INTENDANT GÉNÉRAL DU DOMAINE EXTRAORDINAIRE
Parii, 17 décembre 1S13.
Vous recevrez deux copies de décrets que vous remettra le grand maréchal, relatifs à la succession du duc d'Istrie. Vous y verrez que le château de Grignon est évalué à un million. 600,000 francs ont déjà été avancés par le domaine extraordinaire ; il ne reste donc plus que 400,000 francs, que vous solderez en bons de la caisse d'amortissement. Vous autoriserez ce qui est nécessaire pour la parfaite liquidation dudit bien.
(1) AFiv 903.
MINISTRE DR LA POLIGB GÉNJ&RALB (1).
Parit, 20 décembre 1813.
Il est bien nécessaire de parler le moins possible du prince de Suède dans les journaux. 11 est ridicule qu*on parle d'une terre qu'on lui a prise en Westphalie. En général, les journaux sont rédigés avec bien peu d'esprit. En annonçant que tant de troupes marchent en Italie, ce qui n'est pas vrai» on met l'alarme dans notre armée d'Italie.
Paris. 26 décembre 1813.
Le rapport que vous m'avez apporté d'un voyageur venant d'Héricourt n'a pas de sens. L'ennemi n'a pu être le 22 à Montbéliard. Ayant des nouvelles de Belfort du 24, il ne pouvait pas non plus y être à cette époque. Par la même raison, il n'a pu en partir le jour indiqué. De pareils rapports sont plus nuisibles qu'utiles. Faites venir l'individu qui vous a fait ce rapport, et interrogez-le d'après le mode ci-après :
Comment vous appelez-vous?
De quel pays étes-vous?
Que faites-vous, et quelle est votre profession?
D'où venez-vous?
Quel jour et à quelle heure étes-vous parti?
Vous venez d'Héricourt; quel jour et à quelle heure étes-vous parti d'Héricourt?
Comment avez-vous voyagé?
Qui était avec vous?
A quelle heure étes-vous passé à Belfort?
Qu'avez-vous vu de vos yeux à votre passage à Belfort?
Qu'avez-vous entendu dire à Belfort et en route?
(i) AFiv 905.
(2) Ibid.
Renvoyez-moi sur-le-champ cet interrogatoire fait ainsi, et conservez-en le modèle, afin qae cela soit toujours fait de même.
Envoyez sur les routes des agents qui fassent des interrogatoires dans le mode que je viens de vous indiquer. Ayez-en aussi aux barrières de Paris et à la poste.
Parii, 4 ou 5 janvifir 1814.
J*ai reçu vos deux lettres, et j'ai appris avec peine que vous soyez arrivé à Paris sans ma permission. Vous n'êtes plus roi de Hollande, depuis que vous avez renoncé et que j'ai réuni ce pays à la France. Le territoire de l'Empire est envahi, et j'ai toute l'Europe armée contre moi. Voulez-vous venir comme prince français, comme connétable de l'Empire, vous ranger auprès du trône? Je vous recevrai, vous serez mon sujet ; en cette qualité, vous y jouirez de mon amitié et ferez ce que vous pourrez pour le bien des affaires. Il faut alors que vous ayez pour moi, pour l'impératrice, pour le roi de Rome, ce que vous devez avoir.
Si, au contraire, vous persistez dans vos idées de roi et de Hollandais, éloignez-vous de 40 lieues de Paris. Je ne veux pas de position mixte, de rôle tiers. Si vous acceptez, écrivez-moi une lettre que je puisse faire imprimer.
Paris. 7 jaofier 1814.
J'ai reçu votre lettre (3). Il y a trop d'esprit pour la position où je me trouve. Voici en deux mots la question. La France est envatiie, l'Europe tout en armes contre la France, mais surtout contre moi. Vous n'ctes plus roi d'Espagne; je n'ai pas besoin de votre renonciation, parce que je ne veux pas de l'Espagne pour moi, ni je n'en veux pas disposer; mais je ne veux pas non plus
(i) DaroQ Du Cassk, Supplément à ta Correspondance.
(2) Ihid.
(3) Joseph, voyant la France près d'ûlre envahie, avait écrit à rKmpereur pour se mettre à sa disposition.
me mêler des affaires de ce pays que pour y vivre en paix et rendre mon armée disponible.
Que voulez-vous faire? Voulez-vous, comme prince français, venir vous ranger auprès du trône? Vous avez mon amitié, votre apanage, et serez mon sujet, en votre qualité de prince du sang. Il faut alors faire comme moi, avouer votre rôle, m*écrire une lettre simple, que je puisse imprimer, recevoir toutes les autorités et vous montrer zélé pour moi et pour le roi de Rome, ami de la régence de l'impératrice.
Cela ne vous est-il pas possible? N'avez-vous pas assez de bon jugement pour cela? Il faut vous retirer à 40 lieues de Paris, dans un château de province, obscurément. Vous y vivrez tranquille, si je vis. Vous y serez tué ou arrêté, si je meurs. Vous serez inutile à moi» à la famille, à vos filles, à la France; mais vous ne me serez fÊS nuisible et ne me gênerez pas. Choisissez promptement et prenez votre parti. Tout sentiment de cœur et hostile est inutile et hors de saiflon (1).
Paris, 13 janwier 18U.
Vous ferez appeler ce matin de bonne heure Farchitecte qui travaille à Stains. Vous lui demanderez des renseignements sur toutes les espèces de travaux qu'on y fait, et vous lui donnerez Tordre de congédier tous les ouvriers et qu'on n'y fasse plus aucun travail.
Vous enverrez chercher l'homme d'affaires du roi de Westphalie qui est chargé de Stains. Vous lui direz que j'ai ordonné qu'on fît cesser tous les travaux, qu'on n'y reçût personne, et que la maison fût fermée ; qu'à la moindre contravention le séquestre sera mis sur la terre, aucun prince et roi étranger ne pouvant acquérir en France sans ma permission.
Vous ferez connaître, en outre, à l'homme d'affaires du roi (mais il faudrait que ce fût un Français et non un étranger), qu'il est nécessaire qu'il reste tranquille à Compiègne et ne s'en éloigne
(1) Gomme commentaire et explication de cette lettre, M. le baron Du Gassb a publié trois lettres du roi Joseph à Napoléon et au roi Louis, qui iont connaître les circonstances dans lesquelles clic fut écrite.
(2) AFiv 906.
308 LETTRES INEDITES DE XAPOLEOX K — 1814.
pas à 2 lieues; qu'il est scandaleux que, dans la situation des aflaires, on ne voie que ses cuisiniers et sa livrée aller dans tous les sens.
Vous lui ferez dire cela par un Français qui aura sa confiance, et vous chargerez ce Français de lui faire bien comprendre qu'on ne transgresserait pas mon ordre impunément.