PRINCE ROYAL DE SUÉDE
Paris, 8 aoAt 1811.
Votre correspondance particulière m*est parvenue. J'ai apprécié comme la preuve des sentiments d'amitié que vous me portez, et comme une marque de la loyauté de votre caractère, les communications que vous me faites. Aucune raison politique ne m'empêche de vous répondre.
Vous appréciez sans doute les motifs de mon décret du 21 novembre 1806. Il ne prescrit point des lois à l'Europe; il trace seulement la marche à suivre pour arriver au même but; les traités que j'ai signés font le reste. Le droit de blocus que s'est arrogé l'Angleterre nuit autant au commerce de la Suède, est aussi contraire à l'honneur de son pavillon et à sa puissance maritime, qu'il nuit au commerce de l'Empire français et à la dignité de sa puissance. Je dirai même que les prétentions dominatrices de l'Angleterre sont encore plus offensives envers la Suède; car votre
(1) AFiv 893.
(2) Cette lettre a été publiée par M. Tancrède Martel, Œuvres littéraires de Napoléon Bonaparte, t. II, p. 300, sans dire où il l'a prise; nous n'en avons pas la minate; aussi nous ne la donnons que sous toutes réserves.
commerce est plus maritime qne continental. La force réelle da royaume de Suède est aatant dans l'existence de sa marine qne dans Texistence de son armée.
Le développement des forces de la France est tout continental. J*ai su créer dans mes États on commerce intérieur qui porte la vie et Targent des extrémités de TEmpire au centre, et du centre aux extrémités, par Timpulsion donnée aux industries agricoles et manufacturières par la rigoureuse prohibition des produits étrangers. Cet état de choses est tel qne je ne sais si le commerce français aurait beaucoup à gagner par la paix avec l'Angleterre .
Le maintien, l'observance ou l'adoption du décret de Berlin est donc, j'ose le dire, plus dans les intérêts de la Suède et de l'Europe que dans les intérêts privés de la France.
Telles sont les raisons que ma politique ostensible peut opposer à la politique ostensible de l'Angleterre.
Les raisons secrètes de l'Angleterre, les voici : elle ne veut pas la paix ; elle s'est refusée à toutes les ouvertures que je lui ai fait faire; la guerre agrandit son commerce et son territoire; elle craint des restitutions ; elle ne vent pas consolider le nouveau système par un traité ; elle ne veut pas que la France soit puissante. Je veux la paix, je la veux entière, parce qu'elle seule peut assurer les nouveaux intérêts et les États créés parla conquête. Je pense que, sur ce point, Votre Altesse Royale ne doit pas différer de sentiments avec moi.
J'ai beaucoup de vaisseaux; je n'ai point de marins. Je ne puis lutter avec l'Angleterre pour l'obliger à faire la paix; il n'y a qne le système continental qui puisse réussir. Je n'éprouve à cela aucun obstacle de la Russie et de la Prusse ; leur commerce n'a qu'à gagner au régime prohibitif.
Votre cabinet se compose d'hommes éclairés. Il y a de la dignité et du patriotisme dans la nation suédoise. L'influence de Votre Altesse Royale dans le gouvernement est généralement approuvée; elle trouvera peu d'obstacles à soustraire ses peuples à une soumission mercantile envers une nation étrangère. Ne vous laissez pas prendre à des appâts trop flatteurs que vous présenterait l'Angleterre. L'avenir vous prouvera que, quelles que soient les révolutions que le temps doit produire, les souverains de l'Europe donneront des lois prohibitives qui les laisseront maîtres chez eux.
