A MADAME MÈRE (I
Ilayence, 6 novembre 1813.
Madame et très chère mère. J'apprends par le télégraphe que Louis est descendu chez vous. Je vous envoie la copie de la lettre qu'il m'a écrite.
Si Louis vient, comme prince français, se ranger autour du trône, il trouvera en moi accueil et oubli du passé. J'ai élevé son enfance et l'ai comblé de bienfaits ; ma récompense a été des libelles dont il s'est plu à remplir toutes les cours de l'Europe. Mais, encore une fois, je lui pardonnerai; vous savez que je n'ai pas de rancune. Mais si Louis, comme le fait craindre sa lettre, vient pour réclamer
(1) AFiv ♦SO.
la Hollande, il me mettrait enfla dans Tobligation pénible : 1* de sévir contre lui; 2* de sévir pour toujours, puisque je serais obligé de lui faire faire sommation par rarchichancelier, en présence du prince vice-grand électeur, du président du Sénat, du grand juge et du secrétaire de la famille, et que, s'il ne reconnaît pas les lois de TËmpire, il se trouvera alors déclaré en rébellion.
Il y a bien peu de générosité de sa part à me donner de nouveaux embarras et i m*obliger de sévir, dans un moment où j*ai tant d'affaires et où mon cœur a besoin de consolations et non de nouveaux déchirements. La Hollande est française; elle Test pour toujours ; la loi de TEtat Ta constituée ainsi ; il n'est aucun effort humain qui puisse Tôter à la France. Si donc Louis vient toujours armé des mêmes chimères, je m'adresse à vous pour que vous m'évitiei la douleur de le faire arrêter comme sujet rebelle, qu'il quitte Paris, et qu'il aille se tenir tranquille et ignoré dans un coin de l'Italie. Il était en Suisse; pourquoi Ta-t-il quittée?
Quelques preuves qu'il m'ait données de sa haine, je ne peux pas croire qu'il soit asses méchant et assez ennemi de ses enfants pour vouloir, dans les circonstances actuelles où toute l'Europe se lève contre moi et où mon cœur est froissé partant de peines, me donner encore le désagrément de sévir contre lui.
Je finis en vous répétant que si, au contraire, il vient simplement comme prince français se ranger autour du trône, qui est en péril, pour défendre les intérêts de sa patrie, de sa famille et de ses enfants, je lui pardonne le passé, ne lui en parlerai jamais, et l'accueillerai, non .en me souvenant de sa conduite depuis dix ans, mais en me souvenant des sentiments que j'avais pour lui dans son enfance.
1098. — AU PRIXCE CAMBACERÈS»
ARCHIGHANGELIBR DE l'eMPIRE (1).
Majenoe, 6 no?embre I8I3.
Le roi de Westphalie a fait acheter la terre de Staîns. Cette démarche est, je crois, contraire aux statuts de la famille ; je désire que vous le vérifiiez. 11 me semble qu'il y a un article qui dit qu'aucune acquisition ne peut être faite en France, sans ma permis-
(1) AFiv ♦59.
sion, par un prioce de la famille qui occupe un trône étranger. Si je ne me trompe pas à cet égard, ordonnez au grand juge de faire venir le notaire qui a fait Tacte, de lui faire connaître les dispositions des statuts, et de faire annuler la vente.
J'ai ordonné an roi de Westphalie de se rendre à Aix-la-Chapelle. Je suis indigné de ce que, lorsque tous les particuliers sacrifient leurs intérêts pour la défense de la patrie, un roi qui perd son trône ait assez peu de tact pour choisir cet instant pour acheter des terres et avoir Taîr de ne penser qu'à ses intérêts particuliers.
J'ai fait connaître au roi de Westphalie que mon intention était que la reine allât le rejoindre.
1099. — AU COBITE MOLLIEN,
Saint-Clond, 11 no?embre 1813.
J'ai chargé le baron de la Bouillerie de se rendre près de vous
Je désire qu'il soit remis au Trésor public 12 i 15 millions des fonds du domaine extraordinaire, à prendre soit i Paris, soit i Mayence, soit en Italie. Mon intention est que l'argent retiré de Paris le soit avec appareil, et que Ton croie que des sommes bien plus considérables sont tirées des caves des Tuileries pour le service du Trésor, et que cependant il y reste encore plus de 200 millions... ••
Saini-Gload, 12 novembre 1813.
En pensant mieux à la manière d'accélérer les afiTaîres d'Espagne, il m'a paru convenable de faire partir le comte Laforest, qui est près de Tours, pour se rendre à Valençay. Il s'y rendra incognito, avec un seul domestique et dans une voiture aussi modeste que possible. 11 prendra un nom espagnol, et restera au château de Valençay
(1) Extraits publiés dans les Mémoires d'un ministre du Trésor public, t. IV, p. 113.
(2) aFiv 904.
dans le plus grand incognito. Le comte Laforest portera au prince des Asturics la lettre de moi ci-jointe, dont vous lui enverrez la copie. Vous lui ferez bien connaître mes intentions.
Le principal est, d'abord, de voir dans quelles dispositions sont les trois princes et de s'assurer si, directement ou indirectement, ils ont eu quelques nouvelles; il est difOcile qu'ils n*aient pas reçu quelque chose ; secondement, de connaître les personnes en qui ils ont conGance. 11 leur faut un conseil : le comte Laforest leur fera connaître que le «jénéral San Carlos vient à Paris, et il leur proposera le chanoine Escoîquiz, ou tout autre individu.
Il est de la plus haute importance que personne ne sache que c'est le comte Laforest. Le commandant français ne doit pas même le savoir. Le comte Laforest aura une lettre pour lui du ministère de la police, sous quelque titre subalterne, à peu près comme commissaire de police; c'est sous ce nom qu'il partira. Rédigez sur-lechamp ses instructions, et venez me les présenter.