Tome VI
* Sur la Musique. Article du Dictionnaire.
* Sur l'Opéra, Article du Dictionnaire.
* Mémoire lu à l'Académie des Sciences l'an 1742. Lettre sur la Musique françoise.
* Réponse à M. Rameau.
* Essai sur l'origine des langues.
* Lettres et Mémoires sur divers sujets.
Table Générale.
NB. Les articles précédés d'un Astérisque sont encore en Manuscrit.
Comme les Tomes 3 et 4 contiennent toutes les pièces défendues en Hollande, on peut y supprimer ces deux volumes sans gâter au surplus l'Edition, dont on peut seulement changer les titres.
A Môtiers, le 27 Avril 176"i.
Tout est changé dans ce pays à mon égard, mon cher Compère, et les ministres ont fait tant de sottises qu'ils ont enfin forcé le gouvernement d'ouvrir les yeux. Outre cela, la protection du Roy confirmée dans cette affaire et les constantes bontés de Mylord Mareschal me mettent en état d'habiter dans ce pays, malgré Les saintes fureurs du Clergé, aussi tranquillement que dans tout autre. Cependant ma résolution est toujours de n'y pas rester et j'en serois déjà parti si mon état me permettoit d'entreprendre un voyage; mais soit la continuation de la mauvaise saison, soit les continuelles tracasseries de notre prêtraille, mes maux empires ne me permettent à présent de songer à aucun voyage, et voici bientôt le huitième mois que je passe enfermé dans ma chambre sans avoir pu mettre le pied dans la rue deux ou trois fois. S'il plaisoit à la providence de disposer d'une vie qui n'a plus pour moi que des peines, j'irois volontiers chercher dans l'autre la paix qu'on ne veut pas me laisser dans celle-ci.
Je voudrois de tout mon cœur être en état de profiter des arrangemens de Madame Rey qui regardent son séjour et celui de ma filleule auprès de moi. Mais toute cette année est pour moi si orageuse, mon sort est si incertain, j'ai tant de courses à faire, tant de gens doivent me venir voir, que je ne puis absolument disposer avec certitude d'un seul moment de mon teins. Quand même je resterois dans ce pays, il faut de toute nécessité que je quitte Môtiers, el la recherche d'un logement qui me convienne et L'embarras d'un déménagement nfoceuperoient seuls tout entier quand je
n'aurois pas autre chose à faire. A l'égard de l'hiver, c'est le rems de mes souffrances, obligé de porter des sondes presque continuellement je suis hors d'état de voir personne durant toute cette saison, surtout des femmes. Voilà des obstacles qui me chagrinent, mais qu'il ne dépend pas de moi de lever. Il faut espérer que je serai plus heureux une autre année; mais je ne puis disposer de moi celle-ci.
Je reconnois dans vos offres votre amitié et votre générosité ordinaire. Je suis si sûr du bon cœur avec lequel vous me les faites que je m'en prévaudrais avec confiance au besoin. L'impression de mes écrits dans ce pays a trouvé des obstacles qui probablement ne se lèveront pas; mais quand elle auroit lieu il ne dépendroit pas de moi de vous faire entrer dans la société qui en a formé l'entreprise. Cette Compagnie se trouve déjà trop nombreuse et lorsqu'elle se forma j'eus déjà toutes les peines du monde d'y faire entrer M. d'Yvernois de Genève qui est mon ami. Les fonds ne leur manquent pas et ils ne veulent pas perdre leurs peines à force de diviser leurs profits. Mais cela n'empêcheroit pas qu'il ne leur fût très-avantageux et très-agréable que vous voulussiez bien vous intéresser à leur succès et qu'ils ne traitassent bien volontiers avec vous seul pour le débit de l'Angleterre et de la Hollande.
A l'égard de l'histoire de ma vie, plus je médite sur cette entreprise , plus je vois que je ne puis l'exécuter comme je me le propose sans en renvoyer la publication à un tems fort éloigné. Si je veux montrer la vérité telle qu'elle est, j'ai à dire tant de choses, qui intéressent tant de gens et même des gens en place, qu'il n'y a que le cours des ans qui puisse me permettre de parler sans déguisement; à moins de cela m»>n entreprise est manquée, et je nr ferai qu'une
vie ordinaire, masquée et plâtrée; au lieu que dans mon projet je ferai une chose unique, et, j'ose dire, une chose vraiment belle. Je m'en fais un objet si important que j'y consacre le reste de ma vie; mais il ne convient absolument point à vos intérêts et à ceux de votre famille que vous commenciez par de continuelles avances qui ne rentreront peut-être qu'à vos enfans. Tout ce que je puis faire pour concilier le bien de la chose avec le désir que j'ai que l'ouvrage ne s'exécute que par vous, c'est de prendre dans mes arrangemens de telles mesures que, lorsqu'il sera tems de mettre l'ouvrage sous presse, vous en ayez la première offre, qu'on s'adresse premièrement à vous ou à votre fils et qu'il ne passe à un autre libraire qu'au cas que vous ne puissiez ou ne vouliez pas l'exécuter. Cela même a ses difficultés encore; car il m'importe que le manuscrit ne puisse être lu de personne au monde jusqu'au tems de l'exécution: mais nous verrons. Voici le receu de M3Ie. Le Vasseur; recevez ses remercîmens et ses respects. Vous m'obligerez dans vos envois dans ce pays de ne pas oublier les Tomes 8 et 9 de 1 Hist. univ. moderne , et de me marquer à qui je dois remettre les deux de l'ancienne. Mille salutations à vos Dames. J'irai certainement voir à Vevay Mademoiselle Dumoulin si elle y vient et que je sois encore ici. Vous ne m'avez point marqué si vous aviez receu les chiffons qui ont été remis par Made. Boy de la Tour de Lyon à M. Vernéde. J'embrasse la chère enfant et son papa.
