AU PRINCE EUGÈNE NAPOLÉON
VIGB-ROI d'iTALIB (1).
Compiègne, 26 avril 1810.
Je reçois votre lettre du 25 avril à minuit, avec une lettre de l'impératrice. Vous trouverez ci-joint ma réponse.
Voyez Cambacérès pour le mariage de Tascher; je désire qu'il se fasse le plus tôt possible; je tiendrai tout ce que j'ai promis.
Quant à l'autre Tascher, je n'y prends point d'intérêt; il m'a manqué trop essentiellement pour que je m'occupe de lui. Ce petit polisson a quitté à Madrid la cocarde française sans m'en prévenir, obéissant à une impulsion d'amour et oubliant tous les devoirs qu'il avait envers moi, suriout avant cette circonstance. Qu'il fasse ce qu'il veut, qu'il épouse qui il veut, cela m'est indifférent; je ne veux point du tout m'en mêler. Je ne parle point de cela à l'impératrice ; mais vous connaissez mes principes là-dessus ; je ne reviendrai jamais. Je crois ce jeune homme léger et d'un mauvais caractère. Je vous envoie la lettre du roi d'Espagne; j'approuve ce que l'impératrice fera; mais je ne veux donner aucune marque d'intérêt à un individu qui m'a manqué.
Je suis bien aise que l'impératrice soit contente de Navarre. Je donne ordre qu'on lui avance 300,000 francs que je lui dois pour 1810, et 300,000 francs que je lui dois pour 181 1 ; elle n'aura plus à attendre que les 2 millions du Trésor public. Je ne m'oppose pas à ce que, si les 100,000 francs que j'ai donnés pour continuer les
(1) Publiée en partie dans les Mémoires du prince Eugène, t. VI, p. 332.
travaux de la Halmaison ne sont pas employés, on suspende ces travaux et on les emploie à Navarre. Ce sera à peu près le million que demanda rimpératrice. J*approuve beaucoup son projet de fiûre toutes ses dépenses à Navarre. Elle est maîtresse d'aller aux eaux qu'elle voudra choisir, et même de revenir à Paris après la saison des eaux. Comme je pars demain pour Anvers, je vois moins d'inconvénient à ce qu'elle aille aux eaux d'Aix-la-Chapelle; le seul peut-éire que j'y trouverais, c'est qu'elle retournât dans des lieux où j'ai été avec elle. Je préférerais qu'elle allât prendre d'autres eaux où elle a été sans moi, comme celles de Plombières, de Vichy, de Bourbonne, d'Aix en Provence, etc. Mais si celles d'Aix-la-Chapelle sont cependant les eaux qui lui conviennent le mieux, je n'y mets aucune opposition. Ce que je désire par-dessus tout, c'est qu'elle se tranquillise et qu'eUe ne se laisse pas monter la tète par les bavardages de Paris.
MINISTRB DU TRÉSOR PUBUG (1)
Anven, 3 mai 1810.
Je vous envoie une lettre du roi de Hollande qui vous fera connaître ce que c'est que l'emprunt de la Prusse. Il paraîtrait après cela que, étant au pair, le taux de cet emprunt est 8 pour 100 ; et, comme il se vend à 65 francs , il s'ensuit qu'il est à 11 pour 100. Pour ne pas mettre de retardement dans cette opération, voici ce que j'ai résolu de faire. Je veux placer 10 millions de francs dans cet emprunt aux conditions : 1* que mon argent me rende aa moins 10 pour 100; 2*^ que la négociation soit tellement secrète que personne ne puisse se douter que j'ai de l'argent dans lemprunt. Pour que personne ne soit dans le secret, il faut faire avancer d'abord par la caisse de service, en faisant toutefois en sorte que je ne perde rien, puisque vous savez que cet argent doit me revenir. La Prusse calcule que 38 millions doivent m'étre payés de cet emprunt. Là-dessus, j'aurai mis 10 millions, qui me rendront 1 million de rentes. Mettez la plus grande activité dans cette affaire, et terminez-la promptement. Il ne doit pas vous échap-
(i) AFnr 884. — Un extrait de cette lettre a été publié dans les Mémoires fmmnistredu Trésor publie, t. IH, p. 244.
28 LETTRES INÉDITES DE NAPOLÉON K — iSia
per que, indépendamment des 11 pour 100, je dois faire un autre profit^ qui est celui-ci : Les payements n'ont lieu que successivement ; il faut proposer de faire les payements de suite, et alors je gagnerai encore Tintérét : ce qui équivaudra à une bonne commission de profit. Il vous reste à voir comment vous devez vous y prendre pour employer vos fonds. Devez-vous faire acheter des obligations de Silésie?