les corrections indispensables sont en petit nombre jusqu'à présent; et il n'y en a qu'une dans les 5 dernières feuilles , qui- est la première notée ci derrière, qu'il faille faire nécessairement. Vous pouvez négliger les autres.
A l'égard des six premières feuilles. Il y a dans la. feuille 4e page xlvii le donc à effacer, ligne 7. Feuille 5, page lxviii, ligne 8, des uns; on est à substituer au lieu de des tins, on est , c'est à dire un point à ajouter et un u à changer en n.
Je vous abandonne toutes les autres fautes des 11 premières feuilles à condition que vous aurez soin de faire corriger exactement ces trois là dans tous les exemplaires, soit ;ï In main, soit avec des cartons.
(') \; -■ nota Rey :i éci-il : se trouv<
Vous aurez la semaine prochaine les additions et changement pour les notes, auxquelles je juge que vous ne serez pas sitôt.
En relisant cette lettre, je trouve les corrections exactes , mais un peu embrouillées. Je ne laisse pas de vous l'envoyer espérant que vous mettrez plus de soin à corriger le texte qu'à presser l'édition.
Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon
cœur.
J. J. Rousseau.
A Paris, le 20 Fevr. 1755.
Puisque vous voulez , Monsieur, me dédommager de la lenteur par l'exactitude, ayez, je vous prie instamment. la plus grande attention aux remarques et additions suivantes.
Feuille H, page 111, ligne 3, naturelle lisez mutuelle. Ce changement est indispensable et ne peut se faire qu'avec un carton.
Môme page, pre. ligne, amena lisez amène. On peut faire un e de Ma.
A la page 112, ligne prc. immédiatement derrière la précédente s'accoutume lisez s'accoutuma, on peut faire un a de Me (2).
Je me borne à ces trois corrections quoiqu'il n'en
(') Je n'ai trouvé que deux fragments de la lettre qui contenait les additions pour les notes que Rousseau avait promises dans la précédente. I deux morceaux de papier, dont l'un est la moitié d'une feuille qui a été coupée en deux. La moitié qui manque a sans doute été' donnée an compositeur, ad morceau ne contient que l'épilogue de la lettre.
(-) Ces trois corrections ont été faites par des cartons. Voir les pages lis, 119 et 120 de l'édition.
manque pas d'autres à faire dans cette feuille. Je suis fâché de l'embarras que tout cela vous donne, mais je ne puis me résoudre à dire de pareilles absurdités, ei je compte bien que vous ne les laisserez pas.
Passons maintenant aux notes.
Note I aux deux tiers environ il y a
Or il fallait absolument, ce me semble, que ce privilège fût interprété tf'c. (').
Changez ainsi cet endroit
Quand Hérodote ne nous apprendroit pas la restriction qui fut mise à ce privilège, il faudrait nécessairement la supposer; autre me ut Otanès Sfc.
Même note 7, dans l'alinéa suivant qui commence par ces mots je ne répéterai point ici etc. Je ne me souviens pas si entre ces mots son plus charmant ouvrage et ceux-ci que les sauvages etc. j'ai répété le mot goûts. S'il n'y est pas il faut l'y mettre. (2)
A la fin du même alinéa après ces mots auquel Us sont destinés ajoutez de suite ce qui suit.
Que seroit-ce si f entreprenois de montrer V espèce humaine attaquée dans sa source même, et jusques due* le plus saint de tous les liens, où Von n'ose plus écouter la nature qu'après avoir consulté la fortune, et où le désordre civil confondant les vertus et les vices, la continence devient une précaution criminelle, et le refus de donner la rie à ses semblables, un acte d'humanité? Mais sans déchirer le code qui couvre tant d'horreurs, contentons
(') On voit que l'auteur en écrivant cotte note dans son premier manuscrit avail oublié qu'Hérodote interprète en effet le privilège accordé à Otanès, en ajoutant à son récit (III. 83) qu'encore de son tempe la maison d'Otanèa jouissait d'une pleine liberté pourvu néanmoins qu'elle ne transgressât en rien les lois du pan*.
(2) Il y est p. 234.
nous ^indiquer le mal auquel Vautres doivent apporter le remède. (')
Qu'on ajoute à tout cela <j'<?.
Tout à fait à la fin, de la môme note 7, après ces mots, trop petit pour ses habitons, ajoutez l'alinéa suivant.