A Môtiers, le 13 -Juin 1765.
Trouvez bon , mon cher Compère , que je vous recommande M. le Justicier Bovet et M. Jequier qui vont à Amsterdam recueillir une succession. Vous m'obligerez de vouloir bien leur procurer les connoissances nécessaires et leur donner vos conseils pour cette affaire.
J'ai receu avec votre lettre du 31 May celle de M. le Comte G. de Bentinck (1). J'en renvoyé la réponse au retour des montagnes où je vais passer quelques jours.
Mille salutations à vos Dames. J'embrasse ma filleule, toute votre chère famille, et son bon papa.
J. J. Rousseau.
A I'Isle St. Pierre, le 12 7lji;e 1765.
Sans doute, mon cher Compère, vous n'ignorez pas les malheurs qui me poursuivent et qui m'ôtent le loisir de vous écrire comme je voudrois. Le Ministre de Môtiers ne pouvant me faire excommunier a pris le parti plus prompt et plus sûr de me faire assassiner, et il a trouvé plus de facilité à disposer d'une bande de coupe-jarrets que des anciens de son consistoire. Insulté , hué, maudit dans tous les chemins, menacé même des armes à feu, je laissois dire la canaille, et j'allois mon train toujours seul et sans armes, comme à mon ordinaire. Comme cette sécurité en imposoit
(M Voir la note page "-' :
de jour à ces bandits, ils ont trouvé l'expédient de forcer de nuit ma maison, d'enfoncer mes portes, de casser mes fenêtres et de lancer des pierres jusques dans ma chambre et tout près de mon lit ('). Les choses étant venues à ce point, je me suis enfin déterminé à m'éloigner de ce chef de brigands et d'aller, s'il est possible, chercher, un lieu sur la terre où l'on veuille bien me laisser mourir en paix. Je ne sais point encore où je me fixerai. Je suis hors d'état d'aller vous voir, du moins pour le moment. Je suis malade, accablé de soins, j"ai besoin de respirer. Je voudrois qu'on me laissât clans cette solitude, du moins pour cet hiver; mais s'il reste quelque humanité parmi les hommes, ce n'est pas moi qui la trouve. Cependant, malgré tous mes embarras, prévoyant que vous entendriez parler des attentats de ces misérables, et que vous pourriez être en peine de moi , je suis bien aise de vous rassurer et de vous dire qu'au moins je suis en sûreté, et que, quant à présent, je n'ai besoin de rien que d'un asile. Je ne puis répondre à votre dernière lettre, parce que je ne l'ai pas avec moi. Si vous n'aviez pas été si pressé de votre édition générale de mes ouvrages, j'en aurois pu faire la mienne et prendre avec vous des arrangemens pour cela. Mais je ne serai de longtems en état d*y penser. Quant à la Reine Fantasque, on n'en a que des copies très-défectueuses. Si vous n'en êtes pas pressé, je vous en ferai une copie plus ('tendue et plus exacte; mais c'est ce que je ne puis pour le moment, n'ayant pas ici mes papiers, .le fais cette lettre d'avance et pourtant fort à la hâte, ne
(!) Fur cetfo attaque nocturne, qui ;i été révoquée en doute, voyez In note de 51. Petitain an passage des Ctntfessions [Livre Ml) où Ronssean en fail un récit détaillé.
sachant encore quand je pourrai la faire partir. J'ai tant éprouvé d'infidélités et de vexations dans les postes, que j'avois, dès Môtiers, renoncé à cette voye qui me devient impossible ici. En attendant que je sois fixé, vous pouvez lorsqu'il sera nécessaire m'écrire à l'adresse de M. du Peyrou à Neufchâtel , et pour éviter les enveloppes, il suffira de faire une croix au haut de la lettre. Ce signe lui suffira pour connoitre qu'elle est pour moi. Je suis bien fâché, si Mad11? Dumoulin passe à Môtiers, de ne m'y pas trouver pour la recevoir. M"? Le Vasseur y est encore pour vendre ou emballer mes effets; elle fera ce qu'elle pourra pour l'accueillir à ma place. Mille tendres embrassemens à ma chère filleule, et à tout ce qui vous appartient; je vous fais, mon cher Compère, les miens de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
A l'Isle St. Pierbe au lac de Bienae, le 18 8bl.e 1765.
