‹ Lettres inédites de John Stuart Mill à Auguste ComteChapitre 14 sur 88 · XX LETTRES INÉDITES DE J. S. MILL · texte numérisé non relu

XX LETTRES INÉDITES DE J. S. MILL

classification des sciences de Comte, et les grandes lignes de sa philosophie de l'histoire; il a considère^, avec lui, comme indispensable dans la sociiité moderne, la distinction d'un pouvoir temporel et d'un pouvoir spirituel indépendant du premier, telle que l'Europe chri-tienne l'a connue au moyen âge. Mais une énumération de ce genre, en dépit de son apparente précision, ne donne jamais qu'une idée fort inexacte de l'influence exercée par un philosophe sur un autre. Celle-ci ne se mesure pas à l'étendue pour ainsi dire matérielle des parties semblables. Elle se révèle surtout par l'esprit général et par les tendances dominantes des doctrines. A prendre les choses ainsi, les lettres de Mill à Comte, et ses autres écrits de la même période (i84i-45)i nous le montrent très dispost^ à subir l'ascendant de Comte. Comme lui, il est persuadé « que la régént^ration mentale de l'Europe doit précéder la régénération morale (i) ». A ses yeux, comme h ceux de Comte, le problème capital est d'unir les intelligences humaines par un ensemble de convictions communes, qui différeront des anciennes en ce qu'elles n'auront plus besoin d'un fondement théologique. Comme Comte encore, Mill, en admettant l'évolution simultanée

(O^arolinc Fox, Memories ofold frienrls, edilcd byH. N. Pym. 2 vol., London, 1882. p. 338. (Lettre rte J. S. MiM h Rarclay Fox. du 19 diicombre i8')2.)

INTRODUCTION XXT

et solidaire de tous les facteurs de la vie sociale, considère que révolution de Tintelligence commande celle du reste, et que « les idées mènent le monde ». Comme Comte, enfin, il ne voit dans la pensée métaphysique qu'une simple transition entre la pensée théologique et la pensée positive. Le savoir humain se restreint à la connaissance des phénomènes et des lois.

Nulle part peut-être l'action de la pensée de Comte sur celle de Mill ne s'est mieux marquée que dans la préface de la première édition de sa Logique (iH/j3). « Le dernier livre de cet ouvrage, écrit-il, est un essai pour contribuer à la solution d'une question que la décadence des anciennes idées, et l'agitation qui trouble la société européenne jusque dans ses plus intimes profondeurs, rendent aussi importante aujourd'hui pour les intérêts pratiques de l'humanité qu'elle a dû l'être de tout temps pour l'achèvement de notre savoir spéculatif. Cette question se formule ainsi : les phénomènes moraux et sociaux sont-ils réellement des excej)tions à la certitude et à l'uniformité

générale du cours de la nature; et dans quelle mesure les méthodes (|ui ont fait entrer tant de lois du monde physique au nombre des vérités irrévocablement acquises et universellement acceptées peuvent-elles servir à former un corps analogue de doctrines reçues dans la science morale et poli-

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