Voilà, Monsieur, mes corrections et additions; donnez vous tout le tems de faire les unes avec soin et de bien mettre les autres à leur place. Je ne puis vous cacher que si vous laissez subsister les fautes que je vous ai indiquées et celles qui probablement se feront encore, non seulement l'ouvrage dont vous êtes chargé fera du tort à l'auteur, de quoi il se soucie fort peu, mais nuira infailliblement à l'Edition , chose qui m'intéresse beaucoup plus quoiqu'elle ne regarde que vous, parce que je ne me consolerois jamais d'avoir fait faire en ma vie une mauvaise affaire à un honnête homme. Bonjour, je vous embrasse. J. J. Rousseau. Ce 23 févr.
Feuille K, page 139, ligne 7, repentirent il faut ressentirent ce sont deuxss à substituer à un p. Je ne vois pas que cela puisse se corriger à la plume, ainsi je vous demande un cartou pour cela; n'y manque/ pas, je vous en prie (3), c'est la seule faute dont je vous demande la correction dans ces deux feuilles.
(i) Le passage se lit en effet p. 334 o< 235 mais an lieu de ses semblables il y ;i son semblable.
(2) Cette lettre avait été écrite bot deux feuilles. Je n'ai pas trouvé la première.
(3) Il n'y a pas manqué. La correction se trouve, p. 1 4'.» de l'édition.
Quoique vous me rassuriez sur les fautes qui restent dans l'Edition, et dont je ne doute pas qu'il ne faille imputer quelques unes au manuscrit; je vous avertis pour la dernière fois qu'il y en a sept ou huit qui exigent nécessairement des cartons , de ce nombre est celleci-dessus. Je vous ai envoyé à mesure la note de celles que j'ai observées. Si par hasard vous aviez égaré ces errata avec mes lettres, vous n'auriez qu'à me le marquer, et je tirerois derechef un errata des fautes essentielles pour vous l'envoyer.
Je suppose que le Discours est fini et que vous êtes aux notes , mais je dois supposer que les vignettes ne sont pas gravées puisque vous ne m'en avez point encore envoyé d'épreuve. Pour prévenir une faute presque immanquable, je dois vous avertir que vers la fin de la note 8 , il y a dans un endroit ces mots tourbe Philosophesque. Je vous prie d'avoir attention que l'imprimeur mette ainsi, et non pas troupe philosophique. (')
J'ai en effet remarqué plus de correction , à la ponctuation près , dans les trois dernières feuilles. Mais gare les notes. N'oubliez pas note 9 de marquer exactement l'endroit du frontispice, et dans le frontispice de coter la page où est cet endroit.
Quoique nous ne soyons pas prés de la fin, je dois vous prévenir de deux choses ; l'une que la permission est une chose essentielle sans laquelle je vous prie, à moins que vous ne vouliez exposer ma personne, de ne point introduire mon ouvrage en France. Pour avoir cette permission, vous pouvez agir de concert avec M. Pissot, quant à moi je ne ferois qu'y nuire plustot que d'y servir, et il convient de toute manière que je ne m'en môle pas.
(') Tourbe philosophesque se lit p, 261.
L'autre est qu'aussitôt que l'ouvrage sera achevé d'imprimer, je vous prie de faire toute la diligence possible pour en faire parvenir par la plus prompte voye autre que la poste, vingt-cinq de mes exemplaires à Genève à l'adresse de M>. Marc Chappuis négociant. Vous sentez qu'il convient que ces Exemplaires soient distribués avant la publication de l'ouvrage. Ils doivent être aussi fort corrects.
Il y a longtems que Mlle. Le Vasseur vous auroit écrit pour vous remercier de votre présent, si je ne lui a vois conseillé d'attendre encore afin de vous en accuser en même tems la réception; ainsi ne vous en prenez qu'à moi si elle tarde si longtems à s'acquitter avec vous de son devoir.
Bonjour, Monsieur, bien des respects à Madame votre Epouse. Je vous embrasse de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
Ce 6 Mars 1755.
A Paris, le 20 Mars 175."'.
Pour commencer, Monsieur, par l'article de ma précédente lettre qui vous fait de la peine, tout ce que je puis et dois répondre à vos observations , c'est de vous prier de la regarder comme non écritte à cet égard (1)
Je ne vous renvoyé point la feuille N. c'est à dire
(') Probablement l'article qui avait fait île la peine à Rey, Be trouvait dans la partie perdue de la lettre précédente. On ne doit pas s'étonner que lù\ se sentit quelquefois blessé de l'amertume des réflexions de Rousseau. Veut-on Bavoir les soins qu'il prenait pour éviter des fautes, roici ce qu'il écril dans sa réponse à la lettre du 28 Février, dont j'ai trouvé la minute: ./< suis mortifié <!<■ voir que malgré tous nos soins il y ait encore des fautes; lu feuille que je vous envoyé « été lui' pur quatre personnes différentes: peutêtre sera-t-elle mieux, je le souhaite.