Cette Isle, mon cher Compère, est en effet dans l'Etat de Berne, et même appartient en propre à leurs Excellences ; ainsi vous pouvez croire que je ne m'y étois pas réfugié sans avoir pris du côté du Gouvernement toutes les sûretés raisonnables qu'on m'y laisseroit en paix. Cependant, au moment où je m'y attendois le moins , j'ai receu Tordre d'en sortir et de tout l'Etat de Berne. On a choisi le moment des vendanges où presque tous les membres du Gouvernement étoient absens pour me porter à la sourdine ce dernier coup qui, j'ose le dire, excite une indignation générale parmi tout ce qu'il y a de respectable dans Le pays. Mais c'est ici comme chez vous: les bons
crient et ne font rien ; les médians ne disent rien , mais agissent. La partie n'est pas égale. îl n'est pas difficile de voir d'où le coup part, et les Magistrats de Genève se donnent bien de la peine pour me forcer à leur dire encore une fois leurs vérités. Quoi qu'il en soit, il faut partir et s'éloigner une bonne fois de cette fatale Suisse qui m'a si bien payé de mon amour pour elle. Dans toute autre saison, je ne délibérerois pas et je prendrais à l'instant le parti de me rendre auprès de vous; mais je suis si sûr de ne pouvoir supporter l'hiver où vous êtes, et il est si probable que dans une si longue et si pénible route pour un infirme, je n'arriverai pas sans tomber malade par ces premiers froids dans des pays où je ne commis personne et dont je ne sais pas la langue, que cette entreprise m'enraye et que je ne sais à quoi me déterminer. Il n'y a que l'Angleterre où je sois sûr de vivre tranquille et où des Ministres assassins ni des Magistrats corrompus ne pourront me chercher querelle. Je suis déterminé à m'y rendre s'il m'est possible ('); mais vu mon état et la saison, je suis incertain sur le tems et sur la route. Je ferai tout mon possible pour me mettre en état de passer chez vous; mais il faut pour cela que je trouve un compagnon de voyage; car comment tenter d'aller seul? C'est à quoi il ne faut pas penser. Si l'on me laissoit ici plus longtems et que je fasse plus fixe (Lins mon projet, je vous dirois: venez me prendre. Vous nie l'avez offert et je suis sûr que vous le feriez avec plaisir; mais outre L'indiscrétion qu'il y auroit à vous tirer de vos affaires et A vous fatiguer ainsi, peut-être avant votre arrivée serois-je forcé de
m) on lii dans aea Confessions: "Croyant partir pour Berlin, je partis
m effet pour l' Angleterre. "
prendre mon parti, ou vous me trouveriez tout à fait sur le grabat et liors d'état de faire route par l'augmentation du froid. Il ne faut pas , mon cher Compère, dans cette incertitude songer à vous déplacer; mais, à tout événement, jetez les yeux sur quelque petite chambre commode et chaude et ne soyez pas surpris si vous me voyez arriver moi ou mon petit équipage au moment où vous vous y attendrez le moins. J'ai toute la considération possible pour M. Charles de Bentinck (2), mais je veux être logé chez moi. En attendant que je délibère et que j'arrange mes petites affaires pour un second déménagement, si vous avez quelque nouvelle instruction ou adresse à me donner sur la route et pour vous expédier mon bagage, vous me ferez plaisir de me l'envoyer le plustôt possible. Si d'autres projets la rendent inutile, ce sera un petit malheur.
Il est vrai que l'accord pour l'édition de mes écrits est une affaire faite; mais je connois trop bien M. du Peyrou pour n'être pas sûr que si d'autres arrangemens me convenoient mieux, il renonceroit avec plaisir à ceux qu'il n'a pris que par amitié pour moi. Malheureusement l'ordre dans lequel vous avez commencé votre édition n'est point celui qui convient pour la mienne , et d'ailleurs mes écrits m'ont causé tant de malheurs que je ne puis les revoir sans la plus grande répugnance. C'est désormais une matière dont il ne m'est plus possible de m'occuper. Quand je vous ai parlé de l'édition de Duchesne c'est parce qu'elle contient des pièces de moi qui ne sont pas ailleurs; mais je n'ignorois pas qu'elle étoit fautive, et je n'ai jamais pensé que vous y prendriez ni la prophétie ni aucune
(i \ oir la note au N". L10.
pièce qui ne soit pas de moi ('). Ne cherchez pas à grossir votre recueil, n'imprimez que ce que j'ai fait, et c'est par là précisément que votre édition sera recherchée (-). Je n'oublierai pas la Reine fantasque, et si je vous vais voir nous pourrons reparler de tout cela.
Ecrivez-moi promptement si vous voulez que votre lettre me trouve encore ici. Vous pouvez continuer à m'écrire sous le pli de M. Du Peyrou: M. Jeannin qui vous a écrit est son secrétaire. Les difficultés, la fatigue, le froid auront bien de la peine à me rebuter de vous aller voir, tant j'ai d'empressenient d'embrasser ma chère filleule et ses bons parens. Croyez que si je prends un autre parti, il faudra que j'aye bien reconnu que celui-là m'est impossible.