L'article 3 du traité du 24 février 1802 corrige les stipulations incomplètes du traité de Frédériksham. Il faut qu'il soit rigoureusement observé pour tout ce qui regarde les denrées coloniales. Vous me dites que vous ne pouvez vous passer de ces denrées et que, par
défaat de leur introduction, les revenus de ¥os douanes diminueront. Je vous donnerai pour 20 millions de denrées coloniales que j*ai à Hambourg; vous me donnerez pour 20 millions de fer; vous n*aurez point d'argent à exporter de la Suède. Cédez ces denrées à des marchands ; ils payeront les droits d'entrée ; vous vous débarrasserez de vos fers. Cela m'arrangera : j'ai besoin de fers à Anvers, et je ne sais que faire des denrées anglaises.
Soyez fidèle au traité du 24 février ; chassez les contrebandiers anglais de la rade de Gothembourg; chassez-les de vos côtes, où ils trafiquent librement ; je vous donne ma parole que, de mon côté, je garderai scrupuleusement les conditions de ce traité. Je m'opposerai à ce que vos voisins s'approprient vos possessions continentales. Si vous manquez à vos engagements, je me croirai dégagé des miens.
Je désire toujours m'entendre amicalement avec Votre Altesse Royale ; je verrai avec plaisir qu'elle communique cette réponse à Sa Majesté Suédoise, dont j'ai toujours apprécié les bonnes intentions.
Mon ministre des affaires étrangères (1) répondra officiellement à la dernière note que le comte d'Essen a fait mettre sous mes yeux.
MINISTRE DBS RELATIONS EXTéRIBURES (2).
Rambouillet. 8 août 1811.
Refaites une note au ministre de Suède, dans le sens de celle du prince d'Eckmûhl, pour renouveler la demande d'une satisfaction éclatante. Dites que le sang français a coulé par un infâme assassinat, sans que réparation m'ait été faite; que, si on ne me la fait pas, je la prendrai moi-même ; que ce ne sont pas des phrases qu'il me faut, mais le sang des coupables.
Paris. 15 aoAt 181. .
Il ne faut point que le comte Otto presse l'impératrice (4) de venir
(1) On sait que le terme habituel à cette époque est relations extérieures.
(2) AFiv 893.
(3) Ihid, — L. OB Brotonnb, dans la Nouvelle Revue, t. LXXXVI (1894)
(4) L'impératrice d'Autriche.
à Nice, ni en France. Ce voyage ne peut être d'aucune utilité. Je suis donc étonné de voir que ce soit lui qui ait mis cette idée en avant; il doit rester indifférent sur tout cela.
PftTÎf. 16 août 1811.
Je reçois une lettre que vous m'envoyez du général Puthod, qui montre le peu de discernement de cet officier, et combien il est incapable. Rappelez-le sans délai. Vous avez dû le suspendre de ses fonctions ; accordez-lui un congé pour se retirer chez lui, et faiteslui observer combien sa lettre est indécente et peu fondée en principe. Il n*a le droit d*arré(er aucun citoyen français, et encore moins aucun officier appartenant à l'Empereur qui voyage dans sa division. Or, le brevet du général Nansouty et toutes les autres preuves par lesquelles le sieur Mortemart s'est légitimé, établissaient suffisamment sa qualité d'officier d'ordonnance. Cet officier n'avait aucun ordre à lui donner, ni rien à lui dire ; il n'avait qu'à voir et à observer. Mais le général Puthod n'avait pas le droit de l'arrêter, puisque ce droit, il ne l'avait pas sur le dernier tambour de France qui passerait par sa division.
Le général Hogendorp, au contraire, allant remplir une mission ostensible et qui lui donne un commandement dans la division, il est tout simple qu'il y soit légitimé et que le général delà division sache la mission qu'il a. Il en est ainsi lorsqu'un aide de camp va prendre le commandement d'une colonne mobile , ou est chargé de toute autre mission, par suite de laquelle il est employé dans la division.
Saint-CIond, 17 août 1811.
Vous donnerez l'ordre au sieur Mathieu Montmorency de rester
(1) AFiv 893
(2) Ibid.
à Genève. Il sera mattre d'aller à Coppet ou dans tout autre endroit, pourvu qu'il soit éloigné de quarante lieues de Paris.
