‹ Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815) (volume 2)Chapitre 214 sur 263 · LIEUTENANT GÉNÉRAL DE L*EMPEREUR A PARIS · texte numérisé non relu

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE L*EMPEREUR A PARIS

Gnines, 17 février 1814, à quatre heures du matin.

Je vous envoie un rapport du ministre de la guerre adressé à La Bouillerie; vous y verrez que je mets 2 millions à la disposition

(1) Mémoires du roi Joseph, t. X, p. 56. — Baron Du Gassb, Supplément à la Correspondance.

(2) AFiv 906. — Baron Du Gassb, Supplément à la Correspondance»

(3) Ibid, — Baron Du Casse, Supplément à la Correspondance,

du ministre de radministration de la guerre pour les remontes de Versailles, et que, sur ces 2 millions, 500,000 francs ont été payés avant mon départ. Cependant, on se plaint de manquer de fonds. II paraît que le dépôt des remontes ne va pas. Faites-vous rendre compte des achats de chevaux qui ont été faits, tant par les marchés qu'autrement. Mon intention est d'employer ces 2 millions en remontes, mais c'est de la cavalerie que je veux avoir promptement. Il paraît qu'on a acheté, jusqu'à présent, bien peu de chevaux.

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE l'eMPEREUR A PARIS (1).

Nogent-ior-Seine, 21 février 1814.

Voici mes intentions sur le roi de Westphalie. Je l'autorise à prendre l'habit de grenadier de ma garde, autorisation que je donne à tous les princes français. (Vous le ferez connaître au roi Louis ; il est ridicule qu'il porte encore un uniforme hollandais.) Le roi donnera des congés à toute sa maison westphalienne ; ils seront libres de retourner chez eux ou de rester en France. Le roi présentera sur-le-champ à ma nomination trois ou quatre aides de camp, un ou deux écuyers et un ou deux chambellans, tous Français, et pour la reine deux ou trois dames françaises pour l'accompagner. Elle se réservera de nommer dans d'autres temps sa dame d'honneur. Tous les pages de Westphalie seront mis dans les lycées et porteront l'uniforme des lycées. Ils y seront à mes frais. Un tiers sera mis au lycée de Versailles , un tiers au lycée de Rouen , et l'autre tiers au lycée de Paris.

Immédiatement après, le roi et la reine seront présentés à l'impératrice, et j'autoriserai le roi à habiter la maison du cardinal Fesch, puisqu'il paraît qu'elle lui appartient, et à y établir sa maison. Le roi et la reine continueront à porter le titre de roi et de reine de Westphalie; mais ils n'auront aucun Westphalien à leur suite.

Et cela fait, le roi se rendra à mon quartier général, d'où mon intention est de l'envoyer à Lyon prendre le commandement de la

(1) Mémoires du roi Joseph, t. X, p. 150. — Baron Dd Gassb, Supplément A la Correspondance,

ville, du département et de T armée, si toutefois il veut me promettre d'être toujours aux avant-postes, de n'avoir aucun train royal, de n'avoir aucun luxe, pas plus de quinze chevaux, de bivouaquer avec sa troupe, et qu'on ne tire pas un coup de fusil qu'il n'y soit le premier exposé.

J'écris au ministre de la guerre, et je lui ferai donner des ordres. Il pourrait, pour ne pas perdre de temps, faire partir pour Lyon sa maison, c'est-à-dire, une légère voiture pour lui, une voiture de cuisine, quatre mulets de cantine et deux brigades de six chevaux de selle ; un seul cuisinier, un seul valet de chambre, avec deux ou trois domestiques, et tout cela composé uniquement de Français. Il faut qu'il fasse de bons choix d'aides de camp ; que ce soient des ofGciers qui aient fait la guerre, qui puissent commander des troupes, et non des hommes sans expérience, comme les Verdun, les Brugnères et autres de cette espèce. Il faut aussi qu'il les ait tout de suite dans la main. Enfin, il faudrait voir le ministre de la guerre et se consulter pour lui choisir son état-major.

MINISTRE DE LA POLICE CéNÉRALE (1).

Nogent-sar-S«îne, 22 février I8I4.

J'ai reçu votre lettre. Je ne saurais admettre votre justification. Ce n'est pas là le langage d'un ministre. Quand j'ai nommé ce comité, je l'ai placé sous vos ordres. C'est donc vous qui en êtes responsable. Tout est difficulté dans vos mains, et tout doit être facile, au contraire, à un ministre de la police.

Joaaire, 2 mars 1814.

J'ai reçu votre lettre. Je vois avec surprise que Mme de Montesquiou se soit oubliée au point d':r. >irune sione avec l'Impératrice,

(1) AFfv 906.

(2) lùid. — L. DE BiiOTOiVNB, dans la Nouvelle Revue, t. LXXXVI (1894).

Je sais plus surpris encore que, en homme de bon sens, vous n*ayez pas fait comprendre à Mme de Montesquiou combien cela est inconvenant. Quoi que dise et fasse Timpératrice, elle n*en est comptable envers qui que ce soit, et en cela je n*ai point reconnu l'attention de Mme de Montesquiou à ne rien dire devant l'impératrice qui pût lui déplaire. Si elle avait à se plaindre de la duchesse, elle n'avait qu'à la prendre aux cheveux. Mais le respect dû à l'impératrice est tel qu'on ne doit, devant elle, témoigner rien de son mécontentement. Vous devez par vos conseils intervenir de manière qu'on laisse l'impératrice tranquille, et qu'on ne lui donne aucune espèce de chagrin. Certes c'est avoir eu peu le soin de me plaire, et bien peu le sentiment des convenances.

La duchesse de Padoue a eu tort de quitter Paris : étant dame du palais, elle devait rester auprès de l'impératrice. Je ne conçois pas comment on a pu oublier les sentiments d'honneur à ce point. Quant à Mme Anatole, elle était fort maîtresse de s'en aller. Mais si le public s'est amusé à faire des plaisanteries sur de jeunes et jolies femmes, il n'était permis à qui que ce soit d'en parler, qu'autant qu'on eût relevé un propos en présence de l'impératrice. Encore la bonne éducation et le sentiment des convenances veulentils qu'on montre son mécontentement par son chagrin et non par des reparties.

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