Je prends le parti de laisser ici Mlle Le Vasseur avec mes effets, jusqu'à ce que j'aye une résidence fixe. Je vous écris sans ordre et sans suite: niais ni vérité, je suis dans un tumulte qui ne nie laisse pas à moi. Je vous embrasse, mon cher Compère, de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
A Strasbourg, le 10 9"':c 1765.
Je n'ai, mon cher Compère, vu le prompt départ du porteur de ce billet, que le teins de vous donner
(M Quelle est donc lu Prophétie? \a\ petite lu-oeluire intitulée Lu Yh'ntn de Pierre de In Montagne dit le Voyant? mais il a reconnu dan- -. - Confessions qu'elle étaii -unir de sa plume.
(-') Rey cite ce passage dans un Vvertàssement à la tête de sa nouvelle édition des Oeuvres de Rousseau qu'il a dédiée à Du Poyrou.
un petit bonjour et de vous marquer combien j'ai de regret que le mauvais tems les mauvais chemins et mon mauvais état m'ôtent le plaisir d'aller jusqu'à vous. Je ne sais point encore quel parti mon état et la saison me permettront de prendre, mais je ne perds ni le désir ni même tout à fait l'espérance d'aller vous embrasser. Mille choses à ma chère Commère et à sa chère fille. ■ Que ne suis-je à portée de recevoir les caresses de cette aimable enfant. Bonjour mon cher Compère.
A Strasbourg, lé 25 9bi;e 1765.
Je reçois , mon cher Compère , avec autant de surprise que de chagrin votre lettre du 16. Votre ambassadeur s'en retournera comme il sera venu. (') J'en suis fâché, mais ce n'est assurément pas ma faute. Je ne suis point en état de voyager à présent; il ne fait pas le tems pour cela; me trouvant bien ici, je n'ai nulle envie d'en partir sitôt, et lorsque j'en partirai je doute malgré mon envie que ce soit pour aller à Amsterdam. Il fait le froid le plus rigoureux que j'aye senti depuis bien des années; j'ose à peine mettre le pied dans la rue, et vous ne laissez pas de m'écrire de me mettre en route avant l'hiver, comme si nous étions au mois de Juillet. Vous m'avouerez que tout cela n'est pas fort raisonnable. Je ne conçois pas ce qu'a pu vous écrire M. Ravalet; mais à lire votre lettre on croiroit que je suis ici caché dans un trou de taupe. Permettez-moi
(') Deux jours après, il écrivit à M. de Luze: l'Rey m'a envoyé son commis, pour m' emmener en Hollande', il s'en retournera comme il est venu."
de vous dire que je ne suis point un homme qui se cache, et que je n'ai pas besoin de me cacher. Je suis assurément sensible à votre empressement , mais embarrassé de votre étourderie. Vous auriez dû sentir que quand un homme est en âge de raison Ton ne dispose point de lui sans le consulter. Si j'étois en état de payer le voyage de votre homme, il n'y auroit que demi-mal, mais en vérité je suis hors d'état de soutenir cette dépense, d'autant plus que tous mes amis par des soins indiscrets et par d'immenses ports de lettres semblent de toutes parts se réunir pour achever de me ruiner. Au reste il n'est point encore arrivé mais suivant vos lettres nous l'attendons d'une heure à l'autre , et je suis inquiet de savoir s'il aura pu supporter le voyage par le froid extrême qu'il fait. J'ai un vrai regret, mon cher Compère, à ne pouvoir me rendre auprès de vous , mais cela est impossible dans cette saison , et dans toute autre je dépends de tant de choses que je ne puis compter sur rien. Je fais mes plus tendres embrassemens à mon aimable petite rilleule, à sa bonne maman et à tout ce qui vous appartient. Tout à vous, cher Compère de tout mon cœur.
J. J. Rousskai.
.M. Ravalet n'est plus ici depuis longtems.
A Strasbourg . le 1er 10b™ 1761.
Je suis très-fâché, mon cher Compère, de vous renvoyer votre Commis comme il esl venu; mais il le faut bien, puisqu'il m'est absolument impossible de soutenir la route de la Hollande dans cette saison sans
être roué sur terre ou gelé sur l'eau. Je vous envoyé en même tems la Reine fantasque que vous n'imprimerez point, s'il vous plait, sans l'avertissement, et pour cause. La copie n'est pas fort nette, mais elle est correcte. Je souhaite fort , surtout si vous la faites imprimer à part , d'en pouvoir revoir une épreuve. Vous pourrez, si vous voulez, me l'adresser chez la veuve Duchesne à Paris où je compte passer une partie de l'hiver; de là, je me rendrai à Londres d'où étant plus à portée de vous aller voir lorsque je serai tout à fait établi en Angleterre , j'espère me procurer un plaisir auquel il ne faut pas songer pour ce moment. J'embrasse mille fois ma chère Commère et toute votre famille, surtout ma filleule et son cher Papa.
J. J. Roussp;ai'.
A Pakis, le 31 10^c 1761.
