‹ Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815) (volume 2)Chapitre 209 sur 263 · AU DUC CHARLES DE PLAISANCE · texte numérisé non relu

AU DUC CHARLES DE PLAISANCE

GOUVERNEUR d'aMVERS (2).

Parii, 16 décembre 1813.

J'ai fait rappeler le général Dccaen ; il paraît qu'il a tout à fait perdu la tête. Son évacuation de Willemstadt est une chose inouïe. La seule garnison de la flottille était sufGsante pour garder cette place, qui est défendue parles inondations. Il parait que ce général n'a aucune connaissance des localités, et qu*il donne ses ordres sans consulter les officiers du génie. Vous le remplacerez. J'ai donné ordre qu'il fût traduit à un conseil d'enquête pour avoir évacué sans ordres une place forte, armée et bien approvisionnée. Je regarde l'évacuation de cette place comme le plus grand malheur qui nous soit arrivé. Aussitôt que le général Roguet sera en mesure, il faut tâcher de reprendre Rreda et de rétablir les communications avec Gorcum. Breda n'était ni armé, ni considéré comme une place de guerre ; je n'attache pas la même culpabilité à l'avoir évacué ; mais il n'en est pas moins honteux de l'avoir fait. On y a laissé

(1) AFiv 905.

(î) Ibid,

400 fusils et 700 malades ; il faut, en vérité, qu'on ait perdu la tête. Le général Molitorest près de Bois-le-Duc, et le duc deTarente est en communication. Je n^espère plus que nous puissions reprendre Willemstadt, qui est une place presque imprenable en coupant les inondations. Cette place servira de point d'appui à Tennemi pour toutes ses opérations. Songez actuellement très sérieusement à Berg-op-Zoom ; faites-y entrer des vivres de toutes les manières et formez-en la garnison ; des troupes doivent vous arriver à chaque instant. On dit que le général qui s'y trouve est un homme de quelque mérite; ordonnez-lui de défendre sa place jusqu'à l'extrémité. Il parait que les gardes nationales du Pas-de-Calais se rendent à Flessinguc, et que déjà plus des trois quarts sont arrivés. Donnez ordre au général Gilly de les armer et de les habiller. Il peut faire ce qu'il veut; qu'il prenne, en donnant des bons, tout ce qui lui sera nécessaire; qu'il fasse entrer à Flessingue des approvisionnements pour un an, en prenant ce qui est dans l'île. Pressez les approvisionnements d'Anvers; mais ne perdez pas la tête comme le général Decaen. Anvers est imprenable; et, avant le 15 janvier, plus de 100,000 hommes seront sur cette partie de notre frontière. Faites armer et approvisionner Bois-le-Duc. Si vous pouvez rentrer à Breda, faites armer cette place en prenant des canons à Anvers. Puisque nous avons perdu Willemstadt, il nous importe d'avoir Breda. Faites brûler le premier village à votre portée qui prendra la cocarde orange, et, par un ordre du jour, annoncez que le premier individu qu'on trouvera avec cette cocarde sera fusillé.

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