Pépreuve, les fautes qui s'y trouvent sont si légères que ce n'est pas la peine de vous en faire payer le port pour cela. Si vous donnez au reste la même attention, ce ne sera pas non plus la peine de m'en envoyer les ('■preuves.
Je remarque aussi avec plaisir que vous avez bien mis mes additions à leurs places.
Page 184, à la fin de la ligne 3, ajoutez un point sur la virgule.
Pages 188, ligne 10, 189, ligne 1, et 190, ligne 6, en remontant , debout est un seul mot.
Pag. 192, ligne 2, ne font jxis lisez ne sont pas.
Voilà tout. Quand vous aurez fait tirer cette feuille N renvoyez-la moi, je vous prie, avec les autres.
Le cartouche aux armes de Genève, n'est pas de si bon goût que celui de M. Soubeiran. Cette grosse joufflue de Liberté n'a guéres l'air noble et fier, et les symboles qui l'environnent sont d'un petit genre. La vignette me paroît aussi trop grande et si la votre ne faisoit pas une espèce de contre-sens avec l'ouvrage, je l'aimerois bien autant. Faites comme vous jugerez à propos. (')
L'idée de l'errata m'étoit venue depuis longtems; mais qui est-ce qui regarde un errata? Apres tout; les fautes essentielles se bornent jusqu'ici à sept ou huit dont trois ou quatre demandent des cartons et les autres se peuvent aisément corriger à la main: nous abandonnerons le reste à la critique des sots.
Je n'ai rien de plus à vous dire pour aujourd'hui. Mes complimens , je vous prie, à M. l'Abbé Yvon, mes respects à Madame Rey et recevez mes amitiés.
.1. .1. Rousseau.
lJ Voyez La lettre suivante
A Paris, le 23 Mars 1755.
Quoique je n'aye point aujourd'hui, Monsieur, de réponse à vous faire , je crois devoir vous dire que quand vous enverrez un Exemplaire à Monsieur de Maleslierbes, vous devez le prier, soit qu'il accorde la permission , comme je l'espère , soit qu'il la refuse , de ne point laisser sortir cet Exemplaire de ses mains, précaution également utile pour votre intérest et pour ma sûreté en ce qu'elle ôtera les moyens de contrefaire l'édition à ceux qui pourroient en être tentés. Vous m'avez marqué que personne que moi seul n'avoit communication de vos feuilles , et celles que vous m'envoyez ne sont sorties ni ne sortiront point de mes mains; ainsi nous sommes encore parfaitement les maîtres de l'ouvrage; il faut faire en sorte que personne n'en abuse. Pour cela je vous conseille de distribuer votre édition de telle sorte et de combiner si bien le tems, qu'elle paroisse partout au même moment. N'oubliez pas l'Angleterre, le seul pays où, selon moi, l'ouvrage, s'il est bon, sera estimé ce qu'il vaut. Je crois même que vous ne feriez pas mal de l'y faire annoncer dans quelques Papiers publics.
En regardant mieux votre vignette de la liberté, je nie suis raccommodé avec elle, et vous me ferez plaisir de l'employer. (1)
Si j'écoutois les discours qu'on tienl dans ce pays-ci, ils seroient propres à nfelTrayer; niais l'estime que je dois au gouvernement sous lequel j'ai l'honneur de vivre
iM On ;i renoncé depuis au projet d'orner L'édition de quelque vignette. Mai* la vignette de la Liliertc -a été employée aprèa pour le Contrat Social. Voyez La Lettre N°. 79.
suffit pour me rassurer. Mon ouvrage ne contient rien de blâmable en quelque pays que ce soit, et l'on respecte trop en France le droit des gens pour punir un Etranger d'avoir soutenu en pays étranger les maximes de son pays. Au surplus, quoique je n'aye aucun droit sur votre Edition, j'espère que vous ne la répandrez point en France sans en avoir préalablement obtenu la permission. Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur et suis très parfaitement, Monsieur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur
J. J. Rousseau.
M. Chappuis nie marque, Monsieur, que si vous n'avez point de voye particulière en vue pour l'envoy de mes exemplaires à Genève, il faut, sous son adresse, envoyer le pacquet par le Chariot de Poste à Francfort où vous chargerez un de vos correspondans de l'expédier de même à M. Louis Respinger à Basle, qui le lui fera parvenir promptement. Vous ferez s'il vous plaît le pacquet de trente exemplaires au lieu de vingt cinq.