J'ai, mon cher Compère, votre lettre du 8. J'espère que M. Potinius vous sera retourné sans accident et vous aura remis une copie de la Reine fantasque plus exacte et en meilleur ordre que celles qu'on avoit auparavant. J'ai désiré sincèrement de vous aller joindre; indépendamment de la rigueur de la saison, j'avois pour prendre une autre route des raisons trop longues à déduire, mais trop solides pour les négliger. Je passe maintenant avec M. Hume en Angleterre, d'où j'aurai soin de vous donner de mes nouvelles et mon adresse, aussitôt que je sciai iixé.
Pourquoi attendez-vous impatiemment mon DictioniKiiiv de Musique? Auriez-vous dessein de le contre-
faire? J'en serais fâché premièrement pour vous; parce que cet ouvrage, étant fait sur la Musique françoise et selon le système de Rameau, doit avoir peu de cours dans l'étranger. D'ailleurs je verrai toujours avec peine que vous ne soyez pas bien avec la veuve Duchesne, parce que je vous aime tous deux, et que j'avois pour d'autres tems certaines vues utiles pour l'une et pour l'autre, dans lesquelles j'aurais bien désiré de vous voir entrer de concert.
J'embrasse tendrement ma chère petite filleule et sa maman. Il m'eût été bien doux d'aller me reposer et me consoler dans le sein de votre famille. Mais soumis aux lois de la nécessité, je suis accoutumé depuis longtems à lui sacrifier tous mes desseins. C'est là, cher Compère, de quoi me plaindre et non pas de quoi me quereller. Je vous salue de tout mon cœur.
J. J. Rousseau.
A Cuiswick, le 3 Mars 17G6.
J'ai receu toutes vos lettres , mon cher Compère ; c'est malgré moi que je vous écris si tard et si peu. Mais jusqu'à ce que mon habitation soit fixée et mes tracas un peu débrouillés, je ne puis écrire que pour la plus absolue nécessité. J'ai été obligé de sortir de Londres oti j'étois absolument accablé de visites, et je ne tarderai pas à m'en éloigner davantage, par la même raison. J'ai beau soupirer après la solitude dont j'ai besoin dans mon état; je ne la puis trouver nulle part.
J'ai rempli votre commission près de M. Hume, qui me charge de vous remercier et de vous saluer; c'est un digne homme et un bon ami à qui j'ai de grandes
obligations. Le connoitre seulement par son beau génie, c'est ne le connoitre que par la moitié de son mérite (').
Je vous prie, mon cher Compère, de ne me reparler jamais ni de souscription ni d'aucune impression de mes œuvres. Si vous êtes tenté de faire cette entreprise , adressez-vous à M. du Peyrou. Pour moi je ne veux plus entendre parler de ma vie de rien qui ait le moindre rapport à mes écrits. A l'égard de la Reine fantasque, si vous voulez la donner à part, je n'empêche; mais je ne veux m'en mêler en aucune façon, pas même pour une estampe. Je vous avoue même que vous me feriez plaisir de différer à d'autres tems la publication de cette folie. Il importe à mon repos que je sois oublié du public ou du moins qu'il ne voye plus rien de moi qui le fasse souvenir que j'existe. Toutefois, vous êtes le maître de ce barbouillage. Il est à vous; usez-en comme il vous plaira. Mais il m'importe au moins que l'on sache que je n'ai nulle part à sa publication (2).
Je suis fâché de vous avoir inutilement prié de ne point contrefaire l'ouvrage que Guy imprime. Je conviens que je n'en avois pas le droit. Il faut vous laisser faire ce qu'il vous plaira. Vos plaintes contre Duchesne et les siennes contre vous m'apprennent qu'il ne fout
(•) La rupture, qui a fait tant d'éclat, suivit Je près cette effusion d'estime. Au sujet de la brouillerie entre ces deux écrivains célèbres, je lis dans une lettre du Professeur J. N. S. Allamand (le même qui dans la note au N°. 110 a été nommé par erreur Allemand) à Rey en date du 27 8ept. 17GG: "j'en tiens l'histoire de lu première main, et je les condamne tons deux: M. Rousseau pour avoir conçu mal à propos des .soupçons sur lis sentimens d,- M. Il unie à son égard; et celui-ci pour n'avoir pas eu pitié d'un homme que l<s persécutions de toute espèce qu'U a eues à soutenir jusqu'à présent, ont rendu soupçonneux et ombrageux jusqu'à lu petitesse."
(") Voyez lu note au numéro suivant.
jamais se mêler des affaires de libraire à libraire: sûr qu'on n'en peut jamais avoir que du chagrin. Je dois cependant vous avertir que c'est un mauvais projet pour votre intérêt que celui d'imprimer les articles de Musique de l'Encyclopédie. Ces articles faits à la hâte ont été refondus et augmentés à loisir, et si quelqu'un les imprimoit sous mon nom dans l'état informe où ils sont dans l'Encyclopédie , je serois obligé de protester contre cette entreprise, et de renvoyer au Dictionnaire qui est sous presse à Paris.
