‹ Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815) (volume 2)Chapitre 136 sur 263 · AU COMTE DE MONTALIVET · texte numérisé non relu

AU COMTE DE MONTALIVET

MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR (3).

Amfterdam, SO octobre 1811.

Je vous renvoie le procès-verbal de la séance du conseil des subsistances. L'augmentation du pain est une chose fâcheuse, si elle

(1) AFiv 894.

(2) Ibid.

(3) Ibid.

n'est pas le résultat du haut prix du blé, la farine n'étant effectivement qu'un objet accidentel. Avant d'augmenter le pain, augmentation qu'il serait utile de retarder, mon intention est qu'il soit accordé aux boulangers une prime par [chaque sac de farine qu'ils achèteront, ou auront acheté depuis le 20 octobre. Cette prime sera réglée par le conseil à toutes ses séances ; elle ne pourra pas passer 5 francs par sac de farine acheté ou qui serait acheté depuis ce jour ; de sorte que, à la fin de novembre, on se trouve avoir la même quantité de farine qu'aujourd'hui. Vous remarquerez que je dis par sac de farine que les boulangers achèteront ou ont acheté depuis le 20 octobre, en partant de ce qui existait ce jour-là. Remarquez bien aussi que je n'entends pas par là donner une prime aux boulangers pour les fournées qu'ils feront : ce qui serait duperie, puisque ce serait les indemniser pour la farine qu'ils ont achetée à bon marché, sans avoir la garantie qu'ils la remplaceront. Ainsi, par exemple, la farine achetée à 69 francs permet aux boulangers de vendre le pain 4 sols; a-t-elle valu au 20 octobre 72 francs, ou vaudra-t-elle au 25, 74 francs : on donnera 5 francs de prime pour chaque sac que le boulanger aurait acheté. Le boulanger peut s'approvisionner, puisque le sac ne lui revient qu'à 69 francs, lorsqu'il le payerait 74 francs.

Vous ferez observer au conseil que je n'ai pas voulu mettre une base fixe, et dire, par exemple, que la prime sera de ce que la farine vaudra au-dessus de 69 francs, parce que les boulangers auraient eu intérêt à faire monter les mercuriales. Mais, en laissant cette latitude au conseil, il indemnisera les boulangers pour qu'ils aient intérêt à s'approvisionner dans un moment si opportun. En supposant que les boulangers achètent 40,000 sacs de farine, ce sera un sacrifice de 150 à 200,000 francs qui aura épargné au peuple de Paris une augmentation et qui me mettra à même de prendre un parti définitif à la fin de novembre, époque à laquelle la Saint-Martin sera passée et où le nouveau blé sera sur le marché.

Je prends pour point de départ le 20 octobre et non le 25, parce que je calcule que ma décision arrivera à Paris le 22, que le conseil en délibérera le 23, et que le préfet de police pourra faire toucher aux boulangers l'indemnité pour ce qu'ils auraient acheté dans les quatre jours ; ce qui est préférable aux assurances, etc. U dira aux boulangers qu'il leur donnera tous les jours la même prime pour chaque sac de blé qu'ils achèteront. Comme j'ai mis à la disposition du comte Maret 2 millions sur la caisse d'amortissement, il avancera sur ce fonds 100,000 francs. D'ailleurs, quand

je saurai ce que cela aura coûté, je vous ouvrirai le crédit nécessaire.

P. S. — Le conseil doit tenir secrètes toutes ses délibérations, et le préfet de police seul doit distribuer en secret Targent.

Affiiterdam, 22 octobre 1811.

J'ai VU, dans votre dernier travail, des demandes pour exempter du service militaire 239 étudiants qui se destinent i Tétat ecclésiastique, et pour la nomination à 148 bourses dans les séminaires. J'ai rayé parmi ces demandes toutes celles qui étaient relatives aux évéchés de Saint-Brieuc, de Bordeaux, de Gand, de Tournay, de Troyes et des Alpes-Maritimes, parce que je ne suis pas satisfait des principes que manifestent les évcques de ces diocèses. Mon intention est que vous ne me proposiez, pour ces arrondissements, aucune exemption de service pour des conscrits, aucune nomination à des bourses, à des cures, à des canonicats. Vous me ferez un rapport sur les diocèses qu'il serait convenable de frapper de cette interdiction. Cette manière d'opérer doit être tenue secrète. Quand les évéques insisteront sur les nominations, vous leur ferez connaître que j'ai refusé mon approbation. Désormais vous serez responsable, si vous me présentez soit une bourse à donner, soit un conscrit à exempter, dans un séminaire où les principes de l'Église gallicane ne soient pas soigneusement enseignés. Prenez des mesures pour en être bien informé, et commencez par vous assurer de ce qui se passe dans le diocèse de Paris.

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