MINISTRE DE LA POLICE GÉNéRALE (1).
Saint-Cloud. 20 aoAt 1811.
Il m'a été assuré que les diamants de la couronne d'Espagne ont été enlevés par des Français, et que, en faisant des recherches chez les bijoutiers, surtout chez ceux qui fournissent la cour de Naples, on aurait des indices. Suivez cela adroitement, a6n de savoir la vérité.
S«int-Glond. 32 août 1811
Lorsque le duc d'Otrante a quitté le ministère, j'ai désiré qu'il s^éloignàt de Paris. Une année étant écoulée, faites-lui connaître qu'il est maître de venir passer l'automne à sa campagne.
S«ini.Cloud, 24 août 1811.
Écrivez en chitTres au comte Laforest qu'il voie le roi d'Espagne et qu'il lui fasse connaître que, ayant des indices que 15 à 18 millions de diamants avaient été soustraits par des individus à la couronne d'Espagne, et ayant appris qu'un sieur Aymé y était compromis, je l'ai fait arrêter et enfermer, jusqu'à ce qu'il ait révélé ce qu'il sait sur cette affaire ; qu'il a déjà avoué qu'il avait vu de très beaux diamants, et entre autres la perle Pérégrine; que ces objets étaient, lors du départ du roi Charles, sous la garde de cinq Espagnols à Madrid; que je désire que ces cinq Espagnols soient
(1) APiv 898.
(2) laid.
(8) Ikid.
interrogés et que procès-verbal de leur interrogatoire soit envoyé à Paris ; que le sieur Aymé a dit que la perle Pérégrine avait passé dans les mains d'un bijoutier qui est en ce moment à Naples ; que j'ai donné ordre à mon ministre à Naples de faire interroger ce bijoutier et de prendre tous les renseignements qui pourraient donner des lumières là-dessus, mon intention étant de faire retrouver ces 15 ou 18 millions de diamants et d'en envoyer la valeur au roi, secours qui sera essentiel pour lui dans cette circonstance; qu'il a été soustrait également des objets d'un grand prix chez le prince de la Paix ; qu'il faut faire faire des enquêtes ; que cela sera suivi en France, et qu'on fera rentrer des sommes considérables.
Vous écrirez en chiffres au baron Durand de faire interroger le bijoutier de la cour de Naples qui est à Naples dans ce moment, et chez lequel on a vu la perle Pérégrine, et de faire des recherches pour parvenir à découvrir ce qu'est devenue cette perle et les autres diamants de la couronne d'Espagne; qu'il doit mettre le plus grand mystère dans ces recherches; que l'Espagne, dans la situation où elle se trouve, a besoin d'avoir ces objets importants.
MINISTRE la^ LA GUEBRB (1).
Compiègne. 31 aoAt 1811.
Des femmes espagnoles arrivent en foule avec les prisonniers. Donnez ordre qu'on n'en laisse entrer aucune, et faites faire un recensement de celles qui existent, afin de prendre une mesure contre elles. Il faut donner des feuilles de route à toutes ces femmes, ce qui est très coûteux. Faites cesser cet abus. Il y a beaucoup d'Allemands et d'Italiens parmi ces Espagnols; faites-en faire un relevé, et sachez comment ils se sont trouvés en Espagne.
Gompiègoe, 8 Mptembre 1811.
Je VOUS envoie une lettre de Hambourg sur le sieur Bourrienne.
(1) AFiv 893.
(S) AFiv 894.
Je vous prie de m^en faire faire une analyse. Faites prendre des renseignements, sans que la police en soit instruite, parce que le sieur Bourrienne s'est pratique des intelligences à la police. Tachez de savoir ce que c'est que cette adresse : Mme Jouannet, cloître Saint- Médéric, n* 6, à Paris (1), qui demeure là, et ce que cela veut dire. Êtes-vous dans Tusage de faire faire des arrestations de vos comptables et de saisir leurs papiers sans le secours de la police?