Quand vous aurez quelque occasion de me faire passer un exemplaire de la nouvelle Edition que vous faites de mes Ecrits , vous me ferez plaisir de vous en prévaloir. Vous pourrez, si je ne suis plus à Londres ou au voisinage, faire remettre le paequet à mon adresse chez Mrs. de Hondt et Becket , ou chez Messieurs Lucadou <f Drake in the Union-Court Broad-Street , qui veulent bien se charger en ce pays de mes affaires. C'est chez ces M1S. , puisque vous me le demandez , que vous pourrez quand il sera tems faire payer la pension que vous faites à M11? Le Vasseur, et dont j'aurai soin de vous faire passer les quittances.
J'aurois voulu, mon cher Compère, passer par votre pays pour avoir le plaisir de vous embrasser ainsi que Madame Rey et la chère filleule de l'oncle Rousseau : mais outre que j'ai eu de bonnes raisons pour passer par la France, je vous avoue que je me suis senti une répugnance invincible à [tasser par un pays où sans rime ni raison, sans ombre d'intérêt ni de justice, on m'a de gayeté de cœur traité plus injustement, plus malhonnêtement , plus brutalement même que dans les pays où j'avois les plus violons ennemis personnels. Je puis excuser à certains égards ce qui s'étoit t'ait à Paris et A Genève; mais ee qui s'est fait
en dernier lieu en Hollande est méprisable et infâme ('). Je n'aurois pu regarder qu'avec l'indignation qu'ils méritent des gens capables de pareilles lâchetés. Il ne faut point aller dans un pays dont on méprise les maîtres. Cela n'est ni bienséant ni prudent. J'embrasse tendrement ma chère petite nièce; je souhaite ardemment que mon sort se fixe et que ma juste indignation se calme, afin de pouvoir un jour faire le voyage pour aller voir cette chère enfant et sa mère, à qui je vous prie de dire mille choses de ma part. Tout à vous.
A Wootton, le 23 Aoust 1766.
(') Voyez la note au N°. 131.
(*) Cette lettre ayant été imbliée dans les recueils des Oeuvres Complète*) île Rousseau, partie Correspondance , nous avons jugé ne pas devoir la reproduire. Il est vrai qu'en plusieurs endroits on y a fait , en l'imprimant , des changements; mais les variantes des deux textes ont exclusivement rapport à la correction du style. Le seul point remarquable est le passage où l'auteur se montre fâché de ce que Rey a imprimé la Reine Fantasque. Ce passage ne se trouve pas dans l'original. On sait maintenant par les lettres que nous publions sous les Nos. 139 et 140 . que Rey a fait cette édition du consentement de l'auteur et que pour la faire, celui-ci lui avait envoyé une copie corrigée de sa propre main. Mais le X°. 141 nous apprend que Rousseau ne voulait pas qu'on sût qu'il avait eu part à la publication.
A Wootton, le 20 10bi:e 1766.
Je répondis, mon cher Compère, en tems dû à la lettre que vous m'écrivîtes le 5 Aoust, et j'eus soin de vous marquer mon adresse sûre. Comme j'entrois dans des détails qui probablement dévoient vous engager à quelque réponse, et que cependant je n'ai receu de vous depuis lors aucun signe de vie, je commence à craindre que vous ne soyez malade , ou que ma lettre ne vous soit pas parvenue; ce qui pourroit facilement être , vu que ne pouvant vous écrire directement d'ici, je suis forcé d'avoir à Londres des entrepôts qui ne sont pas toujours sûrs. Tirez-moi donc de peine, je vous en prie, et sur votre état et sur le sort de ma lettre , afin que je sache sur ces deux points à quoi m'en tenir.
Je ne me suis point prévalu sur vous , comme vous me l'aviez permis pour l'année courante, de la pension. de Mu? Le Vasseur; mais cette année étant à sa fin, j 'envoyé à M. Rougeinont, banquier à Londres, un billet signé d'elle qui vous servira de quittance , et sur lequel je vous prie de payer les 300 francs de l'année prête à éehoir, à celui qui vous le remettra. Je vous priois (Lins ma précédente lettre de ne vous servir de la vove de Mrs. Becket et de Hondt pour aucune chose qui me concernât , et je vous réitère In même prière, ayant de très-fortes raisons pour cela.
Donnez-moi, je vous prie, amplement de vos nouvelles, de celles de Mad. Rey, de tout ce qui vous appartient et surtout de nia chère filleule que j'embrasse de tout mon cœur ainsi que son cher papa.
J. J. Rousseau.
Voici l'adresse exacte sous laquelle vous pouvez în'écrire. Les ports sont ici prodigieusement coûteux et lorsque vous aurez des occasions pour Londres vous me ferez plaisir d'y faire mettre vos lettres à la poste au lieu de les mettre à celle d'Amsterdam directement. Toutefois écrivez en droiture quand vous ne pourrez pas faire autrement. Vos lettres me feront toujours plaisir, quelque port qu'elles puissent me coûter.
A Monsieur Monsieur Davenpoiit, A Wootton Askburnbay.
Derbyskire
Angleterre.
Notez qu'il n'y a pas besoin d'enveloppe , ni que mon nom paroisse en aucune sorte; avec l'adresse précédente exactement observée, la lettre me parviendra et ne sera vue que de moi.
A Fleuuy sous Meudon ('), le 15 Juin 1767.
