A MADAME LA COMTESSE DE M0NTE8QUI0U
IfayenM, 8 novembre 1813.
Je reçois votre lettre du 29 octobre. Je vois avec plaisir que la chute du petit roi n'a pas eu de suite. On me dit tant de bien de lui que cela accroît mon désir de le voir, et les obligations que je vous ai.
(1) AFiv 904.
(2) Ibid. — L. DR Brotonni, dans la Nouvelle Revue, t. LXXXVI (1894).
(3) AFiv 904.
âRCIlICHANCBLIKR DE L^EMPIRB (1).
Ifayence, 5 notembre 181S.
Je VOUS envoie une lettre du roi Louis qui me parait une folie. Je suppose que ce prince n'est pas venu à Paris. S'il y vient comme prince français, mon intention est d'oublier toutes ses sottises, tout ce qu'il a imprimé, et de l'y recevoir. S'il y vient comme roi de Hollande, et qu'il veuille persister dans cette chimère, il ne doit pas être reçu. S'il avait fait la sottise de venir, on ne doit lui faire aucune visite, et il faut qu'il reste incognito chez Madame à Pont. L'impératrice surtout ne doit pas le voir.
ARCHICHANCELIBR DE l'eMPIRE (2).
Ifaycnce, 6 notembre I8I3.
Je vous envoie sous cachet volant une lettre à Afadame. Vous la lirez, la cachetterez, et vous en conférerez avec Madame.
Si Louis vient comme prince français, il me l'écrira, et aussitôt que vous aurez sa lettre, il pourra être présenté à l'impératrice et entrer en jouissance de son apanage.
Si, au contraire, Madame ne peut rien obtenir, et qu'il vienne pour troubler ma tranquillité, et avec ce système insensé qui lui a été suggéré par l'Autriche et par les ennemis de la France, j'attends de Madame, qui, jusqu'à cette heure, ne m'a rendu aucun service auprès de ses fils, qu'elle obtienne de lui qu'il s'éloigne et que je n'en entende plus parler.
Si, 48 heures après cette démarche, Louis est encore à Paris et n'a pas déclaré qu'il vient comme prince français, vous vous rendrez chez lui avec le vice-grand électeur, le président du Sénat, le grand juge et le secrétaire de la famille impériale, et vous lui ferez sommation de reconnaître les lois de l'Empire, de rester en France comme prince français, et de reconnaître le sénatus-consultc de
(1) AFiv *59.
(2) ibid.
réunion de la Hollande. A défaut de le faire, procès-verbal en sera dressé, et immédiatement après, il sera arrêté et conduit incognito au château de Compiègne.
Tenez un petit conseil avec le prince de Bénévent, le président du Sénat, le grand juge et le comte Regnaud. Montrez-leur la lettre que le roi m*a écrite, la lettre que j'écris à Madame, et celle-ci. Il est aOreux qu'il choisisse ce moment pour venir m'insulter et déchirer mon cœur, en m'obligeant à un acte de sévérité ; mais c'est dans ma destinée de me voir constamment trahi par Taffreuse ingratitude des hommes que j'ai le plus comblés de bienfaits, surtout par celui-ci, pour l'éducation duquel je me suis privé, à l'âge de vingt ans, de tout, même du nécessaire. Vous savez que les libelles qu'U a publiés contre moi ont été imprimés avec emphase par l'Autriche, après la déclaration de guerre, et comme pour noircir mon caractère et accroître l'animosité qui éclatait de tous côtés.
Mon intention bien positive est, aussitôt que Louis aura déclaré qu'il ne reconnaît pas le sénatus-consulte, et que, dès lors, il se sera mis en rébellion contre les lois de l'État, de le déclarer déchu de ses droits au trône. Vous sentez que je n'exige pas même cette déclaration de la reconnaissance de la Hollande, s'il rend inutile votre enquête officielle et déclare, dans une lettre qu'il m'écrira, qu'il vient, comme prince français, se réunir au trône et oflrir son bras pour défendre la patrie.