Vous trouverez ci-derrière la note du petit nombre de fautes qui doivent être corrigées dans le texte, soit à la main, soit avec des cartons. Vous pouvez faire un errata des autres ('): mais il vaudrait encore mieux les laisser tout-à-fait que de négliger la correction de celles que je vous indique. (2)
Je ne puis me charger de la commission que vous me
(') Il n'y a pas d'Errata dans L'Edition.
i ." Elles ont été toutes corrigées par des cartons.
donnez auprès de M. de Malesherbes , parceque je me
regarde en France comme un homme qui n'a rien de
commun avec l'ouvrage que vous imprimez: faites à cet
égard comme si je n'existois pas. C'est tout ce que je
puis vous dire. Bonjour, Monsieur, je vous embrasse
«le tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
Le 10 Avril 1755.
En réfléchissant à ce que vous m'avez marqué, je ne puis m'empêcher de vous dire qu'il ne me paroît pas (pie vous ayez pris la bonne voye pour obtenir la permission que vous demandez : ce n'est guères l'usage que le Magistrat les accorde par écrit ; ainsi je doute que vous receviez réponse: c'étoit par un tiers qu'il falloit la faire demander ('). J'ai du regret de ne pouvoir me mêler de cette affaire, mais je ne vous crois pas assez injuste pour m'en savoir mauvais gré.
pageLXvm,l. 8, des uns, ou est 11, 1. 3 en rem. conforme j
111, 1. 1, amena Id. 1. 3, naturelle
112, 1. 1, .•saccotittn/r, 139, 1. 7, repentirent
lisez
(/, .s uns : on est.
confuiut<'.
amène, mutuelle, s 'accoutuma.
\ ressent in' nt.
Rey avait eu rai-un de s'adresser directement an Président de la Cour dea Aides chargé de la Direction de la Librairie. La réponse qu'il reçut de Malesherlies en date du 2 Avril, tout en n'accordant pas la permission définitive, ••avant que d'avoir vu ce Discours eu entier", lui donna la perspective qu'i] pourrait faire entrer ses deux ballots (un de 1500 et un de 2000 exemplaires), pourvu qu'il nommât ceux à qui il comptait les adresser. La démarche deRej lui a ouvert de- relations avec le noble défenseur de boni- \\ I. qui ont duré même après la retraite de ce célèbre magistrat, témoin quelques pièces
- i/t Lamoignon <U Malesherbes, un billet de -a main sans date, el doux lettres autographes, l'une de Paris du 26 '.' 776, L'autre de Ma-
lesherbes du 7 (>cr. L777.
A Paris, le 29 Mai 1755.
N'entendant plus, Monsieur, parler de mon ouvrage et ne recevant plus de vos nouvelles, trouvez bon que je vous donne des miennes pour la dernière fois.
Quand vous vous chargeâtes de mon manuscrit, vous savez la préférence qu'une espèce d'engagement antérieur me fit vous donner sur M. Bousquet qui m'en offrant beaucoup davantage que je ne vous en avois demandé et que je n'en ai receu de vous, croyoit faire un très-bon marché. Vous receûtes ce manuscrit au mois d'Octobre et promîtes de le rendre public au mois de Janvier au plustard. Vous m'écrivîtes aussi sur les instantes prières que je vous avois faites, que l'Edition seroit sans faute. Au bout de huit mois , cet ouvrage qui devoit être prêt en six semaines est encore à paraître, il est hérissé de fautes de Typographie, et après avoir imprimé le texte à votre mode, vous vous êtes avisé de m'envoyer des épreuves des notes , c'est à dire de la partie dont je me souciois le moins. Je ne vous parle point de la gasconnade à Mlle. Le Vasseur. Votre lettre l'avoit mise aux champs; je l'ai apaisée par une autre robe à la place de celle que vous lui annonciez ; je vous sais, quant à moi, beaucoup plus de gré de ne l'avoir pas envoyée qu'elle de l'avoir promise, et je vous déclare que vous l'enverriez très-inutilement parce qu'assurément elle ne seroit pas receue.
