INTRODUCTION
« J'étais depuis longtemps un fervent admirateur de Comte, lorsque j'entrai en relation avec lui. Je ne l'ai jamais vu en personne; mais, pendant quelques années, nous entretînmes une active correspondance. Elle dégénéra ensuite en controverse, et notre zèle se refroidit. Je fus le premier à ralentir la correspondance, et il fut le premier à l'interrompre. Je trouvai, et il trouva probablement aussi, que je ne pouvais faire aucun bien à son esprit, et que tout le bien qu'il pouvait faire au mien, il le faisait par ses livres. Cela n'aurait jamais amené la cessation de nos rapports, si les dissentiments entre nous n'avaient concerné que des points de simple doctrine. Mais ils portaient sur des opinions inséparables chez . tous deux de nos sentiments les plus forts, de ces
Il LETTRES [NÉDITES DE J. S. M(LL
sentiments qui déterminent la direction de nos tendances (i). »
Ces quelques mots de Mill, dans ses Mémoires, caractérisent exactement sa correspondance avec Comte. Mais ils sont aussi forl sommaires. Comment les relations se sont-elles établies entre les deux philosophes? Quelles questions furent traitées dans cette correspondance « active » ? Et sur quels points portait la controverse qui la fit d'abord dégénérer, puis bientôt cesser ? Mill a passé outre sans nous le dire.
Les lettres de Comte à Mill, publiées en 1877 par les soins de la Société positiviste, ont suppléé à ce silence, et le haut intérêt qu'elles présentent faisait regretter d'autant plus que nous n'eussions pas aussi celles de Mill. M. Bain en parla avec quelque détail dans son ouvrage sur Mill (2). Il était venu s'établir à Londres, juste au moment où l'échange de lettres entre Comte et Mill était le plus actif, et c'est alors qu'il commença à vivre dans l'intimité philosophique de Mill. Il lut, relut, et étudia avec lui les trois derniers volumes du Cours de Philosophie posilioe. Il vit, sans doute, la plupart des lettres de Comte, à mesure qu'elles arrivaient, et il dut savoir, assez souvent, ce que
(1) J. S. Mill, Aulobiography, 3" édition, p. 211.
(2) A. Bain, J. S. Mill : a crilicism wilh personal recolhctions; London, 1883, p. 70-82.