Je profite, mon cher Compère, du départ de M. Du I'cyrou pour vous donner enfin de mes nouvelles et vous demander des vôtres ; ce que je n'ai pu faire plustût , vu ma situation et mes courses. Quand je serai plus tranquille, je vous écrirai plus au long1. J'ai
(') C'est donc bien la maison de campagne du Marquis de Mirabeau, à deux lieues de Paris, où il s'était rendu, comme l'a remarqué Petitain. Mus- Bet-Pathay doutait encore si ce pouvait être Fleury-aous-Chaumonl dans lo voisinage de Trie-le-Château.
quelque lieu d'espérer que je trouverai enfin le repos que je cherche et dont j'ai si grand besoin. Donnezmoi de vos nouvelles , de celles de Madame Rey, et de ma chère filleule que je charge M. Du Peyrou d'embrasser pour moi. Vous m'avez envoyé à corriger une mauvaise édition du Devin du Village où il y a autant de fautes que de notes. Tout ce que j'ai pu faire dans l'agitation continuelle où j'ai vécu, a été de recouvrer un exemplaire de la première Edition , que je vous envoyé. Il n'y a pas beaucoup de fautes d'impression. J'en ai corrigé quelques-unes, et les autres ne s'apercevront pas. Il m'est impossible de m'appliquer, et ma tête affaiblie ne me le permet plus. J'ai pensé que le voyage de M. Du Peyrou fournissoit une occasion commode pour le payement de l'année courante de la pension de Mu.e Le Vasseur, qui vous assure de son respect, et je lui ai remis le receu de la dite année dont vous pourrez lui remettre l'argent en échange, si cela vous est égal ; sinon vous pouvez sans inconvénient attendre qu'elle soit échue; car ce n'est pas qu'il y ait rien de pressé. Je n'ai point receu l'envoi de livres que vous aviez fait à M. Lucadou et il n'est pas nécessaire que vous m'en fassiez un autre, étant résolu de ne plus rien lire de ma vie excepté des livres de botanique, pas même mes propres écrits. J'attends, moii cher Compère, de vos nouvelles par M. Du Peyrou qui vous dira plus amplement des miennes, et je vous embrasse de tout mon cœur.
J. .1. Rousseau.
Au CHâTEAU de Trie par Gisors, le 28 7br.e 1767.
Il y a longtems, mon cher Compère, que vous auriez receu mes remercîmens de votre papier , et de mes nouvelles , si M. du Peyrou à qui je voulois remettre ma lettre n'eût été attaqué ici d'une goutte remontée qui l'a mis en grand danger et qui l'a retenu plus de deux mois de plus qu'il n'avoit compté de rester ('). Grâce au ciel il est en pleine convalescence , et comme il se propose de partir dans quelques jours avec un ami qui l'est venu joindre à ma prière, je prépare cette lettre pour la lui remettre, attendu qu'on ne peut écrire d'ici en droiture en Hollande. Il seroit à souhaiter, mon cher Compère, que vous eussiez un correspondant sûr à Paris ou à Rouen par lequel nous pussions avoir des nouvelles l'un de l'autre, et qui se chargeât de recevoir nos lettres et de nous les faire passer. Les vôtres me parviendront en quelque endroit
(') On ne lira pas sans intérêt le passage suivant, extrait d'une lettre quo Du Peyrou écrivit de Neufchâtel à Key en date du 8 Février 1768 : "J'ai liasse auprès de notre citoyen dix semaines au lieu de huit jours que je lui avois destinés. Mais ces dix semaines ont été bien cruelles pour son amitié, pour moi et sa tranquillité , puisque je les ai passées dans uti état de danger assez éminent ou de faiblesse, suite de la maladie. Je, peux dire que c'est à ses soins tendres et éclairés que je dois la vie. Je l'ai quitté, il y a un mois, en le laissait! assez bien pour la saison rigoureuse que nous avions alors. Je lui avais porté de Paris son Dictionnaire de Musique qui alloit paraître et dont il ne m'a pas paru bien satisfait, vu la quantité de fautes d'impression qu'il y a remarquées. Il a dû vous écrire pour des Livres de Botanique qui font aujourd'hui son unique passion. L'asile que lui a accordé un Prince bienfaisant et son ami, simble assurer sou repos, et la pension du Roi d'Angleterre qui lui est payée ma /gré sa sortie du royaume, le met à couvert de tous les besoins. Voilà, Monsieur, ce qui sûrement vans intéressera, eu entre attachement a sa personne."
de France qu'elles soient mises à la poste sous cette adresse, V. M. Renou au Château de Trie par Gisors. Vous comprenez , mon cher Compère , que ceci n'est que pour vous, et que vous ne devez montrer cette lettre à personne. Car quoique je sache bien qu'on n'ignore pas où je suis, je ne veux pas qu'on puisse dire avoir cette connoissance de mon fait (1).