A la suite de tout cela, il est arrivé comme je Pavois prévu, que l'exemplaire que vous aviez envoyé à M. de Malesherbes a couru Paris, le bruit en est venu jusqu'à Genève, on y est persuadé que l'ouvrage paroîl ici et l'on s'indigne avec raison qu'il soit offerl aux
étrangers avant ceux à qui il est dédié. J'ai écrit làdessus à M. de Malesherbes qui a Lien voulu me renvoyer l'exemplaire : ainsi quand l'ouvrage sera public , je vous charge de lui en renvoyer aussitôt un des miens, soit qu'il accorde ou non la permission; car j'ai toujours peine à croire qu'il vous la donne par écrit. Quoi qu'il en soit, le bruit de cette édition retenue dans votre magasin ne fait pas un meilleur effet ici qu'à Genève: l'on est persuadé que l'ouvrage s'est trouvé si mauvais que je suis occupé à le raccommoder et le retoucher sans cesse. Comme cette mauvaise réputation ne nuira qu'au débit c'est plus votre affaire que la mienne. Mais ce qui me touche c'est la mauvaise opinion que mes compatriotes ont de mes procédés, et le votre est si extraordinaire, que, quoi que je puisse dire, on me croira toujours de connivence avec vous. Quelque difficile qu'il me puisse être de deviner là-dessus vos raisons , je vous avertis que je suis las d'en être la dupe. Vous ne l'êtes pas assez pour retenir ainsi toute une édition si vous ne trouviez mieux votre compte à la supprimer qu'à la répandre: mais comme je ne vous ai donné moD manuscrit que pour le publier et que vous n'en voulez rien faire, vous ne sauriez trouver mauvais que j'y pourvoye d'une autre manière. J'écrirai demain en Angleterre à ce sujet, et je vous préviens que si votre édition n'est publique à Amsterdam avant le pr. de Juillet, vous en verrez paroître une à Londres lepr. d'Août, car il n'y a point d'imprimeur qui ne fasse aisément en quatre semaines ce que vous n'aurez pu faire en huit mois.
Je suis. Monsieur, votre trés-humble et fcrés-obéissanl serviteur
.1. .1. Rousseau.
A Paris, le 19 Juin 1755.
J'ai receu, Monsieur, votre lettre du 5 de ce mois. Votre apologie m'a fait pitié et vos reproches m'ont fait rire: car c'est moi sans doute que vous désignez par ceux qui vous contrecarrent auprès de M. de Malesherbes et de qui vous ne devriez pas l'attendre. Mon cher Monsieur Rey, tâchez de mettre dans vos affaires un peu de la vivacité que vous mettez de trop dans vos propos et tout n'en ira que mieux.
M. Pissot dit avoir obtenu de M. de Malesherbes une permission pour le débit de cet ouvrage; ainsi en vous adressant à lui, cette difficulté est levée. Il se fait fort aussi d'empêcher qu'on ne l'imprime ici, et quant à lui, j'espère qu'il aura égard à la déclaration que je lui ai faite et que je tiendrai de ne le voir jamais et de ne plus faire d'affaire avec lui s'il l'imprime lui-même. Il est très simple que M. de Malesherbes n'accorde nommément et verbalement la permission qu'à un libraire de ce pays-ci , afin de pouvoir tout d'un coup arrêter le débit si l'ouvrage venoit à faire un mauvais effet. Au surplus je n'accepte point les ménagemens pour ma personne que vous me faites si durement valoir. Je vous ai déjà marqué de tenir pour nulle la prière que je vous en avois faite et d'en user à cet égard comme si je n'étois pas au monde. Ne me vantez donc plus des sacrifices que je refuse.
M. le syndic Saladin étant venu à Paris, je lui ai remis à son départ pour être présenté au conseil l'Exemplaire que M. de Malesherbes m'a renvoyé. Ce qui suffit de ma part pour vous affranchir désormais de toute gène sur Le débit de votre Edition.
Mon cousin Rousseau de Londres m'a écrit depuis plusieurs mois qu'on se proposoit de traduire mon Discours en Anglois et me demandoit où l'on pouvoit l'avoir. Je ne lui ai point encore répondu. Je lui marquerai quand la traduction sera faite de me l'envoyer à examiner et la retiendrai suffisamment pour vous faire gagner tout le temps nécessaire. A l'égard de l'édition de Londres, je vois de reste que vous n'avez pas été assez simple pour en prendre l'alarme.
Mille respects à Madame votre Epouse, je pense que vos lettres en seroient mieux si vous les lui montriez avant de les envoyer. Dispute à part, je vous embrassedé tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
LETTRES