Je me réjouis de tout mon cœur de la bonne santé de ma chère Commère , de ma chère filleule et de toute votre famille. La mienne est passable malgré mes infirmités , et j'ai soutenu mieux que je n'aurois espéré les fatigues et les angoisses que m'a données la maladie de M. du Peyrou. J'apprends avec grand plaisir que votre goutte vous laisse du relâche; je voudrois bien que cela vous donnât le courage de faire encore un voyage en France avant que ma filleule fût en état de vous y suivre, ce qui ne peut guère être avant trois ou quatre ans d'ici. J'ai le plus vrai désir, mon cher Compère, de vous embrasser au moins encore une fois avant la mort. S'il arrivoit que ne vous sentant pas le courage de faire encore des voyages vous envoyassiez en ce pays à votre place M. votre fils , engagez -le à ne pas manquer de me venir voir. Je serai charmé de faire connoissance avec lui.
Votre amitié, mon cher Compère, m'est trop chère pour ne pas accepter avec plaisir et reconnoissainv l'hommage public que vous voulez bien m'en l'aire en me dédiant une de vos traductions de Platon (*). Si
(') En acceptant L'asile que le Prince de Conti lui offrit dans son château de Trie, situé à une deuii-lieue de Gisors, Rousseau prit le nom supposi de Renou. "11 paroil — 'lit Petitain — que le prince, pour sauver au moins les apparences, avoit désiré qu'il prit cette précaution."
(2) Il s'agit île la traduction de GrBOTT. Au sujet de cette dédicace je lis dans une lettre de Grou à Rej en date de Paris, 1'.' Oct. 1709: "J'ai été tris-
c'est un honneur que vous n'avez voulu faire à personne, c'en est un aussi que je n'ai voulu recevoir que de vous. Lorsque vous aurez achevé votre édition de mes ouvrages, si vous m'en voulez envoyer un exemplaire complet vous me ferez plaisir. Je crois qu'il faudra, pour prévenir toute difficulté, que vous tâchiez d'obtenir pour cela le consentement de M. de Sartine, et quoique je n'aye point l'honneur d'être dans ses bonnes grâces, j'ai peine à croire qu'il veuille le refuser. J'ai laissé en Angleterre les volumes que vous y aviez envoyés.
J'accepte avec très-grand plaisir vos bons soins pour mes fournitures de Livres de Botanique. Car on ne trouve presque rien dans ce genre à Paris. Je vous envoyé ci-joint une note de ceux dont j'aurois besoin et j'en ai même mis plus que je n'en voudrais acquérir à la fois, afin que vous puissiez me pourvoir de ceux qui vous tomberont sous la main. Je les ai rangés dans l'ordre où je les voudrois acquérir si j'avois le choix , c'est-à-dire les premiers par préférence et seulement deux ou trois à la fois. Car quoique je vive dans cet asile avec une honnête aisance, grâce aux bontés de Sa Majesté Britannique (4) et à celles du
sensible au témoignage flatteur que MM. Muhnkenius et Valckenaer ont rendu à mu traduction (des Loix et de la République) , et je vous prie de leur en faire passer /es assurances de ma reconnaissance. Mais je ne VOUS cacherai pas , Monsieur, que j'ai été surpris et affligé de voir mon ouvrage dédié à Jean- Jacques Rousseau. Il me semble qu'il était de la bienséance de me prévenir sur une pareille démarche , que je n'aura. s certainement pas approuvée. J'espère que vous ne vous offenserez point de cette déclaration que je dois à mon état et à mu façon de penser. On verra dans la lettre No. 150 que Rousseau n'était pas plus content de cette dédicace. Le manuscrit <!<• la traduction de Grou a été vu par Valckenaer et Etubnkenius, et retouché par François Hemsterhuis. Les remarques ■ le ces savants eut été envoyées au traducteur.
1 Ce témoignage de reconnaissance au sujet de la pension du roi d'An-
maître de la maison , comme ma situation présente m'assujettit à beaucoup de dépenses , je n'en puis faire que très-peu pour mon goût pour les plantes, quoiqu'il me subjugue à tel point qu'il devient une passion d'enfant. On a beaucoup de plantes étrangères dans le pays où vous êtes; ne connoitriez vous personne qui eût la cliarité de m'en envoyer quelques-unes sèches bien conditionnées avec les noms de Linnaeus pour augmenter mon petit herbier.
Bonjour, mon cher Compère, je vous embrasse et toute votre chère famille de toute la tendresse de mon
cœur.
L'Herboriste de Made. la Duchesse
de portlaxd.
Bien des remercîmens et salutations de votre jîensionnaire. J'oubliois de vous dire qu'elle a receu les trois cents francs. Vous avez envoyé à Guy une feuille du Dictionnaire de Musique; il croit que vous avez receu cette feuille de moi. Il me connoit bien mal. Si vous réimprimez cet ouvrage mon honneur en restera taché; vous savez si c'est avec justice. Rendez hommage à la vérité. Je vous prie de l'aire agréer mes vifs remercîmens à ces généreux Seigneurs (') qui veulent bien m'offrir un asile.
flctcrro , est remarquable. Le 4 Avril il avoit écrit à du Peyrou: Si cous saviez coin meut , par qui et pourquoi cette pension m'est venue, vous m'en féliciteriez moins." Un an après il se décida à y renoncer. 1 Probablement les comtes Bentinck, Voyez N°. 134 e1 L86.